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LA RÉVOLUTION DU 51 MAI
LE FEDERALISME
EN 1793
OUVRAGES DU MKMR AUTEUR
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brocliés 22 fr. 50
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française, o' édilion. 2 vol. in-l2, brochés " fi"-
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Richard II. Épisode de la rivalité de la France et de l'Angleterre. 2 vol.
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La Terreur. Études critiques sur l'histoire de la Révolution française.
2 vol. in- 18 Jésus, brochés 7 IV,
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ses actes. 6 vol. in-8, brochés -i") (V.
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Guij^niaut, vicomte de Rougé, Ch. Lenormant, Naudet, Caussin de Perceval,
F. de Saulcy, Paulin Paris). 2 vol. in-l8 jésus, brochés 7 fr.
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MF
H. WALLON
NKMDRK riR I. INSTITUT
LA RÉVOLUTION DU 31 MAI
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LE FEDERALISME
EN 1793
ou
LA FRANCE VAINCUE
PAR LA COMMUNE DE PARIS
TOME SECOND
PARIS
LIBRAIRIE HACHETTE ET C'
711, liOULEVAIiU SAI^T-GKRMAl^, 7.1
1886
i>roil« <ie propriété e* d* ir«'iuctioii ré&ervA*
-^K
LA
RÉVOLUTION DU 31 MAI
ET LE FÉDÉRALISME EN 1795
DEUXIEME PARTIE
(SUITE)
LE FÉDÉRALISME EN 1795
CHAPITRE VI
L\ VENDÉE ET LE BASSIX INFÉRIEUR DE LA. LOIRE
I
Vendée et Deux-Sèvres.
Entre le groupe de la Normandie et de la Bretagne et
le groupe non moins importantde Bordeaux, il y avait la
Vendée et les départements du voisinage.
Le Bas-Poitou, comprenant les deux départements des
Deux-Sèvres et de la Vendée, s'élait, comme la Breta-
gne, senti blessé par la persécution religieuse et n'avait
pas vu plus volontiers la révolution du 10 août. Toute-
lois, comme en Bretagne, les administrations des dépar-
liKVlJI. Ht jl JIM. Il — 1
2 PART. IF, CHAP. Vf. BASSIN INFÉRIEUR DE LA LOIRE.
lemenls, des districts et des principales villes élaient
devenues républicaines, sans en être pour cela moins
hostiles aux factieux. La ville des Sables-d'Olonne,
écrivant à la Convention dans les premiers jours de
janvier, ne trouvait pas de formule de malédiction trop
énergique contre celui qui était réputé le coryphée de
l'anarchie :
Périsse le monstre qui, dans le sanctuaire des lois, a dit à
la tribune que Duniouriez n'avait donné la bataille de Jeni-
mapcs que pour faire massacrer le bataillon de Paris. Jusques
à quand, Marat, profaneras-tu ainsi le teuqjle de la liberté, et
jusques à quand, nouveau Catilina, abuseras-tu impunément
de notre patience?
Nous nous résumons, législateurs, en vous demandant que
le décret d'accusation soit lancé contre Maral et ses adhé-
rents'.
Vers la même date (16 janvier) le directoire du dé-
partement des Deux-Sèvres écrivait :
Le peuple français est resté longtemps spectateur de la
lutte indécente qui s'est établie entre une poignée d'anar-
chistes et les délégués du souverain.
Sa volonté est de maintenir la paix à l'intérieur, d'éviter
k guerre civile que les Marat, les Robespierre et tous ceux de
leur culte appellent sur nous.
Sa volonté est de jouir de la Révolution, de l'achever pour
lui, pour l'univers, pour la postérité.
1. 9 janvier 179"). Aicliives nationales, D xl § 4, carton 23, dossier Vendée
Et le 15 avril : « La tête du traitrc Capet est tombée sous le glaive de la loi.
Ce colosse liideux du despotisme, etc. Nous vous eu remercions. »
« C'est environnés des brig.inds dont les beuglements horribles font entendre
jusqu'à nous les cris de Vive Louis XVII que la Société des Amis de la liberlé
et de l'égalité des Sables vous lait le serment de combattre jusqu'à la mort les
scélérats qui veulent un niaitre. » — Adresse analogue de la Société des Amis
de la liberté de Frontenai (ô lévrier) : « Vous venez de venger la patrie; hydre
écrasée et maintenant sainte union ! » (Ibid.)
I. VENDEE ET DEUX-SEVRES. 5
Et, peu de jours après, le conseil général envoyait à
tous les départements cette adresse :
Le trône a été renversé Le tyran lui-même, ce scélérat
couronné qui le 10 août comptait froidement ses victimes,...
le tyran n'est plus.
Cependant le despotisme et la tyrannie, loin de s'être noyés
dans ce sang impur, agitent plus fortement leurs chaînes. Une
faction impie déchire le sein de la Répuhlique
Citoyens, il faut vous le dire, une foule d'étrangers soudoyés,
les hommes du 2 septembre se sont emparés des sections de
Paris; à l'aspect du sang dont ils dégouttent encore, les bons
citoyens ont reculé d'effroi et leur ont abandonné les
affaires communes. Ces brigands insatiables de carnaffe
remplissent les places et les lieux publics, et, après y avoir
prêché la désobéissance aux lois et l'insurrection et appelé
la mort sur les plus éclairés et les plus patriotes de nos
représentants, ils assiègent les tribunes de la Convention, et
là ils ont l'audace d'interrompre, d'injurier, de menacer ceux
qui ont le courage de résister à leurs volontés Paris est le
foyer de toutes les intrigues et le séjour du crime, et cette
vdle, le berceau de la liberté, est sur le point d'en devenir le
tombeau. Paris enfin est un volcan prêt à engloutir nos
représentants.
Citoyens, aprè^ tant de sacrifices faits à la Révolution, à
la veille de jouir de ses bienfaits, sera-t-il dit que nous nous
en laisserions frustrer par cette faction désorganisatrice?...
Venez, enfants de la patrie; réunissez-vous à vos frères de
Paris et des départements qui vous attendent ; allez arracher
vos représentants au fer des assassins; sauvez-les, sauvez la
liberté, ou périssez tous ensemble —
Si vous succombiez,... un devoir sacré nous serait imposé,
celui de vous venger. Nous vous jurons de le remplir ;
levez-vous donc et marchez.
Signé : Poupard, président, etc.
Cotte adresse était suivie d'un arrêté qui établissait
4 PART. II, CHAP. VI. BASSIN INFÉRIEUR DE LA LOIRE.
une force départementale, avec des considérants qui en
marquaient la raison et l'objet :
Le conseil du département des Deux-Sèvres :
1° Considérant que la ville de Paris contient des monuments
et des dépôts publics dont la conservation intéresse toute la
République, à qui ils appartiennent;
'2° Considérant que l'objet le plus sacré, le dépôt le plus
précieux pour la République est la Convention nationale;
5" Considérant que ses membres sont sans cesse outragés,
menacés de perdre la vie; qu'ils ne sont pas libres dans leurs
délibérations ;...
8° Considérant que plusieurs départements ont déjà exécuté
les mesures projetées par celui des Deux-Sèvres, en envoyant
à Paris une partie de leur force publique pour fraterniser avec
les citoyens de cette ville, les aider à contenir les anarchistes
et à assurer la liberté des opinions de nos représentants ;
9° Considérant enfin que cette mesure salutaire est auto-
risée par un décret de la Convention, a arrêté, etc.*.
La mort du roi, qui trouva, môme en Vendée, des
Jacobins pour la demander, pour y applaudir', mit le
comble à l'irritation dans les campagnes, et quand on
voulut opérer, là comme ailleurs, la levée des
500 000 hommes, la guerre civile éclata. Nous ne la si-
gnalons ici que pour dire combien ces départements
demeurèrent étrangers, dès lors, à cette lutte des Giron-
dins et des Montagnards qui aboutit à la révolution du
51 mai. On voit pourtant, après le 51 mai, le conseil
général du département des Deux-Sèvres recevoir une
députation de Bordeaux (14 juin), prendre connaissance
1. Extrait des registres des délibérations du conseil général du département
des I)eux-Sèvres, en permanence (placard). Je l'ai leirouvé aux Aicliivcs des
dùparlemenls de l'Eure et de Seine-el-Oise. Cf. lUcliard, Histoire dis Deiix-
Sriics sous la Coiistituanle, etc., t. I, p. 165 et suiv.
2. Voyez la note I aux Appendices.
I. VENDEE ET DEUX-SEVIŒS. 5
(îo l'arrêté de la commission populaire de salut public
de la Gironde et rédiger une adresse dans le même sens :
La mesure est comblée, etc. '.
Mais la vraie lutte n'était pas sur ce terrain. Ce n'était
pas contre le fédéralisme qu'il fallait envoyer les armées
dans les Deux-Sèvres ou dans la Vendée. Ce ne fut pas
non plus seulement par la force que l'on essaya de les
reconquérir, et nous trouvons ici un trait qui caracté-
rise bien Garât.
Avec sa foi dans la philosophie et dans la vertu de
l'instruction publique, il avait envoyé partout des obser-
vateurs pour éclairer le peuple en même temps que le
renseigner lui-même. Il en avait un en Vendée, à la suite
des armées : les armées triompheraient des hommes ;
lui, Garât, des préjugés, et le triomphe serait durable.
Celui qui fut expédié en Vendée était bien de la même
pâte que son ministre. C'était « du Garât tout pur »,
comme aurait dit l'agent Dutard. Ses rapports ont un
caractère d'originalité qui justifiera quelques citations.
Le premier, daté de Meung-siir-Loire, oO juin, explique
les circonstances qui ont retardé son voyage en Vendée :
Pour mieux juger les départements livrés aux discussions
qui agitent ma triste patrie, j'ai cru nécessaire de com-
mencer mes observations dans les lieux voisins, demeurés
paisibles observateurs des lois dont on accuse la nouveauté
comme la principale source de la guerre civile.
Ce besoin de chercher des points de comparaison m'a
obligé de séjourner assez longtemps dans les départements
du Loiret, de Cher-et-Loir, d'Indre-et-Loire, particulièrement
dans les villages et les maisons d'éducation où je connoissois
des hommes dont la philosophie pouvait aider la mienne.
i. Archives nationales, AF ii, carton 45. dossier 154, n»' 74, 70 et 77.
6 PART. II, CHAP. VI. BASSIN INFÉRIEUR DE LA LOIRE.
Mon voyage ainsi prolongé, je n'ai pu me préparer à sortir
de Tours qu'au moment où cette ville, devenue ville de
guerre, m'a bien fait sentir que ma mission purement philo-
sophique ne pouYoit atteindre son but.
Il paraît qu'il y l'ut bûtonné. Il dit dans une note :
C'est mon air étranger à la guerre et non pas mon air
étranger qui a réuni autour de moi la foule et la soldatesque
tourangelle qui me força, avec des arguments très frappants ,
d'aller me faire reconnaître au comité de surveillance —
Je jurai de n'arriver à la Vendée qu'avec la victoire!
C'était plus sûr.
Ces faibles observations, continue-t-il, citoyen ministre, en
vous donnant une idée moins haute de mon courage que de
ma prudence, vous témoignent assez que mon retour ici
n'est que la suite nécessaire des circonstances et que je ne
dois repartir pour ma destination qu'après avoir attendu vos
ordres ou des nouvelles de notre supériorité dans la Vendée.
Je suis avec l'estime bien sentie et l'amitié la plus vive
dans sa vieillesse,
Citoyen ministre,
Pierre Petiot'.
Nous l'avions laissé à Meung. Le 5 août, il est à la
Rochelle : on peut être certain que, pour y arriver, il
n'a point passé par le pays où l'on se bat, quoi que ce
pays soit le principal objet de sa mission :
Enfin, dit-il, me voici à la Rochelle et c'est en arrivant
dans une ville de guerre que je trouve le calme nécessaire
pour bien observer et la sûreté essentielle à la communica-
tion de mes pensées.
« Nous sommes ici tranquilles, disent les Rochellois,
1. Ailleurs il si^me : « Je suis pour la vie, Pierre Petiot! — toujours Petiot!
Petiot for ever! » (Archives nationales, V i' 551, dossier Petiot,)
i. VENDEE ET DEUX-SEVRES. 7
parce que nos fortifications en bon état nous promettent que
nous serons les derniers attaqués et les mieux défendus. »
J'ai trop voyagé loin des rebelles et des ennemis du de-
hors et j'ai trop vu de départements agités pour croire que
ce repos des Rochellois tienne à leurs murs, etc.*.
Et toute la correspondance est dans ce langage de
Joseph Prud'homme.
On serait tenté de croire que Garât avait envoyé là
son vieil ami parce qu'il n'y avait rien à y faire.
Il donne cependant sur l'état du pays et sur l'armée
des renseignements qui ne sont pas sans intérêt pour
l'histoire de cette triste guerre. Il ne ménage pas beau-
coup plus les volontaires parisiens en exercice que ne le
faisait à Paris son collègueDutard qui lesvoyait s'enrôler*.
Il parle d'un bataillon de Paris qui a brûlé les métairies
et tué les paysans, à la grande indignation de l'armée ^
Il appelle l'attention du ministre sur le malheureux état
de cette région*. Il voit poindre l'idée de palatinatiser
le pays. Il compte, pour qu'on ait de vrais soldats, sur
l'arrivée des garnisons de Mayence et de Valenciennes" ;
et un peu plus tard il s'inquiète du genre de troupes
qu'on a laissé aux Sables-d'Olonne (13 septembre) :
Enfin le tocsin a sonné et tout le monde est parti. Il ne
reste ici que quelques vieux matelots pour la pêche et quelques
1. Il dit en post-scriptum : « Je serai aux Sables-d'Olonne cette semaine et
les trois suivantes; c'est là que j'attendrai vos ordres ministériels et vos conseils
particuliers avec les secour> du fisqite. Mes voyages ont épuisé mes fonds», etc.
2. Voyez la Terreur, t. I, p. 80 et suiv.
3 Lettre du 25 août, Arciiives nntionales, même dossier.
4. 29 août. « Je ne sais pas si vous serez d'avis que ma mission me soit con-
servée, mais ce que je sais bien, c'est que les malheurs de ce département sont
tels, qu'ils exigent de vous une attention particulière, par exemple l'attention
d'un observateur qui n'ait pas l'habitude de voir comme les autres et qui ait le
courage de vous montrer la vérité. » (Archives nationales, ilnd.)
5. Même lettre, ihid.
8 PART. II, CIIÂP. VI. BASSIN INTÉRIEUR DE LA LOIRE.
vieux citoyens qui accompagnent tant bien que mal le
bataillon qui forme la garnison, bataillon composé des héros
de cinq cents livres, dit des cinq sections réunies.
On a proposé au général de faire partir aussi ce bataillon ;
le général a répondu que ce bataillon, déjà renvoyé de l'armée
où il mettoit le désordre, ne pouvoit qu'y nuire. 11 me semble
que des hommes aussi dangereux ne devroient pas être
dépositaires d'une des clefs de la République ^
Quant à l'objet spécial de sa mission, il désespère de
l'atteindre (2 octobre) :
Il y a longtemps que j'écris que les besoins de la guerre
sont tels ici, qu'il est impossible de s'y occuper d'autre chose
et de remplir les objets particuliers de ma mission, qui
demandent la paix et des esprits et des hommes que des
circonstances trop fortes n'éloignent pas de tout ce qui tient
à l'amélioralion de l'instruction.
Cependant j'ai promis de rester encore le temps nécessaire
pour avoir des ordres, parce qu'enfin j'ai été utile et que mon
courage à dire ce que les autres taisent peut me rendre
encore utile.
Ne lui refusons pas ce courage-là.
Un autre remède sur lequel comptait Garât, c'était la
Constitution : non pas celle qu'il avait attendue des Gi-
rondins, mais celle qu'il avait reçue des Montagnards;
et ses agents dans les départements s'en étaient faits les
colporteurs. Un d'eux, Bodson, en mission dans les
départements de Maine-et-Loire et de Loire-Inférieure,
écrivait d'Angers, le 15 juillet, qu'il se proposait de
l'envoyer jusqu'au milieu de l'armée des rebelles^
1. Une noie du 21 septembre, ajoutée à cette lettre, rappelle qu'on lui a notifié
le décret du 23 août qui met (in aux miî.sions des observateurs : — décret lap-
porté, il est vrai, et de nouvelles autorisations sont possibles; mais on ne lui
renouvelle pas ses pouvoirs. (Ibid.)
2. .\rcluvps nationales, F i» .%0. Le 27, il écrit de Saumur que, les rebelles
I. VENDÉK ET DEUX-SÈYRES. 0
Parlant, lui aussi, de la guerre, il décharge un peu
les volontaires, mais pour charger terriblement les
généraux :
Si l'on considère la conduite qu'ont tenue dans différents
événements qui se sont succédé les chefs de nos armées, on
ne peut se dissimuler qu'ils ont un intérêt particulier qui
les détermine à prolonger cette guerre où nous aurions pu
(quoique l'on jette toujours les fautes sur les volontaires, qui
s en doute n'en sont pas exempts) obtenir des succès, s'il y
avait eu de la bonne volonté et de l'ensemble dans les opéra-
tions des chefs ; l'envie de se perpétuer plus longtemps dans
des places dont les émoluments sont lucratifs, l'orgueil,
r/iambition qui concourt avec peinwe au succès des autres,
ont été aussi les principales causes, etc.
Et dans son rapport do 14 août :
Qui pourra voir, par exemple, sans témoigner son mécon-
tentement, des généraux et autres agents qui se disent sans-
culottes et qui rappellent aux yeux de tous les citoyens les
abus de l'ancien régime, traînant après eux, jusqu'au milieu
des armées, une suite somptueuse de femmes, des enfants,
des valets. J'ai vu un général sortir de Saumur pour rejoindre
l'armée, non seulement suivi d'un brillant état-major et
d'une cavalcade nombreuse, mais d'une voiture à six chevaux
pour sa femme, accompagnée d'une forte cavalerie. C'est
ainsi qu'on distrait une partie de nos meilleures troupes, qui
sont nécessaires aux combats, pour des gardes individuelles,
et, quand il arrive des déroutes, trop fréquentes dans cette
malheureuse guerre, les chefs sont plus occupés de sauver
tout cet attirail inutile que de faire une retraite avantageuse;
les chevaux sont souvent employés à traîner leurs superfluités ;
n'ayant tenté aucune nouvelle attaque depuis notre dernière déroute, le bruit
court qu'ils sont retournés chez eux pour faire la moisson. Il est donc revenu
à Saumur pour répundre sur la rive gauche de la Loire l'acte constitutionnel,
« qui a été, ajoute-t-il, accepte par toutes les communes, excepté par celles qui
sont insurgées et celles que les rebelles «Mcupent de trop près ».
tO PART. II, CHAP. M. BASSIN INFÉRIEUR DE LA LOIRE.
les baffasres et les munitions sont abandonnés à l'ennemi.
C'est ainsi que les réclamations du soldat et l'opinion générale
semblent s'accorder sur ce que, dans plusieurs affaires, on
ne vit aucun des principaux chefs. C'est ainsi que, lors de la
dernière déroute du pont de Ce, le 26 juillet, les généraux
furent surpris lorsqu'ils étaient à table avec des femmes au
château Gonvilliers, etc.'.
Philippeaux n'en dit pas davantage pour s'attirer la
haine des hommes qui l'envoyèrent avec Danton à l'écha-
faud.
Et cependant on ne croyait pas tout perdu, mais on se
contentait de peu de chose. Gossuin, dans son rapport
sur l'acceptation de la Constitution (9 août), écrit :
Quant au département de la Vendée, il n'est pas entière-
ment gangrené; les patriotes échappés à la fureur des bri-
gands se sont ralliés. Votre commission a connaissance que
vingt et une assemblées primaires y ont eu lieu ; elles ont
voté à l'unanimité l'acceptation de la Constitution ^
Vingt et une ! c'était loin d'être la Vendée.
II
Maine-et-Loire.
L'agent Bodson opérait sur les lisières de la Vendée
et notamment dans le département de Maine-et-Loire.
Ce département, dans son administration du moins,
n'était pas royaliste. Son directoire écrivait à la Con-
vention, au cours du procès de Louis XVI :
Législateurs, jugez Louis Capet. Que la foudre frappe le
tyran qui voulut saper les fondements de l'État'" !
1. Note II aux Appendices.
2. Moniteur du 12 août 1795, I. XVII, p. 563.
5. Séance du 51 décembre, Moniteur Au 5 janvier 1795, I. W, p. 21.
II. MÂINE-ET-LOlRE. H
Mais il n'était pas non plus jacobin. Il avait offert à
la Convention son concours pour réprimer l'anarchie.
11 lui écrivait le 9 janvier :
Le peuple franç-ais vous a confié le soin de son bonheur
et de sa gloire. Pour opérer Tun, pour faire respecter l'autre,
vous êtes armés de toute la force du peuple. Il en est temps
enfin : faites-lui justice des factieux qui vous tourmentent.
Ne muselerez-vous pas ces hommes féroces qui, le 2 sep-
tembre, mirent la patrie en sang et qui, si vous n'imposez
un terme à leur aveugle rage, finiront par vous dévorer,
vous l'État, et par s'entre-dévorer eux-mêmes?
Qu'attendez-vous?... des forces pour appuyer vos résolu-
tions? Dites un mot, nos frères sont debout et leurs bras
sont armés C'est à vous d'écraser tous ces reptiles' —
Ils ne s'en tinrent pas à cette adresse. Le 18 janvier,
ils adoptèrent à l'unanimité la proposition d'envoyer à
Paris une force départementale. L'arrêté la composait
de quatre cent onze gardes nationaux, en tout cinq
compagnies, dont une de canonniers, qui, le 29, de-
vaient être réunis à Angers ^ Le 19, on fit la réflexion
que les canonniers devaient avoir des canons, et on leur
en alloua deux^ Ce fut la ville qui, bien qu'en les
regrettant, en fit le sacrifice (29 janvier*). Mais elle
n'eut point à les fournir. Le 31, le conseil du départe-
ment licencia les volontaires qui s'étaient présentés,
pour ces motifs, au moins assez étranges :
1. Imprimé et conservé clans les minutes des procès- verbaux des séances du
conseil général du département de Miiine-et-Loire (Archives du département
de Maine-et-Loire). L'original est aux Archives nationales, D XL § 4, carton 21,
dossier Maine-et-Loire.
2. Voyez la note III aux Appendices.
5. Archives dép.irtementales de Maine-et-Loire. Procès-verbaux des délibéra-
lions du conseil général du déparlement, à la date.
4. Archives municipales d'Angers. Registre des délibérations du conseil général
de la commune, f" 113.
12 PART. II, CHAI'. VI. BASSIN LNFÉHIEUH DE LA LOIRE
Le conseil général, considérant que depuis la mort de
Louis Capet, dernier roi des Français, le calme paraît réta-
bli, que les séances de la Convention ne sont plus troublées,
qu'il y a lieu de croire que cet état de choses sera durable ;
Considérant que les mesures que la Convention nationale
a prises pour assurer sa tranquillité, en ordonnant que les
scélérats du 2 septembre seraient recherchés et punis, présen-
tent les motifs les plus consolants pour les bons citoyens,
les plus propres à effrayer les factieux, déjouer leurs trames
et déconcerter leurs projets liberticides :
Le conseil général invite les citoyens qui se sont rendus
en cette ville à rentrer dans leurs foyers ^
Les sympathies du département n'en restaient pas
moins toutes girondines; il le prouva parla vivacité
avec laquelle il poursuivit l'homme qui, au ministère
de la Guerre, représentait, au grand dommage de la
France, le parti montagnard. Le 19 janvier, entre la
condamnation et l'exécution de Louis XVI, il écrivait à
la Convention :
Le glaive de la loi, longtemps suspendu sur la tète du plus
lâche et du plus vil des conspirateurs (Louis XYI!), va l'at-
teindre enfin. Mais les scélérats subalternes, mais les désor-
ganisateurs resteront-ils impunis?...
C'est Pache qui est le coryphée de ces désorganisa-
teurs, de ces scélérats; et ce réquisitoire, long et acca-
blant, se continue plusieurs pages avec une implacable
furie'. Par contre, lorsque Pétion donna sa démission,
1. Archives du dépirlemeiU de Maine-et-Loire. Procès-verbaux des délibéra-
tions du conseil du département, à la date.
2. On y revient encore dans une adresse du 18 février : « Et Pache dont
l'insouciance a lait périr de nii-ère une si grande quantité de nos Irères darnics,
l'dche, qui a désorganisé nos armées », elc. Et la ville de Paris ajoutait à l'irrita-
tion par ses privilèges : « Pounjuoi le prix du pain n'est-il pas le même à Paris
qu'ailleurs.' l'ienez garde que cette ville, qui ne paie pas ses impositions, en
II. MAINE-ET-LOIKE. 15
ils écrivent à la Convention, ils lui écrivent à lui-
même, pour lui donner un témoignage éclatant de leur
estime*.
Le conseil départemental de Maine-et-Loire ne tarda
pas à revenir de sa confiance dans le calme qui, à
son avis, devait suivre la mort de Louis XVL Mais il
fut alors dominé par d'autres soucis : les Vendéens, qui
ne partageaient pas ses sentiments sur le jugement du
roi, s'étaient soulevés. C'est à Cholet, dans le départe-
ment même, qu'ils avaient débuté par un coup d'éclat
(14 mars), et, depuis, toutes les villes avaient à craindre
l'apparition de ces troupes improvisées qu'on voulait
flétrir, mais dont ne diminuait pas la terreur, en les
appelant brigands. Les procès- verbaux des séances du
département en mars, avril et mai' sont remplis d'appels
aux armes émanant du conseil et des représentants
que la Convention avait délégués en toute hâte. Les
représentants, qui formaient un comité central, sié-
geaient ou à Tours ou à Angers, selon les circonstances,
et ce n'était pas toujours sans froissement avec les con-
seils, dont l'appui leur était pourtant si nécessaire \
faveur de laquelle vous faites journelleiuent de grands sacrifices, n'entraîne la
perle de la République » (Archives nationales, D xl § 4, carton 21, dossier
Maine-et-Loire) : allusion à un décret du 7 février qui autorisait la ville de
Paris à prélever 4 millions sur les impositions publiques, pour abaisser le prix
du pain. {Moniteur du 10 lévrier, t. W, p. 202-204, cf. 27 février, p. 500.)
1. Archives nationales, D xl ï; 4, carton 21. dossier Maine-et-Loire.
2. Ces procès-verbaux, déposés aux Archives du déparlement, sont malheureu-
sement incomplets; une partie a été recopiée en cahiers, dont les pages ne sont
ni cotées ni paraphées; une autre est resiée en minutes.
3. 4 mai. « Un membre a fait lecture d'un imprimé joint au n° 71 des Affiches
d'Angers, ayant pour litre : Lettre du citoyen Choudieu, commissaire de la
Convention nationale, en réponse à l'adresse présentée à la Convention par un
député extraordinaire de Maine-et-Loire. »
Il a été arrêté qu'il serait inséré, dans le n" 72 des mêmes Affiches, quelques
rcllexions au nom des trois corps administratifs.
« Les membres des conseils généraux du département de Maine-et-Loire [etj
I i PART. II, CIIAP. VI. BASSIN INFERIEUR DE LA LOIRE.
Les conseils ne se trouvaient pas mienx des volontaires
à cinq cents livres, et à trente sous par jour, qu'on leur
envoyait de Paris. Les représentants ayant pris le 3 mai
un arrêté pour ramener la solde à des conditions plus
raisonnables, il y eut un véritable soulèvement. Ré-
duire la solde à vingt sous par jour! C'est un môme
cri dans l'armée de Saumur et dans celle de Doué.
On refuse d'obéir aux chefs, on veut mettre bas les
armes ; on le dit publiquement et on l'exécute sur
place : et il faut que le conseil, proclamant que le salul
de la République est la première loi, « arrête que provisoi-
rement... la solde sera comme par le passé ». (9 mai*.)
Ni les représentants, ni les soldats, ni les généraux
en faveur, comme Santerre, n'étaient hommes à faire
estimer beaucoup le parti qui menaçait de s'imposer à
la Convention. Aussi, même au milieu de ces alarmes,
les habitants d'Angers tentèrent un dernier effort pour
s'en défendre. Le 20 mai, cent cinquante citoyens deman-
dèrent à la municipalité la permission « de se réunir
dans leurs sections pour exprimer à la Convention na-
tionale leur vœu fortement prononcé d'avoir prompte-
ment une constitution républicaine » ; et le 29, dans une
réunion où les citoyens des trois districts occupés alors
par les Yendéens avaient été admis, on arrêta une
adresse^ pour demander, en même temps, à TAssem-
tlu tlislricl d'Angers, loris de leur conscience, ... ne répondront pas à la letlre du
i" mai, jointe au n" 71.
« Ce qui est énoncé dans l'adresse présentée à la Convention nationale, au nom
des trois corps administratifs réunis, par leur commissaire, consiste en laits que
leurs concitoyens connaissent; ils les laissent juges de leur conduite. » (Archives
de Maine-et-Loire. Procès-verbaux des séances du conseil général du départe-
ment, à la date du 4 mai.)
1. Arcliives de Maine-et-Loire. Procè.s-verbaux des séances du conseil général
du <lépartemonl, à la date.
'2. On a celte adres.se, im|)riniée le 7)0 juin à Angers.
II. MAINE-ET-LOIRE. 15
blée souveraine « de faire cesser les dissensions qui
déshonorent la Convention et terrasser l'hydre de l'a-
narchie' »; et ils nommèrent deux commissaires pour
la porter à Paris. C'est l'adresse qui fut lue à la Conven-
tion le 6 juin et qui fut accueillie par les huées des
tribunes, non sans péril pour les délégués à la sortie.
Entre le vote de la pétition et leur arrivée, la révolution
en effet s'était accomplie, et avant leur retour la ville
d'Angers était tombée aux mains des Vendéens.
Cette occupation, qui ne pouvait être que passagère,
aida à faire oublier la démarche dans laquelle les prin-
cipaux citoyens de la ville s'étaient compromis. Ils
s'étaient retirés devant les Vendéens, preuve qu'ils ne
pactisaient point avec eux, comme on le disait volontiers
des fédéralistes. Les Vendéens partis, et bientôt refoulés
sur la rive gauche de la Loire à la suite de leur échec
devant Nantes ('29 juin), l'ancienne administration se
réinstalla et se hâta, par une proclamation, d'appeler tous
les habitants à s'unir, comme les derniers événements en
avaient fait senlir le besoin\ On annonçait la Constitu-
tion; elle arriva le 16 juillet, et l'on arrêta qu'on ferait
le lendemain 17 une grande fête pour la proclamer;
les assemblées primaires étaient convoquées au 21 pour
raccepter. La fêle s'accomplit avec les cérémonies ordi-
naires, discours, processions, chants patriotiques, il-
luminations. Bien difficiles eussent été les assemblées
primaires si, après tout cela, elles avaient répondu par
un non !
1. C'est ainsi que l'a résumée le procès-verbal du conseil général (.le la
commune, à la date du i'=''juin. — On passe ensuite du 8 juin au 4 juillet, sans
lacune dans les pages (i'"» 177-178); c'est le temps de l'occupation d'Angers par
les Vendéens.
2. Voyez la note lY aux Appendices.
l(i PART. II, CIIAP. YI. BASSIN INFÉRIEUR DE LA LOIRE.
Le récit de la fêle est raconté fort laconiquement
dans le registre de la commune d'Angers. Un acte
officiel, qui avait précédé de quelques jours, pouvait
jeter du froid dans cette publique allégresse : je veux
parler d'un arrêté des représentants du peuple, en date
du 10 juillet, sous la rubrique la République ou la mort,
portant institution d'un comité de surveillance révo-
lutionnaire, avec cet avis significatif:
Les représentants du peuple près l'armée des côtes de la
Rochelle, réunis en commission centrale à Angers,
Informés que plusieurs particuliers de la ville d'Angers
ont entretenu et entretiennent encore des intelligences avec
les rebelles
C'était la mort pour ceux qui étaient suspects de ne
pas aimer la République. Ce comité devait préparer la
besogne aux commissions militaires qui allaient ensan-
glanter le pays*.
On ne se trompe donc guère en disant que l'admi-
nistration de Maine-et-Loire accepta la Constitution sans
enthousiasme. L'agent Bodson apprécie assez bien la
situation quand il écrit (14 août 1795) :
La Constitution a été acceptée dans toutes les communes
de ce département qui ne sont pas occupées par les rebelles
Les habitants de ces départements ne paraissent pourtant
pas trop goûter les principes sévères du républicanisme ; ils
paraissent fatigués des troubles de la Vendée et ils soupirent
avidement après la paix.
11 ajoute, reprenant son thème sur les généraux de
l'espèce des Ronsin, des Sanlcire et des Rossignol :
I. Ariliivo> iminiciiialcs d'Aiijiers. Hegislic des cléliljcralkuis ilu conseil ^c-
iiéial de la i;oiiiii)uiie, à la dalc du U) juillel, i' !><!.
III. INDRE-ET-LOIRE. 17
S'ils ont paru pendant quelque temps indisposés contre la
Révolution du 51 mai, la faute en est à certains patriotes
effervescents qu'on a envoyés dans ces contrées, qui, loin de
s'appliquer à ramener le peuple par des voies de douceur,
n'ont fait que l'aigrir par un excès de zèle*.
En somme, le déparlement suivit désormais l'impul-
sion de Paris. Quand les Vendéens se représentèrent,
après leur tentative manquée contre Granville, Angers
cette fois sut défendre ses portes, et Julien put, dans
son rapport, leur promettre l'amnistie : ce La nation
vous pardonne un moment d'erreur' ».
III
Iiidrc-ct-Loire.
L'histoire d'Angers se reproduit à Tours et dans la
Touraine. Mais le conseil général d'Indre-et-Loire est
d'abord tout à la défense de la Convention contre les
factieux. Il vote une force armée qui doit se mettre à
sa disposition à son premier signal. 11 ouvre des regis-
tres d'enrôlement (10 janvier^). Mais la Vendée se sou-
lève : il faut songer au plus pressant péril. C'est tou-
jours sur la Convention que l'on s'appuie; et on lui
renouvelle les protestations d'une confiance absolue
(6 avril, 24 avriP). Même le représentant Tallien, délé-
1. Archives nationales, F i' 550. Il ajoute : a Le luxe et l'attirail de nos géné-
raux de 11 Vendée ne peut être que très pernicieux à l'armée. Dans une déroute,
ils clierclient plutôt à sauver leurs bagages que leurs munitions », etc.
2. Rapport, p. 160.
3. Voyez sur cet arrêté du 10 janvier 1793 la note V aux Appendices.
4. 6 avril. «Le conseil général, considérant que la défiance est la première
vertu des républicains, que cette vertu devient un besoin au moment où les
trahisons éclatent de toutes parts, où la liberté naissante est menacée, non seiile-
nÉVOL. DU 51 MAI. Il — 2
18 PART. II, CIIAP. VI. BASSIN INFÉRIEUR DE LA LOIRE,
gué pour la levée des 300 000 hommes, ayant annoncé
qu'il était rappelé, le conseil demande à le garder
(5 mai). Il élait du pays : à ce titre on le préférait
peut-être à d'autres.
Le département n'était pouitant pas indifférent à ces
agitations de l'Assemblée qui pouvaient avoir un contre-
coup funeste dans la lutte engagée sur la Loire. Les
sociétés populaires s'occupaient tout particulièrement de
la question : à Cliâleau-Chinon, par exemple (10 mai),
à Loches (fin de mai); plusieurs, il faut le dire, dans
un sens peu favorable à la Gironde. La société des Amis
de la liberté et de l'égalité de Tours faisait, le 9 avril,
une charge à fond pour la cause des Montagnards :
Le peuple ne voit reposer son salut que sur cette sainte
Montagne.
Hàtez-vous de la recompléter cette iMontagne de salut;
hâtez-vous de rappeler à son sommet les patriotes qui l'ont
quittée par vos ordres (les représentants en mission), et si
vous voulez que l'esprit public des départements ne souffre
pas de ce rappel, envoyez à vos frères de toutes ces contrées
de la République des sans-culottes parisiens ou marseillais
lies Maîseillais gardaient encore leur réputation] et chargez-
les de patriotiser nos villes et nos cajnpagnes. Chargez-les
d'éclaircir et de diriger, par les maximes du républicanisiric,
le scrutin populaire auquel il est urgent que vous soumettiez
tous les fonctionnaires civils et militaires. Enfin, et c'est
de là surtout que dépend aujourd'hui la sûreté publique, le
ment par les tyrans coalisés contre elle, mais encore par ceux qui, sous le masque
de palriotisnie, s'en élaienl montrés les plus ardents dél'enscurs »... — Deux coin-
niissaircs sont envoyés à la Convention et au Comité de i-ùrclé générale, pour
leur donner et en recevoir tous rcnseipiicmcnls, et les « assurer de sa Terme
résolution de se rallier autour d'elle et de l'environner d'une conliaiice sans
bornes dans tous les dangers de la p.itric ». (Ardiives du département d'Indre-et-
Loire. Délibérations du conseil général du dépailcment, L, 0, l" 77.) — Il y a
une lacune dîuis la suite des séances, du 5 décembre 1792 au 18 mars 1795.
III. INDRE-ET-LOIRE. 19
salut des Français, ne souffrez plus que dos traîtres pronon-
cent parmi vous sur les destinées de la France. Il est temps
que les protecteurs deCapet, que ceux qui ont voulu, par un
appel perfide, troubler la nation pour sauver le tyran, que
les complices de Dumouriez, que les intrigants Rollandistes,
les Brissot, Guadet, Buzot, Vergniaud, Barbaroux, Louvet,
Salles et tous ceux qui leur ressemblent... soient vomis de
votre seinî
La société des Amis, etc., d'Âmboise (adresse reçue le
21 mai) regardait comme un danger pour la patrie
l'annonce que la Révolution était finie, et elle résumait
ses desiderata en quatre points :
Nous demandons : 1" Que vous déclariez par une loi que la
Révolution est la volonté du peuple français ;
2" Que vous hâtiez l'établissement d'une éducation publique
qui puisse régénérer les mœurs de la nation;
5° Que vous décrétiez incessamment un code pénal révo-
lutionnaire;
4" Que le plan de Constitution soit bientôt arrêté pour être
présenté à la discussion du peuple ^
C'est dire que, lorsque la révolution du 51 mai éclata,
elle trouva des appuis en Touraine. Le district d'Am-
boise se prononça immédiatement. Il envoya sa décla-
ration à Tours; et l'accueil favorable que l'on y fit au
conseil général du département (5 juin) pouvait déjà
faire présumer les résultats des délibérations de ce
conseil ^
1. Archives nationales. D xl § 4, carton 20, dossier /w//'e-e/-Z,o//Y'.
2. « La séance a clé ouverte jiar la lecture li'nii arrêté du district d'Andjoise,
relatif à l'insuireclion qui s'est faite, à Paris, les ")1 mai et 3 de ce mois, ainsi
que d'une adresse à la Convention pour exprimer l'adhésion de ce district aux
grandes mesures qu'elle vient de prendre pour l'anéanti-semcnt de la l'action
criminelle qui menaçait la liljcrté et l'indivisihilité de la Répiihlique.
« Le conseil a applaudi aux sentiments exprimés par le district d'Amhoise, et
sur la motion d'un memhre il a été arrêté que toutes les autorités constituées
20 PART. Il, CIIAP. YI BASSIN INFÉRIEUR DE LA LOIRE.
Ce fut dans rintervalle que le représentant Carra,
un des commissaires près l'armée des côtes de la Ro-
chelle, girondin perdu parmi les montagnards, eut la
pensée d'intervenir en faveur des proscrits et d'en-
traîner le département dans le fédéralisme. Voici comme
en parle le procès-verbal de la séance (8 juin) :
Le citoyen Carra, représentant du peuple, envoyé près
l'armée des côtes de la Rochelle, est entré et a pris place
au bureau.
Il a pris la parole et a dit qu'il croyait convenable que le
département d'Indre-et-Loire imitât l'exemple de beaucoup
d'autres administrations et arrêtât l'envoi d'une force dépar-
tementale; il a ajouté qu'à sou passage à Blois il avait con-
seillé cette mesure sage et prudente au département de Loir-
et-Cher, qui s'était empressé de l'adopter, et qu'il avait lieu
d'espérer que celui d'Indre-et-Loire prendrait le même parti.
Aucun membre n'a appuyé la proposition du citoyen Carra,
l'ordre du jour a été invoqué et arrêté à l'unanimité.
Le citoyen Carra, un peu désappointé, aurait voulu
effacer la trace de cette démarche :
Le citoyen Carra a dit que ce n'était qu'un simple avis
qu'il avait cru devoir donner au conseil, dans le sein duquel
il savait bien qu'il ne pouvait ni ne devait faire de motions;
il a demandé en conséquence qu'il n'en fût fait aucune men-
tion sur les registres.
Mais son espoir fut dégu :
Sur celte proposition le conseil a de nouveau passé à
l'ordre du jour, motivé sur ce que tout ce qui s'agite dans
ses séances doit être consigné au procès-verbal.
seraient convoquées pour demain malin, en séance extraordinaire, afin d'émettre
un vœu sur la nouvelle révolution qui vient de s'opérer. » (Archives du
département d'Indre-et-Loirc. Re{;istre des délibérations du conseil général du
département, à la date du 5 juin.)
llf. INDRE-ET-LOIRE. 21
A la suite de cet incident s'ouvrit la délibération à
laquelle tous les corps avaient été convoqués. Il s'agis-
sait de savoir si l'on ferait une adresse d'adhésion à la
révolution accomplie. Le compte rendu que l'on en
trouve aux registres des séances du conseil général du
département, est d'un grand intérêt. Il donne, pour
les différents corps assemblés (département, district,
municipalités, tribunal criminel, tribunal du district
de Tours, juges de paix, tribunal de commerce), l'avis
individuel de chacun des membres : deux seulement
dans le département se réservent, n'étant pas suffisam-
ment instruits; quelques-uns de plus dans le district
et les municipalités; quelques-uns aussi dans les autres
corps ; mais la plupart adhèrent et plusieurs par des
avis motivés des plus énergiques. Trois membres furent
désignés pour rédiger l'adresse \
Cette adresse ne se trouve pas dans la suite des
procès-verbaux; mais, par le caractère des opinions
exprimées et développées, on peut deviner ce qu'elle dut
être. Cela ne laissait aucun espoir aux départements
qui, à la suite de Carra, tentèrent, par des députations,
d'entraîner l'Indre-et-Loire dans la coalition fédéra-
liste : s'ils l'avaient espéré, l'accueil fait au délégué de
l'Orne eût suffi pour les décourager-.
Malgré cette attitude prononcée, le département ne se
trouva pas plus à l'aise avec les représentants et avec
les forces militaires que la guerre de Vendée y attirait.
Cette commission centrale, que les représentants for-
maient à trois ou quatre, était une Convention au petit
1. Même registre, f"' 21-2i.
2. Voyez sur cette réception la note VI aux Appeinlicc
22 PART. II, CHAP. VI. BASSIN INFÉRIEUR DE LA LOIRE.
pied, beaucoup plus incommode que l'autre. On ne
pouvait pas leur contredire sans qu'ils s'écriassent que
la Convention nationale était avilie; et cependant le
conseil le fit en plusieurs rencontres*.
L'armée aussi était souvent plus un embarras qu'une
défense : c'étaient, dans les premiers temps surtout, des
volontaires parisiens qui prétendaient n'en faire qu'à
leur tête. Le 5 juin, le bataillon du Panthéon, que l'on
voulait conduire à l'ennemi, refusa de partir s'il n'avait
deux pièces de canon. Le commandant vint l'annoncer
au conseil, « avec douleur », disant « que sa troupe
préférait retourner à Paris que de marcher sans ca-
nons à la Vendée ». Le conseil décida que le bataillon
serait invité « à sortir de la ville, soit pour retourner à
Paris, soit pour aller où l'honneur et ses engagements
l'appelaient^ ». On prit un moyen terme : un canonnier
et un volontaire furent envoyés en poste à Paris, pour
demander des canons.
Mais il y avait là un général de Paris, l'ancien général
de la garde nationale parisienne : que faisait-il en face
de ces actes d'indiscipline? Il était malade,... et, aux
yeux du conseil général, fort suspect. Yoici ce qu'on lit
au procès-verbal du 8 juin :
Un membre a dit que les propos désorganisatcurs tenus
publiquement par le général Santerre et son absence dans ce
moment critique devaient faire présumer qu'il entrait pour
beaucoup dans la rébellion que montrait ce bataillon; il a
demandé que le généial Santerre fût appelé sur-le-champ
pour rendre compte de sa conduite.
1. Voyez le rcj^istre des délibérai ious du conseil du département, aux dates
des 20, 26, 28 juin et 3 juillet.
2. Re^-^istic des délibérations du conseil général d'Indre-et-Loire, à la dnto
du 5 juin, f- 17-18.
ni. INDRE-ET-LOIRE. 23
L'adjudant général Mou'in est entré et a annonce que le
général Sanlerre, se trouvant indisposé et obligé de garder
le lit, ne pouvait se rendre à l'invitation du conseil.
Ce n'était pas seulement le bataillon du Panthéon :
Le général Coustard, sorti pour donner des ordres, est rentré
et a dit que la compagnie des canonniers de la section de
la fontaine Grenelle, de passage en cette ville, refusait égale-
ment de partir sans canons.
— Ceux-là pouvaient avoir quelque raison : ils étaient
canonniers. Mais pourquoi étaient-ils venus sans canons?
L'inquiétude fut vive à Tours lorsque les Vendéens,
maîtres de Saumur, passèrent la Loire et s'emparèrent
d'Angers. Iraient-ils droit par la Flèche et le Mans vers
Paris? et, s'ils restaient sur la Loire, descendraient-ils
le fleuve ou le remonteraienl-ils? Ils le descendirent pour
échouer devant Nantes. Mais à Tours on ne pouvait p us
s'occuper que de ce péril. Le 6 juillet arriva l'acte
constitutionnel avec le décret de la Convention pour le
h'we proclamer et accepter. Le conseil, par un arrêté,
décida qu'il serait proclamé le jour même dans la ville.
Avec quel appareil? Il n'y en a point trace au procès-
verbal du lendemain*.
Julien, dans son rapport, reproche bien un peu aux
Tourangeaux leur mollesse proverbiale; mais en somme
il en est assez content : « Le département d'Indre-et-
Loire pourrait avoir pris des mesures un peu plus vigou-
reuses. Il a arrêté de n'envoyer aucun commissaire
dans les autres départements et de n'en pas recevoir.
On lui doit encore la justice d'avoir résolu de refuser le
passage de toute force armée qui ne marcherait pas par
1. Délibérations du conseil général, ù la date, f" 77.
24 PART. II, CHAP. Vf. BASSIN INFÉRIEUR DE LA LOIRE.
les ordres de la Convention. Aussi la Constitution et les
décrets y ont été reçus avec enthousiasme'. »
C'est lui qui le dit.
IV
Loir-et-Cher.
Tous les départements de la Loire parlent d'abord sur
le même ton; tous arriveront à une conclusion que ne
laissaient point entrevoir ces prémisses. Le conseil
général de Loir-et-Cher avait écrit le 12 janvier :
Des factieux se sont introduits dans le temple sacré de la
liberté.
Bientôt, si vous n'y prenez garde, ils établiront leur empire
sur vos divisions.
Bientôt ils représenteront sous vos yeux la scène horrible
des 2 et 5 septembre.
Quoi!... vous ne pouvez soumettre une poignée de fac-
tieux ! . . .
Mais si des malheurs... nous trompaient dans nos espé-
rances,
Si nos ennemis intérieurs assiégeaient le temple de nos
libertés,
Si vos délibérations se trouvaient tellement tumultueuses
que l'on n'y reconnût plus la volonté nationale,
Parlez, citoyens, parlez : les habitants du département
dont nous sommes les organes brûlent de combattre pour la
liberté. Ils voleront à votre secours et ils sacrifieront à la
patrie les enfants dénaturés qui veulent déchirer le sein de
leur mèrc".
1. Rapport, p. 141.
2. Archives nationales, D xl g 4, carton 21. dossier Loir-el-Cher. — Cette
adresse ne se trouve pas flans le registre des délihcrations du conseil général du
IV. LOIR-LT-CHER. 25
Mais à côté des conseils administratifs (département,
district et commune de Blois), qui étaient modérés, il
y avait la société populaire, tout inspirée de l'esprit
jacobin. Le 2 avril, les « républicains de Blois » écri-
vaient aux « mandataires fidèles de la Convention » :
Montagnards, le peuple veut la liberté entière, le peuple
ne composera jamais; le peuple met toutes ses espérances en
vous.
Et le 6 mai :
Établissez dans vos séances un ordre ponctuel. Réprimez
les divagations,... interdisez absolument les inculpations d'un
membre à un autre.
Cela était fort louable, mais par quels moyens vou-
laient-ils établir la paix ?
Un de nos plus grands maux est la circulation des opinions
modérantistes. Arrêtez-la, en établissant pour tout le temps
du danger de la patrie un comité censorial composé de Mon-
tagnards.
La Montagne, c'est en effet l'arbitre suprême :
Nous dirons aux représentants qui ont des intentions
pures : Ralliez-vous à la Montagne. Nous vous disons à tous :
Nous avons fait notre épuration, faites la vôtre \
Tel n'était pas pourtant l'esprit de la majorité des
babitants de Blois. Une adresse signée de plusieurs
d'entre eux, le 17 mai, réclamait, sans plus, la Consti-
tution ; et les administrateurs du département, le 25,
déparlement de Loir-et-Cher, et en voici la cause : il y a une lacune dans le
registre, du 28 novembre au 23 mars. Dans cet intervalle de près de quatre mois,
les procès-verbaux des séances n'ont pns été transcrits; les l"' 45 à 66 sont restés
blancs. (Archives du département de Loir-et-Cher, L 42.)
1. .Archives nationales, même dossier.
2G PART. H, CHAP. VI. BASSIN INFÉRIEUR DE LA LOIRE.
firent un manifeste plus significatif contre les factieux.
Je l'ai cité. Ajoutons-y les considérants, qui en marquent
bien la portée :
Le conseil général du déparlement, considérant que l'état
d'anarchie où se trouve la République est un des plus grands
obstacles au triomphe de la liberté et de l'égalité; considé-
rant que ce n'est que par l'établissement d'une Constitution. . .
que les Français, rendus aux droits primitifs de la nature,
peuvent espérer de recueillir les avantages de la Révolution ;
considérant que le plus sûr moyen de ramener la paix dans
l'intérieur... est de forcer la Convention nationale, par la sa-
gesse des représentations des corps administratifs, de recon-
naître elle-même l'abîme dans lequel elle plonge la France
entière par la futilité de ses discussions orageuses, par les
factions dangereuses qui entretiennent l'anarchie au milieu
d'elle et enfin par le peu d'intérêt qu'elle prend au bonheur
commune... ,
Cela ne prévint pas la révolution. Ce fut alors la
société populaire qui fit son adresse. C'est un chant
de triomphe :
Blois, 5 juin.
Les républicains de Blois à la Convention nationale.
Le vœu des vrais républicains vient d'être comblé. En
expulsant de votre sein les complices de Dumouriez, vous avez
sauvé la République.
Une Constitution libre, une éducation simple, des armes,
et les despotes sont anéantis et tous les peuples sont libres ^
Ce triomphe allait donner une force singulière au
parti qui, dans Blois, maître du comité de surveillance
vu et approuvé par Tallien, tenait en échec les autorités
1. Archives du dôparlomont île Loir-et-Cher. Registre des délibérations du
conseil général du département, n" 8, 1'° 5.
2. Archives nat., D xi, § 4, carton 21, dossier Loir-et-Cher. Le texte donné
par le Moniteur du 11 juin, comme lu à la séance du 9, est un peu modifié
dans la seconde partie (t. XVI, p. m^].
IV. LOIR-ET-CHER. 27
constituées. Ce comité, dans lequel il y avait plusieurs
administrateurs aussi, notamment un curé nommé
Fouchard, ardent comme tout révolutionnaire de son
ordre, se signalait déjà par toutes sortes d'excès et
notamment par les arrestations les plus arbitraires :
Suspects pour lui disait tout. Le conseil général voulut
profiter de la présence à Blois d'un représentant du
peuple pour secouer ce joug : c'était Carra. Carra fut
invité à venir à la séance du conseil le 7 juin. Là on lui
fit le tableau du trouble qui régnait dans la ville, et cela
par l'action despotique du comité de surveillance. On
convint d'une réunion générale pour le lendemain.
Carra y retraça à grands traits les devoirs d'un comité
de surveillance, sévère mais juste. Quand le curé
Fouchard et le citoyen Heroine, son collègue et son
compère dans le comité, affirmèrent qu'il n'avait
poursuivi que des aristocrates, on se récria vivement.
On ne manquait pas d'exemples pour établir que les
meilleurs républicains avaient été l'objet de ses per-
sécutions, et l'on réclama du représentant du peuple
l'établissement d'un comité de salut public pour rem-
placer l'odieux comité de surveillance. Il y consentit et
prit un arrêté, qui fut couvert d'applaudissements. Mais
il eut moins de succès à la société populaire. Là le
citoyen Heroine prit facilement sa revanche; il accusa
le représentant Carra d'être royaliste (royaliste, c'est
douteux; fédéraliste, c'était certain) et provoqua un tel
mouvement que les administrateurs du département,
présents à la séance, se retirèrent navrés ; ils en firent le
récit à leur conseil, et c'est dans les procès-verbaux de
ce conseil que la scène se trouve décrite'.
1. Archives de Loir-et-Cher, même registre, 9 juin.
'28 PART. II, CHAP. VI. BASSIN INFÉRIEUR DE LA LOIRE.
Les choses étant ainsi, le conseil jugea utile d'envoyer
deux commissaires à Paris pour faire agréer ses arrêtés
à la Convention. Les délégués, voulant être présentés au
Comité de salut public, virent les députés de Loir-et-Cher;
mais ils avaient été prévenus. Arrivés dans la salle où
se réunissaient les pétitionnaires, ils apprirent que la
Convention avait décrété que le comité destitué repren-
drait ses fonctions ; que Carra n'avait eu aucun pouvoir
pour former un autre comité, — Carra qui allait être
compris, à la demande de Gaston (28 juillet) et sur le
rapport de Couthon (2 août), dans le décret d'accusation
rendu contre les Girondins; — et le conseil général qui
avait eu la bonhomie de s'appuyer de son autorité, six
jours après la révolution qui avait renversé la Gironde!
Les commissaires jugèrent inutile de se présenter
devant la Convention et se bornèrent à déposer leurs
pièces, avec un mémoire en faveur de leur récent comité
de salut public'.
Le conseil du département n'essaya pas de persévérer
dans cette voie, et d'ailleurs on avait d'autres soucis. La
Vendée sortait de chez elle. Saumur, Chinon étaient
pris. Tours menacée. Il ne s'agissait plus d'un comité
de salut public à maintenir, maisd'un comité de défense
à créer (15 juin)-.
Dans ces conditions, les administrateurs de Loir-et-
Cher estimèrent qu'il était opportun de se gagner la
Convention et de prévenir d'autres représailles par une
adhésion sans réserve à la révolution, et ils lui envoyè-
rent cette adresse (20 juin) :
1 . Archives de Loir-et-Cher. Registre des délibérations du conseil du déparle-
ment, [" 59.
2. Ibid., C'ÔO,
IV. LOIR-ET-CHER. 29
Malgré les divisions qui paraissent agiter la République
entière, le département de Loir-et-Cher, ferme dans ses prin-
cipes, croit devoir vous déclarer, dans ce moment de crise,
qu'il ne s'écartera jamais de la soumission qu'il doit aux
lois. Persuadé que vous prouverez à tous les incrédules la
sagesse de vos décrets, il s'empresse de donner son adhésion
à ceux relatifs aux événements des 51 mai, 1*' et 2 juin.
Continuez de déjouer par une marche ferme et courageuse
les traîtres qui déchirent le sein de la patrie. C'est par vous
que la République entière doit connaître ceux qui doivent
porter le nom de ses vrais enfants. Echauffez les modérés
qui tuent l'énergie républicaine et minent peu à peu la chose
publique par leur dangereuse faiblesse ; frappez sur tous
les coupables, frappez sur les complices de l'infâme Dumou-
riez Conservez la République une et indivisible, c'est le
vœu bien prononcé du peuple; il aura son effet, malgré les
efforts combinés du modérantisme, de l'aristocratie et de
tous les malveillants'.
Dix jours après, le 50 juin, on recevait la Constitution :
c( la déclaration des droits et la Charte constitution-
nelle », et, selon le rite prescrit, sans attendre le dé-
nouement de la comédie, je veux parler des assemblées
primaires appelées à l'accepter, on en faisait la procla-
mation en grande cérémonie : procession générale;
ce les bustes de Brutus et autres grands personnages
décorés du bonnet de la liberté et portés en triomphe »,
les corps constitués suivant, affublés eux-mêmes, pour
la plus grande partie, du bonnet rouge; « le drapeau
1. Vrchivcs de Loir-et-Cher, même registre, (" 46. Celte adresse est en partie
reproduite dans la séance du 24 juin, où on en fit lecture. [Monitein- du 26,
t. XVI. p. 750.) Sur le registre, elle est précédée de cet avis: « L'administration
a cru devoir consigner sur ses registres et, manifester son opinion sur les troubles
qui agitent une partie de la République, et considérant que dans les circonstances
présentes il est à propos de faire connaître le jugement des administrateurs de ce
département sur les journées des 51 mai, 1'^'^ et 2 juin, elle a proposé au conseil
de faire lecture de l'adresse suivante, qui a été adoptée le même jour. »
30 PART. II, ClIAP. VI. BASSIN INFÉRIEUR DE LA LOIRE.
rouge, ce signe honteux du royalisme, déjà lacéré par
les soins de la municipalité, livré au peuple et mis en
pièces »; station au ci-devant château de Blois où s'é-
levait l'arhre de la liberté : discours, Marseillaise et
chants patriotiques; renouvellement du serment, aux
salves de l'artillerie.
La société populaire ne prétendit pas s'en tenir là.
Elle voulut faire connaître les mérites de la Constitution
aux habitants de la contrée par un écrit intitulé :
Les amis de la liberté et de l'égalité de Blois à leurs
frères du département de Loir-et-Cher. Salut, amitié,
cordialité, 12 juillet 1793.
La Constitution n'allait pas seulement établir la paix
publique, elle allait supprimer tous les procès :
Enfin est terrassée l'hydre de la chicane. La première
Assemblée nationale avait coupé plusieurs de ses tètes qui
s'étaient aussitôt reproduites. La Convention a exterminé ce
monstre.
Et le conseil mit son visa à ce factum et il décida
qu'il serait imprimé « aux frais des administrés* w.
Y
Loiret.
Le Loiret, comme la presque unanimité des départe-
menls, était sympathique aux Girondins. Lorsque Roland
\. « Vu liai- le conseil général ilu département de Loir-ct-Clicr l'adresse en
l'onne d'instruction des Amis de l'égalité et de la liberté de Blois. Imprimé aux
Irais des administrés. » (Bihiiotlièque nationale, Lb*°, 902.) — Julien était donc
autorisé à les proposer désormais pour modèle, étendant l'éloge au départe-
ment « qui a, dit-il, toujours connu la ligue de démaicalion qui règle ses de-
voirs et fixe ses droits. Il ne s'en est point écarté. » (Rapport, p. 148.)
V. LOIRET. 31
annonça l'intention de se retirer, le conseil général du
département chercha à le retenir par les instances les
plus pressantes ; il lui écrivait le 26 janvier:
Vous êtes bien sûr de réunir les suffrages de tous les
hommes qui ont quelque morale, de tous les Français qui
abhorrent la licence et l'esclavage.
Votre retraite est prématurée et a l'inconvénient de
priver le vaisseau de l'État d'un pilote nécessaire. On ne
croira pas que Roland ait manqué de force et de courage,
mais les détracteurs de la République diront qu'il a désespéré
de la patrie'.
Mais, à l'époque où la querelle entre les deux partis
devint plus aiguë, le département se trouvait dans une
situation particulière.
Orléans avait été compromis par une échauffourée où
le représentant du peuple Léonard Bourdon, à la sortie
d'un banquet, se prenant de querelle, lui ou ses amis,
avec le poste de l'hôtel de ville, avait été blessé dans la
bagarre^ Grand émoi! L'assassiné avait écrit à la Con-
vention :
1. Arcliives du département du Loiret. Délibérations du conseil général du
département, registre VI, 1" 1Ô7.
'2. Il y en a un compte rendu olliciel aux Archives de la municipalité d'Orléans ;
mais on en chcrclierait vainement la trace aux Archives du départenieni, dan>
les délibérations du conseil départemental. Tout un registre, du 2 lévrier au
5 avril, manque, et manque depuis longtemps. La tomaison, qui est ancienne,
n'olïre pas de lacune. Le tome VI finit au 2 lévrier, et le tome VII commence
au 3 avril. Mais on a dans le registre du directoire une mention sommaire qui,
sur ce point du moins, y supplée :
« Sur les dix heures du soir (IG mars 1793), on est venu prévenir les admi-
nistrateurs, de la part de la municipalité, que le citoyen Léonard Bourdon, repré-
sentant du peuple, a été blessé dans une rixe. »
— On se transporte à la maison commune, on s'assure que L. Bourdon est
« sans danger ». On a vu avec saiislaction que les municipaux ne lui épar-
gnaient aucun soin. On arrête qu'une lettre exposant le fait sera portée à la Con-
vention (Registre du directoire, 1" 199 V), — et le texte en est reproduit : on y
raconte l'accident (à Paris on disait l'attentat), et l'on l'ail connaître les mesures
prises (16 mars).
Le 19, on apprend l'arrivée des trois commissaires de lu Convention envoyés
52 PART. II, CllAP. VI. BASSIN INFÉRIEUR DE LA LOIRE.
De nouveaux Paris, au nombre de trente, armés de baïon-
nettes et de pistolets, m'ont frappé sur tout le corps dans
l'antichambre de la maison commune, en criant : « Va
rejoindre Lepelleticr! » etc.*.
Orléans rechercha les coupables. Mais Orléans n'élait-
il pas complice? La municipalité, sur le rapport de
Barère, fut suspendue, et la ville déclarée en état de
rébellion jusqu'à ce que les assassins fussent livrés
(18 mars). Le 15 mai le département était encore comme
en état de siège. Plus de vingt journaux y étaient inter-
dits par un arrêté de Bourbotte et de Julien de Toulouse.
Par compensation dix autres et spécialement VAmi du
peuple y étaient recommandés aux bons citoyens^.
Ce n'était pas dans de pareilles conditions que le Loi-
ret pouvait prendre, de près ni de loin, part à la lutte
engagée au sein de la Convention entre les Girondins et
les Montagnards^ ; mais les autres villes du département
étaient en mesure de parler avec plus de liberté. La
société des droits de l'homme de Bois-Communs félici-
tait la Convention de la répression de l'émeute des 9 el
10 mars\ Gien-sur-Loire, le '24 mai, en présence des at-
taques du dehors et de la rébellion du dedans, pressait
Tachèvement de la Constitution".
Cette Constitution à peine commencée s'abîma dans
la révolution du 51 mai qui renversa les Girondins.
La ville d'Orléans ne fut pas la dernière à se sou-
pour i;iire enquête, el l'on prend des dispositions pour les recevoir avec tous les
honneurs militaires (!" '210 v").
1. Voyez V Histoire du tribunal révolulumnairc de Paris, t. I, p. 182
et suiv.
2. Moniteur du 24 mai, t. XVI. p. 450.
3. Voyez la note VII aux Ap|)endices.
4. 19 mars, .\rcliives nationales, D xl § 4, carton 21, dossier 46.
5. >'ote VIII, aux Appendices.
Y. LOIRET. 33
metlre. Le conseil du dépaiiemeiU avciil reçu de Bor-
deaux et transmis au déparlemenl du Cher (8 juin)
une lettre qui provoquait la réunion des suppléants à
Bourges; mais, le 11 juin, la Convention recevait de la
commune d'Orléans une adresse qui adhérait à tous les
événements accomplis depuis le 51 mai. C'est Léonard
Bourdon, Vdssassiné, qui s'était fait son intermédiaire'.
Le 26, nouvelles félicitations des citoyens d'Orléans à
leurs frères de Paris pour leur belle conduite dans la
journée du 2 juin-. Le fédéralisme n'avait donc rien à
attendre d'eux, et il était à la veille de périr le jour où,
pour conclusion du procès des Orléanais, prétendus
assassins du représentant, la hache en immola neuf sur
l'échafaud (12 juillet). C'est en effet le lendemain que
Charlotte Corday tua xMarat et que l'insurrection de la
Normandie et de la Bretagne reçut le coup mortel près
de Vernon. Un instant pourtant, dit Julien, le Loiret
avait donné des inquiétudes. « Un achat de trois cents
fusils était dénoncé comme suspect» ; mais on s'expliqua
et le dé[3artement sortit « blanchi de ces inculpations S).
Ainsi la révolution du 51 mai était sans conteste ac-
ceptée sur la Loire. La Convention avait là une ceinture
de départements qui séparait le royalisme vendéen du fé-
déralisme normand et breton. Mais, au delà de la Vendée,
le fédéralisme avait libre essor et il trouvait dans la capi-
tale même de la Gironde un foyer redoutable, d'où il
pouvait rayonner dans les départements d'alentour.
1. Moniteur du 15, t. XVI, p. G18, et la noie IX aux Appendices.
2. Mojiiteur du '28 juin, ibid., p. 751.
3. Julien, Rapport, p. 149, 150. — Orléans célébra, comme les autres villes,
par une fête l'arrivée de l'acte constilutionncl dans ses murs (Archives du Loi-
ret, même registre, 0 juillet). — l'itliiviers (8 juillet) exprimait le souhait que
l'acceptation de la Constitution amenât l'union des cœurs! (Archives nationales,
D XL § 4, carton 21, dossier Loiret.)
RKVOI.. DU 51 JI.*I. Il — 5
CHAPITRE VII
LA RÉGION DE LA VIENNE, DE LA CHARENTE
ET DE LA DORDOGNE
Vienne.
Le fédéralisme au siul-ouest de la France avait natu-
rellement son centre à Bordeaux; mais les grandes villes
des pays arrosés par la tienne, la Charente, la Dordogne
étaient elles-mêmes ralliées à la même cause ; elles for-
maient un groupe destiné à servir d'avant-garde au sou-
lèvement des villes de la Garonne contre l'insurrection
de Paris.
La ville de Poitiers avait de bonne heure appris par
expérience ce qu'étaient les Jacobins'. La mission de
Piorry et de Lejeune, à l'occasion de la levée des
500 000 hommes, lui avait donné un avant-goût de la
Terreur. Le départ de Piorry avait rendu quelque liberté
au département de la Vienne. La révolution du 31 mai
lui donna l'occasion de manifester, en toute vérité, ses
sentiments. Le 6 juin, à la réception des décrets qui
frappaient d'arrestation plusieurs des membres de la
Convention nationale, le conseil général du département
se réunit et décida :
1. KUc avait elle-mènic provoqué à la mort ilu roi : « Frapper le li'aitrc »i etc.
Archives nationales, |) xl § 4. carton 2Ô, dossier Vienne.)
I. VIENNE. 35
1" (jii'il serait l'ait une adresse aux administrés pour
leur faire connaître les événements et les exhorter à
l'union, à la vigilance, au maintien du bon ordre et à la
confiance envers leurs administrateurs;
2° Que toutes les autorités constituées et sociétés popu-
laires du département auraient à désigner chacune un
commissaire pour les représenter à Poitiers dans une
assemblée générale où l'on délibérerait sur les mesures
à prendre en raison des circonstances actuelles;
5° Que les autorités constituées de la ville et la société
populaire nommeraient des commissaires pour se join-
dre au conseil du département le lendemain et « se
concerter sur les opérations préparatoires à l'assem-
blée générale ' ».
La séance indiquée ])our le 7 l'ut ajouinée au 8 au
soir. Le matin on avait échangé les protestations les plus
patriotiques avec le général Biron pour la répression de
la Vendée; le soir les deux représentants que la Conven-
tion avait envoyés dans la Vienne, Creusé et Thibaudeau
jeune, députés du pays, étaient présents. On lut l'adresse
projetée, qui fut adoptée''. Deux autres représentants,
Lecointe-Puyravcau et Goupillcau, envoyés par la Con-
vention près l'armée de la Rochelle, entrèrent alors et
furent invités à prendre part à la délibération; mais ils
se confondirent en remerciements, disant qu'ils étaient
chargés par la commission de Saumur de communiquer
à leurs collègues, présents à la séance, le plan de cam-
pagne arrêté contre les Vendéens; et ils les emmenèrent
dans une salle voisine, se dérobant à un débat qui pou-
1. Note X aux Appciuliccf.
'2. On lit sur la minute, en adililiun, et d'une autre enere : Thibaudeau,
rcprc'senlant, s'est élevé contre avec force. (Archives de la Vienne. Délibéra-
lions du conseil général du département.)
50 PART. II, ClIAP. Vil. LA RÉGION DE LA VIIÎN.NE, ETC.
vait avoir ses dangers. Le conseil, resté seul, reprit sa
délibération. 11 fut décidé que l'adresse serait lue, pu-
bliée, affichée; mais qu'on surseoirait à la réunion de
l'assemblée générale prévue dans l'arrêté de l'avant-
vcille. Les membres du conseil et les délégués dont ils
avaient réclamé le concours étaient d'ailleurs invités à
venir chaque jour à la séance, tant que durerait le
péril.
Les deux commissaires de la Convention, Creusé et
Thibaudeau, ne laissaient pas que d'être troublés par ces
manifestations. On le peut voir dans le tableau qu'ils en
faisaient à leurs collègues. Ils écrivent à la Convention,
7 juin :
Nous n^ pouvons plus vous le dissimuler, les derniers évé-
nements de Paris ont porté dans tous les cœurs l'abattement
et le désespoir. Les ennemis de la Révolution en profilent*.
Et le 9 :
Les administrateurs et le peuple ont manifesté leur indigna-
tion contre les atteintes portées à la liberté de la Convention,
et, dans les motions extrêmes (ju'occasionne un sentiment
profond de douleur, on accuse le peuple de Paris de tyrannie,
et la Convention nationale de faiblesse : nous ne pouvons
pas juger de la vérité des faits sur des écrits dictés peut-être
par l'esprit de parti, et tout ce que nous pouvons faire est de
modérer l'effervescence. Mais cet état de crise ne peut durer.
Ils rappelaient qu'il y avait une coalition de départe-
ments dont l'objet semblait être de faire une adresse à
la Convention. Ils en signalaient le péril et exprimaient
leurs craintes de l'impulsion que pouvait donner Bor-
deaux^
i. Arcliives de la Vienne, ibicL, 8 juin 1795, et la délibération du 9 juin aux
Ap])cndices, note XL
'i. Archives nationales, Al' u, carton 40, dossier Haute-Vienne, a"' 19 et 50.
1. VIENNE. 57
Tous les départements en effet se montraient émus
de la révolution et se communiquaient leurs arrêtés. Le
9 juin, la Haute-Vienne adressait à la Vienne celui de la
Côte-d'Or, auquel elle venait d'adhérer. Le conseil, ne se
trouvant pas en nombre, malgré l'invitation de la veille,
remit au lendemain; et le lendemain il décida, vu l'im-
portance de la matière, qu'une assemblée générale se
tiendrait le iioù les conseils de district, les tribunaux
de district et les sociétés populaires enverraient des
commissaires.
Le 14, l'assemblée se réunit et on lui posa ces ques-
tions :
Le département de la Vienne correspondra-t-il, de
même que celui de la Côte-d'Or, avec les autres dépar-
tements? — Oui.
Cette correspondance se fera-t-elle par commissaires?
— En raison de la gravité du débat, la résolution fut
ajournée au lendemain et l'on passa à la discussion des
bases de l'adresse à faire :
1° Unité et indivisibilité de la République;
2° Unité et indivisibilité de la représentation natio-
nale.
Ces deux points furent adoptés par acclamation;
5° Inviolabilité des représentants ;
4° Entière liberté de leurs opinions.
Les deux questions furent réunies en une, sous cette
forme :
« Inviolabilité des représentants du peuple, hors le
cas de délit, et liberté entière de leurs opinions. »
Le lendemain 15, on reprit la question réservée et,
après mûre discussion du projet de la Côte-d'Or, on ré-
suma la délibération tout entière dans un arrêté dont les
ÔS PART. Il, CIIAP. VU. LA RÉGION DE LA VIENNE, ETC.
articles principaux claient : la réunion d'une commis-
sion centrale à Bourges; l'établissement à cinquante
lieues, au moins, de Paris du tribunal qui devait juger
les représentants arrêtés et tout autre prévenu de conspi-
ration ; la suppression des commissaires de la Conven-
tion partout ailleurs qu'auprès des armées ; la mise à la
disposition de la Convention d'une force départementale
destinée à la défendre ^
Mais le département de la Côle-d'Or, effrayé de voir
avec quel empressement les départements où étaient
parvenue sa circulaire se mettaient en mesure de prendre
l'offensive, avait fait une autre adresse à la Convention
qui désavouait cette manière de l'entendre, adresse que
la Convention fit imprimer et répandre partout. Le dé-
partement de la Vienne ne voulut pas aller plus loin que
la Côte-d'Or. On lit dans le registre de ses délibérations :
24jî<m. D'après la lecture du Bulletin de la Convention
nationale, séance du 21 de ce mois, dans lequel se trouve
une adresse du département de la Côte-d'Or à ses concitoyens
de tous les départements de la République, portant impro-
balion des mesures prises dans d'autres départements ten-
dantes :
1° A envoyer les suppléants des députés h la Convention
nationale dans la ville de Bourges;
2" A convoquer les assemblées primaires ;
5" A arrêter les caisses publiques ;
4" A lever une force départementale :
Un membre a demandé que le conseil général adhérât à
cette adresse comme contenant l'expression des sentiments
qu'il a toujours manifestés.
Sur quoi, le procureur général syndic entendu, le conseil
générnl du département, voulant faire connaître à ses admi-
1. Voyoz col ni'rrté aux Appondicos. noie XIT.
I. VIENNE. 5i»
nistrôs et à la République entière les principes d'unité et d'in-
divisibilité qu'il a constamment professés, a déclaré, à l'u-
nanimité et par un mouvement spontané, adhérer à l'adresse
de ses frères du département de la Côte-d'Or; au surplus
arrête que la présente délibération sera envoyée à la Conven-
tion nationale et aux six districts de son arrondissement qui
sont chargés de la transmettre aux municipalités de leur
ressort pour y être lue, pul)liée, affichée, en la manière
accoutumée.
Il était déjà bien tard pour reculer! Le jour où le con-
seil général prenait cette résolution, on lisait à la Con-
vention nationale une « adresse de la société des Amis de
la liberté et de l'égalité de Poitiers, portant dénonciation
contre le conseil général du département de la Vienne,
pour avoir, par ses arrêtés des 14 et 15 du même mois,
adhéré à celui du département de la Côte-d'Or du
30 mai dernier* ».
On le sut à Poitiers le 27 juin, et le procès-verbal de
la séance ajoute :
Un membre a dit qu'outre cette première dénonciation
il avait appris qu'il en existait une nouvelle, plus calom-
nieuse que la première, également faite contre le départe-
ment en général et nominativement contre les citoyens
Montant, président, Texier et Bntaud, administrateurs.
Il a demandé premièrement qu'il fut fait une adresse à la
Convention nationale dans laquelle: 1° on lui exprimerait les
sentiments qui ont toujours dirigé l'administration et qui
ont préparé les arrêtés des 14 et 15 de ce mois; 2° on justi-
fierait particulièrement les citoyens Montant, président,
Butaud et Texier, administrateurs , par l'exposé de leur
1. Elle est insérée textuellement dans le compto rendu de la séance. Moniteur
du 26 juin, t. XYL p. 750.
40 PART. II, CIIAP. VII. LA RÉGION DE LA VIENNK, ETC.
conduite administrative et des principes qu'ils ont [constam-
ment et*] courageusement professés ;
Deuxièmement, que cette adresse fût envoyée au Comité de
salut public de la Convention nationale avec l'arrêté du
conseil général du département du 24 de ce mois, portant
adhésion à l'adresse du département de la Cùte-d'Or à ses
concitoyens de tous les départements de la République.
Ces deux propositions, mises aux voix, ont été adoptées à
l'unanimité après que le procureur général syndic a été entendu.
Les citoyens Joigneaux, Dcsloges, administrateurs du dépar-
tement, et Moreau, procureur syndic du district de Poitiers,
ont été chargés de la rédaction de cette adresse dans laquelle
ils feront mention que les dénonciations des Amis de l'égalité
et de la liberté n'ont été sollicitées et arrêtées que par un
très petit nombre de membres de cotte société ^
Heureusement les haines n'étaient pas encore bien
vives entre républicains à Poitiers. La société des Amis
delà liberté accepta la capitulation que faisait le conseil
général et vint elle-même, le 7 juillet, lui en donner
l'assurance. On lit dans le procès-verbal de la séance de
ce jour :
Les députés de la société des Amis de la liberté et de
l'égalité sont entrés. Le citoyen Bobin portant la parole, ils ont
dit qu'attendu l'adhésion faite par le conseil général du dépar-
tement de la Vienne à l'adresse de nos frères du département
de la Côte-d'Or, ils venaient offrir au département l'olivier
de la paix, donner aux membres de l'administration le baiser
fraternel, conjurant le département d'oublier toutes les dis-
sensions passées, qui étaient le fruit de l'erreur et d'un
malentendu, le département et la société n'ayant jamais
cessé d'être les vrais soutiens de la République une et indi-
visible et les ennemis déclarés du fédéraHsme.
1. Au-dessus (le la ligne.
2. Arcliivps de la Vienne. Délibériidons du conseil du dcparloment. 27 juin.
1. VIENNE. 41
Le conseil général, considérant qu'à l'instant nù la Consti-
tution est parachevée, il ne doit plus subsister de divisions
dans les esprits, déclare voir, avec la joie la plus pure, la
réunion de la société des Amis de la liberté et de l'égalité
de Poitiers avec le département ;
Reçoit avec satisfaction l'olivier de la paix et le baiser fra-
ternel présentés parles commissaires de cette société :
Arrête, de concert avec lesdits commissaires, que : soit les
dénonciations faites du département et en particulier des
citoyens Montant, Butaud et Texier à la Convention natio-
nale par ladite société, soit la réponse qui y a été donnée
par l'administration du département, seront retirées du Comité
de salut public, auquel ces pièces ont été précédemment
envoyées ;
Au surplus délibère que quatre commissaires du départe-
ment se transporteront ce soir à la séance de la société des
Amis de la liberté et de l'égalité pour lui témoigner la satis-
faction de voir l'harmonie et la bonne intelligence rétablie
entre eux. Les citoyens Texier, Lavergne, Butaud et Vauge-
lade ont été nommés commissaires*.
En effet le conseil reçut « l'olivier de la paix » et,
moins figurémenl, le baiser fraternel de Bobin, qui em-
brassa, les uns après les autres, tous les membres du
département, le procureur général syndic, le secrétaire
général; et le soir le département à son tour rendit vi-
site à la société. L'accord était donc établi, et ce fut, dès
ce jour, aux dépens du département, qui se trouva en
la puissance du club". Mais il restait bien des suspects
dans le pays. L'agent Pannetier écrit de Poitiers, le
1. Archives de la Vienne. Délibérations du conseil du département, 7 juillet.
Texier tut condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire de Paris le 6 mes-
sidor an II. Histoire du Tribunal révolutionnaire de Pans. t. IV. p. 508.
2. Le 9 juillet, les trois corps administratifs et la .société populaire de Poitiers
faisaient une adresse à leurs concitoyens et à toutes les sociétés populaires de la
République contre le fédéralisme. — .Von ai retrouvé un exemplaire à ÉvTeux.
42 PART. II, ClIAP. VII. LA RÉGION DE LA VIENNE, ETC.
19 juillet, qu'il était arrivé le lundi précédent; la Con-
stitution y avait été acceptée la veille à l'unanimité des
votants, moins un. qui avait dû se sauver :
Les propriétaires, ajoute-t-il, restent chez eux ou à la cam-
pagne. Ils paraissent en vouloir tous à la municipalité de
Paris '.
Ample matière pour les représentants que la Conven-
tion allait envoyer ta Poitiers !
II
Haiito-Vienne-.
La Haute-Vienne avait partagé tous les sentiments de
la Vienne contre les factieux, et, dès le 1 7 janvier, le
conseil général du département avait fait son manifeste :
Le conseil général du département, considérant qu'on ne
peut plus se dissimuler qu'une faction puissante exerce dans
la ville où siège la Convention une influence attentatoire à la
souveraineté nationale, à la liberté des députés et à la sûreté
de la République ; considérant que le grand but des factieux
paraît être de dissoudre la Convention nationale, de desorga-
niser les autorités constituées et de nous ramener au despo-
tisme à travers les horreurs de l'anarchie; que le plus sûr
moyen de prévenir tant de calamités est d'environner la
représentation nationale d'une force imposante, qui protège
la liberté de ses délibérations et la garantisse des attentats des
ennemis intérieurs de la République..,.
1. Archives nationales, F i» 551, dossier Pannetier.
2. Sur ce département, il faut lire dans la Revue historique, t. VIII (sep-
temljro. octobre 1878), un article très substantiel de M. Louis Guibert, intitulé Ae
parli (jirondin dans la Haute-Vienne.
II. IIAUTE-\IEN>K. ^•■,
L'article 1" décidait qu'on ferait une adresse à la Con-
vention ; l'article 2, que les gardes nationaux seraient
requis de se tenir prêts à se transporter soit à Paris,
soit partout ailleurs.
Art. 5. Trois jours après la publication du présent arrêté,
toutes les gardes nationales se réuniront dans le chef-lieu du
canton ; tous les citoyens en état de service s'y formeront en
compagnie de cinquante hommes; chaque compagnie pro-
cédera à son organisation.
L'article 4 exigeait qu'on justiliiit de son civisme;
l'article 5 établissait une solde de 50 sous à compter du
départ.
Art. C. En attendant l'exécution de ces mesures, tous les
bons citoyens sont invités à se transporter individuellement
à Paris pour concourir à la 'garde de la Convention et pro-
téger ses travaux.
Art. 7. Le présent arrêté sera envoyé à la Convention, au
conseil exécutif provisoire et à tous les départements de la
République, imprime, publié et affiché dans tous les districts
et toutes les municipalités du département'.
Et une adresse où se résume en traits énergiques la
pensée de cet arrêté était envoyée, avec l'arrêté même,
à la Convention ^
Ces sentiments étaient ceux de la pluralité des repré-
sentants de la Haute-Vienne : Lesterpt-Beauvais, Bor-
das, etc. On le peut voir dans plusieurs lettres qu'ils
échangèrent avec les administrateurs du départe-
ment peu de jours avant la révolution des 51 mai et
1. Archives nationales, D xl ï; 4, carton 25, Aii%ûtv Eaule-Yienne. Gnon re-
trouve en effet des exemplaires rlans les Arcliives di^s antres départements,
notamment à Évreux.
2. Voyez la note XHI aux Appendices.
4i PART. Il, CHAP. VII. LA RÉGION DE LA VIENNE, ETC.
2 juin*. Mais au nombre clos députés était un monta-
gnard, révoque île la Haute-Vienne, Gay-Yernon, et à
côté du conseil départemental il y avait à Limoges une
société populaire toute jacobine. Dès le 2 juin, l'évêque
annonce le succès de la révolution à la société, qui se
hâte de le complimenter, lui, Hébert et la Commune de
Paris; le môme jour, Bordas, converti à la « sainte
Montagne » par la défaite des Girondins, en informait
aussi le conseil départemental comme d'une victoire.
Ce fut sur un autre ton que lui écrivaient cinq autres
députés, Rivaud, Soulignac, Faye, Lesterpt-Beauvais et
Lacroix, restés fidèles à la cause des vaincus. Après
une courageuse défense des proscrits et un tableau
animé des faits qui s'étaient succédé depuis le 27 mai,
ils se demandaient si le 2 juin devait être le terme des
violences exercées sur la Convention nationale. Ils en
doutaient, mais ce qu'ils savaient bien et ce qu'ils
déclaraient, c'est que les décrets de cette assemblée
étaient désormais sans valeur :
Il ne nous appartient pas, ajoutaient-ils, de vous indi-
quer les mesures que vous devez prendre pour rendre à vos
députés leur liberté : votre sagesse et le sentiment de la
dignité d'un peuple libre et républicain vous les auront inspi-
rées. Quant à nous qui ne connaissons de lois que celles qui
émanent de la volonté du peuple Français, un et indivisible
comme son territoire, ou du vœu librement émis par ses
représentants, nous attendrons à notre poste les instructions
que vous jugerez utile de nous transmettre, prêts d'y mourir
si notre mort peut être utile à notre pays\
1. Voyez Louis riuibort, article cité, p. 55-41.
2. Cette lettre précieuse, dont M. Morlimcr-Ternaux n'avait cité qu'un frag-
ment, non textuel, pris au Journal des débals rt drcrets, a été retrouvée aux
Archives de la Ilaute-Vicnne par M. Louis Guibert; il lu reproduite intégralemen
dans son article, p. 45-47.
11. llAUTE-Vlli.N.NE. 45
Quelle résoliilioi) allait prendre le conseil? Le 5, avant
d'avoir pu recevoir la lettre de ses députés, il avait
donné audience à deux délégués de la Gôtc-d'Or qui
venaient lui communiquer l'arrêté pris à Dijon le 50 mai :
il s'agissait du projet d'adresse commune dont nous
avons pnrlé. Le conseil fit bon accueil aux délégués,
souscrivit au projet, et se chargea de le recommander à
la Vienne (nous l'avons indiqué en son lieu) et à la Cor-
rèze. Mais la révolution accomplie demandait d'autres
mesures, et la lettre des députés y provoquait. Un simple
chef-lieu, Saint-Yrieix, n'avait même pas attendu ce
signal. Dès le 7 juin, les autorités constituées de la ville
prirent un arrêté oij elles accusaient la Montagne de tous
les malheurs de la France et, ne voyant plus en elle que
des factieux, des anarchistes, faux patriotes et provoca-
teurs au pillage et au meurtre, demandaient le renouvel-
lement de la Convention, la convocation des assem-
blées primaires. Elles adressaient leur arrêté aux autres
districts, le faisaient imprimer pour tous les déparle-
ments, et envoyaient trois commissaires à Limoges pour
mettre le conseil départemental en demeure d'agir'.
Cet appel ne fit qu'ajouter à l'embarras du conseil :
ses lettres soit aux cinq députés modérés, soit à l'évêque
montagnard, qui le sollicitaient en deux sens opposés,
montraient qu'il était plutôt enclin à ne rien faire. Il
était dénoncé par la société populaire pour son adhésion
au projet de la Gôte-d'Or; par le département de la
Corrèzepour la démarche qu'il avait faite en vue de l'y as-
socier; et un autre incident le compromettait encore
i. Rapport de Lanot clans la séance du 7 août, Moniteur du iO, t. XVII,
p. 54(). Il ajoute que, le lendemain, le représentant Bordas, qui était du pays, y
fut déclaré traître, et l'arbre de la liberté que les patriotes avaient élevé en sou
honneur devant sa maison, coupé.
46 l'AUT. Il, CIIAl'. VII. LA JIÉGIÛM DE LA VIENNE, ETC.
davantage. Le 10, deux étrangers étaient venus à Limo-
ges..Arrêtés, ils ne dissimulèrent point leur caractère.
Ils étaient délégués, l'un par Lyon, l'autre par le Jura,
pour aller à Bordeaux et rallier sur la route les autres
départements à la défense de la Convention nationale.
Conduits devant le conseil, ils exhibèrent leurs pouvoirs,
antérieurs au 51 mai et amplifiés depuis. Il s'agissait de
maintenir, avec la représentation nationale, l'unité et
l'indivisibilité de la République, en établissant des points
de correspondance dans plusieurs chefs-lieux, et un
centre commun d'action dans le Cher. Grand émoi
parmi les Jacobins ! Ces étrangers leur étaient désormais
plus que suspects. Ils demandèrent au conseil de les
maintenir en arrestation. Mais le conseil, affectant de
croire que leur mission élait désormais sans objet,
puisque la Convention élait debout, qu'elle était
libre, fut d'avis de les laisser libres aussi, et ils par-
tirent.
Plus le conseil montrait de faiblesse, plus la société
populaire déployait d'activité. Le 14 juin elle avait fait
une adresse qui avait pour objet d'opposer à la fédéra-
tion des départements l'alliance de toutes les sociétés
populaires de France. C'est la digue que l'on se vantait
d'avoir opposée à l'ennemi du dehors :
Qu'il était sublime, disaient nos Limousins, qu'il était
iiuposant, ce spectacle que présentait à la coalition de tous
les tyrans de l'Europe l'affiliation de toutes les sociétés po-
pulaires de la France!
Elles se sont divisées !
Est-ce Pitt, est-ce Cobourg qui ont remporté sur la nation
entière cette victoire décisive ?
11. IIAUTE-VIKNM'. 47
La l'aule, comme on le peut croire, en éLail aux
Girondins :
Vos dcpulés vous ont écrit qu'ils n'étaient pas libres.
Mais la liberté consistc-t-ollc donc à pouvoir consommer im-
punément la porte de vingt-quatre millions d'hommes?
Mais encore, dites-vous, nos députés sont détenus. Et nous
aussi, frères et amis, nous avons parmi les détenus deux dé-
putés que notre ville a vus naître, Vergniaud et Gorsas; mais
nous savons qu'ils appartiennent à la République entière et
qu'ils sont en sûreté sous le glaive de l'opinion, comme sous
celui de la loi.
Frères et amis, plusieurs de vous ont demandé notre pro-
fession de foi : la voici.
Nous sommes républicains.
Nous reconnaissons en ce moment l'intégrité, la liberté et
l'autorité de la Convention.
Nous abhorrons le fédéralisme, la royauté, autant que la
loi agraire.
Nous ne reconnaissons d'autre souverain pour nous donner
des lois que la nation entière.
Nous ne voulons d'autres pilotes pour nous conduire que
les décrets de la Convention.
Nous ne désirons d'autre gouvernement pour nous rendre
heureux qu'une constitution qui, garantissant les personnes
et les propriétés, soit posée sur ces quatre colonnes : la
Liberté, I'Egalité de tous les Français, I'Unité, I'Indivisibilité
de la République française.
Tandis que la société jacobine de Limoges répandait
ce message dans toute la France (il y en a un exemplaire
aux Archives de la Meurthe), elle devait surtout s'appli-
quer à le faire triompher dans son département. Elle
exigeait deux choses du conseil : qu'il improuvât l'ar-
rêté de Saint-Yrieix et qu'il approuvât son adresse
du 14. Le département finit par céder; il fit même une
48 l'Al'J. il, CIlAl'. Vil. LA liÉGlUK DE LA VIENNE, ETC.
proclamalion à son tour (4 juillet), et de plus il écrivit
à la Convention (9 juillet) une lettre qui était une véri-
taLle amende honorable. La Convention avait usé de
ménagements jusqu'à ce jour : la Vendée inquiétait, et
Bordeaux levait des troupes qu'il se proposait de faire
passer par Limoges, projet auquel la ville se refusa
d'ailleurs, engageant même la Gironde à désarmer*.
Mais quand les Vendéens furent rejetés du haut Poitou
sur la Loire, quand on n'eut plus à craindre l'attaque
de Bordeaux, on reprit les affaires de la Haute-Vienne.
Lanot fit, au nom du Comité de sûreté générale, un
rapport détaillé sur la manifestation de Saint-Yrieix et
sur la conduite du conseil départemental à Limoges, et
ce rapport fut suivi d'un décret qui chargea Brival de
se rendre dans les deux villes avec les plus amples
pouvoirs ^
Sa mission fut facile. Julien lui-même, qui signale
Saint-Yrieix comme dominé par le « démon du fédéra-
lisme », dit que la force levée dans la Haute-Vienne
était destinée à marcher non contre Paris, mais contre
les rebelles'.
Les administrateurs furent suspendus et le conseil
du département renouvelé par Brival. Quant aux dépu-
tés dont la protestation à la suite du 2 juin avait pu
être regardée comme un appel à la révolte, c'est la
Convention qui s'en occupa. Une accusation portée par
Chabot contre Lesterpt-Beauvais, à propos de sa mission
à Saint-Étienne, fit monter à la tribune son collègue,
l'évêque Gay-Vernon, qui donna lecture de la fameuse
i. Cette adresse fut imprimée et envoyée dans les départements. Il y en a
un exemplaire dans les Archives de l'Eure.
2. Séance du 7 août 1795, Moniteur du 10, t. XVIl. p. 54G.
3. liapport, p. 182.
III. CHARExNTE. 49
lettre. La Convention décréta d'accusation les cinq signa-
taires*. Lesterpt-Beauvais fui pris à part et enveloppé
dans le décret qui frappait les Girondins : il périt avec
eux (51 octobre 1795); les quatre autres restèrent en
arrestation chez eux jusqu'après le 9 thermidor'.
III
Cliarenle.
Julien, dans son rapport, signale le conseil général
du département de la Charente comme ayant suivi une
marche tortueuse. — Le conseil, en se déclarant contre
la révolution du 51 mai, n'avait fait que suivre sa ligne
droite. Les villes principales du département n'avaient
pas cessé de se déclarer contre les factieux de Paris. La
société des Amis de l'égalité et de la liberté d'Angoulème,
une société qui, par son titre, devait tenir aux Jacobins,
écrivait le 18 janvier à la Convention :
Envoyés pour le salut de la chose publique, pouvez-vous
l'opérer en vous livrant à des agitations cruelles, faites pour
déchirer le sein de la patrie, en vous livrant à la fureur des
passions particulières, et en avilissant, par des discussions
indignes des organes de la volonté publique, le caractère
auguste des représentants d'une nation libre? Que prétend
donc cette minorité orgueilleuse? Que veulent les intrigants
et les désorganisateurs?
Les départements sont là, les départements connaissent
i. Séance du 21 août 1793, Moniteur du 23, l. XVI, p. 458.
2. Ils recouvrèrent leur siège par le décret du 15 l'riuiaire an 111 (3 décem-
bre 1794). — Je renvoie de nouveau à M. Louis Guiberl, qui a donné les pièces
tirées des Archives de la Haute-Vienne, et ui'a dispensé de les citer plus au
long.
IIÉVOL. DU 31 MAI. H — 4
50 PART. II, CHAP. VII. LA RÉGION DE LA VIENNE, ETC.
leur force; ils ont le sentiment de leur énergie et de leurs
droits. Vingt-quatre millions d'hommes sont prêts à s'élancer
vers vous pour écraser les conspirateurs et faire respecter la
majesté nationale, etc.*.
Les citoyens de Cognac disaient vers le même temps
à la Convention :
Le peuple qui vous a délégués doit vous dire la vérité, et
vous devez l'écouter.
Et après lui avoir demandé de hâter le jugement de
Louis XVI :
D'autres vérités vont se faire entendre.
Comment retenir son indignation, lorsque des membres
qui avaient donné d'eux la plus haute opinion s'abaissent dans
leurs discours à répondre aux misérables personnalités de
Robespierre et de Marat?
Toi, Robespierre, renonce à tes projets ambitieux.
Toi, Marat, laisse là tes vociférations. Éteins les feux dévo-
rants de ta cervelle volcanique et ta soif inextinguible de
sang. Tu te dis l'Ami du peuple. Eh bien, écoute ce qu'il va
te dire. Crains ton expulsion du poste que tu ne méritas
jamais, et la guillotine.
Les tribunes, les sections de Paris, n'étaient pas plus
ménagées :
Le peuple de Paris voudrait-il donc s'arroger le droit d'in-
fluencer vos opinions par ses clameurs ou ses applaudis-
sements? Qu'il sache qu'il n'est que la quatre-vingt-qua-
trième partie de la République^.
Ajoutons l'adresse de la société des Amis de l'égalité
d'Angoulême, dans les premiers jours de mai :
Citoyens représentants, les républicains parlent peu, mais
i. Archives nationales, I) xl § 4, carton 19, dossier Charente.
2. Archives, ibid,^ une demi-page de signatures.
II[. CHARENTE. 51
agissent. Les membres composant la société des Amis do
l'égalité et de la liberté ne connaissent ni montagne ni vallée,
mais la République une et indivisible, et la représentation
nationale. Il est temps que vos débats finissent, et que la loi
règne. Occupez-vous de nous, non de vous-mêmes, etc.
Ils disent ce qu'ils ont fait contre la Yendée :
Jugez, représentants, d'après ce tableau, si le peuple de
notre département veut être le jouet des partis;... non, guerre
sanglante aux factieux, de quelque côté qu'ils se trouvent*....
Les administrateurs du département étaient donc
fidèles à son esprit quand ils travaillaient à prévenir la
révolution du 51 mai, et, après qu'elle eut triomphé,
à la combattre. Les registres des délibérations du conseil
ne se trouvent plus aux Archives du département, et
dans le registre du directoire, qui subsiste, on passe
(lacune regrettable) du 29 mai au 15 juin. Il importe
d'autant plus de recueillir trois pièces que ces adminis-
trateurs avaient fait imprimer. Elles sont faites au nom
du conseil général du département, des autorités con-
stituées et de la société populaire d'Angoulême, et elles
ont en vue la conspiration dont la commission des Douze
rassemblait les preuves avant de la poursuivre. La pre-
mière s'adresse à tous les départements de la Répu-
blique :
Citoyens,
Un grand crime a été projeté; la perfide anarchie avait
ourdi ses trames dans les ténèbres, ses couteaux étaient prêts,
une partie do nos représentants devaient être égorgés, la
patrie périssait, un deuil universel allait couvrir la France,
et partout l'arbre de la liberté se changeait en cyprès.
1. Même dossier.
52 PART, n, CHAP. VII. LA RÉGION DE LA VIENNE, ETC.
Le génie de la liberté et la courageuse surveillance de la
section de la Fraternité ont sauvé la République. Mais, ne
nous y trompons pas, citoyens; Catilina conspire encore, et ses
complices, surpris dans leur crime, n'ont pas abandonné leurs
projets liberticides.
Souvenons-nous qu'ils n'affectent la haine des tyrans que
pour nous en donner un; qu'ils ont voulu flétrir, aux yeux
des nations, la gloire de notre immortelle Révolution par les
horribles journées des 2 et 3 septembre.
Il est temps enfin que la terre de la liberté ne soit plus
souillée par de pareils excès.
Jls signalent la nécessité d'une force départementale;
deux commissaires sont envoyés à la Convention pour la
requérir de décréter que cette force sera organisée sans
délai :
Nous vous invitons, citoyens, à adhérer à la délibération de
notre assemblée.
Angouléme, 29 mai 1795, l'an II de la République française.
Signé : Dumas-Champvallier, président,
Joseph DucLUSEAU, secrétaire général*.
La seconde lettre, datée du même jour, est adressée
aux quarante-huit sections de Paris^; la dernière, du 30
mai, à la Convention nationale. C'est un reproche pour
ce qu'elle a laissé faire, et une sommation trop tardive
de prendre enfin la seule mesure qui aurait pu la sauver:
Législateurs,
Quand le souverain vous délégua ses pouvoirs, il vous dit :
J'ai reconnu mes droits, je veux être libre. Allez, donnez à la
France des lois qui puissent assurer son bonheur.
Le trône renversé, la France république, le tyran détruit,
1. Bibliothèque nationale, Lb*', 5025.
2. Voycz-ea un extrait aux A|)]ien(lices, note XIV.
m. ClIAREiNTK. 53
quel heureux changement! Cependant votre mission n'était
pas remplie, il fallait consommer un aussi hel ouvrage, il
fallait une Constitution.
Qu'avez-vous fait, législateurs, que faites-vous pour rem-
plir ce dernier devoir? Le dirons-nous? Oui, nous le dirons,
puisque c'est la vérité. Des agitateurs perfides vous égarent;
depuis longtemps leurs séductions coupables ont introduit la
haine, les dissensions dans votre sein.
Songez-y, législateurs, si vous ne faites bientôt cesser de
pareils désordres, la patrie est perdue. Ecoutez donc, écoutez
le cri général, entendez les Charcutais et leur intention bien
prononcée. Ils veulent la République une et indivisible ; ils
veulent, ils demandent ce que vous leur avez promis, une
Constitution égale comme la justice, sage comme la raison.
Occupez-vous-en sans relâche; c'est autour de cette arche
sainte que nous nous rallierons tous.
Mais si des factieux, si de vils anarchistes s'opposent à la
perfection de ce précieux édifice, qu'ils apprennent que, la loi
à la main, nous saurons punir tant de perfidies, nous saurons
venger la majesté du souverain qu'ils outragent. Législateurs,
les Charcutais sont debout; leurs frères des autres départe-
ments imiteront cet exemple imposant. Décrétez qu'une force
départementale se rendra auprès de vous. Plutôt mourir par
le fer des assassins, que de vivre sous le joug des lois qu'ils
veulent nous imposer.
Mêmes signatures^.
A la nouvelle des journées fatales, le conseil général
de la Charente s'était mis en rapport avec Bordeaux, et,
entrant dans ses vues, il avait blâmé le décret d'arresta-
tion rendu contre les Girondins, décret arraché par la
violence, et souscrit par la peur :
Quel est, disait-il, le motif apparent de cette arrestation?
C'est l'énergie vraiment républicaine que ces mandataires
1. BiblioUiôque nationalo, Lb*', 30'27.
54 PART. II, CHAP. VIL LA RÉGION DE LA VIENNE, ETC.
ont déployée contre les audacieux désorganisateurs de la Ré-
publique, en proie aux ravages de l'anarchie qu'ils y ont cri-
minellement fomentée et propagée ^
L'administration se mit en devoir d'agir, et par un
arrêté du 7 juin elle invita les districts à lui envoyer
des délégués pour délibérer en commun sur les mesures
à prendre. Le district de Cognac, qui s'était signalé, dès
avant le jugement du roi, par une adresse contre les
factieux, répondit à son appel, et lui députa son man-
dataire- ; mais dans le reste du département la population
ne soutint pas ses administrateurs. La société populaire
de Ruffec provoqua une manifestation contraire; et les
auteurs de la déclaration qui flétrissait le 51 mai durent
se rétracter et accepter la Constitution.
Les agents du ministre de l'Intérieur font dès lors le
tableau le plus rassurant des dispositions du pays. Ra-
vault écrit d'Angoulôme, le 15 juillet, qu'on n'y a pas
besoin de lui; que la Constitution y a été reçue avec
enthousiasme, ainsi que dans le reste du département;
et il fait en particulier l'éloge du patriotisme de Ruffec,
dont tous les jeunes gens sont partis, sauf deux, qui étaient
boiteux ^ Pannetier, écrivant du môme lieu à son mi-
nistre, dit qu'il a épuisé tout ce qu'il avait d'exemplaires
de la Constitution, et il en réclame; il ne sait trop van-
ter le bien qu'ils font:
Les habitants des campagnes, ajoute-t-il, ne les lisent pas,
ils les dévorent; il suffit que vous soyez étranger et Parisien
pour qu'ils vous fassent mille questions; ils vous écoutent
comme un oracle.
1. Julion, liopport, p. 51, 52.
2. L(! citovon Ardouin. Extrait des registres du district de Cognac, séance pu-
blique du 15 juin 1793, l'an II de la République française.
3. Archives uationales, F i% 551.
m. CHARENTE. 55
Il ne manque pas de pi'ofiter de cette occasion pour
recommander de bien choisir ceux qui peuvent exercer
une telle influence sur les esprits :
Le choix des envoyés du Pouvoir exécutif doit être bien
délicat. Le peuple ne semble se conduire que d'après leur
façon de parler.
Et il indique la manière de les employer :
Je crois qu'il serait on ne peut plus utile que les villes,
bourgs et villages ne restassent pas huit jours sans qu'il y
passât un envoyé comme voyageur, disant qu'il arrive de
Paris à l'instant ; qu'il n'y restât pas plus que trois à quatre
jours, car, plus de temps, il serait censé ne plus savoir les
nouvelles précises et être venu prophétiser*.
Aveu précieux! 11 était dangereux de laisser le peuple
à lui-même; il fallait le tenir toujours sous la main de
Paris : c'était la seule manière do le garder en révolu-
tion.
Un rapport d'un autre agent, Mouton (juillet 1795),
montre combien la chose était nécessaire :
Dans mon voyage, dit-il, je remarquai avec douleur les
funestes influences du royalisme et de l'arislocratie — (effet
delà cherté des vivres, du discrédit des assignats); à Barbe-
zieux et à Angoulême l'esprit public est tellement corrompu,
qu'on n'y attend que le moment favorable pour éclater. Dans
les campagnes le découragement est à son comble. On ne
doute pas que les malveillants ne profitent de ces circonstances
malheureuses. Le fédéralisme a des partisans nombreux dans
ces cantons, et les autorités constituées y passent pour être
plus que modérées.
1. Archives nationales, Fi% 550.
56 PART. II, CHAP. MI. LA RÉGION DE LA VIENNE, ETC.
IV
Charenle-Inférieure.
La Charente-Inférieure, comme la Charente, avait de
bonne heure protesté contre les factieux. La Rochelle, le
28 décembre 1792, Rochefort, le 3 janvier 1795, avaient
envoyé à la Convention leurs adresses indignées'. Le 14
mars la société populaire de Saintes réclamait encore
contre les divisions de l'Assemblée. La Convention avait
promis de faire le bonheur du peuple :
Pourrons-nous espérer ce bienfait de votre pari, tant que
des divisions intestines déchireront votre assemblée et qu'elle
sera toujours le théâtre de personnalités scandaleuses, etc.
Même appel à l'union pendant tout le cours d'avril
et de mai, tant à Saintes qu'à Rochefort et à Marennes :
Que la Montagne s'ébranle, disaient le 22 avril les Hommes
libres de Rochefort, et s'écroule du côté droit; que le côté
droit se confonde au sein de la Montagne; que ces dénomi-
nations disparaissent; que la Convention ne penche plus
d'aucun côté, mais qu'elle se redresse et s'affermisse dans
tous ses points, et la patrie sera sauvée^.
La révolution du 51 mai ne pouvait donc être que
mal accueillie dans ce département. La ville de Maren-
nes et l'administration départementale en connurent les
détails par un mémoire d'un député du département,
■1. Archives nationales, Dxl.^4, carton 19, dossier Charenle-lnféiienre.
1. Ibid. J'ai cilc plus liant (t. I, p. 98) les adresses énergiques de Saujoii et
de Miré, à la suite du ])illagc provoque par Maral. Voyez encore la note XV
aux Appendices.
IV. CHARENTE-INFÉRIEURE.. 57
Lozeau, qui raconte les événements des trois journées de
point en point, et pour ainsi dire d'heure en heure, avec
autant d'impartialité que de précision et de justesse ^
Après avoir lu les divers documents sur ces journées,
on serait tenté de reprendre ce récit, comme la page
qu'en doit garder l'histoire. Quoique ayant voté dans le
jugement du roi contre l'appel au peuple, pour la mort
et contre le sursis, et appartenant plus à la gauche qu'à
la droite, Lozeau signale dans celte révolution un attentat
à la souveraineté du peuple, et reconnaît que la Conven-
tion, en votant les décrets, avait cédé (il le confesse ici
lui-même) à la faim et à la peur :
Cette motion (de Couthon), vivement applaudie par les
tribunes, n'ayant point été combattue parce que les besoins
physiques commençaient à se faire sentir et qu'une impression
de terreur était répandue sur l'Assemblée, le président la mit
aux voix ; les membres de la Montagne et ceux que la crainte
avait fait réfugier parmi eux, se sont levés. Quelques membres
seulement du côté droit se sont levés contre; une partie de
l'Assemblée n'a point pris part à la délibération; le décret
d'arrestation a été prononcé d'après la liste lue par un secré-
taire, et commandée par Couthon. Bientôt après, la séance a
été levée^
Mais la Charente-Inférieure eut une autre raison pour
ne pas remuer : c'est la présence des conventionnels en-
voyés dans les départements pour combattre la Vendée
par le Midi, avec l'armée rassemblée à cet effet sous leur
direction, l'armée des Côtes de la Rochelle. Les senli-
1. M. Mortimer-Tcrnaux, qui reprofluit ce récit (t. VII, p. 563), a imprimé à
tort Loiseau, qui est le nom d'un député d'Eure-et-I.oir. Le signataire est évi-
demment un député de la Cliarente-Inrérieure, c'est-à-dire Lozeau. Ce fut lui
qui, le l» thermidor, provoqua le décret d'accusation contre Robespierre {iloni-
leur du 11 thermidor, ^O juillet 1794, t. XXI, p. 335).
2. Mortimer-Ternaux, t. VII, p. 503-569.
58 PART. II, CIIAP. VII. U REGION DE LA VIENNE, ETC.
ments si énergiquement manifestés par la Rochelle,
Rochefort et autres villes contre les factieux se trouvèrent
donc étouffés. Et c'est ainsi que Philippeaux put écrire
à la Convention : « L'esprit des corps administratifs de
l'Ouest est bon, la Constitution a été reçue avec enthou-
siasme à la Rochelle et à Niort* ».
Dordogne.
La Dordogne avait, comme les départements du voi-
sinage, manifesté son indignation contre les factieux
pendant la lutte des Montagnards et des Girondins.
Dès le 14 janvier, le conseil général du département
avait envoyé une adresse à la Convention et pris un ar-
rêté pour la levée d'une force départementale : on n'at-
tendait pour la faire partir que le signal de l'Assemblée".
Au lieu de cette force qui eût sauvé la Convention na-
tionale, on n'eut à s'occuper que de la légion destinée,
selon les propositions de l'Hérault, à combattre l'ennemi
intérieur, c'est-à-dire les royalistes de la Lozère et de la
Vendée \ Dans le mois de mai, l'attention était cependant
plus vivement ramenée vers Paris. Le montagnard Lacoste,
député de la Dordogne, essaya bien de donner le change
aux administrateurs de son département en leur parlant
des projets fédéralistes des Girondins :
1. Séance du 3 juillet 1793, Moniteur du 4, t. XVII, p. 50.
2. Note XVI aux Appendices.
7). Vovez le ref;istre des délibérations du conseil général, 26 avril, 15 mai et
17 mai. J'en dois la communication à l'obligeance de M. Villepelet, archiviste du
déparlement de la Dordogne. — On trouve aux .\rcliives nationales des adresses
Y. DORDOGNE. 59
Pourrions-nous nous dissimuler, écrivait-il, qu'il existe un
système destructif de la liberté? N'est-il pas évident que le
plan des républiques fédératives est constamment à l'ordre du
jour dans les conciliabules des hommes qui ont voulu sauver
le tyran et perpétuer l'idolâtrie de la royauté? C'est dans l'unité
d'administration, l'unité de la justice et des lois et dans
l'existence d'un centre unique que réside le salut de la liépU'
blique, etc.
On ne contredisait pas à ces maximes, on insérait la
lettre au registre des délibérations (26 mai) ; mais on y
consignait en même temps l'ordre d'imprimer et d'affi-
cher la correspondance et l'arrêté par lequel les commis-
saires de la Charente, de la Charente-Inférieure, des
Deux-Sèvres et de la Vendée s'étaient organisés provisoi-
rement en commission centrale de salut public à Saint-
Jean-d'Angely ; et le 29 mai, le jour où la Charente
songeait à créer une force départementale, on instituait
un comité militaire au sein du conseil d'administration
du département de la Dordogne '.
C'est au milieu de ces préparatifs, le 6 juin, qu'arri-
vèrent les nouvelles de la révolution accomplie et la pro-
clamation de la Convention au peuple français. Il y eut
un sentiment unanime de révolte. La société républi-
caine de Périgneux fit une adresse à la Convention, qu'elle
apporta au conseil général et qui obtint l'adhésion du
procureur général syndic et des administrateurs(7juin).
Le 9, le procureur général syndic fit un long réquisi-
toire dans le même sens. Le 1 1 , deux commissaires
furent nommés pour rédiger une adresse sur les bases
analogues, de Bergerac et de Monpazier (société républicaine). (D xl § 4, car-
ton 19, do'ssier Dordogne.)
i. Archives de la Dordogne, même registre, à ces dates, et l'adresse de la so-
ciété républicaine de Moniignac, note XVII aux Appendices.
60 PART. K, CHAP. VII. LA RÉGION DE LA VIENNE, ETC.
établies par l'arrêté du conseil général de la Côte-d'Or :
assurer contre tout péril l'inviolabilité de la représen-
tation nationale. Déjà on s'était mis en rapport avec
Bordeaux. Le 12, le citoyen Dejean, envoyé près du
conseil général de la Gironde, rendit compte de sa
mission et de l'accueil qu'elle avait reçu; le 18, on
prit un arrêté pour l'organisation d'une force départe-
mentale. Il ne s'agissait plus que de mettre en mouve-
ment ces forces que l'on songeait partout à réunir ; et
le 22 on reçut de la commission populaire de Bordeaux
un message « relatif aux mesures de sûreté publique et
au peu de liberté dont jouit la Convention, avec invi-
tation à toutes les administrations d'adhérer à cette dé-
claration ^ ».
C'était la guerre. On remit au surlendemain pour en
délibérer, et le procureur général syndic Pipaud hésita
lui-même à se résoudre. Le 24 juin, son parti élait
pris. Il parla pour faire rejeter les propositions de Bor-
deaux, et ses conclusions furent adoptées, avec cet
amendement :
Que l'arrêté, déclaration et instruction adressés par la
commission populaire de salut public du département de la
Gironde, ensemble les conclusions du procureur général
syndic et le présent arrêté seront imprimes, pour le tout être
renvoyé et distribue dans les districts et communes du dépar-
tement de la Dordogne.
On voulait mettre le département tout entier en de-
meure de se prononcer sur ces résolutions; mais, ce
jour-là même, le district de Périgueux en avertissait la
Convention nationale : dans la séance du 27 au soir on
1. Archives de la Dordogne, même registre, à ces dates.
V. DORDOGNE. 61
lut une lettre par laquelle il annonçait son refus d'adhé-
rer aux propositions de la Gironde*.
Périgueux offrait désormais une base sûre d'opéra-
tions aux deux représentants Mathieu et Treilhard, quand
ils durent, comme nous le verrons, quitter Bordeaux
après avoir vainement tenté de ramener la ville à d'au-
tres sentiments. Ils y arrivèrent le 29; et le 50 le
conseil général de la Dordogne fit un pas de plus dans
la voie nouvelle où il s'était engagé. Il écrivit aux admi-
nistrateurs de la Gironde pour les détourner d'envoyer
vers Paris leur bataillon, qui se proposait de passer par
Périgueux (50 juin"). De leur côté Mathieu et Treilhard
écrivaient de Périgueux aux administrateurs de la
Haute-Vienne de ne pas le recevoir, s'il se dirigeait vers
Limoges (2 juillet). Le même jour, ils mandaient au
Comité de salut public combien ils étaient contents des
dispositions de la Dordogne^. La Convention pouvait en
trouver une nouvelle assurance dans l'adresse que le
conseil général lui fit parvenir le 5 juillet. Elle n'avait
plus à s'inquiéter de cette phrase :
Nous restons fermes à notre poste, opposant les lois aux
efforts de nos ennemis, et ne voulons de repos qu'après la
destruction des despotes, sous quelque forme qu'ils se présen-
tent*.
La Constitution était acceptée ; le 8 juillet, le procureur
1. Moniteur du 50 juin, t. XVI, p. 765.
2. Archives de la Dordogne, même registre, à ces dates.
3. Compte rendu de la mission des représentants Treilliard et Mathieu
dans les départements de la Gironde, Lot-et-Garonne et départements
voisins, pièces annexées n"' 7, 8, 9. — Ils écrivaient le même jour au Comilé
de salut public, en l'assurant des excellentes dispositions de la Dordogne :
« Nous sommes persuadés qu'ils ne passeront pas ». (Ibid., n" io.) Cf. une autre
lettre du 7 juillet : « La force qui devait partir de Bordeaux n'est pas partie ».
[Ibid., n'>14.)
4. Archives de la Dordogne, même registre, 5 juillet 1795.
62 PART. II, CHAP. VII. LA RÉGION DE LA VIENNE, ETC.
général syndic fit un discours pour en signaler les mé-
rites, et, selon ses conclusions, la proclamation en fut
faite solennellement le 10 juillet. Mais, chose imprévue,
dès la veille un décret de la Convention nationale l'avait
suspendu lui-même de ses fonctions, mis en état d'ar-
restation et cité à la barre. Il avait été dénoncé pour son
premier discours, et l'on n'avait rien su peut-être du
nouveau réquisitoire à la suite duquel le conseil général,
jusque-là hostile à la révolution du 31 mai, avait rejeté
les propositions de Bordeaux. Le décret du 9 juillet
arriva le 12, apporté par un courrier extraordinaire \
Sur de nouvelles informations (et les lettres de Treil-
hard et de Mathieu devaient y être pour quelque chose),
le décret d'arrestation fut levé, mais la destitution main-
tenue^ Julien, dans son rapport, ne rappelle que l'acte
qui l'avait motivée : « Vous avez destitué de ses fonc-
tions Pipaud, procureur général syndic, qui avait, dans
un réquisitoire fameux, consacré toutes les maximes
liherticides insérées dans les arrêtés de la prétendue
commission populaire de la Gironde^ ».
Après les commissaires de la Convention, les agents
du Conseil exécutif continuèrent l'œuvre. Aux représen-
tants Mathieu et Treilhard avait succédé Ravault, que
nous avons vu à Angoulême. Dans ses lettres il dit bien
que la Constitution est partout acceptée ; que le peuple
est bon ; que l'aristocratie tremble à côté du républica-
nisme; mais on ne laissait pas de parler des événe-
ments de Paris, « que les malveillants s'étaient plu à
i. Le capitaine de gendarmerie qui l'apporta réclama une indemnité de
voyaffe : indemnité pour un officier et deux gendarmes. On accorda 3000 livres.
(Archives de la Dordogne, même registre, 12 juillet 1703.)
2. Enregistré le 15 août, même registre.
3. Rapport, p. 62.
V. DORDOGiNE. 63
noircir ». Il travaillait à les blanchir, c'était son rôle ; et
ce n'était pas sans utilité au voisinage de Bordeaux, qui
était loin d'avoir désarmé :
Depuis mon arrivée à Périgueux, dit-il dans une lettre du
17 juillet, je m'informe non seulement de l'esprit de ce dépar-
tement, mais de celui de la Gironde. Je surveille et je pense
même que ma présence en cet endroit ne laisse pas d'en im-
poser aux ennemis du bien public. Je vais au département, à
la société populaire, partout enfin oîi je peux parler devant
beaucoup de monde. Je me promène et tâche de confondre
l'aristocratie.
Dans le compte rendu de sa mission, il parle plus au
long de la façon dont il opérait à Périgueux. Il est allé
d'abord au département sous la conduite de l'évêque
Poutard, brave républicain ; il y a justifié les Parisiens,
si indignement calomniés, etc. ; puis, à la société popu-
laire. Il a distribué largement les exemplaires de la
Constitution ; il en a envoyé aux communes :
On doit compter surtout, ajoute-t-il, sur le zèle des curés
mariés, qui sont ici en très grand nombre, grâce au zèle de
Poutard, destructeur du fanatisme.
11 s'est aperçu pourtant que Périgueux, tranquille en
apparence, était sourdement travaillé par l'aristocratie
et le fédéralisme :
J'appris bientôt, dit-il, que depuis quelque temps il s'insi-
nuait à Périgueux un grand nombre d'étrangers pour y gâter
l'esprit du peuple; que les ci-devant nobles, les ci-devant
robins et les prêtres réfractaiies qui, à raison de leur âge,
avaient été exceptes de l'exportation, commençaient à lever la
tête.
Il se défiait en particulier des forces départementales,
64 PART. II, CIIAP. Vil. LA RÉGION DE LA VIENNE, ETC.
levées comme une réserve dans plusieurs départements,
et l'on ne voyait pas toujours trop à quelle fin :
Les forces départementales, dans cette partie du Midi, ont
toutes le même esprit, sont composées de gens suspects,
mauvais sujets, frères et fds d'émigrés, de ci-devant nobles
et de gens à huit, neuf, dix mille livres de rente, qui cepen-
dant reçoivent cinq livres de la nation par jour.
Il les déclare (non sans raison) instituées presque
partout pour seconder les projets des fédéralistes : plu-
sieurs ne portent point de cocardes. 11 faut les supprimer.
Cet agent si zélé à faire accepter la Constitution
trouve pourtant qu'à Périgueux on y a mis trop de zèle.
Il note en post-scriptum :
La municipalité, qui laisse librement sortir les prêlres de la
maison de réclusion, leur a présenté l'acte constitutionnel,
qu'ils ont accepté, en disant que, par continuation d'obéis-
sance aux lois, ils acceptaient la Constitution.
Il fait remarquer : 1° que celte manière de s'exprimer
est dérisoire; '2" que la municipalité ne devait pas con-
voquer, pour émettre ce vœu, des êtres qui ne doivent
plus avoir d'existence civile, puisqu'ils sont condamnés
à la réclusion, d'après leur refus d'obéir à la loi du ser-
ment ^
Au total Périgueux restait une ville suspecte, et ce n'est
pas sans raison que Julien, dans son rapport, disait que,
« bien que l'administration du dé])artement ne parut pas
avoir pris de mesures pour entrer dans la rébellion, elle
contenait des hommes faibles et devait être surveillée^ ».
Elle avait besoin de l'être, tant que le foyer de l'in-
surrection n'était pas éteint dans Bordeaux.
1. Aixliives nationales, V i», 551.
'2. Rapport, p. 61.
CHAPITRE VÏII
BORDEAUX
I
Bordeaux avant le 51 mai.
Bordeaux semblait appelé à être la citadelle et, en cas
de revers, le réduit et le plus sûr refuge dos Girondins.
Ce n'est pas sans raison que le nom de la Gironde
avait été donné au parti où Vergniaud, Guadet et Gen-
sonné se rencontraient avec Brissot, Buzot et Barbaroux.
La ville était animée de l'esprit de ses plus illustres
députés, esprit hostile à l'ancien ordre de choses, même
jusqu'à la persécution, et elle en avait donné la preuve.
Elle avait applaudi à la chute de la Boyauté, applaudi à
la mort du roi*; elle avait envoyé des bataillons com-
battre les Vendéens, elle avait de bonne heure arrêté
chez elle les suspects. Les prêtres qui, plutôt que de
prêter un serment réprouvé par leur conscience, accep-
taient les rigueurs de la déportation, et qu'on menait, en
attendant, en un lieu de dépôt, il avait fallu quelquefois
les faire entrer de nuit dans ses murs ou leur faire
prendre un chemin détourné pour les soustraire aux
violences de sa populace. Mais, quand les députés Giron-
dins se séparèrent enfin des Montagnards, quand ils
1. Adresses semblables de Saiiite-Foy, de Saint-Macairo-sur-Garonue. (Arcliivcs
nationales, D xi. ,!^ i. carton '20, ilussier Gironde]
iitvoi.. nu TA MAI. Il — 5
66 PAKÏ. Il, CHAI*. Mil. BORDEAUX.
lenlèienl d'arrêter le mouvement et qu'ils furent mena-
cés d'être emportés dans la tourmente, Bordeaux prit
fait et cause pour eux. J'ai cité l'adresse lue à la Con-
vention le 4 janvier *. Au mois d'avril 1795, le départe-
ment fit un acte plus significatif. Les Jacobins, en
minorité dans la Convention, cherchaient à soulever les
départements par leur propagande, les appelant à Paris
(ils en donnaient les premiers l'exemple) « pour épurer
la Convention ». L'administration du département, ayant
saisi des paquets de ces écrits incendiaires, convoqua le
conseil général, qui désigna deux de ses membres pour
aller à Paris dénoncer à l'Assemblée la conjuration dont
elle était l'objet ^ Les sections approuvèrent cette dé-
marche, et une proclamation du département (12 avril)
associa en quelque sorte tout le peuple de Bordeaux
à la déclaration de guerre aux anarchistes^.
La lutte qui se continuait entre les Girondins et les
Montagnards à P.iris existait bien aussi entre leurs
adhérents à Bordeaux : les Girondins représentés par
la société des Amis de la liberté et de l'égalité, les
Montagnards par le Club national *. Mais à Bordeaux
ces querelles étaient dominées par le souci commun des
subsistances, dont la rareté se faisait déjà cruellement
sentir, et les Girondins de Paris purent croire un mo-
\. Voyez ci-<lessus, t. I, p. 04.
2. Voyez t. I. |). 1.j4.
7). J'aurai plus d'une l'ois à citer l'excellent ouvrage de M. Vivie, Histoire de
la lerreiir ù Bordeaux,'! vol. in-8, Bordeaux, 1877; il a su tout à la fois re-
cueillir les textes et les mettre en œuvre. Il a douné cette l'roclamation, t. I,
\). 171-175. et il a raconté la déinan lie l'aile par le maire Saige, au norn des sec-
lions, auprès du couH-il général et du repri-senlant Garrau (ibid., p. 173177).
— Vovez sur les villes de la (jironde la note XVIII aux Appemlices.
4. Déjà, le 29 décembre 1792, la seciion Brutus. n" 7, de Bordeaux, iniprou-
vait l'adresse du Club national pour la permanence des secliens, y voyant une
mesure contraire à Tordre et au respect des magistrats, et trop favorable aux
ambitieux. 'Aichives nationales, D xl g 4, carton 20, dossier Gironde.)
I. liORDEAUX AVANT LE 51 MAI. 67
meiil que l'on perdait de vue leur péril. Yergniaud
écrivait à la société des Amis une lettre ainsi datée :
c( Paris, i mai 1793, sous le couteau » ;
lettre dans laquelle il reprochait à ses membres leur
abandon*; il est vrai que, le lendemain 5 mai, il leur
en adressait une autre où il confessait son injustice: car
il venait de recevoir un témoignage de leur sollicitude;
mais, puisqu'ils s'intéressaient toujours à la cause de
leurs dtiputés, il les avertissait ([ue l'heure d'agir était
proche :
On dit quo c'est aujourd'hui ou demain qu'ils doivent
venir deuiander de s'abreuver du sang de la représentation
nationale. Je doute qu'ils l'osent, quoique la terreur ait livré
les seclious h une poignée de scélérats. On s'y est cependant
battu avant-hier, et on ne tentera pas une démarche dans
laquelle on craindra d'éprouver de la résistance. En tout cas,
nous comptons sur le courage de FontVède, qui est président,
et vous pouvez compter sur le nôtre.
Tenez-vous prêts. Si l'on m'y force, je vous appelle de la
tribune pour venir nous défendre s'il en est temps, et venger
la liberté en exterminant les tyrans. Si nous ne sommes plus,
Bordeaux peut sauver la République
Hommes de la Gironde, levez- vous ! La Convention n'a été
faible que parce qu'elle a été abandonnée. Soutenez-la contre
tous les furieux qui la menacent. Frappez de terreur nos
Marins ; et je vous préviens que rien n'égale leur lâcheté, si
ce n'est leur scélératesse. Alors la Convention sera vraiment
digne du peuple français. Des lois sages seront substituées à
des lois de sang ; et les douceurs de la liberté nous console-
ront des calamités de l'anarchie ".
Les deux lettres, sitôt reçues, furent aflichées et
1. Vivic, l. 1, |i. -llo.
2. Ibid.
08 PART. Il, CUAP. VIII. BORDEAUX.
accueillies avec applaudissements. Le 8 mai, les sections
se déclaraient en permanence, et elles adoptèrent une
adresse à la Convention qui reçut l'adhésion de la com-
mune, du district et du département.
C'était une protestation énergique contre la pétition
du 15 avril. Cette adresse, avec les adhésions qu'elle
avait reçues, fut portée par deux envoyés spéciaux
(Leyris et Duvigneau) à Paris : je l'ai citée à propos du
débat violent qu'elle suscita le 14 mai dans la Conven-
tion. Mais le débat tourna au profit de la Gironde.
Guadet l'emporta sur les murmures de la Montagne, et
il fit voter que la pièce serait imprimée, envoyée aux
départements et affichée dans Paris'.
Ce succès ne pouvait pas faire illusion sur la gravité
du péril; et, d'autre part, le Conseil exécutif à Paris
avait lieu de redouter les résolutions de Bordeaux. Un
des commissaires de Garât, nommé Fourcade % lui écri-
vait de Pau à la date du 26 mai :
J'ai parcouru douze départements. L'esprit public est hou
généralement. On veut la démocratie, on est prêt à faire de
plus grands sacrifices pour la Révolution, mais il est à
craindre que l'apathie et le découragement ne succèdent à
ces bonnes dispositions, si l'on ne s'empresse d'étouffer le
germe de division que l'on a excité entre Paris et les dépar-
tements, si l'on ne met un frein aux dilapidations des admi-
nistrateurs, qui font regretter la plupart les vices de l'ancien
1. Moniteur du 16, t. XVI, p. 57. Il y en a un exemplaire aux Archives
lie Seine et-Oise. — Un peu après le 51 mai, le conseil général de la commune
de Bordeaux adressait au président de la Convention le i)rocès-verbal d"une
séance du IG, où il adhérait à l'adresse de la commune de iSantes contre les
anarchistes. (Archives nationales, D xl g 4, carîon 20, dossier Gironde.)
2. Son signalement est donné dans son dossier : l'aschal-Thomas Fourcade,
chef de bureau au Comité de correspondance de la Convention nationale, âgé de
25 ans et quelques mois; taille 5 pieds, cheveux châtains, grand nez, bouche
moyenne. (Archives nationales, Y i» 551).
I. BORDEAUX AVANT LE 31 MAI. 69
régime, si l'on ne parvient h empêcher un certain côlé de
r Assemblée de vicier l'opinion publique.
Je vous le dis avec la franchise d'un homme dégagé de tout
parti, on a gangrené la ville de Bordeaux.
La grande majorité des habitants veut la République,
mais, égarée par la haine qu'on lui a inspirée contre Paris,
elle se livre aveuglément aux royalistes, qui profitent de ses
préventions pour la conduire à des idées de fédéralisme....
Eh bien! nons abandonnerons Paris à lui-même, tel est le
propos que l'on entend partout
Presque tous les départements usurpent l'autorité législa-
tive; ils lèvent des contributions, interprètent ou n'exécutent
pas les décrets, se permettent des actes arbitraires et ne font
sentir en général qu'aux amis de la Révolution les effets de
leur despotisme*.
Les Bordelais toutefois avaient beaucoup plus à crain-
dre le triomphe des Montagnards à Paris et « les effets
de leur despotisme «; la lettre môme de Fourcade té-
moigne que c'était bien là ce qu'on redoutait. Les amis
des Girondins avaient donc de fréquentes réunions,
délibérant sur les mesures à prendre. Sers, ancien
membre de l'Assemblée législative, président du con-
seil général de la Gironde, et Roullet, procureur gé-
néral syndic du département, y avaient les princi-
paux rôles. On entretenait une correspondance active
avec les députés girondins, et Duvigneau, à son retour
de Paris, put faire connaître h quel état d'oppres-
sion la Convention se voyait réduite. Les commissaires
des sections furent convoqués en assemblée générale,
et déjà on se disposait à faire appel aux départements
voisins et à envoyer des volontaires à Paris pour défen-
i. Archives nationales, F i» .551, dossier Fourcoile, et la noie XIX aux Ap-
pendices.
70 PART, ir, CilAP. VIII. BORDEAUX.
dre la Convention, quand on recul la nouvelle de la Ré-
volution du 51 mai.
II
Bordeaux après le 51 mai. Commission populaire de salut public
de la Gironde.
Ce coup terrible porté à la Gironde souleva toutes les
Ames à Boi'deaux. Les hommes d'action sentirent qu'il
n'y avait plus im moment à perdre. On dépêcha des
courriers à Lyon et dans les principales villes, et, le
7 juin, le conseil général du département invita tous les
corps constitués à se joindre à lui par l'envoi de com-
missaires, « afin de former un centre commun autour
duquel les citoyens viendraient se réunir pour discuter
avec calme les grands intérêts du moment et trouveraient
dans l'union fraternelle du peuple et de ses magistrats
la force et l'énergie que la liberté opprimée doit opposer
au despotisme et à l'anarchie' ^k
Les nouvelles qu'on recevait de Paris faisaient con-
naître la situation. Deux députés girondins, Ducos et
Boyer-Fonfrède, son beau-frère, amis de Vergniaud,
étaient restés dans l'Assemblée (le décret de proscrip-
tion ne devait les atteindre que plus tard), et l'on
recevait aussi une lettre d'un des proscrits, Gensonné,
écrite à l'heure même où la révolution allait se con-
sommer :
Le 2 juin 1795, l'an 11 de la Képubli(jue française, à
trois iieures de l'après-mdi, moi Armand Gensonné, repré-
sentant du peuple français, convaincu que nous touchons au
moment où je vais être victime des conspirations qui se tra-
ment contre la liberté de la République française par une
-1. Vivie. t. l.p. 229.
II. BORDEAUX APRES LE 31 MAI. 71
faction dont jo n'ai cessé de combattre les coupables efforts;...
Considérant que le mouvement prétendu révolutionnaire
que cette faction prépare et exécute, n'a d'autre objet que de
dissoudre la Convention nationale;...
Considérant que les conjurés, après avoir séduit ou égaré
une faible partie des citoyens de Paris, ont subjugué, par la
crainte des proscriptions, la majorité des babilants de cette
ville, se sont investis de tous les pouvoirs des autorités
constituées, se sont emparés de la direction delà force armée
et des comités révolutionnaires de toutes les sections;...
Considérant, enfin, qu'au moment même où je trace ces
lignes, j'ai lieu de croire que la Convention nationale va
être forcée d'ordonner mon arrestation ou de la laisser faire,
et que je m'attends à devenir dans peu d'instants la victime
d'un mouvement populaire ou d'un assassinat prétendu juri-
dique;...
Je déclare aux citoyens de mon département et à la France
entière que je bénirai le sort qui m'est réservé, si ma mort
peut être utile à l'établissement de la République et préparer
le bonbeur du peuple français
Je conjure particulièrement les braves Bordelais, mes
concitoyens, et les républicains de la France entière, d'exa-
miner avec soin les chefs d'accusation (s'il en est) qui me
seront imputés. Je reconmiande à mes amis surtout le soin
de ma mémoire, je les charge, au nom des sentiments qu'ils
m'ont voués, d'empêcher qu'elle ne soit flétrie; cette tâche
ne sera pas difficile
Résigné à tout, sûr de ma conscience, j'embrasse dans
ma pensée mes chers concitoyens, tous les amis de la
liberté et de la République française; et en la scellant de
mon sang, sous les poignards des conspirateurs et sous la
hache des factieux, mon dernier soupir sera pour ma patrie,
et rna bouche ne se fermera qu'en exprimant le plus ardent
de mes souhaits : Vive la République !
Gensojnné, député de la Giroiide\
I. Vivie. t. I. ij. 25r).
72 PART. II, CHAP. VIII. HORDEAUX.
Celte pièce, qu'on a justement appelée le testament de
Gcnsonnéj reçue le 8 juin et répandue dans le public,
ne fit que fortifier les résolutions. La résistance s'orga-
nisa sur le plan que les lettres mômes de Yergniaud
avaient tracé. Sers en fit l'exposition, ce jour même, au
conseil général dans une séance à laquelle assistaient
les délégués qu'il avait convoqués. Le procès-verbal, fi-
dèlement dressé, en reproduit l'inspiration généreuse.
J'en reprends seulement les conclusions, qui devaient
avoir une influence capitale sur le sort de la ville :
L'assemblée, considérant que l'objet de sa réunion a été
de sauver la chose publique ;...
Arrête à l'unanimité qu'elle se constitue en Commission
POPULAIRE DU SALliT PUBLIC DU DÉPARTEMENT DE LA GiRONDE, qu'elle
est permanente et ne cessera ses fonctions qu'après qu'elle
aura, de concert avec les agents du peuple des autres dépar-
tements, mis la liberté hors do tout péril, en la rétablissant
dans le sein de la Convention nationale;
Que sa détermination sera sur-le-champ rendue publique
et envoyée à toutes les communes du département;
Qu'enfin elle va s'organiser par la nomination d'un pré-
sident, d'un vice-président et de quatre secrétaires*.
Le président fut Sers; le vice-président, Desmirail;
les secrétaires, Bernada, P. -F. Lamarque, Monbalon et
Duvigneau^
Les deux intrépides Girondins Ducos et Boyer-Fonfrède
qui, demeurés à Paris, faisaient connaître à Bordeaux
l'état de la Convention, ne craignaient pas de se faire
en quelque sorte les organes du soulèvement de Bordeaux
1. Vivic, 1. 1, p. 25")-254. L'imprimé (hi proccs-vcibal de ceUe séance est joint,
comme pièce de conviction, au dossier de Wormeselle et consorts devant le tri-
bunal révolutionnan-o de l';iris. (Aicliives nationales, \V 20"), dossier 208.)
2. ]bid., p. 254.
III. PRÉI'ARATIFS DE LUTTE. 73
contre la révolulion triomphante, auprès du Comité de
salut public lui-même. On lit dans le procès-verbal dos
séances du Comité (10 juin) :
Boyer-Fonfrède et Ducos observent que les sections de
Bordeaux se sont déclarées en insurrection, qu'elles se sont
ressaisies d'une partie de leur souveraineté, ont établi un
comité central et déclaré qu'elles resteraient en cet état jus-
qu'à ce qu'il y eût un rapport d'après lequel les députés
détenus lussent décrétés d'accusation ou rendus à leurs
fonctions.
Les citoyens Boyer et Ducos observent que l'envoi des
commissaires à Bordeaux n'offrirait qu'une mesure, sinon
dangereuse, au moins inutile, si les représentants envoyés
ne portaient l'assurance précise d'un prochain rapport, fondée
sur un décret positif.
III
Préparatifs de liiUe.
On ne se constituait ainsi à Bordeaux que dans la
pensée d'agir; et le peuple, par ses manifestations, pro-
mettait son concours. Les sections de Bordeaux, qui
étaient en permanence, avaient déclaré qu'elles ne
reconnaissaient plus les décrets de la Convention
mutilée. On s'occupa donc de lever la force départe-
mentale; on fit appel aux offrandes et contributions
volontaires; on fit connaître aux départements l'altitude
qu'on avait prise. C'était ou ce fut bientôt celle de la
plus grande partie de la France : de la Bretagne, de la
Normandie nous l'avons vu; de Toulouse, de Nîmes, de
Marseille, de Lyon, de tout le Midi et de l'Est nous le
verrons incessamment.
1. Archives nationales. AF ii, carton 4G, dossier 158, n" 19.
74 PART. IL CUAP. VIII. BORDEAUX.
Dès le 11 juin, la Commission populaire signala son
existence à la Convention par une adresse où elle expri-
mait l'objet de cette grande insurrection contre l'émeute
dont la Représentation nationale venait d'être victime :
Citoyens représentants, disait-elle, la mesure est comblée,
le voile est déchiré; tous les départements se lèvent à la fois
et d'un commun accord, pour défendre la représentation
nationale, pour lui rendre sa liberté et la retirer de l'étal
d'avilissement où elle se trouve réduite \
Elle déclarait que, si Paris avait subi le joug de quel-
ques scélérats, la France voulait rester fidèle au serment
de mourir plutôt que de laisser s'élever aucune espèce
de tyrannie sur les débris du trône; et, déchirant le voile
dans lequel se drapait toujours l'Assemblée mutilée,
asservie :
Ne vous y trompez pas, disait-elle, citoyens législateurs, la
France entière ne vous voit plus que tremblants sur vos sièges,
rendant, comme les statues des faux dieux, les oracles qui
vous sont dictés par des prêtres imposteurs. Non, dans cet état
d'ahjection, la nation ne peut plus reconnaître ceux qu'elle
avait crus doués d'assez d'énergie pour exprimer librement
sa volonté.
Elle ajoutait qu'elle entendait observer les lois,
reconnaître les autorités établies, et, allant au-devant do
ces imputations calomnieuses qui ruinent les meilleures
causes dans l'opinion publique, elle se défendait par
ses actes :
Son premier acte a été de demander à chacun de ses
membres le serment solennel de faire une guerre éternelle
aux tyrans, aux traîtres et aux anarchistes, de maintenir la
1. Vivie, t. I, p. 237, 258.
III. PRÉPARATIFS DE LUTTE. 75
liberté et l'égalité, la sûreté des personnes et des propriétés,
l'unité et l'indivisibilité de la République, et de n'user dos
pouvoirs qui lui sont confiés par le peuple que pour rétablir
le respect dû à la souveraineté nationale.
Le môme jour, comme pour témoigner que la ville de
Bordeaux, conformément à la déclaration de la Com-
mission populaire, entendait respecter les autorités pu-
bliques, le procureur général syndic Pioullet faisait au
ministre de l'Intérieur un rapport sur les événements
qui venaient de s'y passer, et il en définissait ainsi la
cause et le caractère :
L'arrestation de plusieurs membres de la Convention qui
ont le plus résisté à la faction anarcliique, le dessein qui
paraissait formé de les faire périr, sans avoir constaté, pas
même articulé contre eux aucun crime, et les derniers mou-
vements de Paris, en ont occasionné un dans cette ville et
dans le département, qui est celui d'une véritable insurrec-
tion, celui d'un peuple qui se met tout entier et en masse en
état de résistance. C'est le mouvement de 1789 qui s'est
reproduit'.
En prenant à l'égard de la révolution du 51 mai cette
attitude, la Commission populaire n'oubliait pas les
députés qui, frappés par décret sous la pression de
l'émeute, étaient restés aux mains de leurs ennemis. La
Convention, qui d'abord s'était contentée de les faire
garder cbez eux, venait de décider qu'ils seraient détenus
non pas dans une prison — on n'osait pas le dire encore,
— mais dans une maison nationale : c'était sa réponse
au soulèvement provoqué par les fugitifs. La Commis-
sion populaire demanda que, si on les jugeait, — et elle
réclamait qu'on les jugeât pour faire éclater leur inno-
1. Vivie, t. I, p. 240.
76 PART. II, CHAI'. YllI. BORDEAUX.
cence — le tribunal fut placé au moins à quarante
lieues de Paris et composé de juges et de jurés élus par
les déparlements : récusant tout autre tribunal comme
asservi à la faction, rejetant d'avance son jugement et
rendant personnellement responsables les juges et les
jurés qui y auraient concouru^
En môme temps on songeait à l'action.
Les Jacobins de Lesparre s'étaient prononcés en faveur
de la Révolution ^ mais la plupart des villes du dépar-
tement, Libourne, la Uéole, etc., avaient adhéré à la
formation de la Commission populaire. Les comidérants
de la décision de la Réole pour la désignation de ses
délégués montrent, à côté de la question générale qui
domine, les raisons particulières qui, dans ces temps
de détresse, excitaient les esprits contre Paris :
Considérant que l'arrestation d'un grand nombre de
membres de la Convention laisse plusieurs départements sans
représentants ; que les factieux qui agitent la partie abusée
du peuple de Paris se sont saisis de tous les pouvoirs,...
au point qu'ils font livrer le pain au peuple de Paris à
trois sous la livre, tandis qu'ailleurs on le mange à huit
sous^....
Mais ce n'étaient pas seulement les villes du départe-
ment, c'étaient tous les départements qui devaient con-
courir à l'action, pour qu'elle fût efficace; et comme il
leur fallait un centre, on avait choisi Bourges. Notons
bien à quelle fin : ce n'était pas une Convention nou-
velle qu'on y voulait opposer à l'autre; mais une com-
mission centrale, chargée de lui faire savoir à quelles
1. Vivie, t. I, p. 241.
2. Note XX aux Appendices.
3. Gaul)an. Hixtoire de la Réole, p. 325.
III. PRÉPARATIFS DE LUTTE. 77
conditions on continuerait de la reconnaître et de lui
obéir. Telles étaient au moins les instructions que
Bordeaux remettait à ses commissaires : 1" mise en
liberté des députés arrêtés ; 2" suppression du tribunal
extraordinaire, qui serait remplacé par un tribunal na-
tional, siégeant à cinquante lieues de Paris avec des juges
et jurés pris dans les départements et nommés par les
départements; 5° envoi aux départements du rapport de
la commission des Douze; 4" revision des décrets rendus
depuis le 27 mai ; 5° renouvellement des autorités
administratives et municipales de Paris ; 6° arrestation
et jugement des auteurs ou complices des journées de
septembre, du 10 mars, du 51 mai et jours suivants;
7" rechercbe des voleurs du Garde-Meuble ; 8° réorga-
nisalion de la garde nationale de Paris. Si ces condi-
tions n'étaient point accueillies, la Commission centrale
devait déclarer que la Convention n'était plus libre et
aviser au salut public ^
En même temps qu'on se proposait d'agir ainsi à
l'intérieur, une proclamation aux armées leur faisait
connaître le but de cette manifestation, les exhortant à
continuer de défendre la frontière; on ne réclamait pas
autrement leur concours. Mais il fallait une force à
l'appui de cette démonstration; et chaque département
devait encore y contribuer. On a vu déjà les volontaires
enrôlés à cette fin en Bretagne et en Normandie. A Bor-
deaux comme en Normandie, les députés réfugiés
(c'étaient Lidon et Chambon) parcouraient les rangs de
la garde nationale, pour exciter son ardeur; vains efforts
1. Vivic, t. I, p. i48, a" 23 de rappeiulice. Voyez aux Archives nationales,
dans un dossier de la Commission populaire de la Gironde. ]'arr<'té du 1U juin et
la déclaration du '20 juin, IJ xlu, carton 4, dossier 50.
78 PART. II, CHAF. VIII. BORDEAUX.
et sinistre présage : le contingent de la Gironde, fixé à
1200 hommes, n'en réunit pas plus de 400.
IV
Mission de Mathieu et Treilharcl.
Cependant à Paris on n'était pas demeuré inaclif. La
Gironde pouvait prendre un rôle prépondérant dans ce
soulèvement de la province, car elle avait dans la cause
des proscrits un intérêt tout spécial : il y allait de l'hon-
neur de son nom. Aussi, dès le 17, la Convention en-
voya-t-elle deux de ses membres à Bordeaux « à l'effet de
s'entendre avec les autorités constituées pour réunir
tous les esprits dans l'objet important de la défense
commune «. C'étaient Treilhard, ancien avocat au Parle-
ment de Paris, homme important déjà à l'Assemblée
constituante, et Mathieu, avocat aussi, tous deux Mon-
tagnards et ayant voté, comme la plupart des Girondins,
la mort du roi. Ils 'ont laissé de leur mission un récit
qui a de sa véracité deux garanties : les procès-verbaux
de la Commission populaire, et le rapport de deux
délégués de Toulouse présents alors à Bordeaux pour
une tout autre fin'.
Partis de Paris le 20 juin, ils arrivèrent à Bordeaux
le 24. A la sortie de la barque qui les amenait de la
Bastide, on leur demanda leurs passeports : ils exhi-
i. ftccil exact de la coiuliii/e Icitiic à l'rf/arrl des ineiiibrcs de la (loiivciitiou
italionnlc délégués dans le dcparlrmcni de la Gironde, par les twmbres
des nulorités constituées, se disant réunis en Com/nission populaire de
salut public, '29 juin 1790, imprimé |]ar ordre de la Convention nationale
(I5il)liotlièquc nationale, Le''^, '22). il est reproduit comme annexe (pièce n° 2)
dans le compte rendu que les doux conventionnels ont publié de leur mission,
20 juillet 1795 (Bibliothèque nationale, Le^", 29).
IV. MISSION DE MATHIEU ET TREILHARD. 7'J
bèrent le décret de leur délégation. Ils croyaient que
tous allaient s'incliner : on les mena au corps de garde,
et, quoiqu'ils s'en défendissent, on leur donna deux
fusiliers pour les conduire à leur hôtel. A peine y étaient-
ils que d'autres gardes, plus qu'ils n'en eussent voulu,
lurent placés à la porte « pour leur sûreté ».
Cependant, à la Commission populaire on avait déli-
béré si on les recevrait : quelques-uns eussent voulu
qu'on les mît dehors, sans plus attendre; d'autres,
qu'on les gardât comme otages. De ces deux partis on
ne prit ni l'un ni l'autre ; mais on paraissait décidé à
ne pas les recevoir comme représentants. Roullet, le pro-
cureur général syndic, invité par eux à les venir trou-
ver à leur hôtel, s'y refusa, « attendu qu'ils prenaient
le titre de députés de la Convention nationale dans le
département de la Gironde et qu'il ne pouvait ni ne
devait les reconnaître en cette qualité* ». Ce furent
eux que la Commission pria de venir au lieu de ses
réunions en leur déléguant quatre de ses membres.
Mais ils s'en excusèrent à leur tour, alléguant leur fati-
gue et promettant d'ailleurs de s'y rendre le lende-
main. Le lendemain matin, quand ils voulurent sortir,
ils trouvèrent des gardes qui d'abord leur barrèrent
le chemin, et qui, finalement, les suivirent. Treilhard
se plaignit au maire et au président de la Commis-
sion populaire ; mais on lui dit que c'était en vertu
d'une décision de la Commission elle-même : il fallut
bien s'y résigner*.
Ce fut avec cette même escorte qu'ils se rendirent le
soir à la Commission populaire; et son assistance ne
leur fut pas inutile. La foule encombrait les rues et
1. Vivie, t. l.p. 247-251.
80 PART. II, CIIAP. VIII. BORDEAUX.
quelques cris d'insulte partirent du milieu d'elle à leur
adresse; mais on les réprima *.
Quand ils furent devant l'assemblée, Treilhard, l'un
des deux, exposa que la Convention les avait envoyés à
Bordeaux pour inviter le département à se joindre aux
autres dans la défense de la République contre l'ennemi
extérieur et contre les Vendéens. Toutes les puissances
sont conjurées contre nous. Le fanatisme et l'aristo-
cratie en profitent pour déchirer la République. La Con-
vention veut en maintenir l'unité et l'indivisibilité; elle
veut le respect des personnes, la garantie des propriétés :
(c Nous sommes, ajoutait-il, les ennemis des factieux et
des désorganisa teurs ».
« Ici, disent les deux envoyés de Toulouse, l'agitation
du peuple leur donna lieu de croire qu'on n'ajoutait
pas foi à leur serment. »
Le président Sers écarta les soupçons dont l'attitude
du département était l'objet'. Il dit que les plus grands
ennemis de la République n'étaient pas en Vendée; qu'à
Paris se trouvait réellement l'état-major de l'armée des
rebelles ; « que le département de la Gironde ne pou-
vait plus reconnaître une Convention qui avait cessé
d'exister depuis le 2 juin ; que tous les actes émanés
d'elle étaient évidemment nuls, comme l'effet de la
violence et de l'oppression ; qu'on ne pouvait pas nier
qu'elle eût été investie de force armée et de canons les
51 mai, 1 et 2 juin; que la liberté individuelle des
députés et celle de la Convention entière avaient été
violées; qu'il n'y avait par conséquent plus de Conven-
i. Voyez leur rapport et la lettre fie Riiffat et Fage, ilolégués de Toulouse, p. 5.
2. Voir Vivie, t. I, p. 2o2-2r)8, d'après le registre de la Commission populaire.
— La scène est décrite avec |>liis cr(''lendne dans la lettre des délégués de Tou-
louse, p. 5-0.
IV. MISSION DE MATHIEU ET TREILIIARD. 81
tion, et qu'il n'y avait pas plus de pouvoir exécutif, parce
que celui qui existait était le complice de toutes les
trahisons; que le vœu du département de la Gironde,
conforme en ce point à celui de plusieurs autres dépar-
tements, était de marcher sur Paris, non pour détruire
la Convention, mais pour lui rendre sa liberté et faire
punir ceux qui y avaient porté atteinte* » ; et il renou-
velait les réclamations inscrites déjà dans les adresses :
élargissement des trente-deux députés, punition de la
Commune de Paris et des scélérats qui maîtrisaient la
Convention.
Mathieu et Treilhard répliquèrent, mais ils constatent
(ce que d'ailleurs on pouvait supposer) que les paroles
du président étaient couvertes d'applaudissements,
tandis que les leurs étaient accueillies par des murmures
xlans les tribunes.
A la suite de cette séance « pénible et humiliante »
pour les conventionnels, comme disent les délégués de
Toulouse, Treilhard, espérant que des explications par-
ticulières avec le président serviraient mieux à dissiper
les malentendus, le vint trouver. Le président fit rester
les deux gardes qui servaient d'escorte au représentant,
ne voulant pas lui parler sans témoins; et en leur pré-
sence il déclara que le vœu unanime du département
était le châtiment de ceux qui avaient attenté à la souve-
raineté nationale".
Les deux députés pouvaient dès lors se convaincre
que le nom de la Convention et leurs paroles ne suffi-
1. Rp'cit exact de la conduite tenue à Vcgard des membres de la Conven-
tion nationale délégués dwis le de'partcment de la Gironde, par les membres
des autorités constilue'cs, se di'^ant réunis en Commission populaire de
salut public à Bordeaux, p. 8. Cf. le rnp](ort de Cliaudroii-Uousseau au Comilc
de salut public, 2 juillet 1795. (Bibliothèque nationale, Le-'^ 25.)
2. Ibid., p. 11, 12.
RÉVOL. DU 51 MAI. Il — 6
82 PART. II, CHAP. VIII. BORDEAUX.
raient point ponr désarmer Bordeaux. Leurs lettres au
Comité de salut public étaient arrêtées à la poste. Eux-
mêmes n'étaient plus sûrs de partir comme ils le vou-
draient. Leur garde d'honneur perpétuelle ressemblait
trop à tout autre chose'. Ils s'en expliquèrent avec le
président quand il leur rendit leur visite; et plusieurs
sections demandaient en effet qu'ils fussent bien et
dûment retenus comme otages. Mais la Commission se
refusa à ces instances et prit un arrêté dont le langage
et les conclusions font un remarquable contraste avec
les arrêtés ou les décrets qui se publiaient alors à Paris :
La Commission populaire,... considérant qu'aussi long-
temps que nous concevrons l'espérance de voir la Convention
nationale reprendre sa liberté,... nous devrons aussi user,
envers ceux qui portent le caractère sacré de député, de tous
les égards et de tous les ménagements qui sont compatibles
avec la sûreté générale de la République ;
Considérant qu'il est digne des citoyens de ce département
de donner, dans celte circonstance délicate, une nouvelle
preuve de leur respect pour la Représentation nationale, lors
même qu'elle est violée ouvertement à Paris et que des
hommes, pour qui rien n'est sacré, persuadent à une partie
du peuple, égarée ou corrompue par les maximes les plus
destructives de tout ordre social, qu'elle peut à son gré arra-
cher à leurs fonctions, sous les plus vains prétextes, des
leprésentants qui n'appartiennent qu'à la nation entière et
qui ne sont conqitables qu'envers elle;...
Considérant que l'objet unique du peuple de ce départe-
ment, en se mettant en insurrection contre l'anarchie, a été
de concourir, avec les autres départements, à rendre à la Con-
1. Kxccpté toulolois pour la maiiic-rc de se comluire envers eux : « Xous devons
à lous les liloycus qui ont composé notre garde, disent les deux repri'seutanls,
qu'ils n"ont jamais manque d'égards pour notre personne, et qu'ils ont toujours
elierelié à prévenir nos désirs, sans jamais s'écarlcr des ordres sévères qu'ils
avaient reçus », etc. [Uécil exncl, p. 16.)
IV. MISSION DE MATHIEU ET TREILILVRD. 83
vention nationale sa liberté et sa majesté, et que la mesure
d'arrêter des membres de cette assemblée n'est nullement
propre à remplir cet objet...
Considérant qu'il doit suffire en ce moment au peuple de
ce département d'avoir manifesté ses opinions et ses senti-
ments aux citoyens Mathieu et Treilhard, de leur avoir dé-
montré dans une séance très nombreuse... que, d'après
une multitude de faits notoires, contre lesquels il leur a été
impossible de s'élever, il est dans l'intime conviction que la
Convention nationale n'est pas libre.
Suit un rapide exposé des faits, avec une appréciation
énergique de l'insurrection du 51 mai et du despotisme
qu'elle avait établi à Paris :
Que, si telle est une faible partie du peuple de Paris, il n'en
est pas de même du peuple des départements ;
Que là il n'est point corrompu par un salaire journalier,
destiné à celui qui fait métier de provoquer au meurtre et au
brigandage ;
Que là il ne se borne pas à jurer la République une et indi-
visible, la liberté, l'égalité, la sûreté des personnes, mais
qu'il veut toutes ces choses du fond de son cœur;
Que là il ne se consume pas en vaines jactances contre
les ennemis du dehors et du dedans, mais qu'il envoie de
braves soldats à nos armées, en même temps qu'il fournit,
à force de sueur et de travail, les objets qui leur sont néces-
saires ;
Considérant que ces vérités que les citoyens Mathieu et
Treilhard ont entendues, ils ne pourront s'empêcher sans
doute de les rendre à la Convention nationale, et que peut-
être elles concourront à ranimer le courage et les espé-
rances de cette majorité de laquelle le peuple français atten-
dait son salut ; ...
Par toutes ces considérations, la Commission populaire de
salut public arrête :
1° Qu'il n'y a lieu à délibérer sur la demande des diverses
84 PART. II, CUAP. VIII. BORDEAUX.
sections de la commune de Bordeaux de mettre les citoyens
Mathieu et Treilliard en état d'arrestation et de les garder
comme des otages pour la sûreté des citoyens qui ont été
envoyés, au nom du peuple de ce département, vers les autres
départements de la République;
2" Qu'en conséquence les citoyens Mathieu et Treilhard
auront toute liberté de reprendre la roule de Paris, ainsi qu'ils
ont paru le désirer, et que pour le leur annoncer il leur sera
délivré un extrait en forme du présent arrêté (26 juin 1793) ^
Les délégués de Toulouse, dans leur lettre datée de
ce même jour, ont encore la pensée qu'on ne les lais-
sera point partir :
Les Bordelais, disent-ils, ne les délivreront que quand la
Convention libre aura élargi leurs représentants, mis en état
d'arrestation, et qu'on sera sûr de la liberté des commissaires
envoyés dans les divers départements.
Mais il n'en fut pas ainsi. Les deux députés se reti-
rèrent, comme nous l'avons dit, à Périgueux, qui venait
de rompre avec Bordeaux^ Avant d'y arriver, ils adres-
sèrent de Mucidan, le 29 juin, à la Convention, le récit
exact de leur mission. A peine arrivés, ils lancèrent
de tous côtés des proclamations pour retenir ou rame-
ner soit les villes de la Gironde, soit les départements
avoisinants'".
On verra plus loin les résultats de leurs efforts.
1. Il y en a un exemplaire aux Archives de Seine-el-Oisc. — Voyez le texte
complet doimé par M. Vivie, t. I, p. 451, Appendice n" 25.
2. Coiiiplc rendu, etc.. n° 2, et Leltre au Comité de salut public, n° 5.
7). no juui, aux administrateurs du déparlement, du district et au conseil
général de la commune de Bordeaux (n" 4) ; même date, aux administrateurs
des districts de la Gironile en leur envoyant copie du [\rcil e.vacl (n" 5); 7 juillet,
proclamation aux citoyens de la Giionde (n" C) ; ])roclamation aux départements
de la Gironde, Lot-et-Garonne et départements voisins (n" 7). — 2 juillet, aux
administrateurs de la llaule-Vienne, relativement au bataillon que Bordeaux
veut envoyer sur Paris par Périgueux et Limoges (n" 8); 14-17 juillet, Lettres
à Cadillac, ù Sainle-Foy, à Budos (n"' 9-12), etc.
CHAPITRE IX
BORDEAUX APRÈS LE DÉPART DE MATHIEU
ET DE TREILIIARD
I
Dissolution de la Commission populaire. — Décret du 6 août.
Pendant que les deux représentants déployaient tant
de zèle à Périgueux, la Commission populaire travaillait
de son côté à contrebalancer leur influence. Elle se te-
nait toujours en relation avec la Bretagne, la Norman-
die, et envoyait ses délégués à Toulouse et dans tout le
Midi; elle les mettait sous la sauvegarde de tous les
Français comme agents de salut public, mais elle sentait
l'ardeur se refroidir aux alentours'; il semblait qu'elle
commençât à douter d'elle-même. Ayant su que la
Convention venait d'adresser aux municipalités la Con-
stitution, constitution qu'elle avait bâclée en huit jours
et qu'elle comptait bien faire ratifier en moins de
temps par les assemblées primaires de la France, la
Commission n'osa point aller à l'encontre. Elle appela
le peuple au vote, l'invitant à se prononcer en même
temps sur la conduite qu'elle avait tenue. Sa conduite
fut approuvée, mais la Constitution votée de la même
1. Dès le 16 juin, la sociélé populaire de Siiinte-Fuy envoyait à la Convention
son adhésion à la révolution du ôl mai. .Séance du 26 juin, Moniteur du 28,
t. XVI, p. 750.
86 PART. II, ClIAP. IX. BORDEAUX APRÈS MATHIEU ET TREILHARD.
sorte*; et dès lors comment s'élever contre la Conven-
tion dont elle était l'œuvre? La Commission avait sol-
licité le concours moral des armées; il lui faisait dé-
faut. Custine, Houchard dénoncèrent à la Convention
la lettre de Grangeneuve qui leur avait été envoyée :
— témoignage de soumission qui ne les sauva point
de l'échafaud. Quant à la force départementale, j'ai dit
que le bataillon de la Gironde contenait quatre cents
hommes : Bordeaux y figurait pour vingt-cinq cava-
liers. On le fit partir et il alla jusqu'à Langon. Mais là
on apprit l'affaire de Pacy- sur-Eure (15 juillet). L'ar-
mée de Bretagne et de Normandie (était-ce une armée?)
allait s'évanouir après une rencontre d'avant-garde ^
Ce fut, même pour la Gironde et pour le Midi, un
irréparable coup.
1^6 gouvernement avait à Bordeaux comme en plu-
sieurs autres villes des agents qui le renseignaient sur
l'état des esprits et lui dénonçaient les suspects. Un
d'eux, nommé Pannetier, arrivé le 29 juillet, a rédigé
sur les sections de Bordeaux et sur le club des Amis
de la liberté et de l'égalité une note qui devait avoir
ses conséquences"; mais, déplus, de nouveaux députés
avaient été désignés pour reprendre à Bordeaux et pour
venger la mission avortée de Treilhard et de Mathieu :
c'étaient Chaudron-Rousseau, Tallien, Ysabeau et le
bordelais-montagnard Garrau. La Commission n'essaya
plus de lutter, et, prenant pour prétexte que, la Con-
stitution étant votée, une nouvelle législature allait être
nommée, véritable représentation du peuple, qui rem-
1. Vivic, t. I, p. 265.
2. Voyez la note XXI aux Appendices.
3. Note XXII aux Appendices.
I. DISSOLUTION DE LA COMMISSION POPULAIRE. 87
placerait la Convention, elle rappela sa force départe-
mentale et se déclara dissoute (2 août)^
La Convention n'entendait point se retirer, et, quant à
la Commission populaire de Bordeaux, cette dissolution
volontaire ne devait pas la sauver elle-même : elle était
d'avance condamnée. Un décret du 6 août, rendu sur
le rapport de Barère, mettait hors la loi ses membres
et tous ceux qui avaient encouru ou adhéré à ses actes ^
Le triomphe de la Convention n'était pourtant pas
encore assuré dans Bordeaux.
Le décret de proscription y était arrivé le 10 août,
c'était le jour où l'on y célébrait avec l'anniversaire de
la Révolution la iete de C unité et de l'indivisibilité de
la République, et le président du conseil général du
département, Sers, avait inauguré la cérémonie par un
discours où il voulait croire que cette Constitution
adoptée en ce moment par la France entière allait lui
ouvrir une ère de bonheur :
Puisse, disait-il, ce moment si ardemment désiré, si
impatiemment attendu, être le terme des maux qui déchirent
la patrie. Puissent la pleine jouissance de vos droits et l'éta-
blissement de cette douce liberté à laquelle vous avez fait
tant de sacrifices, vous consoler et vous dédommager des
malheurs inséparables d'une grande révolution ! Puisse l'union
la plus touchante succéder aux discordes civiles et vous pro-
curer enfin cette paix intérieure, si nécessaire pour résister
aux despotes coalisés contre nous, et sans laquelle il n'est
point de bonheur pour les hommes réunis en société'!
Et le décret, par l'étendue indéfinie de ses termes,
mettait hors la loi presque toute la ville de Bordeaux!
1. Airhives nationales, D XLii, carton 4, dossier 46, pièce 7.
2. Séance du 6 août, Moniteur du 8, t. XYII, p. 335.
3. Vivie, t. I, p. 295.
88 PART. Il, CUAP. IX. BOfiDEAUX APRÈS MATHIEU ET TREILIIARD.
Il jeta la coRslernation dans celle vaste cité, mais pres-
que en même temps il y provoqua une vive réaction.
Tandis que le parti montagnard relevait la léte, presque
toute la jeunesse bordelaise se réunissait et jurait de
défendre les membres de la Commission populaire, qui
étaient les premiers menacés '.
II
Mission d'Ysabeau et de Baudot.
Celaient les représentants Ysabeau et Baudot, en ce
moment délégués à Toulouse, qui, à la suite du décret
du G août, avaient eu la mission spéciale de se rendre
à Bordeaux pour l'appliquer'. Ils passèrent par la Béole.
La ville avait adhéré, on l'a vu, à la Commission popu-
aire de Bordeaux, et, le 25 juin, le directoire du district
avait décidé que nul acte de la Convention ne serait
publié avant d'avoir reçu l'approbation du conseil
général du département; mais le conseil général de la
commune, au contraire, suivait le parti des Monta-
gnards. L'arrivée des commissaires de Paris mit tout le
monde d'accord. La ville se soumit, le 8 août, au Comité
de salut public, et, le 12, la municipalité, sur la de-
mande d'une députation du club Jacobin, qui avait
alors toute-puissance, déclara traîtres ceux qui avaient
adhéré aux actes de la Commission populaire de Bor-
deaux^. Quand Baudot et Ysabeau arrivèrent à la Béole,
1. Vivic, t. I, p. 555.
2. Rapjmrl sur ce qui s'est passe à Bordecni.r pendant le séjour des
repre'senlants Baudot et Ysabeau, rodi^é par Daudot. (Bil)liotlièquc nationale,
I,li*' 787.)
5. (ùiuban. Histoire de la Ptéole, à la date.
]I. MISSION D'YSABEAU ET DE DAUDOT. 89
ils trouvaient donc déjà la besogne toute faite. Ils s'y
arrêtèrent cependant, voulant savoir quels appuis ils
pourraient trouver dans Bordeaux pour l'entreprise
beaucoup plus difficile qu'ils y allaient tenter. Après
quelques jours de réflexion, ils résolurent d'y venir sans
se faire autrement annoncera Mais leur arrivée fut
signalée. Dès qu'ils parurent aux allées de Tourny
(19 août dans la soirée), ils furent, au rapport de
Baudot, environnés par une troupe de plus de huit cents
jeunes gens richement et élégamment vêtus, dans cette
forme connue à Paris sous le nom d'habits carrés,
tous armés de poignards et de cannes à lance . Ce fut
au milieu des cris et des menaces qu'ils gagnèrent la
place de la Comédie : on ne les déroba à la mort, conti-
nue notre député, qu'en les jetant séparément dans
une voiture et en les menant à la municipalité".
Ici, nouvelle répétition de la scène où avaient figuré
Mathieu et Treilhard; mais le récit qu'ont fait les nou-
veaux envoyés est sans contrôle et fait contraste, par le
ton, avec le récit exact et vraiment exact des premiers.
Quand on leur demanda quel était l'objet de leur mis-
sion: « Nul citoyen, dit l'un d'eux (Baudot sans doute),
n'a le droit d'interpeller un représentant du peuple;
mais, en méprisant les expressions inconvenantes des
ennemis de la Bépubliquc, nous communiquerons aux
bons citoyens nos intentions et nos démarches avec
l'aecent de la fraternité et de l'amitié ».
Ces paroles, à leur grand étonnement, furent accueil-
lies par des murmures. Ils continuèrent toutefois : « L'ob-
1. Ils y avaient l'ait connaître leur mission par une lettre datée de la Réole,
26 août. (Archives nationales, D xlii, carton 4, dossier Bordeaux, n° 47.)
2. Raudol, Happort, p. 5.
90 PART. II, CIIAP. IX. BORDEAUX APRES MATHIEU ET TREILHARD.
jet de notre mission, dirent-ils, est du pain, la paix et
l'exécution de la loi ; nos fonctions se partagent entre
le plaisir de répandre la consolation dans le sein de
riiomme de bien et l'obligation de sévir contre les
ennemis de la patrie. Ah ! si tous les hommes voulaient
connaître le prix de leurs devoirs, qu'il serait agréable
pour nous!... )^ On les aurait peut-être laissés continuer
sur ce Ion, s'ils n'en étaient venus à dire qu'ils avaient
voté la mort du roi. Cette déclaration souleva des orages;
le calme s'étant rétabli, on leur demanda catégorique-
ment s'ils étaient chargés de l'exécution du décret con-
tre la Commission populaire. Quand ils eurent répondu
Oui, la fureur de l'assemblée ne leur permit pas d'aller
plus loin. Leur personne ne fut pourtant pas menacée;
et on ne voulait pas qu'elle pût l'être au dehors. Les
commissaires des sections leur dirent qu'ils auraient
la garde d'honneur accoutumée, épigramme, dit Baudot,
qui fut fort applaudie. 11 fut donc déclaré, malgré leur
refus, que la milice nationale ferait la garde à leur do-
micile. On en mit partout, jusque dans leur chambre
à coucher et au delà : ils obtinrent toutefois qu'on les
postât au dehors.
Malgré toutes leurs imprécations contre les « assassins
de l'avenue de Tourny », ces « prétoriens », ces « estaf-
ficrs » et « ces geôliers », on n'attenta ni à leur vie, ni
à leur liberté même. Ils étaient si bien libres que,
comme les sections de Bordeaux les pressaient de rester,
ce sont eux qui résolurent de partir; et ils partirent en
effet, accompagnés de la municipalité, d'une garde
nombreuse et d'une escorte de la ce cavalerie royalisée ».
Les gens riches, « trop lâches, dit Baudot, pour nous
1. Baudot, Rapport, p. 0-15.
m. LA JEUNESSE BORDELAISE. 91
attaquer, effacèrent à coups de sabre le bonnet de la
liberté peint dans les panneaux de notre voiture » ; mais
du moins la voiture les ramena sains et saufs à la Uéole*.
Cet affront devait être lavé dans le sang, et il n'est
pas sans intérêt de voir avec quel art les deux représen-
tants préparent leur vengeance.
III
Les représentants chassés. — La jeunesse bordelaise.
Leur premier acte fut de publier le récit des outrages
qu'ils venaient d'éprouver, dénonçant leurs adversaires
comme royalistes et provoquant une réaction des Jaco-
bins. Ils affectaient de croire que le vrai peuple était pour
eux :
Nous n'avons jamais douté, citoyens, écrivaient-ils, que la
grande majorité des citoyens ne fût attachée sincèrement
aux lois de la République. C'est un malheur pour nous
d'être tombés, dès notre arrivée, entre des mains ennemies.
Vous avez dans votre sein des chevaliers du poignard et des
royalistes outrés. Il vous est facile de les connaître et de les
réduire au silence et à l'obscurité qui leur conviennent, etc.
(25 août 1795)'.
Le conseil général de la commune, du reste, leur avait
envoyé des excuses sur les insultes de la rue, insultes
dont il redoutait les représailles ; mais cela ne les
désarmait point, et ils avaient pour réduire la ville un
auxiliaire puissant : la famine, car ils pouvaient inter-
cepter les vivres, comme ils pouvaient les faire arriver;
1. Baudot, Rapport, p. 21, et la note XXIII aux Appendices.
2. Vivic, t. I, p. 309, et la note XXIV aux Appendices.
92 PART. II. CUAP. )X. BORDEAUX APRÈS MATHIEU ET TREILIIARD.
or ils donnaient à entendre qu'il n'y en aurait que pour
leurs partisans et par leurs partisans ^ Entre les sec-
tions de la ville, il y en avait une, un quartier po-
pulaire, qui était ouvertement pour eux, la section
Franklin : elle ralliait dans les autres des adhérents et
comptait bien tenir tète à ses adversaires groupés autour
de la Société de la jeunesse bordelaise. C'est alors qu'ar-
rivèrent à Bordeaux (25 août) les députés mis hors la loi
qui du Calvados s'étaient réfugiés en Bretagne, cher-
chant à gagner la Gironde : Meillan, Bergoeing, Du-
chastel, Salles, Cussy, et avec eux Girey-Dupré, l'Espa-
gnol Marchena et Biouffe^ : Biouffe qui, survivant à la
Terreur, après un long séjour à la Conciergerie oià l'on
ne restait guère, a pu nous conserver des documents
si curieux dans ses Mémoires. Ils virent bien qu'il n'y
avait plus rien à attendre de Bordeaux. La famine y
faisait son œuvre. Les deux conventionnels, chassés
naguère, apparaissaient dans leur éloignement comme
tenant dans leurs mains la vie de la cité. Les femmes
qui formaient un club, les Amies de la liberté et de
régalitéy leur adressaient leurs supplications^, et le
tableau qu'elles retraçaient de la misère ne faisait que
donner aux deux commissaires de la Convention la
certitude d'un prochain triomphe. Ils étaient loin de
rejeter les prières des femmes, ils partageaient, di-
saient-ils, leurs sentiments, ils gémissaient de leurs
maux; et ils cherchaient en même temps à exciter leurs
esprits contre ceux qui en étaient les auteurs* :
1. Voir leur lettre en réponse au conseil de la commune (Vivie. t. I, p. 510-
512).
2. Ihid., p. 515.
5. Ibid.. p. 514.
4. Ibid., p. 519.
m. LA JEUNESSE BORDELAISE. 93
Rassurez-vous, leur disaient-ils, amies de l'humanité souf-
frante; ce n'est point parmi les objets de votre affection, ce
n'est point parmi les indigents, parmi le peuple, que se sont
trouvés nos persécuteurs, nos ennemis, nos assassins; ils
étaient tous couverts de la livrée de l'opulence (23 août
1793)'.
La conclusion était facile à tirer. Si l'on tenait à faire
rentrer les représentants dans la ville, il en fallait
chasser les assassins. La municipalité elle-même tenta
de les adoucir et leur envoya trois commissaires : les
deux conventionnels mirent pour première condition
de leur rentrée la dissolution de la Société de la jeu-
nesse bordelaise. Ils ne cessaient pas d'ailleurs d'entre-
tenir des relations dans la ville, écrivant tantôt à une
section, tantôt à une autre, les pressant de s'unir, de
relever le Club national, conformément au récent décret
de la Convention, et de secouer le joug des aristocrates,
gagnés par l'or de l'étranger".
La municipalité ayant fait une première démarche se
montra prête à y donner suite, et comme ses repré-
sentants avaient exigé tout d'abord la dissolution de la
Société de la jeunesse bordelaise, elle invita la société à
se dissoudre (5 septembre) ; mais elle n'en obtint qu'un
refus :
Ce n'est point, dit Ravez, qui la présidait, parce que les
malveillants nous accusent que nous suspendrons nos
séances. Assemblés par la loi, il n'y a que la force des baïon-
nettes qui puisse nous contraindre à nous séparer^.
Et la municipalité n'essaya pas d'employer devant cet
i. Vivic, t. I, p. 321.
2. Lollrc ilu 4 scplembrc 1793 à la section Guilhiiime Tell. [Ibid., p. 526-527.)
5. Ibid., p. 551.
U PART. U, CHAP. IX. BORDEAUX APRÈS MATHIEU ET TREILHARD.
autre Mirabeau la force des baïonnettes. Une telle muni-
cipalité ne convenait pas aux représentants, et ils ne
songèrent plus qu'à user de leurs intelligences dans la
ville pour en faire créer une autre. Ils écrivirent à la
section Franklin et à quelques autres sur lesquelles ils
avaient déjà repris de l'empire, montrant surtout ce
qui faisait obstacle à leurs efforts pour soulager les
souffrances de Bordeaux. La Convention avait voté deux
millions à cette fin; l'argent était à leur disposition ;
mais ils ne pouvaient répartir les secours que par des
mains sûres. Ils les invitaient donc, par un arrêté, à
nommer des commissaires qui en prendraient la charge.
C'était frapper de déchéance les autorités de Bordeaux
en une matière qui semblait être une question de vie ou
de mort pour la ville; et d'autres représentants' de qui
pouvait dépendre l'arrivée des approvisionnements (car
ils tenaient les départements voisins), faisaient savoir
nettement à la population bordelaise quelles allaient être
les conséquences de sa manière d'agir :
Car nous vous le disons avec franchise, ajoutaient-ils,
partout on veut bien venir au secours de Bordeaux soumis
aux lois, à l'unité et à l'indivisibilité de la Bépublique;
mais nulle part on ne veut laisser passer une mesure de
grains pour Bordeaux rebelle ou fédéraliste ^
Les effets de ces déclarations ne se firent pas atten-
dre. Le Club national se reforma, signifiant, sans autre
préambule, à la municipalité sa réinstallation ; et la
section Franklin vint sommer les mêmes magistrats
municipaux d'exécuter le décret du 0 août : la pros-
1. J. l'inct, Paganel cl Tallioii, alors à l'crigueux. Voir Vivic, t. 1, p. 335.
2. Vivic, 1. 1, p. 557.
III. LA JEUNESSE BORDELAISE. 95
criplion des Bordelais réclamée par une section de
Bordeaux (9 septembre 1793) M
La municipalité éluda la demande, mais crut pour-
tant devoir faire quelque chose. Elle reprit la question
de la Société de la jeunesse bordelaise ; elle lui de-
manda, elle la requit au besoin de se dissoudre: mais
l'ordre ne fut pas mieux accueilli que l'invitation '\
Quand l'autorité municipale de Bordeaux désavouait
ainsi la seule force dont elle pût s'appuyer, c'est qu'elle
renonçait à la lutte et se déclarait vaincue par avance\
Les commissaires envoyés à Paris pour obtenir le retrait
du décret du G août venaient de rentrer à Bordeaux
(10 septembre) et faisaient connaître les conditions qu'y
mettait le Comité de salut public : apj)lication du décret
à Marandon, rédacteur du courrier de la Gironde, à
Duvigneau, un des porteurs de l'adresse du 8 mai à la
Convention, à Lavaugayon, délégué de Bordeaux à Mar-
seille ; satisfaction à Ysabeau et à Baudot pour les ou-
trages qu'ils avaient essuyés; envoi de la cavalerie bor-
delaise aux frontières, et de deux nouveaux bataillons
en Vendée; arrestation de Grangeneuve, Guadet, Leroy
et Buzot que l'on croyait être à Bordeaux, et réinstalla-
tion sans retard du Club national*. En même temps les
i. Vivie, t. I, p. 559.
2. Voyez l'adresse «le la Société populaire de la jeunesse bordelaise à ses
concitoyens, 3 septembre 1793, signée : Broclion jeune, président (Archives natio-
nales, AF II, dossier 160, n" 209), et la belle protestation de la même société,
du 9 septembre, contre l'atteinte que l'on voulait porter au droit de réunion
dans la personne de ses membres. Celte dernière était l'œuvre de Ravez. (Vivie,
t. I, p. 541.)
5. Une de ses dernières démarches fut une lettre à la Convention, en date
du 9 septembre, réclamant la suspension du décret du 6 août. (Archives
nationales, 1) xlii, carton i, dossier 40, n" 57.) — Les actes de soumission s'étaient
rapidement succédé dans les communes du département, à partir du 15 juillet
et surtout dans le courant du mois d'août. 11 y en a plusieurs dans un dossier des
Archives nationales consacré à la Gironde D xlii, carton 4, dossier 40).
4. Vivie, t. I, p. 345.
96 PART. II, CIIAP. IX. BORDEAUX APRÈS MATHIEU ET TREILIIÂRD.
deux représentants Baudot et Ysabeau adressaient
leurs félicitations au Club national, et, s'honorant d'en
être membres, ils souhaitaient de leur communiquer
l'énergie dont leurs âmes étaient dévorées : effroyable
énergie, s'il est vrai qu'ils lui aient écrit : « Vous êtes
en septembre; devenez autant de septembriseurs* ».
On louchait à la crise. La section Franklin se fit
remettre des canons et des armes. Pourquoi, sinon
pour s'imposer par la force? En effet, le 18 septem-
bre le Club national, appuyé par elle, demanda que
la municipalité fût remplacée. La municipalité céda;
c'est ce qu'on appelle la révolution du 18 septembre à
Bordeaux ^
IV
Nouvelle municipalité ; la jeunesse bordelaise dissoute. — Rentrée triomphale
des représentants.
La nouvelle municipalité s'empressa d'annoncer son
avènement aux deux représentants par la lettre la plus
humble \ Ils avaient tous «juré un attachement invio-
lable à la Bépublique une et indivisible, un respect invio-
lable pour les lois, promis de veiller à la sûreté des
personnes et des propriétés », et c'était tout. Rien des
conditions imposées par le Comité de salut public: il
semblait que l'existence de la municij)alité nouvelle dût
tenir lieu de toute satisfaction. Les représentants n'en
\. Yivie, t. I, p. 546. Lettre datée de la Réole, il septembre 1795, F. de La
Bcnodière, la Justice révolutionnaire à Bordeaux, p. 17. — M. Vivie dit qu'il
n'en a pas retrouve la trace, t. I, p. 5i7.
2. Voyez la note XXV aux Ap|)enili(es.
5. Autre était le ton par lequel le conseil provisoire de la connnuue de iior-
ileaux, comme il .s'appelait, s'annonça à ses concitoyens. 19 septembre. (Archi-
ves nationales, I) xlii, carton 4, même dossier.)
IV. RENTREE TRIOMPHALE DES REPRESENTANTS. 97
pensèrent pas ainsi, et répondirent sur un ton assez
dur :
Citoyens, il est bien douloureux pour les représentants du
])euplc do retrouver dans la première lettre des municipaux
provisoires de la cité de Bordeaux les mêmes principes, le
même style et la même marche qu'ont employés jusqu'à ce
jo(U' les anciens officiers municipaux. 11 n'y a pas dans votre
lettre un mot pour la Convention; il n'y a pas un mot sur le
décret du 6 août (19 septembre)'.
En efi'et ils se bornaient à prier les représentants de
revenir et, en attendant, ce qui était le grand point,
d'envoyer des forines! Mais une lettre du nouveau maire
Bertrand dissipa tout malentendu: « Le décret du 6 août
est exécuté », disail-il ; et, pour y donner au moins un
commencement d'exécution, on commença les arresta-
tions : on ai'rêta Dndon père, Ducourneau, Wormeselle,
Lacombe-Puyguercau, etc. — Sers, Roullet, Bernada et
autres, parmi les plus marquants de la Société popu-
laire, n'échappèrent au même sort que par la fuite^
Cependant la Société de la jeunesse bordelaise était
encore debout (c'était son droit !), bien déchue il est vrai,
car les plus compromis avaient dû fuir ou se cacher. Se
réunir plus longtemps, c'était pour les autres se perdre
à leur tour. Ils se séparèrent. Il n'y avait donc plus
l'ombre d'une résistance dans Bordeaux, plus de raison
pour les représentants d'ajourner leur rentrée. La sec-
tion Franklin, leur vieille alliée, les en pressait; mais
ils y mettaient de nouvelles conditions sous forme de
conseils : visites domiciliaires à la recherche des vivres
cachés; envoi de la cavalerie (suspecte d'aristocratie) à
1. Vivie, t. i, p. 353.
2. Ibid., \^. 561.
RÉVOL. DU ôl M.vr. Il 7
98 PART. II, CHAP. IX. BORDEAUX APRÈS MATHIEU ET TREILIIARD.
la frontière et désarmement delà place, sauf le Château-
Trompette, la maison commune et le grand séminaire,
siège de la section, qui devaient être remis à la garde des
sans-culottes; paye de deux francs par jour aux sans-
culottes de service; arrestation de tous les membres de
la municipalité, des conseils généraux du département
de la Gironde, du district et de la commune de Bor-
deaux (21 septembre'). Et ils attendaient, impassibles,
que leur parole fût obéie.
La terreur dominait déjà dans Bordeaux : on dénon-
çait, on arrêtait, on exigeait des cartes de sûreté,
pour passer au crible la cité rebelle et rendre les arres-
tations plus faciles; et le bruit courait que les repré-
sentants ne se trouvaient pas encore apaisés; que leur
armée (car ils en avaient une) allait, sous la conduite
du général Brune, bombarder Bordeaux^ On fit donc de
nouvelles instances auprès d'eux, et ils réclamaient
encore d'autres garanties : il leur iallait un comité révo-
lutionnaire de surveillance, dont ils nommèrent eux-
mêmes les membres (5 octobre 1795).
C'était déjà un comité d'action révolutionnaire, et la
nouvelle municipalité ne lui marchandait pas son con-
cours. Les mesures les plus rigoureuses se succédaient
journellement: on conveitissait les maisons nationales
en prisons; les cloches en canons; les chaînes et les
grilles en boulets et en piques ; on formait une armée
révolutionnaire de sans-culottes à quarante sous par
jour', etc. On transférai ta Paris le représentant Duchastel,
ainsi que Biouffe et Marchena, qui se rattachaient à l'af-
faire des Girondins (nuit du 5 au 4 octobre) ; deux jours
1. Vivic, t. I, p. 565.
'2. Ibid., p. 508.
5. Ibid., p. 579-580.
IV. RENTRÉE TRIOMPHALE DES REPRÉSENTANTS. 09
après (0 octobre), à la requête des représentants, les
citoyens Wormeselle, Dueourneau et Theillard, compro-
mis dans le mouvement particulier de Bordeaux, étaient
envoyés au tribunal révolutionnaire de Paris, et huit
autres encore le 10 octobre (l)udon père, l'abbé HoUier.
Lacombe-Puyguereau, Lemelle, ctc.^).
L'aspect de la ville était tellement changé que deux
commissaires de la Commune de Paris, envoyés pour fra-
terniser avec Bordeaux, s'y trouvaient comme chez eux;
ils en fiiisaient le meilleur rapport à leurs commettants :
si bien que les représentants Ysabeau et Tallien avaient
besoin de présenter sous un jour moins flatteur les
résultats de leurs propres efforts, pour s'excuser de
n'avoir pas encore pris possession d'une ville si bien
transformée-. Enfin on annonça l'arrivée des représen-
tants''.
Le 10 octobre, jour de la mort de Marie-Antoinette,
ils entrèrent par la brèche, comme des conquérants
dans une ville rendue à merci, avec une armée de
5000 hommes, sans-culottes de la Béole et autres, com-
mandés par le général Brune, qui venait d'opérer en
Normandie. Ils furent reçus aux crisdef/ue laMoMagne,
à bas les Girondinsfhs Girondins, la gloire de Bordeaux,
qui étaient déjà dans les mains de Fouquier-Tinville,
sous le couteau de Sanson! Avec Baudot et Ysabeau se
trouvaient Chaudron-Rousseau et Tallien. Le lendemain
ils firent en quelque sorte leurs visites officielles, au
Comité de surveillance, au Club national, au théâtre :
1. Vivic, t. I, [j. 400.
2. Ibid., \). 50'2 et 597.
5. Ils dem;!iulaient qu'on mit à leur disposition dos lits pour les 2000 patriotes
qui i'aisaieut leur escorte: on en fournit plus de 1500, dont on n'entendit plus
jamais parler
100 l'ART. II, ClIAP. IX. BORDEAUX APRÈS MATHIEU ET TREILIIARD.
aa comité, au club, force discours*; au théâtre , la
Marseillaise^ mais, quand on en vint au couplet :
Français, en guerriers magnanimes,
Portez ou retenez vos coups !
Épargnez ces tristes victimes,
A legret s'arniaiit contre nous.,..
«Non, non! s'écria un des capitaines de l'armée révolu-
tionnaire. Nous ne voulons épargner personne; guerre à
mort aux despotes, aux aristocrates, aux fédéralistes ;
o^uerre à mort! y
C'était le mot de la situation. L'œuvre de sang allait
commencer.
1. Yivie, t. I. p. 414. — Sur l'entrée des quatre représentants à Bordeaux,
voyez leur lettre à la Convention, du 5 du 2'= mois de l'an II (20 octobre 170j),
citée par Dauban, la Démagoyie en 1795 à Paris, p. 477.
CHAPITRE X
LA. RÉGION DE BORDEAUX
I
Landes; Gers.
La résistance à la révolution du 51 mai, qui était un
effort pour délivrer la Convention du joug de la Com-
mune, était signalée par les Montagnards triomphants
comme un complot pour démembrer la France. Dans
celte prétendue division, Bordeaux avait dû, selon eux,
se faire sa grande part. Six départements étaient désignés
comme destinés à former sous sa direction la Ré-
publique du sud-ouest. C'étaient, avec la Gironde, les
Landes, les Hautes et les Basses-Pyrénées, le Gers et
le Lot-et-Garonne \
Ces départements, comme on le pense bien, n'avaient
fait que s'associer h la pensée qui dominait alors la
France presque tout entière.
Dans hslMudes l'administration départementale avait
même été hostile au mouvement de réaction; mais Dax
et Saint-Sever s'étaient prononcés avec force% et le dé-
1. Julien, Rapport, p. 145.
2. Ibid., Cf. une adresse de la Sociélc républicaine de Dax, '20 février,
contre les ennemis de la Convention (Archives nationales, D xi, § 4, carton 21,
dossier Landes), l'adresse du 28 mai, citée plus haut, t. I, p. IfiO, et imc
adicssc de Mont-dc-Marsan, 2G mai, même dossier.
102 PART. II, CHAP. X. LA RÉGION DE BORDEAUX.
parlement, en définitive, avait adhéré à l'adresse du con-
seil général de la Côte-d'Or qui faisait appel à tous pour
garantir l'inviolabilité de la représentation nationale.
Cette déclaration, faite à la veille des événements, le
50 mai, avait une grande portée quand elle était reprise
et adoptée après qu'ils étaient accomplis. Or elle avait
été adoptée par le département de Lot-et-Garonne, trans-
mise par lui au département des Landes, et c'est après y
avoir adhéré que le département des Landes l'envoyait
par un député au département des Basses-Pyrénées, pour
qu'il s'y ralliât à son tour^
Cette attitude ne se soutint guère. Le 1" juillet, le dis-
trict de Tartas rétractait son arrêté du 17 juin favora-
ble au mouvement et ses lettres tant à Saint-Sever qu'<à
la « prétendue Commission de salut public » de la
Gironde^ Saint-Sever en faisaitautantle 5 juillet ^ Enfin
le 10 juillet l'administration des Landes elle-même
envoyait à la Convention toutes ces rétractations, dont
elle se faisait honneur, répudiant décidément Bordeaux :
La contagion de la Gironde a frappé par son contact quel-
ques parties de notre département. Mais nos exhortations
fraternelles, etc.*.
Le département du Gers est un de ceux qui avaient
1. Voyez la séance du 15 juin ilii conseil général du département des Basses-
Pyrénées, Archives du département.
2. Archives nationales, AF n, carton 45, dossier loi, n" 100 et 107. La
Société des Amis, etc., séante à Tartas, avait devancé le district. Le 20 juin,
elle écrivait à la Société répuhiiciine de Dax |)our blâmer son adresse qui
menait à la guerre civile, et le même jour à la Convention : « Les journées
des 31 mai, 1" et 2 juin seront à jamais célèbres. La Société républicaine de
Tartas, pleine de l'amour sacré de la liberté, applaudit aux grandes mesures
que vous avez prises et qui ont sauvé l'unité et l'indivisibilité do la Républi-
que », etc. [Ibicl., n«* 88 et 90.)
3. Archives nationales, ibid., n"' 105, 108 et 109.
4. Ibid.. n" lOi.
I. LANDES; GERS. 103
fait le plus de manifestations républicaines. En novem-
bre et décembre 1795, c'est Mauvezin, c'est Jegun,
c'est Fourcès, c'est Torrebren, qui applaudissent à la
cbute de la royauté*; dans les premiers mois de 1795,
c'est Condom (février), c'est Fleurance (mars), c'est
Lecloure (25 mai), c'est Aucli (28 mai) qui s'élèvent
contre les divisions de l'Assemblée et qui réclament,
avec la bonne harmonie, la Constitution si vivement
attendue ^
Le département avait à la Convention un député qui,
sans figurer parmi les proscrits d'abord, n'avait pas
craint de prendre leur cause : Laplaigne. 11 avait signé
avec soixante-treize autres la protestation contre les
décrets du 2 juin. 11 ne s'était pas contenté de cette pro-
testation alors secrète. Ce mêmejoiir, à l'appel nominal,
il avait déclaré, au milieu des huées et des menaces,
que, s'il était présent, c'était « pour réclamer préalable-
ment, et avant lout autre acte, la liberté de l'Assemblée,
son intégralité et la punition exemplaire des hommes
qui avaient attenté à l'une et à l'autre ». il avait rédigé
un mémoire sur les événements qui venaient de s'ac-
complir, il en avait secrètement adressé des exemplaires
au dépaitement, au district, à la municipalité et à plu-
sieurs de ses amis. Ces dépêches avaient été interceptées
par une saisie pratiquée sur le courrier à vingt lieues
de Paris : car « la violation publique et sacrilège du
secret des lettres, écrivait-il, est ici à l'ordre constant
de tous les jours » ; et, les paquets ayant été rapportés au
Comité de salut public, il se trouvait sous la menace
d'un décret d'arrestation. Quelque exemplaire du mé-
1 . Archives nationales, D xl g 4, carton 20, dossier Geis.
2. ]bid., voyez la note XXVI aux Appendices.
104 PART. II, ClIAP. X. LA RÉGION DE BORDEAUX.
moire était-il parvenu dans le département? On ne le
peut dire ; mais, dès le 10 juin, la nouvelle des évé-
nements était arrivée. On en peut voir la preuve dansée
fait : le conseil général du Gers augmenta de six cents
hommes sa force intérieure et publia une adresse à ses
concitoyens où il déclarait qu'il sauverait la chose
publique. Il avait, comme les Landes, envoyé un dépulé à
Pau, pour faire connaître au département des Basses-
Pyrénées les mesures qu'il avait prises ; il lui commu-
niquait en même temps la résolution par laquelle la
Haute-Vienne (5 juin) adhérait à l'arrêté de la Côte-d'Or
qui ralliait la plupart des départements*. Le Gers
d'ailleurs eut aussi son adresse. Le 17 juin, il faisait
parvenir à la Convention sa déclaration contre le
51 mai, déclaration imprimée et envoyée dans une
pensée de propagande à tous les départements. (Plusieurs
la gardent encore dans leurs archives.) Le député La-
plaigne en eut connaissance, et il put croire que son
département allait aussi en venir aux actes, d'où ce cri
d'espoir au commencement de la lettre citée:
Oui, mon cher ami, la République, conduite à deux doigts
de sa perte, et, suivant voire propre expression, par quelques
conjures qui ont frappé et dispersé la représentation natio-
nale, sera sauvée par le peuple entier, qui va manifester sa
volonté su|)réme, non par d'inutiles adresses, mais par des
actes éclatants de souveraineté et de toute-puissance^.
Malheureusement il n'en fut pas ainsi. L'adresse du
17 juin ne fut suivie que d'une autre adresse, celle-ci
du 28 juillet, « aux citoyens de la Gironde, de l'Hérault,
1. Arcliivos des Basscs-Pyrcnées. Registre du conseil f^éiiéral du déparlemenl,
séance du ITi juin.
2. Moitimei-Ternaux, t. VII, p. 571.
II. LOT-ET-GARO.NNE. 105
dePillône-et-Loirc, des Boiiches-du-Pihôiic, et déparle-
ments insurgés, pour les adjurer de se soumettre » :
Quel délire vous égare? etc.
adresse que Je conseil fit passer, comme l'autre, aux
différents départements. On en trouve, de chacune des
deux, un exemplaire à Evreux\
II
Lot-et-Garonne.
Le département de Lot-et-Garonne n'avait pas été
moins vif contre les (roubles de la Convention avant le
51 mai, ni moins explicite quand la révolution fut con-
sommée. L'administration départementale ici marchait
d'accord avec la société républicaine d'Âgen. On ne
parlait que d'un renouvellement total de la Conven-
tion '. Le département convoqua les assemblées pri-
maires; la société républicaine avait mandé près d'elle
les délégués des sociétés diverses du département, et les
deux groupes réunis, département et société, nommè-
rent un comité de salut public, qui décida la levée
d'une force départementale et envoya des commissaires
à Bordeaux et à Toulouse, dans les Laudes et jusque
dans les Deux-Sèvres \
1. Le déparlement resta fort partagé; le connmissaire du Conseil exécutil".
Mouton, en parle ainsi (juillet l'iOÔ) : « Je Tiens de parcourir les districts de
Plaisance ^^Ge;s) et de Nogarct où l'aristocratie a établi son trône impur
A Mirande, à l'Isle-Jourdain, les principes du républicanisme paraissent très
bien alïcrmis; mais malheureusement les accaparements, riig:iotage et la cherté
des denrées qui en sont la suite font un mal incalculable » (Archives natio-
nales, F 1", 550.)
2. Noie XWII aux Appendices.
5. Ra|iport de Julien, p. 151. La Société républicaine d'Agen avait envoyé
au <-/tnseil ffénérnl de la Haute-Garonne une députation, pour le presser de se
106 PART. H, ClIAP. X. LA RÉGION DE BORDEAUX.
Un commissaire du Conseil exécutif, qui parcourait
les départements du Sud-Ouest, nous dit comment il fut
reçu dans Agen ; rien ne peut mieux nous peindre la
disposition des esprits :
Arrivé aux portes d'Agen, on me fit conduire par quatre
fusiliers à la municipalité. Ces rigueurs étaient nécessaires,
on attendait quelques anarchistes de la ville de Tonneins
qu'on voulait faire arrêter. « Oli ! me dirent les citoyens fusi-
liers, nous voulons la paix ici, les Agénois sont amis de l'ordre,
nous pensons comme les Bordelais. — Vous êtes donc répu-
blicains? — Ah! ah! républicains, nous pensons comme les
Bordelais, nous voulons la Constitution. — Fort bien; vous
désirez, comme tous les bons Français, que la Convention
nationale vous donne une Constitution. — Ce n'est pas tout
à fait cela ; la plupart de nos concitoyens ne l'entendent pas
ainsi ; les Bordelais veulent la Constitution et nous la voulons
aussi. — Mais vous vous trompez, ce n'est pas la Constitution
de 92, mais une constitution nouvelle, une constitution répu-
blicaine, une constitution démocratique, sans nobles et sans
roi, c'est, dis-je, une telle constitution que les Bordelais
demandent » Je ne pus jamais leur faire entendre raison.
Prêtez-vous donc aux arrangements de ces messieurs qui
demandent à hauts cris les assemblées primaires'.
Mais le département était bien surveillé. Il y avait pour
cela quatre représentants en vedette : Treilbard et
Mathieu, revenus de Bordeaux à Périgueux ; Chaudron-
Rousseau et Lcyris, demeurés à Toulouse. La Constitution
fut unanimement acceptée. Treilbard et Mathieu, par
rallier à un projet qui devail déjouer le système des anarchistes. (Conseil géné-
ral de la HauteGironue, séance du I.' juin.) La même dépulation se présenta
le lendemain à la Sociélé des Amis, de Toulouse, puis Jacobins, ceux-là, en com-
numauté d'esprit avec les Jacobins de Paris, et qui l'accueillirent assez mal.
(Hegislre des séances de la Sociélé des Amis, de Toulouse, à la date.)
1. Archives nationales, F i». t)^)l. et la note XXVJII aux Appendices.
m. BASSES-PYRÉNÉES. 107
une lettre datée d'Agen même, 20 juillet, en donnèrent
la nouvelle au Comité de salut public*.
III
Basses-Pyrénées.
Le département des Basses-Pyrénées avait une certaine
importance dans le petit groupe dont nous nous occu-
pons. Déjà après le 21 janvier, tout en approuvant la
Convention, il avait mêlé les avertissements à ses félici-
tations, la pressant de faire une Constitution et de mettre
fin à ses querelles :
Vous venez de donner un grand exemple aux peuples et aux
rois. Donnez-nous l'exemple de la fraternité ^
Après le 51 mai, cette attitude devait tourner vers
lui les départements du voisinage. J'ai dit cpie, le
15 juin, il avait reçu d'un délégué du Gers communica-
tion des délibérations par lesquelles ce département
et la Haute-Vienne souscrivaient à l'adresse de la Côte-
d'Or,et il y avait adhéré. Le 15, c'était un délégué des
Landes qui lui apportait les adhésions des Landes et de
Lot-et-Garonne à ce même arrêté, mais avec des addi-
tions que le département n'adopta point, persévérant
dans sa première résolution. Le 18, il prenait une déci-
sion plus grave : « Ouï le procureur général syndic », il
appelait, pour la date du 25, au conseil du départe-
ment deux députés de chacun des six conseils de dis-
\. Compte rendiu pièce n° 18.
2. Arcliives des Basses- Pyrénées. Conseil généial dudcparlenicnt, 29 janvier.
Archives nationales, D xl §4, carton 22, Aoss\er Basses-Ptjrénc'es.Gi la note XXIX
aux Appendices.
108 PART. II, CIIÂP. X. LA RÉGIO.X DE BORDEAUX.
ti'ict, un du Irihunal criminel, un de chaque tribunal
de district, un de chaque tribunal de commerce, un
de chacune des sociétés populaires affiliées à celle de
Paris, afin de conférer sur les mesures à prendre dans les
circonstances difficiles où se trouvait la République*.
Mais, le 25, on ne trouve rien au registre, ni les jours
suivants. Le projet avait donc avorté, et le 14 juillet
on célébrait la proclamation de l'acte constitutionnel.
On s'était rallié sans phrase à la Convention'.
Mais l'enthousiasme fut médiocre. Écoulons le récit
de l'agent Fourcade :
Pau, 15 juillet.
Hier nos modérés firent la proclamation de l'acte constitu-
tionnel. Jamais cérémonie ne fut plus lugubre, plus ennuyeuse.
Je pleurais de rage. Les ordonnateurs avaient bieu senti qu'ils
faisaient l'enterrement de la monarchie. Ils imprimaient à la
chose la douleur et les regrets dont leur âme était agitée.
Vingt-doux citoyens armés, quelques satellites de la munici-
palité, connus sous le nom de soldats du guet, douze à
quatorze gendarmes, deux douzaiues de sans-culottes formaient
tout le cortège. La ville entière était plongée dans la plus pro-
fonde stupeur.
On se jiare cependant en public de toutes les vertus répu-
blicaines. Les vrais patriotes sont regardés comme des contre-
révolutionnaires. Les ennemis du peuple ont profilé de sa
haine contre les aristocrates pour lui faire détester les répu-
1. Note XXX aux Appendices.
2. « L'adiuiiuslration du déparlemcnt, dit Julien, ne se prononçait point
autrement qu'elle ne l'avait déjà lait, lorsque les sections de Pau se rassem-
blèrent : elles dépulèreiil au département pour demander qu'il réunît autour
de lui toutes les aulorilés constituées, et qu'il se constiluât en commission popu-
laire de snlul pul)lic, pour délivrer la Convention nationale de l'oppression sous
laquelle les accable une faction qu'ils disent aujintrd Inti bien connue par
ses e.rct-s révidlanls et par ses prétentions despotiques.
« Les a^il;iteurs n'eurent ccpemiant pas assez d'inlUiencc pour opérer celle
convocation ; elle n'eut pas lieu, et la Conslitulion vint bientôt en l'aire perdre
le souvenir. » (Rappo7-t, p. 165.)
IV. IIAUTES-rYRENEES. lOÔ
blicaiiis. Ils lui persuadent que nous voulons des rois ou des
dictateurs*.
IV
Hautes-Pyrénées.
Le déparlement des Flautes-Pijrénées avait parconru
les mêmes phases, à peu près, dans la même période.
Il s'était élevé avec force contre les anarchistes, il avait
protesté contre Marat (28 avril) ', il avait ensuite, dans
une adresse du 50 mai, dénoncé les dangers de despo-
tisme que pouvait créer l'institution des représentants
en mission ; et toutefois, par une autre adresse du 5 juin,
il tempérait ce que cette déclaration pouvait avoir de
tropabsolu dans les circonstances présentes". Mais les 14
et 15, à la nouvelle des événements du 51 mai, il rédigea
une adresse nouvelle, qui fut inscrite, par décision spé-
ciale, sur les registres, signée individuellement par cha-
cun de ses membres, imprimée et envoyée aux districts,
aux tribunaux et aux sociétés populaires du département.
Peu d'autres la dépassent en énergie :
Législateurs,
Votre devoir est d'entendre la vérité : les administrateurs
du département des Hautes-Pyrénées vont vous la dire. —
Libres comme l'air qu'ils respirent, fermes comme les monts
qu'ils habitent, jamais ils ne courberont leurs tètes sous le
joug d'aucun despotisme. Ils ne craignent ni le poignard des
1. Arcliives nationales, V i% 551. Dans une autre lettre, datée de Saint-Pé.
25 juillet, il dit que tuute l'armée a accepté la Constitution; il parle de
rattachement des Basques pour Garât, leur compatriote: — ils ont été touchés
des périls qu'il a courus; il conseille de l'aire une proclamation en langue
basque.
2. Voyez ci-dessus, t. I, p. 170.
^. Note XXXI aux .\ppendices.
110 PART. Il, CHAI'. X. LA RÉGION' DE RORDEAUX.
assassins, ni les vengeances des anarchistes; ils savent
mourir.
Législateurs, les maux de la patrie sont grands, mais ils ne
sont pas sans remède. La République sortira triomphante du
sein des orages révolutionnaires, si vous consentez à réunir
vos efforts pour la sauver, si vous bannissez loin de vous les
haines personnelles, l'audace de la domination et les complots
de l'ambition effrénée.
La République sera sauvée, législateurs, si vous purgez
vos tribunes de ces hommes nourris de sang et de pillage,
qui, trop longtemps, vous ont bravés pour vous asservir, et
dont l'insolence a souvent fait douter lesquels d'eux ou de
vous dictaient ici des lois.
Elle sera sauvée, si la ville aux six cent mille habitants
ne fait usage de ses forces que pour défendre la représenta-
tion nationale —
Elle sera sauvée, si Paris n'oublie jamais que la Convention
nationale appartient à la République entière et que les dépar-
tements leur ont confié ce dépôt auguste, non pour l'assiéger
dans le lieu de ses séances, mais pour l'entourer de son res-
pect et de sa soumission.
Elle sera sauvée, si cette Commune de Paris, trop fameuse
depuis quelque temps dans l'histoire de la Révolution, rentre
dans les limites de ses fonctions et reconnaît enfin que, dans
la hiérarchie des pouvoirs, elle ne diffère pas des autres
communes de la République.
Hommes du 14 juillet et du 10 août, il faut vous le dire,
vous n'étiez plus les mômes le 30 mai ; vous n'étiez plus les
mômes pendant les trois jours qui l'ont suivi*. Ces armes qui
ont renversé la Hastille, ces armes qui ont vaincu les tyrans,
vous les avez déshonorées, vous les avez prostituées, au
moment oii elles ont pu porter atteinte à la liberté de nos
représentants. Parisiens nos frères, nos amis, quel égarement
est le vôtre? Qu'esl-il encore besoin de révolutions? Le trône
n'est-il pas renversé ? la liberté, l'égalité, la République une
Hélas! si.
IV. HAUTES-PYRENEES. Hl
et indivisible ne sont-elles pas décrétées? Que veulent ces
hommes qui, le mot Révolution sans cesse à la bouche, vous
trompent, vous entraînent au crime, amènent la désorgani-
sation et provoquent la dissolution de la République? Ce qu'ils
veulent. Parisiens, ils veulent votre ruine et la nôtre, ils veu-
lent l'anéanlissement de la liberté.
Législateurs, étes-vous fermement décidés à terminer les
discussions qui vous déchirent? Voulez-vous écraser d'un seul
coup l'anarchie qui menace de dévorer la liberté? Donnez au
peuple français cette Constitution républicaine qu'il réclame
depuis longtemps, cette Constitution qui était le principal
objet de voire mission et dont vous vous êtes à peine occu-
pés. Menacé par le fanatique Espagnol, le département des
Hautes-Pyrénées oublie qu'il est sans armes, sans munitions ;
il ne vous demande que des lois; elles décupleront son cou-
rage, elles ranimeront sa confiance, et la République, je le
jure au nom de mes concitoyens, sera victorieuse sur nos
frontières.
Enfin, législateurs (et je suis chargé de vous en faire la
déclaration expresse), nous voulons la République une et indi-
visible ;
Nous voulons que la représentation nationale soit respectée;
Nous voulons que nos représentants soient inviolables et
qu'ils jouissent de la plus entière liberté de leurs opinions.
Nous vous déclarons que jamais nous ne reconnaîtrons
aucune autorité despotique, aucune suprématie de commune
ou d'individu, et que nous mourrons tous plutôt que d'obéir
à la tyrannie, sous quelque nom qu'elle se cache'.
1. « Adresse du conseil général du département des Hautes-Pyrénées à la
Convention nationale, à lafjuelle ont adhéré les administrations et tribunaux des
cinq districts, le tribunal criminel du département, les Sociétés populaires de
Tarbes, de Bagnères, de Vie, de Lourdes et de Labartbe. »
Le conseil du département, après avoir entendu la lecture de l'ridresse, déli-
bérée dans la séance du 14 du courant, en adopte la rédaction :
« Ouï le procureur général syndic, arrête qu'elle sera transcrite sur les regis-
tres; qu'extrait, signé individuellement par les administrateurs, sera rerais au
citoyen Dccamps, chargé de la présenter à la Convention nationale;
« Arrête, en outre, qu'elle sera imprimée, et que des exemplaires en seront
adressés par les ordonnances aux districts, tribunaux et sociétés populaires,
H'i FAUT. II, ClIAP. X. L,\ RÉGION DE BORDEAUX.
Mais après quelques essais d'entente avec la Gironde'
ce grand zèle tomba. Entre Bordeaux qui poussait à
l'insurrection et les départements qui déjà s'en étaient
retirés, on inclina progressivement vers la retraite, et
le 2 août 1795 on lit dans les délibérations du conseil
général :
Le conseil général des Hautes-Pyrénées a reçu deux pa-
quets : l'un contenant une adresse du conseil général du
département de la Corrèze à celui du département de la
Gironde ; l'autre, plusieurs bulletins de la prétendue Com-
mission populaire de salut public de ce dernier dépar-
tement.
Lecture faite de ces différentes pièces :
Considérant que les citoyens des llaules-Pyrénées n'ont
éprouvé les agitations de liutiigue et les malheurs qui accom-
pagnent toujours l'esprit de parti, que depuis que des com-
avoc invilalion d'y dmiuer leur ailliésion, s'ils la trouvent conlormc à ]eur>
principes. » (Archives des llautcs-Pyrénccs. Registre des délibérations du con-
seil général, à la date.)
1. « Les événements du 51 mai, dit Julien, ne servirent qu'à réchaulfer
raliment bilieux de la discorde; des connnissaircs lurent envoyés dans les
départements envu-onnanis, tels que le Gers, la Gironde, les Basses-Pyrénées.
Le 17 juin, le conseil du département se convoqua eu séance extraordinaire, où
des envoyés de Cordeaux lurent admis, et y parurent avec l'audace des préten-
tions de cette ville rebelle; dans quelques séances subséquentes, la question lut
agitée d'adopter les mesures proposées par la Gironde; le procureur général
syndic des Uautes-Pyrcnécs les condjatlit avec tout l'ascendant de la raison sur
la mauvaise loi : il fit voir Bordeaux voulant rivaliser avec Paris, et l'une cl
l'autre, peut-être, aspirant au même but, celui de devenir des Rome modernes.
Le procureur général syndic voulait laisser détruire celte lutte ridicule entre
les corps constitués, le peuple et la Convention nationale: il ne voyait dans les
premiers que la téméraire audace d'un exécuteur d'ordres, qui s'empare delà
représentation.
« Les propositions de la Gironde ne lurent point adoptées dans (ont leur cou-
lenu, mais sous des modilicatiuns qu'on voit plutôt être l'elïet des circonstances
du moment que de la bonne loi. Ou arrête que la réintégration des députés
détenus sera demandée; que la Convention sera invitée de s'entourer d'une
lorce départementale; que le rapport de la commission des Douze sera lait;. ...
qu'elle sera invitée à convoquer les assemblées pruuaires; el le déj)artement des
llaules-Pyrénées renouvelle les protestations d'union et de l'ralernité au départe-
ment de la Gironde, en ce qui concerne l'unité et l'indivisibilité de la Répu-
blique.... » {[{apport, p. 107-1(58.)
IV. UAUTES-pyRÊ.\ÉES. H5
missairesdu comité de la Gironde se sont introduits dans leur
territoire et, sous les dehors de la fraternité, y ont dissé-
miné des écrits incendiaires et des maximes anarchiques et
contre-révolutionnaires ;
Considérant que quoique, par la sagesse des représentants
du peuple près l'armée des Pyrénées-Occidentales et par
l'énergie des vrais républicains, le calme soit parfaitement
rétabli, l'ordre pourrait êlre troublé de nouveau si la
correspondance empoisonnée du comité de la Gironde trou-
vait libre accès dans ce département ;
Aimant à se persuader que les administrateurs de la Gironde
et les citoyens qu'ils dirigent ne sont point arrivés à cet excès
d'égarement et de corruption que la voix de la persuasion et
surtout le cri de la patrie en danger ne puissent les ramener
dans la voie de la raison et du salut commun ;
Adoptant la résolution sage et courageuse que les adminis-
trateurs du département de la Corrèze ont manifestée dans les
adresses du \ 7 juillet ;
Ouï le procureur général syndic —
Le déparlement adhère à l'adresse de la Corrèze
et décide qu'elle sera imprimée. (Elle l'est au bas de
ce placard.) Il arrête en outre que les bulletins de la
prétendue Commission populaire de salut public de
Bordeaux lui seront renvoyés, avec invitation d'abjurer
ses erreurs, lui déclarant que dans ce cas seulement le
département des Hautes-Pyrénées fraternisera avec celui
de la Gironde.
Elle 4 il faisait à son tour son adresse à la Convention
nationale * :
Enfin les bons principes triomphent, etc.
1. L'imprimé en existe dans les Archives de l'Eure. Nous pouvons dire à
Tavance que le 17 fructidor il ne félicita pas avec moins decliakiir la Conven-
tion de la révolution du 9 tiiermidor.
RÉVOL. DU 51 MAI. 11—8
114 PART. II, CHAI'. X. LA RÉGION DE BORDEAUX.
Les épurations qu'on ne manqua pas de faire dans
les adminislralions du pays donnaient aux bons prin-
cipes un supplément de garanties. Le jeune Fourcade,
en s'éloignant, rassurait son ministre :
J'ai laissé les Hautes et Basses-Pyrénées dans le plus grand
calme. Les patriotes y triomphent, mais nous avons besoin de
soutenir leur courage*.
Il note pourtant le discrédit rapide des assignats. On
ne veut prendre que les assignats à face royale :
Une chose doit rassurer les amis de la République : le Gers,
les Hautes et Basses-Pyrénées ont à présent des administra-
lions vraiment patriotes. L'exil et l'incarcération des fonc-
tionnaires fédéralistes ont produit le plus grand bien et évité
la jonction du Var, du Rhône, de la Garonne et de l'Adour.
L'échec que les envoyés de Barbaroux ont essuyé du côté
d'Avignon a contribué beaucoup à ranimer le courage des
sans-culottes et à écraser l'audace de leurs ennemis. Il n'est
pas de coup plus violent que nous ayons porté aux fauteurs
de l'anarchie fédérale.
Il fait toutefois des réserves sur Bagnères, où, sous
prétexte de santé, il y avait, dit-il, une réunion d'aris-
tocrates. Un autre agent. Mouton, ne tenait pas en plus
grande estime les villes d'eaux :
Bigorre, département des Ilautes-Pyrénées, est empesté
d'aristocratie. On y conserve encore toutes les dénominations
de l'ancien régime.
Bafjnères est l'asile impur des vices, du jeu et de l'ivro-
gnerie; un grand nombre de nobles, d'une aristocratie déci-
dée, y sont restés sous prétexte de maladie ^
1. Toulouse, 51 juillrt. fAicliives iiatiouale.s,F i\ 551, (\ossiev Foinrade.)
2. L'agent Mouton (juillet 171)5). — H paile encore des cITorts qu'il faut faire
il Tarljcs jjour éleclriser la jeunesse. (Archives nationales, F i", 550.)
CHAPITRE XI
LA RÉGION DE TOULOUSE
I
Haute-Garonne.
Comme Bordeaux clans la Guyenne, Toulouse dans
le Languedoc se trouvait naturellement le principal
centre de la résistance des provinces aux révolutions de
Paris. Les sentiments de la Haute-Garonne n'étaient
pas douteux à cet égard : de tous les points du dépar-
tement des adresses avaient témoigné à la Convention
nationale combien on était hostile aux factions qui la
menaçaient \ Toulouse s'y était associée, et l'on se tenait
prêt pour l'action. Vers le milieu du mois de mai, les
trois corps administratifs résidant en cette ville (dépar-
tement, district et commune) avaient arrêté qu'ils se
réuniraient trois fois par semaine au Capitole, avec
les autorités constituées, pour y traiter de concert des
intérêts généraux, et ils avaient déclaré les sections en
permanence (16 mai)^ Les représentants du peuple Cha-
bot, Mailhc et Lombard-Lachanx ayant remontré que
celte mesure, loin d'assurer la tranquillité publique,
pourrait bien la troubler, la question fut ajournée;
1. Note XXXII, aux Appendices.
2. Archives de la Ilaule-Garonne, n" 1509, Registre du conseil du départe-
ment, n° b, f°* 53-55.
H6 PART. II, CIIAP. XI. LA REGION DE TOULOUSE.
mais, dans le môme temps, la société jacobine de la
ville avait tenté de faire une manifestation contraire.
Elle avait demandé aux représentants qui étaient à
Toulouse de convoquer leurs collègues dispersés dans
les départements méridionaux, et de former avec eux
un petit concile de Jacobins, en y appelant un délégué
par chaque société affiliée. Déjà ces délégués arrivaient
au chef-lieu, quand, par deux arrêtés successifs (25
et 29 mai), les autorités administratives s'opposè-
rent à la réunion, puis la rompirent, non sans péril,
dit-on, pour les délégués réunis. Dans la séance où la
dernière résolution fut prise, les autorités accueillirent
une adresse dirigée contre les factieux, les agitateurs
et les j\Jaratistes , qui les pressait d'imiter l'exemple
de Marseille et de Bordeaux et de convoquer les sections.
« Ce coup de tocsin, dit un rapport fait à la Conven-
tion, fut entendu », et le 2 juin on organisa un comité
populaire de salut public'.
C'était le jour où le parti que l'on voulait défendre
succombait à Paris.
On s'attendait de part et d'autre au dénouement
de la crise.
L'administration, inquiète de la marche des événe-
ments à Paris, y avait envoyé, comme député extraor-
dinaire, un de ses membres, Barras. La société jacobine
de Toulouse y avait un agent (Loubcrs), chargé de sem-
1. Rapport fait par Dabarran, au nom fies Comités de salut |)ublic, de sûreté
générale et des décrets réunis, dans la séance du 25 prairial an II. Moniteur
du 30, t. XX, p. 744. Ce ra|)port avait pour objet et eut jjour résultat de fermer la
Convention à Dario, premier suppléant de Toulouse, compromis dans le fédéra-
lisme, — et de le faire envoyer au tribunal révolutionnaire, où il fut con-
damné avec d'autres le 11 messidor. (Voyez ilisloiie du Tribunal révolution-
naire de Paris, t. IV, p. 518.^ — Sur les séances du conseil général de la
Haute-Garonne, voyez la note XXXIII aux Appendices.
1. UAUTE-GARONNE. 117
blable mission dans un esprit tout opposé. La révolu-
tion faite, le département et la société jacobine pou-
vaient donc être promptement avertis. Il semble que la
société en fut informée la première. On y avait appris
avec joie, le 2 juin, l'abolition de la commission des
Douze ; le 6, les adresses des sections de Paris à la Con-
vention; le 7, « l'heureuse insurrection » qui s'était
opérée le 51 mai. C'est un courrier extraordinaire qui
en avait apporté la nouvelle au procureur général syn-
dic, et c'est à la société à laquelle il était affdié, et
dont il connaissait les sympathies, qu'il paraît en avoir
réservé la primeur*.
L'administration de la Haute-Garonne était animée
de tout autres sentiments, et elle le manifesta dans une
adresse aux habitants des départements, adresse qui fut
vivement attaquée aux Jacobins de la ville. Clamer l'in-
surrection, c'était dénier aux municipalités le droit de
secouer le joug, c'était s'élever contre la Convention
qui avait déclaré que la Commune de Paris avait bien
mérité de la patrie. Les événements furent bientôt
connus avec plus de détails, aux Jacobins par une lettre
deLoubers,et au département par le rapport de Barras.
Ce rapport faisait connaître au vrai et l'audace des
insurgés et la faiblesse de la Convention dans ces tristes
journées^ Les Jacobins résolurent de faire une adresse
à la Convention, où ils lui témoignaient leur satisfaction
1. Registre des délibérations de la société des Amis de la liberté à Tou-
louse, 1° 15 : a On a lu une leltre du procureur général syndic qui annonce une
proclamation de la Convention nationale à tous les Français, au sujet de l'iieu-
reuse insurrection qui vient de s'opérer dans Paris. H a dit qu'elle a été envoyée
par un courrier extraordinaire, qu'il s'empresse de la faire connaître à la société,
ce qu'il fera toujours, dit-il dans sa lettre! » ;Artliives de la Haute-Garonne.)
2. Les fraj;nients nous en sont restés dans la Lellre fie Cliauclron-Iiousseau,
reprcsenlatil du peuple prcs de l'armée des l'ijrénccs-Urieiifales, au Comité
de salut public (2 juillet 1795). — Le nom s'écrit quelquefois Baras.
■118 PART. II, CIIAP. XI. LA RÉGION DE TOULOUSE.
de la fermeté qu'elle avait montrée et des moyens vigou-
reux qu'elle avait adoptés pour sauver la République ;
ils firent aussi une adresse de félicitations au départe-
ment de Paris, qui avait provoqué la révolution. Un
seul incident s'éleva sur cette adresse : Paris y était
appelé capitale. N'était-ce pas offenser l'égalité que de
lui donner ce titre? On y substitua, après débat, le
nom de centre d\mité\ Quant au département, il jugea
utile de resserrer les liens qui le rattachaient aux
autres corps de la ville, et le 11 juin, à l'invitation de
la commune, il confirma son arrêté sur la réunion
régulière des autorités constituées'.
Celte attitude était une menace pour les hommes du
51 mai. Deux nouveaux commissaires, Chaudron-Rous-
seau et Baudot, avaient reçu l'ordre de se rendre à Tou-
louse. Le 13, après avoir fait vérifier leurs pouvoirs, ils
élevèrent à leur tour des objections contre ces réu-
nions périodiques extraordinaires, instituées pnr l'arrêté
du 16 mai, et requirent l'administration de ne plus
les tenir que pour cas graves, dûment constatés. On se
borna à consigner au registre cette remontrance, et l'on
passa outre '\
Les conseils généraux, ou même les sociétés popu-
laires des départements voisins, émus par les mêmes
événements, députaient à Toulouse pour se concerter
avec son administration supérieure. C'est ainsi que, le
15, la société des Amis de la liberté et de l'égalité
i. Archives de la Haute-Garonne, registre des délibérations de la société des
Amis de la liberté à Toulouse. Séance du 8 juin, f" 17, cl la note XXXIY aux
Appendices.
2. Registre des délibérations du conseil général de la llaute-Gaionne, à la
date du 11 juin.
3. Ibicl., à la date des 13 et 15 juin.
I. ILVUTE-GARONNE. H 9
d'Agen, hostile au 51 mai, malgré son apparence jaco-
bine, pressa Toulouse de se rallier à un projet contre
le système des anarchistes, et lui fit agréer l'arrêté de
la Côte-d'Or (du 50 mai) adopté par le Lot ; le 17,
c'étaient deux députés de l'Aude qui venaient lui com-
muniquer l'arrêté de leur département ; le môme jour,
deux députés du Tarn, chargés d'une mission analogue\
Dès la veille, 10 juin, le conseil général de la Haute-
Garonne avait décidé la réunion des assemblées pri-
maires pour le 25, et s'était occupé d'une adresse
destinée à leur faire connaître les événements sur les-
quels ils auraient à délibérer. Le 18, l'adresse fut adop-
tée à correction; on devait l'arrêter définitivement dans
la séance du soir.
Il n'y avait pas de temps à perdre pour prévenir les
effets de ces mesures. Le représentant Baudot partit
immédiatement pour Paris, et à Toulouse la société
des Amis résolut de faire une grande manifestation
qui pût agir sur l'esprit de la ville. Ce jour même,
18 juin, elle tint une réunion extraordinaire. Jamais,
nous dit le procès- verbal, l'assemblée n'avait été plus
nombreuse : tous les membres des divers corps consti-
tués s'y étaient rendus. Loubers, le député extraor-
dinaire de la société auprès de la Convention nationale,
dont les lettres avaient annoncé la révolution du 51 mai,
était là, et il fit le récit des événements qui s'étaient
passés à Paris sous ses yeux, récit qui fut fort goûté et
dont on décida l'impression. Après le serment de se
réunir pour écraser l'ennemi, on résolut de se porter
en masse à la maison commune pour y faire cette pro-
fession de foi au sein des corps constitués. Dès que le
1. Registre des délibérations du conseil de lu Ihiutc-Garonne, aux date?.
120 PART. II, CIIAP.XI. LA RÉGION DE TOULOUSE.
cortège se fut mis en route, le peuple, averti, l'acclama,
jurant comme lui « d'anéantir tous les ennemis, de ne
vouloir que la Ilépublique une et indivisible, de ne
connaître d'autre autorit('' souveraine que la Convention
nationale «.
Le récit officiel des Jacobins continue :
En un instant les citoyennes couvrent toutes les têtes de
lauriers, et la société s'achemine ainsi vers la maison commune.
Les magistrats étaient à leur poste, ils attendaient le peuple ;
il arrive, et -bientôt ce peuple de sans-culottes remplit tous les
lieux. Le président, à la tète de la société, annonce l'objet de
sa démarche; on l'écoute en silence. Le président des corps
constitués réunis lui donne le baiser de fraternité. A ce spec-
tacle le jieuple, qui n'argumente pas, mais qui sent, fait éclater
toute la joie qui l'anime; le peuple, les magistrats, la société
répètent le serment de maintenir la liberté et l'égalité, de ne
vouloir que la République une et indivisible, de ne recon-
naître d'autre autorité souveraine que la Convention nationale,
de ne connaître, de ne faire exécuter que les lois qui en éma-
neront, et d'anéantir l'aristocratie et l'anarchie.
L'hymne chéri des Marseillais termine cette séance, et
les magistrats, au milieu de ce concert patriotique, revien-
nent au sein de la société pour y travailler, dès ce moment,
à terrasser ses ennemis ' .
Cette démonstration eut un épilogue, que l'on retrouve
au procès-verbal :
Les corps constitués se sont rendus à la séance, portant en
main des branches d'olivier et de laurier, accompagnés d'un
peuple immense qui chantait les airs Ça ira, la Carmagnole,
et l'hymne chéri : Aux armes, citoyens. Les présidents des
corps constitués ont donné le baiser de fraternité au prési-
dent de la société.
1. Archives de la Ilaulc-Garonnc, rogistre des délibérations de la société des
Amis, etc., à la date.
I. HAUTE-GARONNE. V2\
C'est cependant ce jour-là (Dubarran, dans son rap-
port à la Convention, s'en indigne*) que le conseil
général du déparlement adopta définitivement et lança
son adresse à la Convention nationale et à tous les
départements, ainsi que sa convocation aux assemblées
primaires :
Le conseil général du département de la Haute-Garonne, à
lui réunis les commissaires des districts, h leurs concitoyens'.
Vingt-huit de vos représentants, ceux qui ont le plus coura-
geusement défendu vos droits sur les bases de la morale et de
la raison, viennent d'être enlevés aux grandes fonctions que
la nation leur a commises. Le décret de proscription a été
scandaleusement arraché par la force des baïonnettes à la
faiblesse de la Convention nationale. Depuis ce moment, une
faction trop fameuse par ses déportemenls et ses prédications
anarchiques et sanguinaires tient en ses mains tyranniques les
destinées de la République.
Un si horrible attentat a excité l'indignation du peuple
français ; il s'est levé par un mouvement simultané pour ven-
ger avec éclat sa souveraineté violée.
Déjà le peuple de Toulouse, celui de Bordeaux, de Nantes,
de Marseille, de Montpellier, d'Auch et de presque tous les
départements ont formellement émis leur vœu et exprimé
leurs sentiments sur les maux qui désolent la République.
Il faut imiter ces exemples :
Nous vous invitons à vous réunir en assemblées primaires
pour émettre votre vœu, qu'il est important de faire connaître
à la Convention et à la France entière. Ne vous le dissimulez
pas, les circonstances sont si critiques que le peuple n'a les
moyens de son salut que dans ses propres ressources. La
Convention nationale ne peut les lui fournir, car elle est
1. Moniteur du 50 prairial (18 juin 17Q4), t. XX, p. 746.
2. On lit en margn : « Soie. Cette séance est imprimée sous la date du 18 juin. »
— (C'est le 18 que l'adresse a été rédigée.)
122 PART. Il, CIIAP. XI. LA RÉGION DE TOULOUSE.
enchaînée et ce n'est pas du milieu des fers que l'on peut
sauver la liberté d'un peuple.
Ils veulent le bien public; mais pour le faire ils
ont besoin de leur confiance et ils appellent des com-
missaires des assemblées primaires à la réunion qu'ils
ont formée. — Puis viennent les considérants :
Considérant les grandes mesures qu'il est urgent de prendre
dans la crise alarmante où se trouve la République depuis
que la Convention nationale a été forcée d'attenter à l'unité et
à l'indivisibilité de la souveraineté du peuple, en mettant
plusieurs de ses membres en état d'arrestation, sans les avoir
entendus, et en devenant, par cet attentat, l'instrument passif
d'une faction sanguinaire et liberticide qui ne se propose rien
moins que de faire égorger et asservir le peuple par le peuple ;
Considérant qu'au premier récit de ces événements désas-
treux, le peuple de Toulouse, comme celui des autres dépar-
tements, saisi par un mouvement d'indignation, s'est levé pour
en demander vengeance;
Considérant qu'il est indispensable que tous les citoyens
du département concourent avec ceux de Toulouse aux
grandes mesures qu'il est instant de prendre pour prévenir
les horribles effets des conspirateurs atroces qui menacent
la vie, les propriétés et la liberté :
Arrête
Suit l'arrêté pour la tenue des assemblées pri-
maires.
L'adresse à la Convention nationale, tout en expri-
mant l'horreur qu'avait inspirée la violation de l'As-
semblée, demandait : i° que le décret d'arrestation des
vingt-huit députés fût mis à néant; 1° que tous les
décrets rendus depuis le ol mai fussent revisés; 5" que
les chefs de la conspiration contre la Convention na-
tionale fussent arrêtés; 4° qu'on établît à 50 lieues
I. HAUTE-GARONNE. 125
au moins de Paris un tribunal formé d'un nombre
déterminé de juges, tirés au sort parmi les présidents
des tribunaux criminels, et de jurés envoyés un par
chaque département; 5° que ce tribunal fût chargé
de punir les coupables. Dans un sixième article on
demandait qu'un rapport fut présenté à la Convention
sur toutes les dénonciations faites contre ses membres
et sur les complots dont la recherche avait été confiée à
la commission des Douze; que ce rapport fût publié,
et que les prévenus, s'il y en avait, fussent renvoyés au
tribunal dont on réclamait l'établissement. — C'est à
peu près la résolution arrêtée à Bordeaux.
Quand les deux pièces furent apportées à la société
des Amis de la liberté, le 20 juin, elles y produisirent
une grande agitation :
L'indignation publique, dit le procès-verbal de la séance, a
fait justice des calomnies renfermées dans cette déclaration,
qui n'est pas celle du vrai peuple de Toulouse. On a fait
ensuite lecture de l'adresse des corps constitués aux citoyens.
Les faux principes de ces deux ouvrages n'ont que prouvé de
plus fort qu'il existe partout des hommes qui, se disant les
amis du peuple, ne le paraissent pas par leurs actions'.
De son côté le procureur général syndic, dont on a vu
les affinités jacobines, n'ayant pu s'opposer à ces mesu-
res, consignait, à la date du 22, la protestation suivante
sur son registre de correspondance " :
22 juin 1795. — Je soussigné, procureur général syndic
du département de la Haute-Garonne, dépose sur le registre
une protestation solennelle contre toutes les adresses, actes,
arrêtés liberticides, pris tant en assemblée du département
qu'en celle des autorités constituées de Toulouse réunies,
1. Registre des délibérations de la société des Amis, etc., à la date.
2. Archives de la Haute-Garonne.
124 PART. II, ClIAP. XI. LA RÉGION DE TOULOUSE.
comme attentatoires aux décrets de la Convention nationale,
à l'unité et à l'indivisibilité de la République ; déclarant que
je n'ai assisté dans lesdites assemblées que pour seconder
les vues du représentant Chaudron-Rousseau, et lui trans-
mettre tous les actes qui s'y font, afin de le mettre à portée
de les faire parvenir au Comité de salut public, ainsi que
pour comprimer, s'il est possible, les derniers efforts des
ennemis de la chose publique, et les empêcher d'adopter des
mesures dont l'effet serait de porter obstacle à l'exécution de
celles qui ne tarderont pas à être prescrites par la Convention
nationale.
Fait et déposé sur ce registre, vu l'impossibilité de consi-
gner la présente sur ceux desdites assemblées, par refus de
m'en délivrer acte. Toulouse, le 22 juin 1793, an II de la
République.
Signé :
Descomdels*.
Cependant les denx assemblées rivales, le département
et le club, continuaient de recevoir des communications
du dehors. Âii club arrivaient les meilleures assurances:
le 20, de Sedan ; le 2 1 , de Limoges, de Béziers, du dépar-
tement de la Corrèze; le 24, de Sezanne; le 25, de Lan-
gres, d'Arras ; le 26, d'Aurillac ; et il faisait lui-même des
adresses : aux Jacobins et aux sections de Paris pour les
complimenter, à la Convention pour renier l'adresse
des corps constitués, comme l'œuvre de Tinfàme aristo-
cratie (23 juin ^). Au département, le 23, c'était le Lot-
et-Garonne qui envoyait les pièces imprimées de ses
séances des 17, 18 et 19, et la Gironde qui soumettait
son plan pour une action commune. On délibéra sur
1. Il avait été nommé prncurcur sénéral syndic li> 16 mai, par Mailhe et
Lombaril-Lacbaux, en remplacement de Malpel, suspendu.
2. On a aux Archives nationales une adresse de la société, en date du 20 juin,
qui est une approbation eatliousiasle de la révolution accomplie. (D xl § 4,
carton 20, dossier Haute-Garonne.)
I. HAUTE-GARONNE. -125
ce plan le 24, mais on résolut d'attendre la réunion
des commissaires des assemblées primaires nommés
la veille, et le "20 juin on reprit la discussion. La Gi-
ronde proposait de réunir à Bourges, le 16 juillet sui
vaut, une assemblée composée de deux commissaires par
cbaque département ; chacune des commissions départe-
mentales devait s'y rendre avec une escorte de cent à
deux cents hommes. Disons-le tout de suite : le plan
ne fut pas agréé. Le conseil du département, tout en
rendant justice aux intentions pures qui avaient dirigé
la Commission populaire de Bordeaux dans ses détermi-
nations, lui fit observer que la réunion proposée allait
contre le but que l'on avait en vue, puisqu'elle menait
à la guerre civile :
Considérant que ces motifs sont trop pressants pour ne pas
retenir le conseil du département, fortement rallié à la Con-
vention, dans le temps surtout où elle s'occupe sans relâche
de décréter la Constitution, qu'elle est sur le point d'achever
et de soumettre à la sanction du peuple;
Par ces considérations, le conseil arrête : 1" qu'il ne peut
ni ne doit adhérer à la réunion projetée par ladite commis-
sion populaire; 2" invite ladite commission à renoncer à ce
projet, qui paraît vraiment désastreux, et à demeurer inébran-
lablement attachée à la Convention nationale, comme le point
central de tous les vrais républicains, qui sont profondément
pénétrés de la situation actuelle de la France ;
Que le présent arrêté sera envoyé à la Commission popu-
laire de la Gironde par le procureur général syndic provi-
soire ' .
C'était un premier sujet de triomphe pour les Jaco-
1. Registre des tlélibérations ilii conseil gcnûral de la Iluule-Garonne, à la date,
i'^ 5.
126 PART, n, CILVP. XI. LA RÉGIO>' DE TOULOUSE.
bins (le Toulouse. Ils ne manquèrent pas d'en prendre
acte dans leurs procès-verbaux :
Un arrêté du département de cette ville, en rétractation des
mesures qu'il avait d'accord concertées avec celui de la Gi-
ronde, et portant la déclaration qu'il fait de ne plus adopter
son projet de réunion, a fait faire à un membre l'observation
judicieuse : combien le peuple, qui est témoin des opérations
de la société, doit aujourd'hui se convaincre plus que jamais
qu'elle seule n'a jamais dévié des vrais principes qui doivent
faire le bonheur du peuple '.
Puisqu'on rejetait le plan de Bordeaux, le moment
était venu d'en arrêter un. Le 28 juin, les commissaires
délégués par les assemblées primaires étaient arrivés.
On procéda à la vérification des pouvoirs; ils prêtèrent
serment selon la formule adoplée, adhérèrent aux
déclarations et aux mesures des autorités constituées de
Toulouse. Il fut décidé qu'ils délibéreraient avec le con-
seil général du département. La séance devait se tenir
dans l'église des ci-devant Pénitents bleus^ Mais un coup
de tonnerre éclata, qui présageait une catastrophe pro-
chaine. Le 20 juin, comme on venait de se réunir aux
Pénitents bleus, on annonça l'arrivée de deux commis-
saires de la Convention. Le conseil du département se
retira dans son local ordinaire pour les recevoir, et
l'assemblée générale se continua sous la présidence du
citoyen d'Ardignac.
Diverses propositions, inspirées par une pensée de
recul, furent encore écartées : proposition de revenir sur
l'impression ordonnée de la séance du 19 : — ordre
du jour ; de ra])porter l'arrêté d'hier pour la déli-
I. Ucf;isli-i! di>s (lélil)i'r;ilions <lc la Sociélé îles Aiiiis;, à la ilale du 28 juin.
1>. Ibicl., 1" 12.
I. IIAUTE-GAHONNE. 127
bération des commissaires des communes el des dé-
partements : — ordre du jour; de nommer un com-
missaire pour examiner les procès-verbaux des séances
des corps administratifs et autorités constituées réu-
nis : — ordre du jour.
Tandis que l'assemblée générale persévérait avec tant
de résolution dans son œuvre, le conseil recevait les
communications de Paris. La voix de Baudot avait été
entendue. Un décret rendu le 24 destituait le président
du conseil général et le mandait à la barre de la Conven-
tion, ainsi que plusieurs autres fonctionnaires publics S
Les deux représentants, porteurs de l'ordre, venaient
en assurer l'exécution.
Le conseil n'entreprit pas de résister, et il consigna
sa propre soumission dans un arrêté où il se borne à
plaider les circonslances atténuantes en faveur de son
président proscrit% et l'on décida qu'une adresse serait
faite à la Convention dans le même sens'.
1. Séance du 24 juin. Moniteur du 27, t. XVI, p. 757. La Convention lit
imprimer à l'appui du rapport de Baudot, avec son décret du 24 juin, plusieurs
pièces relatives aux événements qui l'avaient motivé. (Ijibliothèque nationale,
Le 59 21.)
2. Voyez la note XXXV aux Appendices.
5. Archives de la Haute-Garonne, registre des délibérations du conseil du
département, là la date du 29 juin. On trouve en outre dans le registre de
coi-respondaucc du procureur général syndic cette lettre aux représentants du
peuple à Paris :
« Ea vous adressant un arrêté pris en exécution de votre décret du 24, por-
tant destitution de notre président et sa traduction à la barre, le conseil a cru
devoir rendre hommage aux vertus morales et civiques qui distinguent cet excel-
lent citoyen.
« Citoyens représentants, ce vieillard respectable mérite toute votre sensibi-
lité, l'ère d'un seul enfant, il l'a consacré au service de la patrie, et c'est pour
elle aussi qu'il sacrifiera les derniers instants de sa vie. Kous sommes animés
des mêmes sentiments, et, forts de notre conscience, nous mourrons en invoquant
la liberté, l'unité et l'indivisibilité de la République. » (F" 13 v°.) — Le 28 juin,
avant que l'on pût connaître les effets du décret du 24 à Toulouse, Couthon avait
demandé, sur les instances d'une députation de la Haute-Garonne, alors à Paris,
qu'on en suspendit l'exécution; mais sa motion avait été rejetée, après quelques
paroles de Hobespierre, appuyées par Vadier. (il/oH27e«?Hlu30juin,t. XVI.p. 76G.)
128 PART. II, CIIÂP. XI. L\ RÉGION DE TOULOUSE.
Le lendemain 50, l'assemblée générale se réunit
encore aux Pénitents bleus : mais pour quoi faire? Quel-
ques commissaires, alléguant que l'arrestation de la
veille était un événement qui n'avait pu être prévu par
leurs commettants, demandaient les uns de se retirer, les
autres de prendre l'avis des commettants sur la matière;
mais on passa encore à l'ordre du jour. Ce qu'il y avait
de certain pourtant, c'est qu'on ne se proposait pas
d'entrer en lutte. Un député des assemblées primaires,
pour ne laisser aucun doute sur l'unanimité des prin-
cipes révolutionnaires de toute l'assemblée, proposa une
adresse à la Convention nationale, et l'on renvoya son
projet à une commission; mais déjà les défections se
multipliaient. Le citoyen môme qui avait été chargé de
faire l'adresse s'excusa, et il en fallut nommer un autre.
Chose inutile ! La pensée de la retraite, sous prétexte de
reprendre l'avis des commettants, avait prévalu'; seule-
ment on ne voulait point partir en ayant l'air de se
reconnaître coupable de desseins qu'on ne pouvait
avouer ; et à cet effet le procureur général syndic pro-
posa deux adresses, l'une en faveur des citoyens traduits
à la barre, et l'autre portant :
1° Que le sentiment unanime du département est
le ralliement à la Convention ;
2" Que le prompt jugement des députés détenus ait
lieu ;
5° Que la poursuite soit faite des auteurs et com-
plices des outrages qu'a reçus la représentation natio-
nale les 51 mai et 2 juin courant;
4" Que la Constitution soit incessamment envoyée.
On décida ensuite qu'il serait fait une troisième
1. IS'jle XXX.YI,aux A])pendiccs.
I. UAUTE-GARONNE. 129
adresse aux communes du ressort. Dans la séance qui
eut lieu le lendemain aux Pénitents bleus, les adresses
lurent lues et adoptées, et l'on décida qu'elles seraient
imprimées et envoyées à la Convention nationale et dans
tous les départements.
En outre, « comme les intentions du conseil avaient
été calomniées )?, il fut arrêté que le procureur général
syndic serait cliargé d'informer contre les auteurs de ces
manœuvres. Puis, sur la motion d'un membre, l'assem-
blée prononça que par ces trois adresses son œuvre
était accomplie et se déclara dissoute.
Avec l'adresse du conseil général, qui, tout en se reti-
rant, ne laissait pas que de faire valoir ses griefs et
de stipuler en faveur des proscrits', la Convention allait
recevoir celle où les Jacobins victorieux célébraient ce
qu'ils appelaient la délivrance'. Elle recevait aussi le
rapport de ses représentants sur cette facile victoire.
Voici comment Chaudron-Rousseau racontait à Baudol,
son collègue, l'accomplissement de la mesure que ce
dernier avait préparée à Paris et que lui-même était
chargé d'exécuter :
J'ai reçu, mon cher ami, le '29 juin à sept heures du malio,
le décret de la Convention du (24) portant l'arrestation de
plusieurs agitateurs de cette ville
L'exécution du décret, que certains regardaient comme
très difficile, ne m'a coûté que quelques moments de réflexion.
i. Note XXXVII, aux Appendices.
2. 5 juillet 1793. Elle est donnée par lîaudot dans son rapport fp. 18 , el il
pouvait s'y com|)laire. On y lisait :
« C'est dans ces moments d'une véritable douleur que Haudot et Chaudron-
Rousseau ont paru parmi nous, comme députés de la Divinité pour venir calmer
nos maux. Ils ont été les témoins des persécutions tyranniques que les corps
constitues ont exercées contre nous. Us y ont vu tous les mouvements des pas-
sions et des intérêts individuels dirigés contre le Iwiidirtn- ili> la patrie, etc. />
RÉVOL. DU 51 5IAI. il — 9
150 PART. II, CIIAP. Xf. LA RÉGION ItE TOULOUSE.
Deux commissaires, l'un militaire et l'autre civil, ont été
chez les citoyens désignés dans le décret, pour les mettre en
arrestation et apposer le scellé sur leurs papiers. Loubet,
Barras, Derrey, Dardignac et Artaud ont élé arrêtés....
Ce décret semble avoir anéanti le désir de contre-révolution
qui transportait beaucoup les tètes dans ces contrées. On voit
bien que les grandes mesures sont toujours les seules qui
conviennent à des législateurs. La faiblesse détruit tous les
caractères, et la sévérité les forme
Le département avait invité les districts et municipalités à
convoquer les assemblées primaires, et cette invitation étail
accompagnée d'un fagot de papiers anti-civiques, tels que le rap-
port mensonger et virulent de Barras, l'adresse contre-révolu-
tionnaire de Nantes, celle de Marseille, etc., etc.; et chaque
assemblée primaire devait donner lecture de ces diatribes au
bon peuple, afin qu'il y délibérât. C'est un piège adroitement
tendu à la bonne foi...
Toutes ces machinations, quoique artificicusement ourdies,
ont échoué; les commissaires, quoique influencés par ceux qui
avaient intérêt à les tromper, ont délibéré de se retirer après
avoir voté des adresses à la Convention, dont une est enta-
chée encore du péché originel. La grande majorité des sec-
tions de Toulouse a annulé les précédents arrêtés, déclaré
obéissance à la Convention et à ses décrets, et elles se sont
séparées'.
Mais le peuple? 11 n'était pas tant pacilié, si l'on en
croit une lettre des représentants Leyris et Chaudron-
Rousseau à leurs collègues du Comité de salut public,
on date du 25 août :
Des mouvements contre-révolutionnaires se sont fait sentir
ici ; il y a eu des menaces, des cris de Vive le roi ; la malveil-
lance s'agite, et voyait partir avec joie le 55^ régiment.
1. LcUre publiée avoc sa Ldtie au C.omilr de salul /;h/;//c (2 juillel 1705),
p. 8-9.
I. JIAUTE-GARONNE. 151
Ils ont besoin d'une force armée solide, cl ils annon-
cent qu'ils ont retenu trois compagnies'.
La levée de boucliers des administrateurs devait avoir
pourtant son épilogue : 1" Renouvellement de l'admi-
nistration. Baudot et Chaudron-Rousseau s'en chargè-
rent : par un arrêté du 22 août, ils suspendirent plu-
sieurs de ses membres, et par un autre du 2 septembre
ils réorganisèrent le directoire' ; 2" Châtiment des plus
compromis : Julien dans son rapport complète la lettre
de Chaudron-Rousseau à Baudot, en ce qui touche
ceux qui furent envoyés à Paris. Il nous dit que la
plupart des hommes mis en arrestation sont dans les
prisons de l'Abbaye^ Ce n'était pas pour y rester. Barras,
l'énergique envoyé de Toulouse auprès de la Conven-
tion, le maire Derrey, Douziech, commandant de la garde
nationale, Loubet, président de section, républicain
zélé qui avait passé pour ami de la Montagne, Dario,
juge, Sevenne, négociant, et Ruffat, l'un des deux
membres députés à Bordeaux, figurent sur la liste fu-
nèbre du tribunal révolutionnaire; le premier, Barras,
comme ayant voulu « dissoudre la représentation na-
tionale et assassiner ses membres, » le 24 germinal
(15 avril 1794) avec les derniers amis d'Hébert et de
Ronsin! les six autres, à la date du 11 messidor
(29 juin) ^ ; quant aux actes de la justice révolutionnaire
dans Toulouse même, nous en parlerons ailleurs.
1. Archives nationales, D xlii, carton 4, dossier 47, pièces 2 et 4.
"2. Registre du conseil général de la Haute-Garonne, f" 128 v".
~>. iUipport, p. 107.
4. Vovez Histoire du Tribunal révolu lionnairc de Paris, t. III, p. 198,
et t. IV, p. 519.
152 PART. II, CIIAP. XI. LA KKGION DE TOULOUSE.
l[
Loi, Tarn.
A côté de la république du Sud-Ouest, on aurait pu
imaginer à Paris une république du Sud, prenant Tou-
louse pour capitale et ayant pour villes principales
Cahors et Montauban, Albi, Carcassonne et iXarbonne,
Foix et Perpignan. Des adresses se signaient partout
dans ces villes et l'on nommait des délégués pour les
porter à Paris. Le département du Lot, depuis la réunion
de la Convention, s'était élevé contre les divisions de
l'AssembléeS et aux approches du 51 mai il joignait
aux avertissements la menace :
Souvenez-vous, disait la commune de Cahors, que vos des-
tinées sont liées aux nôtres. Si nos revers sont l'effet de vos
dissentiments, il vous sera demandé un compte sévère des
moyens que vous aurez employés pour les prévenir, et la na-
tion indignée immolera à sa juste vengeance et les conspira-
teurs et les hommes qui, par leur faiblesse, ne lui auraient
laissé d'autre ressource qu'une insurrection générale -.
Après le oi mai, on voulut tenir parole. Le Lot adhéra
aux premières résolutions de la Côte-d'Or et communi-
qua au conseil général de la Haute-Garonne l'adhésion
qu'il y avait donnée (15 juin''). Les sections de Cahors
i. Note XXXVIII, aux Appendices.
2. Arcliives nationales, U xl § 4, carlon 21, dossier Lot. La lellre il'cnvoi csl
(lu 14 mai : « Ils veulent la Pié])iiijlii]uc une et indivisible; mais ils veulent
aussi que les factieux soient réprimé' ])ar le glaive ». Voyez encore l'extrait du
procès-verbal des séances du conseil d'administration du département du Lot,
13 mai 1795. (Arcliives nationales, AF n, carton 45, dossier 154, n" 3.)
5. Registre des délibérations du conseil général de la Haute-Garonne, à la
date.
H. LOT, TARN. 133
se plaignaient que les principes de la liberté fussent
(( méconnus et foulés aux pieds dans le temple même
de la représentation nationale «, et demandaient le rap-
port des décrets rendus contre les Girondins, même de
tous ceux qui avaient suivi leur expulsion \ Le dépar-
lement s'était mis aussi en rapport avec Bordeaux. Lavau-
gayon écrivait à la Commission populaire de salut public
de la Gironde, qui l'avait délégué dans les départements
voisins :
Le Lot vous a fait connaître ses bonnes intentions. Les
sections de Cahors vous ont envoyé des députés, la garde na-
tionale s'est prononcée dans vos principes — Si nous eussions
connu la nouvelle détermination de la marche de votre force
départementale, nous ne doutons pas qu'elle n'ait été grossie
d'un contingent considérable. Montauban est la seule ville de
ce département qui ait manifesté des principes contraires.
Montauban% en effet, la ville protestante, avait pris
une altitude tout opposée. La société populaire de cette
ville avait été jusqu'à réputer fauteurs de discorde
ceux qui, en février, parlaient encore de rechercher les
auteurs des massacres de septembre^ Les sections,
dès les premiers jours, acclamèrent la révolution du
51 mai par une adresse à la Convention ; elles écri-
virent à la commune révolutionnaire de Paris : leur
lettre, lue le 15 juin au conseil général, fut, par sa déci-
sion, insérée dans Y Affiche de la Commune''; le 17, la
1. Julien, BfipporI, p. 150.
2. Le Tarii-et-Garonne, dont Montauban est tlevcnu le chel-licu, n'a clé formé
aux dépens des départements voisins qu'en 1808.
5. « Quel est le génie malfaisant qui appelle dans votre sein des rcclierclics
.~ur les malheureux événements des 2 et 5 septembre'? Ce génie impur, nous
vous le dénonçons : c'est celui de la discorde La Constitution !» — 20 février.
!Arcliivcs nationales, D xl § 4, carton 21, dossier Lot.)
4. Moniteur du 16, t. XVI, p. C38.
154 PART. II, CIIAP. XI. L\ RÉGION DE TOULOUSE.
société populaire de la même ville se mettait en rapport
avec les Jacobins de Toulouse et y faisait applaudir son
adresse à la Convention*. Mais le département lui-même
n'avait point persévéré dans ses idées de résistance. Le
25 juin, un délégué de l'administration du Lot, admis
à la barre, présentait au nom de ses collègues une adhé-
sion complète à la nouvelle adresse de la Côte-d'Or, —
celle qui acceptait les faits accomplis réprouvait tout
appel à la force et s'inclinait devant la Convention :
Le pcuj)le du département du Lot, ajoutait-il, qui a tou-
jours eu dans la Convention la plus entière, la plus profonde
confiance, se ralliera autour de l'excellente Constitution qu'elle
va présenter à tous les départements de la République, et
qu'il s'empressera d'accepter comme un gage immuable de la
liberté nationale —
11 ajoutait (ce qui n'est pas conforme au rapport de
Lavaugayon cité plus haut) « que le département du Lot,
vivement sollicité par l'administration de la Gironde
d'envoyer à Bordeaux des commissaires, avait constam-
ment rejeté cette proposition' ».
Dans la môme séance, la société républicaine de
iSouillac faisait un acte d'adhésion qui était vivement
applaudi ^ Le 20, c'était la commune de Figeac qui
disait :
1. Registre des délibcralions ilc la sociclé «les Amis, etc., de Toulouse, à la date.
— Julien, tout en vantant l'énergie de la société populaire de Montauban,
rcjjroclic pourtiuit à l'administration sa connivence avec le parti contraire :
« Elle protégeait surtout, dit-il, ces dissémineurs d'adresses qui y arrivaient de
tous les coins de la Répulili(|ue, ces coureurs à gages des administrations départo-
nienlaires ; et comme si elle eût voulu se l'aire des partisans parmi les gens
suspects,- elle les élargissait dans le moment même où une crise contre-révolu-
tionnaire agilait tous les esprits. » Il ne traite pas mieux les administrations des .
districts de Moissac et de Figeac. [Rapport, p. 151.)
2. Moniteur du 20 juin, t. XVI, |). 727.
5. Ihid.
H. LOT, TARN. 13.:,
Trente-deux de vos collègues ont été mis en état d'arrcsta-
lion; la seule remarque que nous avons faite sur leur compte,
c'est qu'ils contrariaient votre marche, qu'ils renouvelaient
trop souvent pour des cœurs patriotes les scènes affli-
geantes....
Toujours le mônic cri contre les factieux, mais cetle
fois contre les Girondins; toujours la même offre de
concours, mais maintenant à l'appui du 51 mai:
Loin de nous l'affligeante pensée que les Parisiens puissent
concevoir quelque complot liberticide! Si vous avez besoin
de nous, donnez le signal : dans quelque position où nous
nous trouvions, comptez que nous sommes aussi vigoureuse-
ment prononcés que la plus haute montagne du globe'.
Le '27, on lisait à la Convention, avec l'adresse du
district de Périgueux, celle du département du Lot, qui
rétractait expressément toute adhésion aux arrêtés
fédéralistes". — Dès le !21 les deux représentants Treil-
liard et Mathieu, revenus de Bordeaux à Périgueux et
arrivés de Périgueux à Montauban, dirigeaient de
cette ville la résistance à l'insurrection dont Bordeaux
continuait encore d'être le foyer''.
Le Tarn avait répondu sans hésiter à l'appel de la
Loire-Inférieure dont l'adresse lui était parvenue. 11
avait adopté cette formule de serment : Liberté, égalité,
souveraineté :
Le conseil du département du Tarn, considérant que dans
le moment où une Constitution entièrement fondée sur les
bases immuables de la liberté et de l'égalité va détruire le
1. Moniteur du 28 juin, t. XVI, p. 749.
'2. Moniteur du 50 juin, ibid., p. 765.
o. Voyez leurs lettres, du 21 an 20 juillet, parmi les pièces annexes de leur
Compte rendu.
156 l'ARï. 11, CIIAP. XI. LA RKGION DE TOULOUSE.
dernier espoir des sectateurs du royalisme, il est nécessaire
que la voix des représentants du peuple ne soit pas indé-
cemment étouffée par les cris de quelques agitateurs que la
malveillance soudoie et que l'impunité enhardit;
Que l'envoi d'une force départementale à Paris peut préve-
nir ce malheur et servir utilement la chose publique ;
Que l'accueil fait par la Convention nationale aux adresses
des diverses administrations, l'impression et l'envoi aux
quatre-vingt-quatre départements qu'elle en a décrétés sont
une invitation formelle ou plutôt un ordre d'adopter les
mêmes mesures ;
Arrête :
Art. 1. Il sera envoyé à Paris, pour y être à la disposition
de la Convention nationale, un coips composé de citoyens
gardes nationaux de ce département.
Ce corps partagera avec ceux que les autres départements
ont déjà envoyés et avec la garde nationale parisienne le ser-
vice auprès de la Convention, suivant le mode qu'elle dé-
crétera ' —
Le Tarn avait, comme le Lot, député plusieurs de
ses membres, pour se concerter dans une pensée fcdé-
rative, à Perpignan, à Toulouse'" : « Le canon d'alarme,
qui ne les avait pas affectés lorsqu'il servait à perdre un
tyran, dit Julien, les agita lorsqu'il fallut en perdre
trente : l'administration de ce département convoqua
aussi les assemblées primaires afin de délibérer sur
l'état de la Convention; mais la justice qu'on doit lui
accorder est qu'elle ne permit à aucun de ses membres
d'assister à ces assemblées. Elle ne voulut pas que le
1. Les articles suivants règlent l'organisation de ce corps, solde, inscription, elc
— Un exemplaire s'en trouve aux Archives de Seine-et-Oise el aux Archives de
ri:;ure. L'arrêté du 10 mai, pour la levée d'une force armée destinée à la défense
de la République, répondait à l'invitation contenue dans le déciet du 27 avril.
l'Archives nationales, AF n, carton 45, dossier 154, n" 10.)
2. Registre des délibérations du conseil général de la llaulc- Garonne,
l'-'juin; des Pyrénées-Oricnlules, 20 juin.
II. LOT, TARN. 157
vœu du peuple pût être influencé par leur présence; elle
lit aussi une adresse qui devait être portée à la Conven-
tion nationale par deux commissaires, chargés de lui
exprimer les grandes sollicitudes de ce département^ >^
Julien reconnaît qu' « après ces deux premières dé-
marches elle se renferma dans les bornes de ses devoirs,
et attendit du temps et des circonstances le jugement
qui devait naître de ce grand conflit de prétentions et
de pouvoirs «. — Elle n'attendit pas longtemps. La Con-
stitution lui ayant été envoyée, elle en recommanda
l'acceptation à ses administrés ; et, se retournant contre
les sollicitations qu'elle avait paru d'abord accueillir
assez volontiers, elle écrivit au département desBouches-
du-Iihône ;
Vous voulez terrasser l'anarchie ; mais est-ce la terrasser
(jue d'organiser la guerre civile? Vous voulez l'unité et l'in-
divisibilité de la République; mais pouvez- vous espérer de la
consolider, en rompant tout centre de ralliement, en créant
des comités épars " ?
Le district d'Albi avait particulièrement tenu à mon-
trer que ses intentions étaient pures lorsque, le 12 juin,
il avait donné son adhésion à certaines mesures prises
les iO et 11 du môme mois parles autorités constituées
de Castres; et le 11 juillet ses administrateurs arrêtè-
rent une déclaration de principes en ces termes :
Considérant que, quelques inquiétudes que l'on ait eues
dans les premiers moments, lorsqu'on pouvait craindre la
désorganisation et l'inaction de la représentation nationale,
1. Julien, Rapport, p. 170. Julian de Carcntan, dans son rapport à Garât, du
14 juin, dit que l'on tait circuler dans les sections de Paris les adresses des
départements qui se préparent à s'insurger, et il ajoute : « Hier l'on a lu dans
la section du Panthéon 1 adresse du Tarn ». Schniiilt, t. Il, p. 45.
2. IOtd.,f. 179.
17)8 PART. II, CHAP. \I. LA RÉGION DE TOULOUSE.
ces inquiétudes doivent cesser aujourd'hui par Tachèvement
de la Constitution ;
Fermement persuadés que les citoyens du département du
Tarn n'ont jamais voulu et veulent encore moins aujour-
d'hui se séparer de la Convention ;
Déclarent :
1° Qu'en adhérant, dans sa séance puhliquc du 12 juin, h
l'arrêté des corps constitués de Castres du 10 du même
mois et à l'adresse faite le lendemain à la Convention natio-
nale, ils n'ont entendu qu'exprimer leurs alarmes et leurs
vœux, et non pas imposer des conditions à un pouvoir supé-
rieur ;...
2" Que, soit par cette adhésion, soit d'aucune autre ma-
nière, ils n'ont entendu provoquer ni favoriser aucune déli-
liération subséquente qui peut faire méconnaître l'existence
de la Constitution, intercepter les communications avec le
gouvernement, conduire au fédéralisme ou armer les citoyens
les uns contre les autres ;
5° Qu'ils ont été constamment fidèles à l'unité, à l'indivisi-
bilité de la République, et qu'ils regardent la Convention
comme le centre et le lien nécessaire de cette unité \
III
Aude.
Le déparlemenL de VAude avait pris de bonne heure
la défense de la représentation nationale. Dès le mois
de janvier, ému des agitations de l'Assemblée, il avait
mis à sa disposition une force armée contre les factieux,
avec des considérants qui repoussaient d'avance toul
soupçon de fédéralisme :
Considérant que, la République étant une et indivisible, la
1. Ai'cliives nationales, AF ii, carlon 45, dossier 154, n" i2.
III. AIDE. 139
représentation nationale est une propriété commune ù tous
les Français ;...
Considérant que la réunion d'une force départementale
auprès des mandataires du peuple est la réfutation la plus
forte du système absurde du fédéralisme et l'hommage le plus
éclatant rendu à l'unité et à l'indivisibilité delà République:
Considérant que, fortement pénétrés de ces principes, plu-
sieurs déparlements ont déjà fourni le contingent d'une
force armée ; que la Convention a solennellement applaudi à
cette mesiu'e ; qu'elle a voulu la rendre pour tous les autres
un objet d'imitation, en décrétant l'envoi de l'adresse de ces
départements dans toute la République ;
Considérant enfin que les volontaires des départements qui
d'abord, le 14 juillet 1790, ont juré avec les citoyens de
Paris de vivre libres ou de mourir, qui depuis ont partagé
avec eux tous les dangers et la ^loire du 10 août 1792,
doivent une troisième fois se réunir pour jurer ensemble de
sauver encore, s'il le faut, la patrie et de défendre la Con-
vention de toute influence dictatoriale ou anarchiste;
Ouï et ce requérant le suppléant du procureur général
syndic, arrête....
Et l'arrêté réglait tons les détails de cette levée qui
devait être de trois cents hommes'.
En même temps une adresse à la Convention nationale
exposait la raison de cet armement et le but que l'on
voulait atteindre :
Carcassonne, '24 janvier 1793.
Trois cents citoyens soldats vont bientôt quitter ce dépar-
tement pour vous défendre et contenir les factieux qui siègent
dans la Convention ou qui l'entourent. Arrivés au poste où le
1. 1° Envoi d'une force armée à la disposition de la Convention nationale:
2° elle sera de 500 hommes; 3° registre ouvert dans chaque commune; 4° fermé
trois jours après l'ouverture; 5° les volontaires auront de 18 à 50 ans; 0° il sera
pourvu à riiabillcmeiit, etc....; 15° adresse à la Convention; 14" autre adressi'
aux citoyens de Paris pour leur faire connaître les intentions fraternelles des
volontaires. (Arch. de l'Aude, Délibér. du conseil du département, 18 janv.1795.)
140 PART. II, CIIÂP. XI. LA RÉGION DE TOULOUSE.
salut public et l'amour de l'ordre les appellent, il faut que
nos représentants soient respectes, que l'anarchie cesse, que
les lois reprennent leur empire, ou qu'ils meurent.
Et ils allaient au-devant de l'objection :
Ces hommes qui ont besoin de troubles pour dominer
redouteront sans doute l'effet de cette mesure révolutionnaire ;
ils nous accuseront de méconnaître la souveraineté nationale,
d'usurper le pouvoir législatif. Ils invoqueront contre nous
la censure de la Convention. Appuyés sur les principes,
forts d'ailleurs de la pureté de nos consciences, nous vous
dirons comme cet Athénien : B'rappe, mais écoute.
La représentation nationale avilie, la souveraineté du
peuple outragée, la liberté menacée jusque dans son temple,
la marche trop souvent rétrograde de vos délibérations, des
débats presque toujours perdus pour la chose publique, des
mouvements convulsifs qui semblent être l'agonie de la
liberté, enfin le spectacle douloureux de vos divisions, funeste
présage des déchirements que peut éprouver la patrie.
Législateurs, n'en est-ce point assez pour autoriser la
délibération que nous avons prise? etc.'.
A ce manifeste de l'administration se joignait une
adresse des citoyens, d'une franchise un peu rude :
Les républicains de Narhonneà la Convention nationale.
Mandataires du souverain, on vous a demandé si vous
étiez libres ; pour nous qui professons la plus sévère franchise,
nous vous disons, sans hésiter, que vous ne l'êtes pas. Dis-
pensez-nous de vous tracer les preuves multipliées d'une
assertion si désolante....
Qu'il nous suffise d'éveiller votre énergie, de provoquer
l'activité de votre zèle pour la réhabilitation de l'honneur
national et du vôtre. Eh quoi! vous souffrez qu'une poignée
d'agitateurs et de scélérats exerce sur vous l'empire oppressif
1. Arcliivos natiiiiiales, D xl s^ i, carton 18, dossier Aude. L'adresse est
.•ii-compaguée de l'extrait du procès-verbal du conseil général du département
de l'Aude, 18 janvier 1793.
III. AUDE. Hl
de sa volonté, que des tribunes insolentes troublent et entra-
vent journellement la marche de vos travaux par des outrages
humiliants! A'ous souffrez qu'une minorité corrompue et
dévouée à l'exécrable parti qui voudrait le triumvirat ou la
dictature se montre, avec opiniâtreté, indocile et rebelle à vos
décrets? Citoyens législateurs, est-ce ainsi que vous justifiez
notre confiance? Devions-nous nous attendre à tant de faiblesse,
il tant de pusillanimité? Vous ne sentez donc plus qui vous
êtes ? A'ous avez donc oublié que vous représentez la première
nation de la terre? Entendez le cri unanime qui part de tous
les points de la République : c'est celui de la douleur, de
l'indignation, de la vengance. Plus jaloux que vous de main-
tenir à la majesté souveraine le respect qui lui est dû,
chaque département vous offre ses bras et son courage.
Dites un mot, et les voilà tous sur la route de Paris. Sans
doute cette mesure, tant redoutée des factieux qui vous
entourent, redoublera leurs intrigues criminelles, mais vous
devez les mépriser. L'amour de l'ordre et des lois n'a point
varié dans la grande majorité des Parisiens; la force départe-
mentale trouvera dans elle un puissant appui; bientôt les
factions étouffées rentreront dans le néant. Vous élèverez
avec sécurité le grand édifice du bonheur de la France et nous
vous croirons encore dignes de nous, et vous serez à votre
tour les sauveurs de la patrie.
(Nombreuses signatures ^)
Cette adresse imprimée était envoyée, au nombre dv
sept cents exemplaires, au président de la Convention
nationale avec prière de les distribuer aux députés, el
c'était l'occasion d'une nouvelle lettre plus pressante
encore (25 janvier) :
Faites-nous justice de ces hommes pervers qui, sous le
masque d'un patriotisme exalté, égarentl'opinion publique —
Donnez-vous enfin, citoyens, la contenance qui convient à
des âmes vraiment républicaines.
1. Archives nationales, même dossier.
1 i2 PART. 11, CHAI'. XI. LA RÉGION DE TOULOUSE.
Dénoncez ces représentants infidèles ; dénoncez à la nation
entière cette minorité coupable qui combat la force de la
raison par les grossièretés de l'injure et par l'indécence de
ses hurlements, et que votre Assemblée n'offre plus à l'Europe
le spectacle affligeant d'une nation qui a su détruire et qui
ne sait pas édifier ' —
D'autres adresses analogues se rédigeaient dans
diverses villes du département, et elles se succédaient de
plus en plus vives à mesure que la crise devenait plus
aiguë. Les uns (Limoux) réclamaient contre la supré-
matie que Paris s'arrogeait (février 1795); d'autres
{Quillan) parlaient pour Roland ; d'autres {Lézignan)
contre Marat, le chef des anarchistes (18 mars)^ L'irri-
lalion contre les querelles qui divisaient l'Assemblée
était d'ailleurs sans parti pris. Los Amis de la République
de Limoux auraient, au besoin, sacrifié les Vingt-deux,
si les Vingt-deux étaient la cause du scandale et si cet
ostracisme devait rendre la paix :
Que nous importent les hommes? Nous voulons la Répu-
blique. Jamais nous ne souffrirons qu'il y en ait d'assez
grands pour devenir nécessaires, etc. (26 avril)"'.
La ville de Garcassonne revient plusieurs fois à la
chargeM Elle ne faisait nulle concession aux factieux, et
c'en était une que de souscrire, même éventuellement,
à la pétition contre les Vingt-deux. En fait de suppres-
sion, elle demandait celle des partis ; plus de montagne
ni de marais ; ni dictature, ni brigandage : l'ordre dans
les finances, qui est le signe d'un bon gouvernement
(17 mai) ; et dans une lettre du 5 juin :
1. Arcliives nationales, même dossier.
1. Note XXXIX, aux Appeiulice*.
n. Voyez la note XL, aux Appendices.
4. Voyez la note XLI, aux Aj)pcndices.
m. AUDE. 145
Dépositaires de ma souveraineté, vous ne remplissez point
le mandat auguste que je vous ai donné, vous dégradez le
caractère sacré que je vous ai imprimé; vous avez changé le
sanctuaire des lois en une arène de gladiateurs où une
majorité pure, mais subjuguée par la crainte, reste sans force
et sans énergie, où dos spectateurs soudoyés troublent vos
délibérations, où des pétitionnaires insolents vont insulter la
représentation nationale'.
En des esprits déjà si échauffés, la nouvelle des
événements du 51 mai devait produire une explosion.
Le 12 juin, en présence du représentant Bonnet, le
procureur général syndic, se faisant l'interprète du
sentiment de tous, disait :
Un crêpe funèbre couvre la liberté expirante; l'accent de
la douleur, le cri du désespoir se font entendre. N'aurions
[-nous] donc montré à l'univers tant de vertus, tant de courage
que pour perpétuer le souvenir de nos malheurs?
Le crime triomphe — C'est peu de l'immoralité la
plus profonde, c'est peu de ravihssement de la dignité na-
tionale ; il faut encore, à la honte des mœurs et pour comble
de perversité, que le poignard plane sur des têtes chères à la
patrie.
Les assassins osent menacer la liberté jusque dans son
temple. Jusqucs à quand les représentants souffriront-ils ces
attentats sacrilèges?...
Il ne ménageait point Paris :
— Nous sommes tous debout. Que la Convention parle et
la nation est sauvée ; qu'elle parle et les départements se
lèveront; qu'elle parle et cette cité rebelle, cette cité domi-
natrice qui s'honore insolemment de son mépris pour la
volonté d'un grand peuple, va recevoir le prix de ses forfaits.
La défense de nos foyers est assurée, la frontière est cou-
1. Julien, Rapport, p. 25.
\U PART. II, CHAP. XI. LA RÉGION DE TOULOUSE.
verte de nos frères, de nos soldats; plus d'ennemis à craindre
de ce côté. Nos véritables ennemis sont ceux de la Convention,
les anarchistes, les désorganisateurs, les royalistes, les dicta-
teurs : voilà la tourbe scélérate à laquelle nous jurons une
guerre à mort^
A la suite de ce discours, qui fat vivement applaudi,
le conseil nomma une commission pour rédiger la série
des demandes à faire au représentant; et le lendemain
il prit un arrêté qui convoquait pour le jeudi suivant,
20 juin, une assemblée composée de nombreux repré-
sentants^ et ajoutait :
Il sera fait de suite une adresse à la Convention nationale
pour lui annoncer que le département de l'Aude, impatient
du despotisme et de l'anarchie, est debout pour résister à
toutes les oppressions et combattre toutes les tyrannies ''.
Le surlendemain, deux délégués de l'Hérault vinrent
faire connaître les vues de leur département. On était
d'accord sur les principes : unité et indivisibilité do
la République, respect de la Convention nationale; on
échangea donc l'assurance que l'on ferait cause commune
avec tous les départements de la République pour con-
server la liberté, résister à l'oppression et combattre
l'anarchie.
Le 20, les députés des communes, des autorités
constituées et des sociétés populaires du déparlement
se réunirent au conseil général dans l'église des ci -devant
1. Archives flcpailementalcs de l'Audo, 4L 5H, f"' 1226-1229. Le 15 juio, la
(ionvciition reçut eucorc une adresse de Castres et une antre de Limoiix, l'une
et l'autre sur l'insurrection du ôl mai, 1", 2, 3 et 4 juin. [Ihid., f"' 1236-1237.)
2. Un par conseil de district, un par conseil général de commune, un par
société populaire.
3. .Même registre. Le 14 juin [IbiiL, [° 1246). le citoyen Joly fui nommé |)ro-
curcur général syndic suppléant, pour soulager le titulaire pendant la perma-
nence du conseiL — Sur iSarbonne, voyez la note XLII aux Appendices.
m. AUDK. lio
Jacobins deCarcassonne, comme ils y claiciit convoques.
Le procureur général syndic présenta le tableau de la
situation, et sur son invitation tous firent le serment
suivant :
Nous jurons guerre éternelle aux tyrans et aux anarchistes,
de maintenir !a liberté, l'égalité, la République une et indi-
visible et la sûreté des personnes et des propriétés. Nous
jurons de n'employer les pouvoirs qui nous sont confiés par
le peuple que pour faire respecter la souveraineté nationale.
Une commission de vingt-quatre membres fut nommée
pour rédiger un projet, qui fut arrêté en ces termes :
Considérant qu'en décrétant sans examen l'arrestation de
trente-deux représentants la Convention nationale a délibéré
sous la puissance des baïonnettes;
— attentat contre la souveraineté nationale : — que l'alté-
rer dans son intégralité, c'est la détruire ; que pour asservir
son pays Cromwell commença par chasser du parlement les
membres qui lui résistaient ;
Considérant qu'une faction liberticide, coalisée avec les
autorités constituées de Paris, ne dissimule plus ses desseins
et nous traîne à la servitude à travers le sang ;
Que le crime, même dans des temps de révolution, est
toujours crime;
Que, lorsque le peuple est entraîné à sa ruine par ceux qu'il
avait chargés de son bonheur, il ne doit prendre conseil que
de lui-même et se sauver par la force de sa volonté ;
Considérant que, pour éviter jusqu'à l'ombre du fédéra-
lisme et pour résister à tous ses ennemis, le peuple français
doit agir en masse et déclarer en commun sa volonté;
Qu'il est impossible que la section de Paris voulût résister
au corps de la République ;
Que, du reste, l'assemblée distingue Paris de ses tyrans et
de la horde des brigands étrangers qui l'assiègent :
Déclare que les citoyens du département de l'Aude, ayant
RÉ VOL. DU 51 BAI, II — 10
UG PART. II, CIIAP. XI. LA RKGIO> DE TOULOUSE.
juré de maintenir l'unité et l'indivisibilité de la République,
le respect des personnes et des propriétés, ne souffriront
jamais qu'aucun individu, ni aucune section du peuple usurpe
l'autorité suprême, sous quelque forme ou dénomination
que ce puisse être, ni porte atteinte aux bases fondamentales
du contrat social.
Suivait un arrêté qui établissait une commission
populaire départementale y)Our veiller à la sûreté pu-
blique, organiser, avec le concours du conseil général,
une force armée et se mettre en rapport avec les
autres départements, notamment avec Marseille et Bor-
deaux ("21 juin)*.
Il y avait en ce moment à Carcassonne, comme en
plusieurs autres départements, un délégué du Pouvoir
exécutif (Cailliava), chargé de prendre des renseigne-
ments sur l'agriculture, le commerce, l'instruction pu-
blique et bien d'autres choses encore. On ne se méprit
pas sur son vrai caractère, et, conformément à la motion
du procureur général syndic, on le mit en arrestation jus-
qu'à vérification de ses pouvoirs (22 juin) ^ Pour donner
plus d'autorité aux résolutions à prendre et y engager
plus étroitement le pays tout entier, l'assemblée générale
des députés de communes, autorités constituées et
sociétés populaires, réunie à Carcassonne, avait arrêté
(jue, le 24, tous les citoyens seraient convoqués dans les
communes et invités à exprimer leur sentiment sur les
mesures adoptées par l'assemblée générale : on le sait
par une lettre du procureur général syndic du dépar-
tement, qui fut lue au conseil général de la commune de
Narbonne et inscrite dans ses registres"'. — La convoca-
1. Archives de l'Aude, Délibérations du couscii du déparlcmeul, 21 juiu.
2. Ibid., à lu date. CI'. Julien, Uappuil, |). 20.
5. Nulc XLIII, aux Appcndiees.
m. AUDE. 147
lion était faite pour ce jour môme, cinq lieuies du soir;
mais on ne trouve pas la trace de la réunion indiquée
au registre. On passe à la séance du 27 et des jours
suivants, sans que rien se rapporte à la question. C'est
que d'autres soucis commençaient à prévaloir. Les
Espagnols avaient franchi les Pyrénées. A Carcassonne
même, le 28 juin, il n'est plus question que de la défense.
Le procureur général syndic, si vif naguère contre les
anarchistes, ne parle plus que de cet autre péril. A la
vérité, il ne ménage pas davantage le Comité de salut
public, ni le Pouvoir exécutif, qui, de leur côté, trop
préoccupés du danger intérieur, semblaient négliger
cette frontière éloignée :
Citoyens administrateurs, le cri de la patrie devient de jour
en jour plus alarmant, les armées ennemies sont à nos portes,
les brigands s'unissent à des hordes de rebelles dont l'horreur
et le carnage accompagnent les pas.
.... Le Pouvoir exécutif, le Comité de salut public de la
Convention nationale vous trompent depuis longtemps, vous
endorment dans une fatale sécurité; ils vous annoncent
l'envoi de troupes, ils vous envoient Tordre de route ; mais
cet ordre est à l'instant révoqué; ils veulent absolument
laisser à l'ennemi le temps de vous envahir ; ils veulent, et
nous devons avoir le courage de le dire, ils veulent livrer
les départements méridionaux au fer des tyrans pour leur
ôter les moyens de combattre leurs complots liberticides.
Le moment est venu où nous devons employer tous nos
moyens, où nous devons dénoncer à nos frères et amis de
l'Hérault, du Gard, des Bouches-du-I\hône les dangers qui
nous menacent, la conduite du Comité de salut public de la
Convention nationale et du Pouvoir exécutif.... Ils voleront
sur nos frontières, et ils nous sauveront.
Et le conseil général arrêta que des délégués seraient
148 1»AI\T. II, CIIAP. XI. LA REGION DE TOULOUSE.
envoyés à ces déparlemenls pour leur dépeindre la
situation et obtenir leur concours.
Le fort de Bellegarde venait de tomber au pouvoir
des Espagnols. Le conseil prit à la liàte des mesures
pour la défense ; il se concerta avec les représentants et
le général en chef : il demandait qu'on fît venir aux
Pyrénées des troupes de l'aimée des Alpes :
Considérant que les dangers sont imminents; que le Comité
de salut public de la Convention nationale et le Pouvoir
executif s'obstinent à refuser les moyens qui seuls peuvent
les faire cesser ; que, pour les augmenter encore, ils ont voulu
éloigner de notre armée les généraux qui réunissent notre
confiance
L'envoyé de Bordeaux, Lavaugayon, n'avait eu qu'à
se réjouir d'abord des dispositions du département :
On a convoqué, écrivait-il à la Commission populaire de la
Gironde, une assemblée générale. On y a reçu et lu vos
ouvrages, adopté vos mesures et surtout celle du comité de
Bourges ; nous ignorons si les députés s'y sont rendus.
Mais il avait reconnu qu'il n'avait pas été possible
d'organiser une force départementale, parce que deux
mille hommes avaient été requis par Begnier pour le
général Grandpré, « qui commande, disait-il, à Narbonne
une prétendue armée, composée de sept tètes, savoir : le
général, ses deux aides de camp et quatre chevaux » :
D'ailleurs l'état désespéré où se trouve Perpignan est pour
le département de l'Aude le signal d'une prochaine invasion;
il garde précieusement ses forces; on ne peut l'en blâmer,
car c'est aussi servir la liberté que de défendre son pays,
ses foyers, contre les Espagnols.
('.es nécessités de la défense, le besoin de s'entendre
avec les représentants du i)euple et avec le général on
m. AUDE. 140
chef de l'armée des Pyrénées amenèrent donc le pays
à se soumettre aux faits accomplis, sans récriminer
davantage. L'adresse à la Convention nationale, adoptée
le 3 juillet en présence du citoyen Leyris, représentant,
en est la preuve : on ne voit plus dans ses actes la pro-
scription, la dictature ; on est tout prêt à se joindre à
elle contre les tyrans*. Après cela il n'y avait plus qu'une
chose à faire : accepter la Constitution, et, quand elle
arriva, le procureur général syndic l'acclama, non sans
tonner contre ce mouvement fédératif dont il avait été
l'organe :
Citoyens, la voilà enfin cette Constitution tant désirée !
Puisse-t-elle faire le bonheur des Français !... Empressez-vous
de l'envoyer à l'acceptation du souverain et dites-lui que
rien ne doit s'opposer à ce qu'il exprime librement son vœu ;
qu'il est temps de voir cesser les convulsions fédéralistes,
qui ne peuvent être prolongées sans crime par des intrigants
qui cherchent à l'égarer ; annoncez-lui que la Constitution
doit rapprocher les citoyens et les réunir vers un intérêt
commun, que son acceptation déconcertera les projets ambi-
tieux des puissances coalisées, détruira les intrigues et les
erreurs de ceux que le mécontentement aveugla trop long-
temps sur leurs propres intérêts; qu'il est temps de nous
unir, de nous serrer les uns contre les autres, de devenir
enfin républicains et tranquilles '.
L'agent du ministère de l'Intérieur, Gailhava, rendu
à la liberté, allait reprendre ses fonctions de mission-
naire républicain. Il comptait bien le faire avec éclat
et se proposait d'en écrire l'histoire. Il ne réclamait
pour cela que l'arriéré de sa solde : deux cents pistoles,
à raison de cinq cents francs par mois '\
i. Voyez la note XLIV, aux Appoiulices.
2. Archives de rAudc, ilnd., ï" 1484:i
3. Noie XLV, aux Appendices.
150 PART. II, ClIAP. M. LV HÉGION DE TOULOUSE.
IV
Aiiègc.
Les (léparlemenls du Midi se trouvaient dans une
situation analogue à ceux du j\ord : départements fron-
tières, menacés par l'ennemi. Seulement l'ennemi
c'étaient les Espagnols, et les frontières la chaîne des
Pyrénées, la plus belle frontière qui soit au monde.
Mais il y avait quelques trouées qui pouvaient donner
passage à l'invasion. Aussi dans ces contrées faisait-on
des vœux pour la paix intérieure. Dans VArièfje la
société républicaine de Foix écrivait le 29 mai :
Nos dangers redoublent. De Bayonne à Perpignan les
hordes espagnoles se pressent sur nos frontières.
Nous nous sommes levés; c'est à vous, législateurs, à
seconder de toutes vos forces nos intentions. Au nom de la
patrie, oubliez vos baines Alors disparaîtra l'anarchie
qui nous dévore; ces distinctions scandaleuses de Montagne,
de Marais, ces noms dangereux de Rolandins, de Girondins,
de Maratistes n'existeront plus; nous ne connaîtrons que les
amis du peuple
Pour nous, placés au centre des montagnes, nous serons
inébranlables comme elles contre les efforts de nos ennemis'.
Ijt le 5 juin la société populaire de Aarilhas :
Fidèles à vos serments, vous signaliez vos travaux par
l'abolition de la royauté.
— Hautes espérances ! — lorsque tout à coup des divisions
funestes, des dédances récipro(pies, éclatant dans votre sein,
consumèrent en débats scandaleux un temps précieux pour la
patrie.
1. Ardiivcs nalionalcs, IJ xl §4, cailon 18, dossier Ariègc.
IV. ARIÈGE. — V. PYRÉNÉES-ORIENTALES. 151
Rappelés à vos devoirs par les plaintes énerf^iques de la
partie saine de la nation, ... vons posâtes les bases fondamen-
tales de la Constitution; ... mais, nous devons le dire, légis-
lateurs, avec cette franchise et cette fermeté qui convient
à des hommes libres, ce n'est pas au milieu des délibérations
les plus tumultueuses, interrompues à chaque instant par
un essaim de pétitionnaires qui osent vous parler en maîtres,
et trop souvent iniluencées par les cris séditieux des tribunes,
que vous pourrez faire un ouvrage digne de vous, digne
de la nation, etc.
Ilàtez-vous donc, législateurs, ... faites cesser ces agitations
qui vous déshonorent.... Que les anarchistes rentrent dans
le néant ou qu'ils tombent sous le glaive de la loi, et que
rédifice, etc.
Eh quoi ! la foudre nationale est dans vos mains et vous
n'osez la lancer ; vos tètes sont ouvertement menacées, et les
conspirateurs sont impunis M...
Ils le furent en effet, et ce n'est pas l'Ariège qui,
l'attentat consommé, en réclama le châtiment.
Pyréiiccs-Orienlale?.
Si le département de l'Ariège était détourné de la
question intérieure par les craintes de la guerre, com-
bien plus devaient l'être les Pyrénées-Orientales, qui se
voyaient envahies. Le département n'avait pas laissé
que de se prononcer depuis la réunion de la Convention
dans le sens le plus révolutionnaire. Il avait approuvé le
jugement du roi et même cette déclaration de guerre uni-
1. Archives nation ilos, D xL § 4, carton |ï^, dossier Arièyc.
152 PART. U, CIIÂP. XI. LA RÉGION DE TOULOUSE.
verselle qui devait exposer sa frontière à tant de périls'.
Mais, d'autre part, il avait de bonne heure aussi témoi-
gné son antipathie pour les factieux : les citoyens de
Perpignan écrivaient, le 25 décembre 1792, à la Con-
vention :
Législateurs,
Une minorité orgueilleuse veut faire la loi dans votre sein;
elle compte sans doute apparemment sur un appui formidable.
Si elle réussissait, ce serait le renversement de tous les prin-
cipes. Nous sommes indignés ^ Parlez : le département des
Pyrénées-Orientales va se lever pour vous rendre la liberté.
Parlez.... Parlez — Nous méprisons les factieux plus encore
que les tyrans. Ces derniers ne sont plus ; nous aurons
bientôt anéanti les autres''.
L'agitation se continuant, il avait lancé un nouvel
anathème contre les tyrans, les dictateurs, etc. (24 fé-
vrier 1795)*, puis institué un comité de salut public
pour aviser aux périls de la situation (5 mai)'; et les
villes du département étaient animées du même esprit.
La ville de Saint-Paul (district de Perpignan), s'inspi-
rant d'un mot de son patron ^apôtre^ écrivait (9 mai) :
Assez et trop longtemps vous vous êtes occupés des per-
sonnes et vous avez négligé les choses. Pour moi, je suis à
1. 4 février 179Ô. Deux commissaires sont envoyés à Paris pour la défense
de la frontière : « Les commissaires Fahre et l'radel seront cliargés, en se pré-
sentant à la barre de la Convention, de témoigner à nos représentants la satisfac-
tion que le département des Pyrénées-Orientales éprouve de la fermeté que la
Convention a montrée soit à l'égard du jugement qu'elle a porté sur Louis Capel,
soit à l'égard de la guerre universelle qu'elle vient de déclarer aux tyrans coa-
lisés. » (Archives du déparlement des Pyrénées-Orientales, registre du Conseil
du département, 1792, 1793 (2" année républicaine), n" 2, f" 195.)
2. Les points sont dans le texte.
5. Archives nationales, I) xr. s? i, carton 22. dossier Pyrénées-Orientales .
4. Archives de l'Eure, dossier Fédéralisme.
5. Archives des Pvrénées-Orientale-;. Registre du conseil général, n° 2, f 261.
6. I Cor., I. 12.'
V. PYRÉNÉES-ORIENTALES. 157.
Marat, disent les uns, et moi à Robespierre, disent les autres ;
d'autres disent qu'ils sont à Danton et les autres à la Répu-
blique. Quoi donc! la République est-elle divisée? Est-ce
Marat qui vous a députés à la Convention, ou est-ce au nom
de Robespierre que vous êtes assemblés? Nous sommes las
d'entendre des discussions qui ne mènent qu'à la désorgani-
sation et à l'anarchie. Sauver la patrie, faire une bonne
Constitution et de bonnes lois, voilà votre tâche'.
La société des Amis, etc., de Saint-Jean de Luz met-
tait sa leçon en parabole (2 juin) :
Un propriétaire avait un domaine excellent, mais que la
vorace insouciance de ses fermiers avait laissé couvrir de
ronces.
Il y envoie des ouvriers, qui passent leur temps à se
disputer.
Législateurs, voilà votre portrait, etc.
On attente à votre vie, à la nôtre, à la liberté de vingt-cinq
millions d'hommes,... et, sourds à de si grands intérêts, vous
ajournez toujours vos devoirs et nos espérances. Législateurs,
donnez l'exemple de l'harmonie... Ayez plus de respect pour
vous-mêmes et vous en inspirerez plus à vos tribunes '\
A la nouvelle de la révolution du 51 mai, Tadminis-
tralion des Pyrénées-Orientales la combattit par une
adresse qu'elle envoya aux divers départements "; puis, à la
réception d'une lettre du département de l'Aude, datée
du 15, et de son arrêté du 13 sur les mesures à prendre
pour délivrer la République des maux intérieurs qui la
déchiraient, elle résolut, le 17, de l'avis du procureur gé-
néral syndic, de convoquer ce jour même, à quatre heures
1. Archives nationales, D xl § 4, carton 22, même dossier.
2. Ibid.
5. On la retrouve, avec plusieurs autres, aux Archives de l'Eure, dossier Fé-
déralisme.
154 PART. II, ClIAP. XI. LA RÉGION DE TOULOUSE.
(lu soir, une assemblée générale composée des Irois corps
administratifs et de deux membres de la société popu-
laire «pour prendre lesdites mesures* ». L'assemblée se
réunit-elle? Et que fit-elle? Nulle trace au registre des
délibérations. On voit seulement que le 20 juin deux
administrateurs du ïarn vinrent dans le conseil général
exprimer, au nom de leur département, le désir d'en-
tretenir avec lui une correspondance sur ce qui pouvait
intéresser le salut de la République ; et le 24 le procu-
reur général syndic y fit lecture des différentes délibé-
rations des assemblées primaires tenues la veille dans
plusieurs villes, en vertu d'un arrêté pris, le 17, parle
déparlement. Le 25, on ne songe plus qu'aux préparatifs
de la défense, en vue d'un siège imminent^ : c'est
désormais l'unique souci de la ville. Le député de la
Commission populaire de la Gironde, Lavaugayon,
n'avait pas attendu jusque-là pour voir que, malgré les
bonnes dispositions de l'administration départementale
et de la société populaire de la ville, sinon de la masse
des babitants, on ne pouvait rien en attendre pour la
lutte oiî s'engageait Bordeaux; et il témoignait lui-même
des alarmes pour le salut de Perpignan, jugeant que
l'intérêt suprême était de venir à son aide :
Perpignan, di>ait-il, a besoin des secours de la France
entière. On ne peut donc pas attendre qu'elle en fournisse
aux autres. Le cnmp qui la défend est serré de très près par
55 000 Espagnols et n'est défendu que par 15000 hommes,
dont la très grande partie est mal disciplinée, mal exercée.
Si Dubois-Crancé, Chàteauneuf-Randon et la commune de
1. Cet arrêté lui coiiiniuiiiqui; au conseil général de la Ilaute-fiaronne, ce môme
jour. (Délibérations du conseil géuéral de la llaute-Garonnc, à la date.)
2. Registre des délibérations du conseil général du d('parlement, à ces dates.
V. PYRENEES-ORIENTALES. 155
Toulon continuent à retenir les troupes, Perpignan cessera
bientôt de faire partie de la République française.
Julien, dans son rapport, rejette toute la responsabilité
de la résistance au 51 mai sur le procureur général
syndic, Lucia, dont il demande l'arrestalion et le ren-
voi au tribunal révolutionnaire de Paris'.
1. Rapport. |). 100 e( '2j'2.
CHAPITRE XII
MONTrELLIER ET KIMES.
I
Hérault.
Dans leur rapport à la Commission populaire de
salut public de la Gironde, les deux délégués de Bor-
deaux, Lavaugayon etMaugeret, disaient:
Nous avions été chargés par vous de porter le vœu de nos
concitoyens aux habitants des départements de Tllérault,
Aude, Pyrénées-Orientales, Lozère, Aveyron, Canlal, Lot et
Corrèze.
Yos instructions nous avaient indiqué la ville de Montpel-
lier pour lieu de première arrivée —
Et ce n'était pas sans raison. Bordeaux devait comp-
ter sur toutes les sympathies de Montpellier dans la lutte
qu'il allait entreprendre, car dès les premiers jours de
la République le département de l'Hérault avait donné
des preuves de son aversion pour les agitateurs et les
factieux. Son conseil général écrivait le 10 novem-
bre 1792 à la Convention :
Tandis que cette horde d'esclaves fuit devant les soldats de
la liberté, tandis que la République triomphe au dehors, de
vils agitateurs pourront-ils impunément tramer sa perte? Les
I. HÉRAULT. 137
projets insensés et féroces d'un Marat seraient-ils plus diffi-
ciles à déjouer que ceux de Brunswick?
Législateurs, que ce nom infâme ne souille plus le sanc-
tuaire des lois ; arracliez-le de votre sein ; proscrivez sans
pitié ces hommes incendiaires
Et vous, habitants de Paris, vous qui les premiers avez
découvert et propagé le feu de la liberté, ... voudriez-vous
partager les complots des monstres qui cherchent à l'é-
teindre'?
Le (S janvier, autre adresse qui n'était pas moins forte
contre les progrès de l'anarchie ^ En avril, nouvelle
adresse. Il faut hâter le travail de la Constitution, c'est
là le grand remède :
Nous verrons cesser cet esprit révolutionnaire qui, utile
jusqu'à présent, finirait bientôt par corroder et anéantir
la patrie et la liberté.
Malheur à ceux qui retarderaient..."'!
Puis le conseil avait pris, pour une levée extraordi-
naire destinée à réprimer l'insurrection de la Vendée,
cet arrêté fameux, accueilli avec faveur dans tous les
départements et à Paris même, sur la motion de Cambon,
appuyée par Danton. Nous en avons parlé*.
Dans le mois de mai, quand l'attitude des sections de
Paris devint plus menaçante, Montpellier se mit en rap-
port avec la société populaire de Nîmes, qui partageait
1 . Un exemplaire s'en trouve aux Archives de Seine-et-Oise.
•2. Recherches historiques et chronologiques pour servir à /'histoire tic
Montpellier, \" partie, depuis 1788 jusqu'au l^'' vendémiaire an IV : Loisirs
de V'' L' S[oulier] pendant les vacations des années 1814, 1815, 1816, 1817.
(Manuscrit de la llibliolhèque de Montpellier); et Duval-Jouve, Montpellier pen-
dant la Révolution, II (2" période), p. 26. Il a donné cette adresse, dont un
t.xcmplaire se trouve aux Archives de Seine-et-Oise.
3. 4 aviil 179Ô. Archives nationales, D xl, carton 20. dossier Hérault. —
Deux pages de signatures.
4. .Séance du 27 avril. Moniteur des 28 et 29, t. XVI, p. 239 et 243.
158 PART. II, CHAI'. XII. MONTPELLIER ET NIMES.
la même pensée de résistance, et le conseil du départe-
ment s'occupa d'une nouvelle adresse dont les termes
furent arrêtés le 27 mai et qui fut envoyée le 1" juin ^ —
Du 31 mai au 2 juin la révolution s'était accomplie.
Dès que la nouvelle en parvint dans l'Hérault, la
société populaire de Montpellier qui, comme celle de
Nîmes, était toute girondine, prit l'initiative de mesures
énergiques. Elle proposait la convocation des assem-
blées primaires, le renouvellement ou l'épurement de
la Convention et sa translation hors de Paris ; la mise
en liberté et la réintégration des membres injustement
arrêtés, etc.^ De son côté le conseil du département fit
deux adresses : l'une à la Convention pour protester
contre la violation de la représentation nationale ; l'autre
à ses administrés pour leur faire connaître l'état des
choses ; et les administrations de district étaient invi-
tées à nommer chacune un délégué qui vînt se joindre
à l'administration départementale dans ces circons-
tances graves (12 juin) "\ Les assemblées primaires étaient
convoquées; c'était un mouvement général, un entre-
croisement d'adresses. Les assemblées primaires du
canton de Montpellier écrivaient aux citoyens de tous les
cantons du département (15 juin) :
Frères et amis, aux assemblées primaires ! aux assemblées
primaires! La République trahie, la Convention opprimée, le
génie, la vertu dans les fers nous y appellent, nous y entraî-
nent. Sauvons la République, sauvons la Convention, sauvons
la vertu, le génie*, etc.
1. Noie XLVI, aux Appendices.
2. Voyez la note XLYII, aux Appendices.
3. Archives de l'Hérault, minutes des drlibérations du déparleuient, à la date.
Le registre fait défaut du 12 juin au 7> Juillet. L'adresse est donnée en partie,
ainsi que l'arrêté, par M. Duval-Jouve, H, p. 02-04.
4. Soulier, /. /., f° 580, et Duval-Jouve, 11, p. 6"».
I. HÉRAULT. 159
Les délégués de Bordeaux qui arrivèrent à Montpel-
lier en ce temps-là n'eurent généralement qu'à se louer
des dispasi tiens qu'ils y trouvèrent (16 juin). Le dépar-
tement les reçut bien; la commune, très bien; le dis-
trict, moins bien * (il se plaignait qu'on l'accusât de
maratisme, et, disent les délégués, ce n'était pas sans
raison). Les sections étaient en permanence; ils les
visitèrent toutes et y furent accueillis par des applau-
dissements. Le comité central leur annonça que les
assemblées primaires étaient convoquées pour former
un comité départemental oîi seraient arrêtées les mesu-
res de salut public'.
Ce fut le maire de Montpellier, Durand"', qui, au nom
du comité central, exposa, dans un rapport aux assem-
blées primaires, l'ensemble des mesures dont le comité
départemental, formé des délégués de ces assemblées,
aurait à s'occuper (20 juin) : Délivrance des députés
détenus, punition des coupables, rejet du tribunal révo-
lutionnaire de Paris, responsabilité de la Convention et
dudit tribunal, formation des assemblées primaires, réu-
nion de leurs députés dans le centre du département et
députation de tous les députés départementaux dans le
centre de la République, scrutin épuratoire des corps
administratifs et judiciaires, déclaration individuelle de
ceux qui les composaient, renouvellement et épurement de
la Convention, envoi d'une force départementale à Paris,
1 . Rappelons que, lorsqu'on dit le département, le district, c'est le conseil
tUi département, le conseil du. district que l'on veut dire.
'2. Rapport de Lavaugayon à la Commission populaire de Bordeaux. — .\|)rès
les députés de Bordeaux (16 juin), le conseil du département avait reçu ceux
ilu département de l'Aude, de Béziers, de Bédarieux. (Archives de l'Hérault.
Registre du Conseil du département, 18 et 19 juin.)
5. « L'instigateur et le moteur principal de tontes les mesures de fédéralisme
et de contre-révolution et président du comité Cobleiicier de ce département ».
dit Julien, llapport, p. 150.
160 PART. II, CHAP. XII. MONTPELLIER ET NIMES.
enfin rejet ou suspension de tous les décrets depuis
le 51 mai'. Cependant les représentants du peuple Chà-
teauneuf-Randon et Mailhe s'inquiétaient de ces prépa-
ratifs et, par un arrêté, ils prescrivirent qu'on leur
envoyât un commissaire pris dans le sein de l'adminis-
tration. Était-ce pour s'assurer un gage de sa fidélité?
Les assemblées primaires voulurent avoir communica-
tion de cet arrêté, et, protestant contre les soupçons
dont elles étaient l'objet, demandèrent qu'on n'y donnât
pas suite (21 juin; '.
. C'est alors que les députés de la Gironde firent con-
naître au conseil la proposition de leur département : il
s'agissait d'inviter tous les autres à envoyer un ou deux
commissaires dans un lieu central pour former un comité
de correspondance : à un moment donné, ce devait être
un comité d'action. L'affaire était grave et la délibération
qu'elle devait provoquer fut ajournée. On ajourna de
même, le 24, la délibération sur le plan proposé par le
département de l'Eure. Au moment de s'engager d'une
manière décisive, on hésitait. Le 25 juin, le président
fit au conseil l'analyse des mesures prises par les divers
départements. Que concluait-il? L'analyse fut approuvée
et la pièce qui l'approuve a disparue
Dans cette situation, si l'on ne voulait pas aller plus
loin (et les habitants de Montpellier témoignaient de plus
en plus qu'ils ne le voulaient pas'*), il n'y avait qu'une
chose qui pût les tirer d'affaire, c'était la Constitution
votée le 24 juin et qui allait être soumise à l'accepla-
1. Soulior, /. /., 1"» 587-388; Duval-Jouve, II, p. 06-70.
)>. Arcliivcs de l'Hérault. Conseil <1ii (léparlcmcnl, minutes,
ô. Archives de l'IIcrault, ibid.
4. 4 juillet. Adresse des habitants réunis à Sainl-Côme, à tous les Français :
0 Union, pas de guerre civile ». Voyez aussi Duval-Jouvc, II, p. 72.
I. HÉRAULT. 161
lion de tous les eitovens. Mais la Constitution n'arrivait
pas! Que signifiait ce retard? La Convention gardait-
elle rancune au département? ou l'exemplaire aurait-il
été retenu par malveillance, et le silence dans lequel
le département demenrait forcément ne le ferait-il pas
tenir pour ennemi? Le conseil manifesta ses inquié-
tudes à ce sujet par une lettre an comité central
(9 juillet) :
Citoyens,
Nous ne pouvons vous dissimuler notre surprise et nos
inquiétudes au sujet du retard que met la Convention natio-
nale à nous envoyer officiellement la Constitution française
qu'elle vient de décréter. Nous lui en avons témoigné notre
sollicitude dans une lettre que nous lui avons adressée il y a
quelques jours, et malgré celte démarche de notre part nous
n'ignorons pas que des malveillants cherchent à exciter d'in-
justes soupçons sur notre compte, en répandant le faux
bruit que nous avons reçu la Constitution officiellement et
que nous retardons à dessein la connaissance que nous en
devons à nos administrés'.
La Convention en effet s'était occupée de Montpellier.
Le9 juillet, Jean-Bon Saint-André, ayant à faire, au nom
du Comité de salut public, un rapport général sur les
mouvements du Midi, en avait détaché ce qui regardait
particulièrement cette ville'. Il déchargeait les admi-
nistrations du département en général :
Mais, ajoutait-il, en attendant, votre comité n'a pas cru
devoir différer de vous rendre compte de ce qui se passe en
ce moment d.uis le département de l'Hérault, ou, pour mieux
dire, dans la ville de Montpellier; car, au milieu des troubles
(|ui nous agitent, c'est une remarque importante à faire, que
1. Archives de l'Hérault, registre du couseil général du dé[i:irlenient, n" 0, 1" ~AK
2. Moniteur du 11 juillet 1793, t. XVII, p. 84.
PÉVOL. DU 51 MAI. W — 11
102 PART. II, CllAP. XII. MONTPELLIER ET ISIMES.
l'esprit de contre-révolution semble s'être réfugié dans quel-
ques villes opulentes, où un petit nombre d'hommes, fiers
de leur fortune, ont osé concevoir le projet de morceler la
France pour s'en partager les lambeaux —
Le mouvement qui a éclaté dans les départements de la Gi-
londe et des Bouches-du-Rhône s'est communiqué à celui de
l'Hérault; il paraît que les administrations de ce département
n'en ont point été ébranlées. Votre comité ne connaît pas du
inoins des actes qui établissent qu'elles soient entrées dans la
ligue des fédéralistes du Midi. Mais quelques hommes ambi-
tieux, profitant d'une réputation de popularité peu méritée,
ont convoqué les sections de Montpellier, créé dans cette ville
un corps législatif et inquisitorial, sous le nom de Comité de
salut public, et pris des arrêtés qui, semblables au fond à
ceux dont vous avez déjà connaissance, présentent dans leurs
dévelopjtements un caractère d'absurdité qui ne serait que
ridicule, s'il n'était pas dangereux à la liberté publique.
En disculpant les administrations, il faisait donc
des réserves et il incriminait au premier chef le maire
Durand :
Le chef de cette association est Durand, maire de Montpel-
lier, homme dévoré d'ambition et de cupidité, patriote par
le désir d'obtenir des places : celle qu'il occupe ne suffit
point à sa vanité, et il aspire à la gloire de jouer un rôle dans
la Révolution.
Avec le maire Durand, il accusait aussi le « prétendu
Comité central de salut public », et il énumérait ses
attentats :
Le placard que le Comité [de Paris] m'a chargé de vous
communiquer est le véhicule de ce poison moral destiné à
infecter les âmes, et à leur inoculer, si j'ose ainsi dire, la
peste fédéraliste et contre-révolutionnaire. Là, sous la forme
d'arrêtés, on renouvelle les calomnies répandues contre Pa-
ris, la Convention et quelques-uns de ses membres ; là on
I. HERAULT. 165
met en question si l'on enverra aux assemblées primaires
la Constitution que vous avez décrétée; là, tout en se plai-
gnant du décret d'arrestation que vous avez porté contre
trente-deux de vos membres, on propose de mettre en état
d'arrestation, dans le chef-lieu de leurs départements, tous
les députés actuels, pour les faire juger par un jury natio-
nal, et dont le rassemblement se fera à Clermont-Ferrand :
là on propose d'entourer d'une force armée la législature, et
de lui donner la haute police sur la ville où elle tiendra ses
séances.
11 signalait dans le placard cet appel à l'insurrection :
Les citoyens de Paris attendent impatiemment ceux des
départements pour les tirer de l'oppression. Déjà le brave
Wimpfen marche à la tête des troupes du Calvados, et Custine,
pressé par le Comité de salut public de s'opposer à cette
marche, a répondu : Je ne le veux, ni ne le peux.
11 signalait encore cette révolte contre l'autorité de la
Convention dans un arrêté du môme comité (28 juin) :
11 est défendu aux administrateurs de district et aux
communes de donner exécution au décret de la Convention
qui enjoint aux corps administratifs de faire arrêter les com-
missaires des départements prétendus en révolte, ces commis-
saires n'ayant pour objet que de faire lever en masse la na-
tion contre l'anarchie.
Une intervention timide de Cambacérès en faveur de
Durand et un incident violent provoqué par les applau-
dissements que plusieurs membres de la droite, notam-
ment Coucliey des Vosges, osèrent donner à certain
passage du bulletin du comité central de l'Hérault', ne
I. Voici ce passage : « Le procureur syudic du district de Montpellier annonce
<|u'il va faire exécuter les dispositions qui sont contenues dans ces arrêtés, et
notamment l'organisation d'une force départementale.
« Deux députes sont nommés; la discussion s'ouvre sur les instructions à leur
IGt PART. II, CIlAl». Xll. MOxNTPELLIER ET NIMES.
firent que retarder un peu le vote d'un décret d'arres-
tation contre le maire Durand, président, et contre les
autres membres du comité central'. Ce décret arrivait
à Montpellier à peu près en même temps que l'acte
constitutionnel (l'acte le 15, le décret le 14). 11 produi-
sit tout son effet. Le comité central des assemblées pri-
maires du département déclara que ses principes avaient
toujours été : point de guerre civile, acceptation de la
Constitution, point de force contre Paris, etc-. Le conseil
du département, qui allait faire sa paix avec la Conven-
tion de la même sorte, voulut défendre au moins ses
principaux membres, frappés pour des actes dans les-
quels il était lui-même bien compromis; et il prit un
arrêté où,
Considérant que toute portion du peuple a le droit d'ex-
primer sa volonté ; que les officiers choisis par le peuple pour
manifester cette volonté ne peuvent être poursuivis sans
attenter à la souveraineté même du peuple:
Considérant que la Convention a été évidemment trompée
et que son décret ne peut être exécuté'"
il déclarait qu'il adhérait à l'arrêté du comité cen-
tral dont il vient d'être parlé! Après quoi, il procéda
donner; on propose (railojiler colles tlii dé])artciuenl de la (iironde, savoir :
(le consulter le peuple sur la Constilution, de l'inviter à former une nouvelle
législature, et d'ordonner aux députés actuels de se rendre aux cliel's-lieux de
leurs départements, pour y rester en iHat d'arrestation jusqu'à leur jugement par
un grand jury national.» (Séance du 'J juillet, Moniteur du 11, t. XVII, p. 86.)
1. Il est dit (jue le décret est rendu contre tous les membres du comité cen-
tral. (Séance du 2i août, Mo>u7ei/r du 20, t. XVH, p. 483, discours de Julien.]
Le décret est omis au Moniteur, à la date ; mais il lut certainement rendu. La-
vaugayon était encore à Mont))ellier quand la pièce arriva, et il parle dans son
rapport de la protestation qu'elle suscita, protestation que l'on trouve eu effet
dans les actes du conseil général.
2. Son arrêté se trouve dans le précieux i\oss\en\a Fédéra/ isvie, auxArcliivcs
de l'Eure.
5. Voyez dans Duval-Jouve le texte même de l'arrèlé.
1. HERAULT. 165
à la publication de l'acte constitutionnel. Mais, sur la
proposition de Lacroix, la Convention, dans la séance
du 20 juillet, cassa l'arrêté et se borna à ordonner de
nouveau l'exécution de son décret*.
Cependant le comité de Montpellier s'était mis en
mesure de soutenir la décision qu'il avait prise; et il
avait des appuis autour de lui. Annequin, un des pros-
crits, s'étant rendu dans la ville pour se concerter avec
le maire Durand, fut protégé par 200 hommes de la
uarde nationale de Pézenas qui lui servirent d'escorte,
t't à Montpellier un poste considérable fut établi chez le
maire pour s'opposer à son arrestation, si l'on tentait de
l'opérer'. Mais ce dernier ne cherchait point à s'y sous-
traire. Malgré les démarches du comité, malgré les mani-
festations du peuple en sa faveur, il résolut de se sou-
mettre au décret de la Convention et décida même
Annequin à partir pour Paris avec lui. C'est devant cette
résolution que le procureur général syndic du départe-
ment prit le parti d'exécuter le décret et transmit au
commandant de la gendarmerie les ordres du ministre
de la Justice pour l'arrestation des deux accusés
(28 juillet).
Le 14 juillet, en même temps que le comité défendait
son passé dans la personne de ses principaux agents,
il avait mis un terme à la crise par l'acceptation de
la Constitution, et les délégués de l'Aveyron prenaient
congé de lui, portant à leurs mandataires « la nouvelle
bien satisfaisante de sa persévérance à maintenir la Ré-
i. Séance du 20 juillet 1793, Moniteur du 22, t. XVII, p. 187.
2. Soulier, /. /., l"' 595-596, et Lavaiigayon, Rapport à la Comiitission popu-
laire de Bordeaux. Cela provoque une nouvelle explosion de Julien contre ce
maire, nouveau dictateur, nouveau César, et toujours despote, etc. (Rapport,
|). 134.)
166 PART. II, CIIAP. XII. MONTPELLIER ET NBIES.
publique une et indivisible' ». — Les délégués de la
Gironde partirent aussi, convaincus qu'il n'y avait plus
rien à faire; mais, avant de partir, ils firent au comité
central une déclaration solennelle. Ils ne voulaient pas
laisser croire qu'à leurs yeux la proclamation de la
Constitution mît lin à tout, et qu'en face de la repré-
sentation nationale violée le principal fût d'éviter la
guerre civile ^
Montpellier ne songeait plus qu'à rétablir partout la
paix. Le 20 juillet, le conseil général décide qu'«une
députation de quatre membres ira vers les représen-
tants près l'armée des Alpes, la Convention nationale
et le département des Bouches-du-Rhône, pour deman-
der qu'ils fassent une suspension d'armes jusqu'au
10 août )). La démarche fut reçue avec faveur dans le
Gard, avec défiance et sarcasme à Tarascon, où l'on était
encore dans le feu de la lutter Mais déjà on pouvait
savoir quel résultat cette lutte avait eu sur d'autres
points : en Normandie, par exemple.
Dès le 25 juillet, la société populaire, voulant effa-
cer d'importuns souvenirs, avait un peu changé son nom
(Société populaire des Amis « de la Constitution »)
et décidé qu'il serait fait une adresse à la Convention
nationale pour adhérer aux événements des oJ mai et
2 juin*. Le 20, le conseil général lui-môme arrêta
qu'une déclaration de ce genre lui serait aussi adressée,
déclaration où, tout en intervenant encore pour la paix
générale, il essayait de faire croire que toute sa con-
1. Archives de l'IIéraull. Itcgistrc du conseil générai, à la dalc du 14 juillet, f" 08.
'2. Celle déclaration n'ayant p;is été insérée au liidlelin, ils la firent im|)rinier
et distribuer.
T). Registre du conseil général, à la dalc du 'i<i juillel, 1* 9(3.
4. Archives de l'Hérault, L iV, à la date.
1. IIÉIIAULT. i67
duite, dans le passé, n'avait jamais eu d'autre biU'.
Quant à l'arrêté du 14, relatif au décret du 9 juillet,
lorsqu'on sut comment il avait été accueilli à la Conven-
tion nationale, on se garda bien de mettre de l'insis-
tance à le défendre. On le révoqua, au contraire, et l'on
décida que le décret qu'il improuvait serait consigné
aux registres (27 juillet^). Puis, par la lettre la plus
soumise, on entreprit d'expliquer ce malencontreux
arrêté du 14, tout en insinuant que le retrait du décrel
du 9 serait aussi un gage pour la paix publique ^
Que devinrent les bommes pour qui le conseil géné-
ral avait intercédé? Des deux principaux, conduits à
Paris, l'un, Annequin, pensa qu'après tout il était plus
sûr de n'y point aller, et, en passant à Pézenas, il
s'écbappa; la ville, qui naguère lui avait fourni une
escorte, favorisa sans doute sa fuite; l'autre, Durand,
avait dit : « Je n'ai rien à me reprocber. Si j 'émigré,
on s'emparera de mes biens ». (Il avait 120 000 livres
de rente.) — Il se laissa donc conduire h Paris, où on lui
prit ses biens avec sa tête : renvoyé devant le tribunal
révolutionnaire par décret du 15 nivôse (4 janvier 179i),
il fut condamné le 19 (8 janvier). Un troisième, Fabre-
guette, qui avait été secrétaire du comité, s'était trouvé
compris aussi avec eux dans le mandat d'arrestation,
mais il avait des services révolutionnaires. Il avait, à
la tête d'un bataillon du district de Millau, défait l'ar-
mée du rebelle Charrier, et la Convention avait déclaré
que ce bataillon avait bien mérité de la patrie. Instruit
du coup qui le frappait, il était venu se présenter de
lui-même, et Julien de Toulouse, plaidant sa cause
1. Note XLVIII, aux Appendices.
1. Archives de l'Hérault. Reg. du conseil gi-inhal du di-part., à la date, f" 154.
5. Note XLIX, aux Appendices.
J68 PART. II, CHAI'. XII. MO>'TI'ELLIER ET NIMES.
dans la séance du 2i août, l'avait fait rayer du décret'.
D'autres étaient compromis encore. M. Coste, deBéziers,
président du département, fut si effrayé qu'il s'empoi-
sonna. M. Fargeon, administrateur du district de Mont-
pellier, tenta de se couper la gorge. 11 n'y eut pourtant
pas d'autres victimes. On a soupçonné que Cambon,
dont le père avait été mêlé aux événements et dont les
lettres auraient pu être elles-mêmes suspectées, avait
arrêté les poursuites ".
« Le comité central, dit Julien, suivait la marche de
la Gironde : il éparpillait ses commissaires; il levait
une force armée ; il voulait établir un jury national
pour juger la Convention; il envoyait des députés à
Bourges : Broussonnet, ex-législateur, et Fargeon, ad-
ministrateur du district de Montpellier, obtinrent les
suffrages ; Durand se réservait pour la nouvelle Conven-
1. Séance ilu 24 août 1793, Moniteur du 26, l. XVII, p. 483.
2. C'est l'opinion de M. Soulier. « On a toujours pensé, dit-il, que les fédérés
de l'Hérault ne turent pas poursuivis parce que M. Cambon père, que l'on sus-
pectait ainsi que plusieurs autres pendant les assemblées et qui craignait d'être
arrêté, communiqua à la section de Boutonnet la correspondance de son lils, de
laquelle il résultait qu'il ne fallait prendre encore aucun paru et qu'il pensait
que la Montagne, parti dominant la Convention qui avait provoqué l'cvénemenl,
l)erdrait la République ; un membre de cette section observa, dans l'intérêt sup-
posé de M. Cambon, qu'il devait eu faire le dépôt à M. René, président, qui,
a|)rès l'avoir paraphée, en enverrait des copies certifiées aux autres sections, e(
M. Cambon y consentit.
« Cette correspondance fut conservée par les soins du frrre de M. René.... Il
est de l'ail que, dans le mois de messidor an II, la société populaire dépêcha à
l'aris Espinas, l'aveugle, surnommé depuis Cracchus, pour demander qu'il fût
l'tabli à Montpellier un tribun.il po|)ulaire à l'effet de juger les fédérés (M. Durand
ne devait pas être le seul puni); que M. Cliaptal, qui en fut prévenu, en conféra
avec Cambon fils, et qu'en inristaut sur leurs intérêts respectifs ils parvinrent à
faire répondre à Espinas qu'il devait s'adresser aux représentants en mission
dans le département des Pyrénées-Orientales, dont les pouvoirs s'étendaient à
celui de l'Hérault. Robes|)icrre fut mis à mort pendant qu'Espinas était en route
jiour s'en retourner à Montpellier. (F ' 401-402.)
« Julien de Toulouse couvre Cambon père, Rrunel et Dupin, procureur gé-
néral syndic : il incrimine Castillion, Mercier, Eufier et Vignoles. dans l'admi-
nistration départementale; Brieugue, dans la municipalité, et Albisson, président
du tribunal criminel. » [Happorl, p. 13.').)
II. GARD. 169
lion. Il y avait aussi dans Montpellier un club républi-
cain, et l'on sait que de cette source impure sont sortis
mille maux incalculables; c'est là que l'aristocratie
dominante, l'égoïsmc réfugié, l'agiotage exerçant ses
ravages, pliaient de nouveau le peuple à la domination
en le conduisant à l'esclavage : c'est sous ce titre impo-
sant qu'une troupe d'hommes pervers travaillait à saper
les fondements d'une Constitution dont l'égalité était la
principale base'. »
[[
(lanl.
L'ardente population de Nîmes mérite une place hors
ligne, et par l'attitude qu'elle prit en face de la révo-
lution du 51 mai, et par la façon cruelle dont elle
l'expia.
Comme les villes de Bretagne, de Normandie, de
Guyenne et beaucoup d'autres, elle n'attendit pas ce
jour fatal pour s'effrayer des périls de la Convention
et tenter de les prévenir. Le 10 janvier, une adresse
couverte de signatures portait les plaintes des citoyens
de Nîmes à la Convention et leurs récriminations contre
les anarchistes.
Ils s'indignaient depuis longtemps, disait cette adresse, de
voir siéger au milieu de vous un homme couvert d'opprobre ;
... ils attendaient du patriotisme des Parisiens que ces excès
auraient un terme
Trompés dans leur attente, ils ne diffèrent plus à vous dire
la vérité. Le despotisme des Parisiens serait aussi intolérable
pour eux que le despotisme des rois. Ils n'entendent pas que
la commune de Paris rivalise de pouvoir avec vous; ... ils ne
1. Rapport, p. 152.
170 PART. II, CHAP. \II. MONTPELLIER ET NIMES.
veulent pas que des tribunes violentes, se disant le peuple de
Paris, vous insultent et interrompent vos travaux par des
murmures, des huées, des vociférations et des menaces. Ils
improuvent la conduite de ces députés avilis par leurs opi-
nions maratistes, qui siègent sur la montagne d'où partent
les orages.
Représentants, ne vous laissez pas influencer par les cris et
les insultes de cette minorité audacieuse, qui est en insurrec-
tion contre la majorité. Leurs noms sont connus; ... mais,
pour rendre à la représentation nationale toute sa majesté et
cette dignité imposante, dont elle doit toujours s'environner,
expulsez de votre sein cet homme, dont le nom devient une
injure, ainsi que ses coupables adhérents. Surtout hàtez-vous
d'organiser une force publique départementale, destinée à
affermir votre liberté et votre sûreté. Nous allons imiter
l'exemple de nos frères du Finistère, des Bouches-du-Rhône,
de la Gironde, du Morbihan, de l'Hérault, de la Haute-Loire.
Nous volons auprès de vous. Nous vous ferons un rempart de
nos corps... Les hommes qui ont rendu la liberté à la Savoie,
et qui ont soumis les rebelles de Jalès, sauront soumettre les
hommes du 2 septembre'.
Mais le temps avait marché et la situation n'en
était pas meilleure. La pétition du 15 avril était la dé-
claration de guerre des sections de Paris à la majorité
de la Convention. Plusieurs villes du Gard qui s'étaient
plaintes de la lutte des partis incriminèrent vivement cet
outrage à l'inviolabilité de la représentation nationale.
Nîmes ne devait pas rester en arrière. Le 16 mai, les
douze sections de la ville nommèrent quatre députés
J. Arcliives nationales, D xl § 4, carton '20, dossier (jard. Siijnaions plusieurs
autres adresses du Gard pour appuyer la Convention et l'encourager dans son
œuvre : 20 mars, Société des Amis, etc., de lioaucaire ; Donner une Constitu-
tion ; 29 mars, Pont-Saint-Esprit : adiiêsion à tous les décrets; Uzès, 9 avril,
à la Convention, et J4 avril, à la cdinnume de Paris, au sujet de Dumouriez
(Archives nationales, D xl § 4, carton 20, dossier Gard), et la note L aux
Appendices.
IL GARD. 171
extraordinaires (Rabaiil \c Jciiiio, J. Soubeiran le jeune,
Ant. Lassalle et Castor Belle) pour porter une nouvelle
adresse à la Convention. Cette adresse, datée du 20,
reçut l'adliésion du conseil du département et du con-
seil général de la commune. On y lisait :
Cobourg est à nos portes, la guerre civile est au milieu de
nous; le sanctuaire de la liberté est environné de féroces
assassins, et le fer des bourreaux du 2 septembre levé sur
les représentants du peuple.
Mallieur h ceux qui attenteront à votre liberté et à vos
vies ! malheur à ceux qui tenteront d'avilir la nation dans ses
représentants! Parlez et le Midi s'ébranle\
Mais rien n'égale la véhémence de la société popu-
laire du Yigan (1"' juin 1795) ; c'es: un véritable réqui-
sitoire et le dernier degré de l'hyperbole :
Qu'êtes-vous? Nos mandataires. Que devez-vous être? Fidèles
à votre mandat. Que deviez-vous faire? Une Constitution.
Qu'avez-vous fait? Scandalisé l'univers, enhardi nos ennemis,
lassé le peuple, attiré sur nous le fléau de la guerre, en un
mot trahi notre confiance, et presque perdu la République.
Infâmes intrigants! ignorez-vous que la majesté nationale
entrait dans la délégation de vos pouvoirs? Et vous, hommes
timides, vous laissez avilir par une cinquantaine de scélérats
1. Pièces qui font connaître les fédéralistes du Gard et qui ont servi
de base à l'épuration des autorités constituées : déposées au Comité de salut
public par Borie (9 brumaire au III), et publiées à l'appui de son rapport
(Libliotbèque nationale, Le ^'J, 88) : n° xix, Adresse des citoyens des douze
sections de la ville de Nimes ; — n° xx, Adliésion du conseil administratif du
Gard ^24 mai), et n° xxi, du conseil général de la commune de Nimes (25 mai);
— n° xxu, Pouvoirs donnés par les douze sections à leurs dépiités exlraord i-
naires (16 mai). — Cf. Julien, rapport sur les administrations rebelles, p. 86 et
suiv., et la note LIaux Appendices. — Borie avait été chargé d'uue mission dans
le Gard, la Lozère, la Ilaute-Loire et le Cantal, pour épurer les autorités con-
stituées. Il partit de Paris le 2 pluviôse, et rentra à la Convention le 4 fructidor
an II. Son rapport contient le récit abréjié de sa mission, et la suite de son
rapport donne la série de ses opérations par districts, cantons ol municipalités
(lirumaire an III). (Bibliothèque nationale, Le ^^, 86 et 87.)
172 PART. II, CHAI». XII. MONTPELLIER ET NIMES.
le caractère éminent dont vous êtes revêtus. Etcs-vous répu-
blicains? Non. Si vous l'étiez, vous vous occuperiez invaria-
blement des intérêts de la patrie en nous donnant une
Constitution républicaine. Mais pouvez-vous nous la donner
cette Constitution tant que vous avez la maladie de la domi-
nation? Abjurez donc cette erreur. Les mêmes mains qui vous
donnèrent vos pouvoirs peuvent les révoquer, et vous livrer
à toute la vengeance des lois, si la fin de juillet ne voit point
la Constitution parfaite.
Pour y parvenir, allez à Bourges, centre de la République,
environnez-vous d'une force imposante qui écarte tout ce qui
ne sera pas représentant à cinq lieues à l'entour'. Formez un
conclave où chacun aura sa cellule, où les aliments vous
seront fournis et diminués à proportion du temps que vous
mettrez à décréter la Constitution, et si l'aniour de la patrie
ne l'emporte pas sur l'égoïsme, que la crainte du jeûne fasse
trembler les partisans du trouble et du désordre.
Que les insolentes tribunes, les flagorneurs, les faux pa-
triotes criaillent et hurlent, peu nous importe à nous habitants
du Midi. La même énergie que nous avons montrée contre les
rebelles de la Lozère, nous saurons la faire valoir contre les
trois ou quatre mille brigands qui sont pour les timides
et honnêtes habitants de Paris ce que fut jadis ce prétendu
roi que Jupiter donna aux grenouilles.
Nous jurons d'une voix unanime de maintenir la Répui)lique
une et indivisible, de courir sus contre tout factieux qui,
lorsque la Constitution sera mise en discussion, osera parler
de tout autre objet. Nous voulons une Constitution, nous la
voulons. Si vous ne pouvez nous la donner, allez au loin
cacher votre turpitude, fuyez la terre de la liberté, où les
anarchistes n'existeront pas longtemps. Nous voulons une
Constitution ou la tète des cinquante factieux qui s'y oppo-
sent. Telle est notre résolution; tel est notre serment. Les
républicains du Midi ne parlent pas en vain. Réfléchissez et
tremblez.
1. Et les habilanls?
11. (iARD. 175
La lettre d'envoi au président de la Convention,
4 juin, n'était pas moins impérative.
Citoyen Président,
Dans l'adresse ci-jointe tu trouveras la vérité. Ose donc
la dire à ces tribunes qui entravent le zèle des bons représen-
tants, vrais républicains. Dis à la France, apprends à l'uni-
vers que les citoyens du Vigan savent fort bien distinguer
l'ivraie d'avec le froment, et qu'ils sauront, s'il le faut, mettre
en pratique le conseil que l'on attribue au Fils de l'homme.
Ce conseil est trop juste pour qu'il ne soit pas de l'auteur de
la justice et pour que des hommes justes ne doivent le suivre.
Salut et fraternité*.
La révolution accomplie, le Midi tint parole. Le
9 juin, les sections de la ville d'Alais en permanence
déclaraient que la Convention nationale n'était pas
libre'. Le 12, les sections de Nîmes, constituées de
même et réunies en assemblée générale, rompirent
tout lien avec Paris jusqu'à ce que réparation fût faite".
Le club populaire, qui avait applaudi à la révolution
du 51 mai, fut fermé, et ceux qui étaient connus par
leurs principes désorganisateurs, privés de leurs armes %
en même temps que les autres allaient requérir des
1. Ardiives nationales, D xi, § 4, carloii 20, dossier Gard.
2. Pièces relatives aux fédéralistes du (lard, n° xxxiv.
"). Ibid., n° XXVII. ... Considéranl que les citoyens de Paris, en secondant ovi
en souCfrant cette violation des principes les plus sacrés et des lois les plu^
saintes, se sont rendus indignes du dépôt qui leur était confié...
... Déclarent à l'unanimité qu'ils abjurent tous les sentiments de fraternité
qui les liaient aux habitants de Paris jusqu'à ce qu'ils aient réparé l'outragr
(ju'ils ont fait ou laissé faire à la majorité du peuple dans la personne de quelques-
uns de SCS représentants...
... Déclarent qu'elles s'empresseront d'entrer dans toute coalition qui aura
pour but la résistance à l'oppression et le maintien de la République une et
indivisible.
4 Julien, Rapport, p. 88.
174 PART. II, CHAP. Xl[. MONTPELLIER ET NIMES.
fusils de l'adminislration du dislricl, suspect de conni-
vence avec les premiers'.
Le 15, le conseil général du Gard faisait une adresse
à ses administrés :
La représentation nationale a été violée, disait-il, ses droits
les plus saints méconnus. Citoyens, réunissez-vous, faites
connaître votre vœu^
Et le même jour, dans une lettre à la Convention,
il la prenait à témoin de la violence qu'elle avait su-
bie sous la pression des baïonnettes \ Le 14, dans une
séance publique du soir, des députations des douze
sections de Nîmes et des trois sections d'Alais vinrent
prier le conseil de convoquer les assemblées primai-
res ; une dépulation de la société républicaine de
Nîmes s'associait au même vœu; et, en attendant, on
décidait que des députés seraient nommés, un par com-
mune, pour se réunir à Nîmes le jeudi suivant, 20 du
mois*.
Le 17, le conseil tint une séance plus importante.
Après la lecture des deux adresses du 13, on y lit le
serment de maintenir la liberté, l'égalité, l'unité et
l'indivisibilité de la République, la sûreté des per-
sonnes et des propriétés ; et les commissaires des dis-
1. Dans uue pièce datée du mardi 11 juin, un des attroupés dit que les
armes seraient mieux à l'avenir dans leurs mains (pie dans celles des Maratistes.
(Pièces rclalivei aux fédéralisles du Gard, n° xliii, p. 124.)
2. Ibid., n° i.
5. Ibid., n° xxxii : « Cent mille bayonnetles ont assiégé le temple des lois,
elles vous ont arraché des oracles formidables. La représentation nationale a été
outragée; lesmandataires du souverain gémissent dans les chaînes de l'oppres-
sion; les rênes du gouvernement semblent lloller au gré de l'ambition et de la
cupidité. Représentants du peuple, enlendt'z le vu'U du souverain et méritez
sa reconnaissance. »
4. Ibid., n" ii, p. 5; cf. n° xxv, la convocation pour la nomination au scrutin
du représentant des sections à l'assemblée générale des communes (17 juin). C.
Archives nationales, D xlit, carton 4, dossier 34, pièce 2.
II. GARD. 175
Iricls approuvèrent. toiUês les mesures prises, associant
ainsi le département tout entier aux résolutions de son
eonseil*.
Les députés envoyés à Paris n'avaient pas montré
moins d'énergie que leurs commettants de Nîmes.
Arrivés après le 51 mai et ne pouvant plus lire leur
adresse à la Convention, ils tinrent au moins à la
remettre an président ; et quand la suite des événe-
ments leur eut prouvé que l'asservissement de la Con-
vention était désormais sans remède, ils ne voulurent
point partir sans protester contre les faits accomplis
par une lettre, qu'il faut citer tout entière:
Nous venions exprimer à la Convention nationale les alar-
mes de nos concitoyens sur les dangers qui environnent les
représentants du peuple; nous venions lui faire connaître
leur indignation profonde des excès liberticides de la faction
maratisle, et lui offrir les secours des hommes du Midi. Mais
à notre arrivée le crime était consommé, la liberté et la vie
de nos députés avaient été attaquées, les armes destinées à les
protéger avaient été tournées contre eux, et c'est au milieu
des injures les plus atroces, des menaces les plus violentes,
des excès les plus criminels, qu'une petite partie de la Con-
vention nationale avait prononcé l'arrestation de trente-deux
de ses membres.
Peuple français, couvrez-vous de deuil, voilez d'un crèj)e
1. l'irces relalives, etc., n" m, p. 8. I,e 14 juin, la 4" seclion avait pris cetlf
résolution, qu'elle se réservait de proposer aux autres : « L'assemblée a arrêté àl'u-
nanin.iité : 1° Qu'elle autorise que clans la commune il soit levé une force destinée
à se joindre à tous les Français qui s'arment pour la résistance à l'oppression, le
maintien de la République une et indivisible, et pour faire rendre à la Conven-
lion sa liberté et son intégrité ;
« 2" Qu'elle cbarge le comité central des sections de l'organisation de cette
force ;
« 3° Que le corps qui sera ainsi formé ne sera dans aucun cas à la disposition
du Conseil exécutif. » (Greffe de la cour de Nimes, registre des délibérations de
la 4« section.)
176 PART. If, CIIAP. XII. MONTPELLIER ET NIMES.
funèbre la statue de la liberté. Votre souveraineté a été mé-
connue, outragée, avilie. Vos délégués sont dispersés ou
asservis. 11 n'existe plus de Convention nationale. Pour nous,
accablés de douleur, pénétrés d'indignation, nous fuirons cette
terre jadis hospitalière, qui fut le berceau et qui est devenue
le tombeau de la liberté. Nous fuirons une ville où la pensée
est captive, le secret des lettres violé, la liberté de la presse
attaquée, les pétitionnaires outragés, l'espionnage rétabli; une
ville où se renouvellent les proscriptions de Marins et de
Sylla, où l'Autriche et l'Angleterre nous préparent des fers
que nous ne porterons jamais.
Mais, en attendant de vous serrer dans les bras et de vous
donner le doux nom de frères, nous allons vous parler en
vrais amis de la Piépubliquc une et indivisible; en hommes
libres, nous vous dirons la vérité.
Enfants gâtés de la patrie, vous à qui la mère commune a
prodigué ses trésors et ses faveurs, un abîme est ouvert sous
vos pas ; l'esclavage et l'infamie vous attendent. Comme les
rois, vous vous êtes enivrés d'orgueil et d'ambition; la soif de
l'autorité vous dévore. Comme les rois, vous avez vos courti-
sans, vos flatteurs, votre cour corrompue, vos esclaves enchaî-
nés. Commelesrois, vous prodiguez des trésors, vous distribuez
des places, vous créez des autorités, vous dictez des lois, vous
vous arrogez des privilèges, vous faites des victimes, vous
vous croyez le souverain. Comme les rois, vous avez des
marquis, des comtes, des abbés, des chanoines, des histrions,
des intrigants, des étrangers, tous les hommes corrompus,
qui, déguisés en sans-culottes, occupent toutes les places,
dominent en votre nom, se gorgent de notre substance et
vous oppriment.
Eh bien, le prestige va se dissiper; le règne des usurpateurs
va finir, l'égalité politique va être rétablie, le vrai souverain,
le peuple des départements, va se montrer. Jaloux de conserver
ses droits reconquis, il viendra dissiper la criminelle faction
qui vous opprime, vous remettre à la place que vous deviez
occuper dans le corps social et délivrer la Convention nationale.
II. GARD. 177
Ce n'est pas contre vous, c'est vers vo s et pour vous qu'il
marchera.
Vos frères des départements n'ont pas oublié ce que vous
avez fait pour la Révolution, et les services signalés que vous
avez rendus à la liberté. Ils en portent le souvenir gravé dans
leurs cœurs ; ils vous aiment encore : mais ils ne veulent pas
que votre égarement, votre insouciance ou votre pusillanimité
perdent la chose publique. Ils veulent tout à la fois sauver et
la patrie et vous-mêmes : mais ils veulent que vous sachiez que
quand vous vous levez, ce n'est pas le souverain qui se lève;
que vos insurrections partielles ne sont que des révoltes cri-
minelles, et que l'attentat commis contre les représentants du
peuple est le plus grand des crimes de lèse-nation, dont toute
la responsabilité pèse sur vous.
Mais non, le véritable peuple de Paris n'a j-jmt participé
à ces scènes d'horreur qui déshonorent notre révolution. Il
aime encore la liberté. Timide ou tremblant, faible ou pusilla-
nime, il gémissait, il obéissait, il soupirait après sa déli-
vrance.
Eh bien, peuple parisien, rassurez-vous, reprenez votre
énergie première, allez dans vos sections. Le Nord et le Midi
s'ébranlent ; vos frères accourent ; il leur tarde de vous serrer
dans leurs bras; sans doute vous mériterez d'être libres.
Paris, le 16 juin 1793, l'an 2" tic la République française.
Les députés extraordinaires, etc. :
Rabaut le Jeune, Soubeiran le Jeune, Lasalle, C. Belle'.
Cette lettre, quoique datée de Paris et adressée aux
Parisiens, visait surtout le Gard et ne fut pas sans
action sur le développement du fédéralisme à Nîmes :
car elle dut être répandue dans le département, comme
le fut aussi, par délibération du conseil, le discours
i. Pièces relatives, etc., n» xix, p. 56. Les députés extraordinaires des douze
sections de la ville de >'îmes, en permanence, aux Parisiens.
BÉVOL. DD 31 MAI, II — 12
178 PART. II, CHAP. XII. MONTPELLIER ET NIMES,
prononcé par Lanjuinais à la Convention le 2 juin, avec
le récit de la journée ^
Nîmes ne pouvait manquer d'être en relations avec
les autres villes qui s'étaient également prononcées.
Elle faisait naturellement le trait d'union entre Bor-
deaux, Toulouse et Montpellier, d'une part, et d'autre
part Lyon, Marseille et Toulon. On avait reçu le procès-
verbal de la grande assemblée tenue à Bordeaux le
8 juin; il avait été transcrit sur les registres du conseil
du Gard, imprimé et envoyé, par décision du conseil,
à tous les districts du département (15 juin)^ Le 19,
on lut l'adresse de Marseille. On avait, de plus, appris
l'arrivée de deux députés envoyés de Bordeaux aux
divers départements pour combiner leurs efforts. Ce
jour même, ils étaient reçus dans l'assemblée générale
des douze sections de Nîmes. On y applaudit ces nobles
paroles qu'écrivait de Paris un des représentants arrê-
tés : « Hâtez-vous de venir à Paris, et si l'on vous dit
de ne pas avancer ou que l'on nous égorge, avancez
toujours^! » Le lendemain les sections recevaient les
députés de Lyon, de Marseille et de Cahors. Les Mar-
seillais firent un discours; les Lyonnais parlèrent après
eux en termes simples et énergiques; les députés du
Lot adhérèrent. On jura l'union, et le président promit
que les Nîmois iraient bientôt avec eux la cimenter sur
les bords de la Seine'*. Une consécration plus solen-
nelle allait être donnée à ce pacte.
1. Séance du 18; Pièces, etc., n° xxviii, p. 75.
2. IbicL, n" xxx, p. 84.
3. Ibid., n° xxxiii, p. 91. Proccs-vcrbal do l'assemblée générale des douze,
secîions de Nimes, 19 juin 1795.
4. Ibid., n" xxm, p. 87.
m. L'ASSEMBLÉE DES COMMUNES DU GARD. 17;t
III
L'assemblée des communes du Gard.
Le 21 juin les députés des communes du Gard, nom-
més conformément à l'arrêté du 14, se réunirent « dans
la ci-devant église du grand couvent, à Nîmes ».
A la séance du soir, les pouvoirs vérifiés et le
bureau élu', on prêta ce serment, qui était toute une
profession de foi :
« Nous jurons de maintenir la liberté et l'égalité, la
« sûreté des personnes et des propriétés, la République
ce une et indivisible. Nous jurons guerre aux tyrans,
<■< sous quelque forme qu'ils se montrent, guerre aux
ce anarchistes, et de ne déposer les armes que lorsque
ce nous les aurons anéantis. »
L'assemblée alors se constitua sous ce titre : Assem-
blée représentative des communes du Gard^ et fit à l'una-
nimité cette déclaration :
LE PEDPLE DU GARD, USAM DE SES DROITS IXALIÉNARLES, EST EN
ÉTAT DE RÉSISTANCE A l'oPPRESSIO ET VA JOINDRE SES ARMES A
CELLES DE TOUS LES VRAIS AMIS DE LA LIBERTÉ, DE l'ÉGALITÉ ET DE
LA RÉPUBLIQUE UNE ET INDIVISIBLE.
On composa un comité de seize membres, où l'on
trouve le nom de Guizot-Gignoux, et il fut décidé que
l'assemblée se tiendrait désormais dans la nouvelle salle
de spectacle, où les orateurs seraient plus facilement
entendus ^
1. Ce fut Yigier-Sarrasin qui fut élu président.
2. Procès-verbal de l'assemblée des clcpulés des communes du Gard, à la date.
(Archives du Gard, 1 L 3, 12.)
183 PART. II, CflAP. Xll. MONTPELUKR ET NIMES.
Ce môme jour, les députés de la Gironde, de Mar-
seille et de Lyon avaient été introduits dans l'assemblée.
Sur la demande des délégués de la Gironde, on décida
qu'on nommerait deux commissaires pour parcourir
avec eux les départements et y provoquer à l'action ^
Le lendemain Lavaugayon% de Bordeaux, annonçant
qu'il allait partir avec son collègue pour continuer la
mission dont l'un et l'autre étaient chargés, demanda
que l'assemblée nommât, comme il avait été décrété la
veille, les deux députés qui devaient parcourir avec eux
les Bouches-du-Rliône, leYar, les Hautes et les Basses-
Alpes, l'Ardèclie, la Drôme et la Haute-Loire. Le prési-
dent applaudit à ce discours et, comme manifestation
des sentiments dont les envoyés devaient être les
interprètes, on lut cette déclaration des citoyens du
Gard à tous les amis de la liberté de l'égalité, de la
République une et indivisible :
Une faction sanguinaire règne sur les débris de la liberté
naissante; la représentation nationale, ce bien commun, cette
propriété inviolable et sacrée de vingt-cinq millions d'hommes,
est détruite ; trente de nos députés sont dans les fers. La
majorité de la Convention, dispersée et tremblante, n'existe
plus; la minorité ne délibère pas, elle tyrannise ; le peuple de
Paris ne protège pas la Convention, des factieux la comman-
dent : le centre de la République est devenu le repaire des
brigands, etc. ^.
i. Proccs-verbal de l'assemblée des députés des communes du Gard formée à
Nimes.... (Archives du Gard, 1 L 5, 12.) Cf. Hecueil des jntccs, etc., n" xli,
p. 118-121, et Julien, Rapport, p. 90.
2. Il est appelé dans le procès-verbal : Lavau^uyon.
3. Pièces, etc., n° m, p. 11. La pièce devrait porter le n° iv, qui est placé
à tort au milieu du procès-verbal, p. 16. — Cet'e adresse a été reproduite en
partie dans YAbrcgc de l'histoire de Nimes, de Menard, publié avec continua-
lion par P.-L. Baragnon père (aïeul de M. !N". Daragnon, sénateur), t. IV, p. 9i.
III. L'ASSEMBLEE DES COMMUNES DU GARD. 181
Celte déclaration fut adoptée à l'unanimité. On
nomma les deux députés, et, pour prouver que l'on ne
s'en tiendrait pas aux paroles, on décréta la forma-
lion d'une force départementale de 1200 hommes, qui
devaient se joindre aux troupes levées ailleurs. En
outre, comme l'assemblée ne pouvait rester en perma-
nence, et qu'il ne fallait point laisser de lacune dans
la direction, on nomma un comité de salut public : on
y appela les membres du conseil du département, qui
avaient montré tant d'activité et de résolution en ces
circonstances*.
Montpellier, qui avait pris des mesures analogues dans
ce même temps, avait envoyé des députés à Marseille,
et ce sont ces députés qui, à leur retour, se présentaient
devant l'assemblée du Gard (23 juin).
Ils y témoignèrent du bon esprit qui régnait au chef-
iieu des Bouches-du-Rhône, annoncèrent que la force
armée destinée pour Paris était partie la veille; que
ce jour même elle devait couchera Aix et se recruter de
500 volontaires de cette ville : nouvelle qui fut accueil-
lie avec les plus vifs applaudissements.
On ne manqua point de parler de tous les actes
arbitraires commis par les délégués de la Convention
depuis qu'ils s'étaient abattus sur les déparlements. La
plus vive indignation éclata contre la tyrannie» dé ces
proconsuls, et leurs actes furent cassés et annulés ^.
Le même jour, à la reprise de la séance, on lut une
lettre des administrateurs du département qui don-
1. Pièces, etc., n" iv, p. 18-22, et Registre des délibérations de rassemblée
représentative du Gard, f^ 8. Cf. Julien, Rapport, p. 93.
2. Procès-verbal de l'assemblée représentative du Gard, à la date.
3. Pièces, etc., n" v, p. 23-24. Cf. Julien, Rapport, p. 90.
182 PART. II, CUAP. XII. MONTPELLIER ET NIMES.
liaient leur adhésion aux résolutions qu'on avait ar-
rêtées, et l'on reçut des députés du Cantal, de la Lozère
et de la Haute-Loire (ceux du Lot avaient été reçus la
veille). Ils venaient complimenter l'assemblée et mon-
traient par leur présence que la pensée de s'unir pour
rendre à la représentation nationale sa vérité était
commune à toute cette région de la France \
L'assemblée de Nîmes, qui recevait de telles marques
d'approbation des déparlements d'alentour, prit des ré-
solutions qui avaient pour objet d'unir dans une môme
action toute la France :
Art. 9. — Les départements de la République seront invités
par le comité de salut public (du Gard) à établir dans telle
ville qui sera choisie un comité national, auquel ils enverront
un ou plusieurs représentants à l'effet de recueillir la volonté
du souverain et de la manifester à la Convention nationale.
Art. 10. — Le comité de salut public nommera provisoi-
rement un ou plusieurs de ses membres pour représenter le
département du Gard auprès dudit comité'.
Après cela elle se sépara, mais elle laissait le comité
de salut public en permanence et le chargea de conti-
nuer son œuvre ('24 juin) ^
1. Archives du Gard, Registre des délibérations, etc., f° 8, et Pièces, etc.,
n° vt, p. 25. Voyez ce qu'en dit fiorie dans sa Mission dans les départements
du Gard, Lozère, Ilaule-Loire et Cantal, p. 4.
2. Ces articles sont cités dans le Bulletin de la Co)n)nission de Salut public
du département du Gard, du 20 juin. Pièces, etc., n° xxiii bis, p. 43.
5. Archives du Gard, Registre de l'assemblée représentative, f" 8. Cf. Julien,
Ptupport, p. 90.
. IV. COMITE DE SALUT PUBLIC DU GARD. 185
IV
Comité de salut public du Gard.
Le comité prit pour président Cardonnct, qui avait
présidé jusque-là le conseil général du département
(25 juin). L'assemblée représentative du Gard l'avait
voulu nommer procureur général syndic : ce qui lui
mettait plus spécialement dans les mains toute l'action;
mais il avait mieux aimé s'en tenir à la présidence^ Les
autres autorités constituées devaient être mises en
harmonie avec le comité. Le conseil administratif du
district de Nîmes déclara que son bureau, composé de
Montagnards tels que Rovère, président, Courbes, pro-
cureur syndic, n'avait jamais eu la confiance des ad-
ministrés, et il les destitua ^ Le comité, resté seul, fit
paraître un bulletin qui relatait les actes accomplis et
devait se continuer pour tenir le pays au courant des
événements et exciter son zèle. Il organisa la force
départementale qui devait entrer immédiatement en
action: 500 hommes dont 250 de Nîmes, 150 de Beau-
vais et lOOd'Alais (25 juin). Il établit une police sévère
pour déjouer l'action secrète des Montagnards' et pu-
1. Archives du Gard, assemblée représentative, Registre des délibérations,
f° 8, et Procès-verbal du comité de salut public du Gard, f" 1 et suiv., et Piè-
ces, etc., n" vu, p. 51.
2. Pièces, etc., n" xxxvni, p. 110.
5. Ibid., n" xxvi (26 juin) : « Ouvrez les paquets à l'adresse du club populaire
et appelez devant vous les citoyens suspects à qui les autres dépêches sont
adressées, afin que, les ouvrant en votre présence, vous puissiez vous assurer de
leur contenu et retenir tout ce qu'elles contiennent de dangereux au repos pu-
blic et nous en instruire.
« Le comité de salut public du département du Gard.
« CARDo^■^ET, président.
« RiGAL, secrétaire. »
184 PART. II, CHAP. XII. MONTPELLIER ET KIMES.
blia (le plus un manifeste qui renouvelait avec une
nouvelle force les déclarations déjà faites. Il adhérait
à la déclaration de la Commission populaire de salut
public de la Gironde, tout en ajournant la question des
commissaires à envoyer à Bourges ; et, réputant que
la Convention n'était plus libre, il refusait de recon-
naître désormais ses décrets (26 juin) '.
Il y avait alors à Nîmes un de ces agents du pouvoir exé-
cutif que Carat avait expédiés dans les départements à des
fins tout administratives en apparence. Leur commission
énumérait les divers objets dont ils devaient s'occuper :
manufactures, arts, commerce ; — industrie, mines ; —
bois, forêts et terrains communaux; — chemins, ca-
naux, rivières et ports : chacune de ces matières faisait
i'en-tête d'une feuille qu'ils avaient à remplir. Le comité
de salut public de Nîmes ne se laissa pas prendre à ces
belles apparences. Dans cet agent, nommé Feydel, il vit
tout simplement un espion et le fit arrêter. Un autre
qui se trouvait passagèrement à Nîmes, ayant mission
ailleurs, en fut instruit. C'était un Nîmois d'origine,
nommé Sabonadière, élevé à Genève, ministre protestant,
qui, après avoir été en Angleterre, en Amérique, puis
encore en Angleterre, venait d'en être expulsé comme
étranger. Cette expulsion était un titre qu'il avait fait
valoir pour obtenir une mission. On l'avait envoyé dans
1. Archives du Gard, Procès-verbal du coniito de Salut public du Gard:
« La représenlation nationale a été violée, des liommes léroces ont osé porter
leurs mains sur les représentants du peuple, et la Convention dégradée n'est plus
que l'écho tremblant d'une faction usurpatrice et sanguinaire.
« Los scélérats ! ils invoquent la liberté et ils exercent la plus odieuse tyrannie !
« La Commission populaire de salut public de la Gironde a déjà déclaré à la
nation, avec une (icrlé et une loyauté vraiment républicaines, qu'elle regardait
comme non avenus tous décrets contre les adminislratcurs qui ont formé la ré-
solution exemplaire de résister à l'oppression. » — Il y adhère.
lY. COMITE DE SALUT PUBLIC DU GARD. 185
les déparlements du Var, des Basses-Alpes et des Alpes-
Maritimes; mais il avait voulu d'abord conduire son
fils chez des parents : c'est ce qui l'avait fait venir à
Nîmes. Apprenant l'arrestation de son collègue, il crai-
gnit d'avoir le même sort; il hâtait donc son départ
(28 juin), quand lui-même il reçut l'injonction de
rester*. Les considérants de la décision prise à l'égard de
Feydel montrent que le comité n'était pas dupe des
grandes causes alléguées dans les papiers des commis-
o
saires
Considérant qu'il n'est pas croyable que dans les circon-
stances actuelles, lorsque les dangers dont la République est
menacée font négliger partout l'agriculture, le commerce, les
manufactures et les arts, le Conseil exécutif envoie des com-
missaires pour remplir la mission dont les citoyens Feydel et
Sabonadière se disent chargés ;
Considérant que cette prétendue mission leur a été donnée
au moment où se tramait le complot qui, sans la résistance
courageuse des citoyens, aurait entraîné la perle de la Répu-
blique....
EtFeydel, qui avait une mission pour Nîmes, ne s'était
seulement pas présenté aux autorités I
On eut du reste à son égard d'assez grands ménage-
ments. A peine arrêté, il fut relâché. On se contenta de
le consigner chez lui; et de même Sabonadière n'était
pas si rigoureusement surveillé qu'il ne pût corres-
pondre avec son ministre. Dans une lettre du 2 juillet,
l'informant des entraves apportées à la mission de
Feydel et à la sienne, il ne laisse pas de justifier la
vraie nature de son office par quelques traits sur
l'état du pays :
1. Archives nationales, F i% 551, dossier Sabonadure.
■186 PART. II, CIIAP. XII. MONTPELLIER ET NIMES.
L'esprit du département ainsi que de ceux qui l'environ-
nent est très prononcé. Le contingent de leurs forces est déjà
en mouvement et se mettra en marche dans deux ou trois jours
au plus tard*.
Le comité de Nîmes déployait en effet la plus grande
activité. Il entretenait une correspondance suivie avec
les départements et s'occupait surtout des mesures
nécessaires pour mettre les troupes du Gard et de
l'Hérault en état de coopérer avec celles des Bouchcs-
du-Rliône". Mais voici qu'arrive cette Constitution, jetée
si habilement par la Convention au milieu des dépar-
tements, comme un moyen de les désarmer en leur
offrant la perspective d'un dénouement tout pacifique.
Le comité de salut public du Gard ne se crut pas auto-
risé à trancher la question et convoqua (8 juillet) l'as-
semblée représentative pour une session nouvelle qui
devait se tenir le 1 1 à trois heures.
L'assemblée se réunit en effet, et le 12 elle approuva
ce qu'avait fait le comité de salut public dans l'inter-
valle (les mesures militaires l'avaient occupé de plus en
plus). Elle entendit Rabaut-Saint-Elienne, un des pro-
scrits du 51 mai, et le soir, examinant le projet de Con-
stitution, elle déclara qu'il n'avait pas été délibéré libre-
ment et n'était pas acceptable. On arrêta une adresse
aux représentants Dubois-Crancé, Albittc et Gauthier, où
on leur reprochait de détenir sur les bords du Rhône
des forces destinées à l'armée des Pyrénées". Ils avaient
des raisons pour les retenir sur le Rhône, et l'assemblée
i. Arcliivcs nationales, F i% 551, môme dossier.
2. Voyez la noie LU aux Appendiics.
5. Archives du Gard, assemblée représentative (2° session), 12 juillet. La pièce
est reproduite dans le Recueil de Tissot, à Carpentras, n" xxxix, f" 445. Elle est
donnée aussi par P.-L. Baragnon, Abrégé de l'histoire de Nîmes, t. IV, p. 96.
V. DÉFAITE ET SOUMISSION. 187
le savait bien quand, le 15 au matin, elle décida que
les députés qui la composaient iraient dans leurs com-
munes pour engager leurs concitoyens à rejoindre leurs
frères au Pont-Saint-Esprit.
Le môme jour au soir, le président Vigier, désigné
par le comité de salut puljlic du Gard, pour s'unir aux
commissaires qui s'y trouvaient déjà, annonça par une
lettre qu'il parlait, engageant l'assemblée à ne point se
séparer tant que le département serait menacé d'être
asservi; et sa lettre fut fort applaudie. On fit un arrêté
pour le départ des gardes nationales : le nombre des
volontaires, il faut le dire, n'était pas très considérable;
et celui des délégués à l'assemblée était loin d'être com-
plet. Le 14, on fit le relevé des communes qui n'en
avaient pas envoyé, et l'on nota les absents. Mais ce jour
môme la question était résolue par la force*.
Défaile et soumission.
Le Comité de salut public de Paris avait mis à
profit tout ce qu'il y avait de difficultés à improviser ce
concert des départements et des communes. Tandis que
les troupes de Nimes, au Pont-Saint-Esprit, attendaient
celles de Marseille pour aller se joindre aux Lyonnais,
les représentants près de l'armée des Alpes, Dubois-
Crancé, Albittc et Gauthier, qui préparaient déjà tout pour
attaquer Lyon, s'étaient mis en mesure de prévenir cette
jonction de leurs forces. Albitte, laissant Dubois-Crancé
1. Pièces, etc., n" xxxvii, p. 107, et n° xxxix, p. 113.
188 PART. 1[, CIIÂP. XII. MONTPELLIER ET NOIES.
el Gauthier à Grenoble, se rendit à Valence, dont les habi-
tants avaient été ramenés à la Convention ; et Carteaux,
à la tète d'une petite armée de 4000 hommes, fut
envoyé vers le Pont-Saint-Esprit. Le 14 juillet il cernait
la place, et le même jour les magistrats de la ville lui
apportaient les clefs de leurs portes. Les troupes de
Nîmes, trop inférieures, se retiraient sans combat :
l'union du Midi était rompue ^
Restait à vaincre les départements chez eux, et la
Convention avait des auxiliaires dans le Gard. A Nîmes
un mouvement ne se produit jamais dans un sens
qu'une réaction ne soit imminente en sens contraire;
or il y avait en face des modérés qui étaient au pouvoir
des Montagnards destitués, des patriotes désarmés par
la force, gardant leurs ressentiments et leurs espé-
rances : car la Convention était debout, et dans le
peuple on ne savait pas bien si ce qu'on disait de son
asservissement était vrai.
L'affaire du Pont-Saint-Esprit le 14 juillet n'avait pas
été plus sanglante que celle de Vernon le 15 et ne fut
pas moins décisive. Le soir même, le comité de salut
public du Gard, d'accord avec l'administration du dépar-
tement, prenait l'arrêté suivant, qui pouvait servir
d'excuse à leurs membres :
Considérant que, dans toutes les mesures qu'ils ont prises
relativement aux événements des 31 mai, l""et 2juiii,ils n'ont
fait que suivre l'impulsion que les citoyens du Gard eux-
mêmes leur ont donnée, et exécuter les dispositions que l'as-
semblée des députes des communes avait arrêtées et qu'elle
les avait chargés de suivre ;
1. Voyez les IcUres de DuIiois-CranciS cl Nioclie, Giciioble (10 juillet), cl
d'Albille, Poiit-Suial-Esjjiit (17 juillet), lues à la Convention dans la séance du
22 juillet. Moniteur des 25 et 24, t. XYII, p. 192 et 205.
V. DÉFAITE ET SOUMISSION. 189
Considérant que l'acte constitutionnel que le directoire du
département a reç ; hier, et dont la proclamation et l'envoi
ont été ordonnés, doit faire cesser toutes les mesures extra-
ordinaires que les circonstances avaient inspirées, et que son
acceptation, dont le peuple a manifesté le vœu, réunira tous
les Français;
Déclarent, conformément à l'article l^"" du décret du 26 juin ,
que toutes les mesures prises relativement aux événements
des 51 mai, 1" et 2 juin cesseront, dès ce moment, d'avoir
leur effet, et qu'ils les rétractent.
Arrêtent en outre qu'extrait du présent sera notifié dans le
lieu de leurs séances et envoyé au Comité de salut public de la
Convention nationale par le procureur général syndic pro-
visoire ^
Et le lendemain, 15, l'assemblée elle-même adoptait
la rétractation. Elle n'avait plus qu'à se dissoudre. Elle
le fit par un arrêté qui terminait bien tristement cette
campagne commencée avec tant d'enthousiasme :
L'assemblée adopte à l'unanimité l'arrêté suivant :
L'assemblée représentative des communes du Gard prend
connaissance du projet de l'acte constitutionnel; elle y recon-
naît un gouvernement propre à maintenir les droits du peuple,
la propriété, la liberté et l'égalité, la République une et indi-
visible.
Elle déclare aux citoyens du Gard qu'il y a lieu d'accepter
la Constitution.
L'assemblée, considérant en outre que toutes les délibéra-
tions qu'elle a prises dans sa session actuelle et dans la précé-
dente, renferment des principes qui ne sont pas ceux de la
majorité des Français, se rallie à la Convention nationale et
révoque toutes les mesures qu'elle a arrêtées relativement aux
événements des 51 mai, l*"" et 2 juin derniers;
1. Suivent vingt-cinq signatures environ, parmi lesquelles Vigier, Guizot-
Gignoux, Gidi, Sanguinède, Vitalis, Abauzit, Ribes, Bresson, Guizot, Boissières,
Soulier; les dernières avec les mots : J'adhère.
'^7
190 PART. II, CHAP. XII. MONTPELLIER ET MMES.
Arrête qu'elle reconnaît la Convention nationale;
Déclare [déclaration bien inutile] qu'elle n'est plus en état
de résistance à l'oppression ;
Rapporte toutes les délibérations qu'elle a prises contraire-
ment à la présente, conformément à l'article 1" du décret du
26 juin dernier;
Arrête que la présente déclaration sera signée individuelle-
ment par chacun de ses membres, qu'extrait en sera notifié
dans le lieu de sa séance, qu'elle sera publiée et affichée dans
la ville de Nîmes, imprimée et envoyée aux communes et à
la Convention nationale et au Comité de salut public'.
Le registre constate que l'arrêté fut pris à l'unanimité.
Suivent deux pages de signatures. Ils se rétractent, donc
ils ont adhéré : ample matière pour les proscriptions qui
vont suivre.
Les deux agents du Conseil exécutif qui se trou-
vaient à Nîmes éprouvèrent sans retard les effets du
changement accompli. Dès le 16 juillet, ils furent décla-
rés libres et invités à venir reprendre leur commission
officielle. Sabonadière, dans une lettre du 18 à son
ministre, lui rend compte de la manière gracieuse dont
il a été reçu. Deux autres lettres, qu'ils écrivirent l'un
et l'autre à la date du 31 juillet, jettent quelque lu-
mière sur le passé et sur le présent. Feydel ne dissi-
mule pas qu'on ne se faisait pas grande idée à Nîmes
des partisans de la Convention telle qu'elle était :
On a d'abord été surpris qu'il pût exister des hommes qui,
respectant la représentation nationale, n'assassinassent pas
sur les grands chemins et ne missent pas seulement la main
dans les poches!
Quels bandits pouvaient les égaler? Sabonadière re-
i. Arcliives du Gard, assemblée représcutulivc, 15 juillcl.
Y. DÉFAITE ET SOUMISSION, 191
vient sur l'état des esprits dans la ville de Nîmes. Quand
il y est arrivé, il les a trouvés soulevés par les événements
de Paris, mais, à son avis, c'était bien aussi par l'influence
des prêtres et des ex-jésuites ; et les riches donc ? ils
voyaient dans l'emprunt forcé comme un acheminement
à la loi agraire. Notre agent s'est appliqué à les ras-
surer; il a prêché l'acceplation de la Constitution, et
désormais il n'a plus de crainte. Il montre aussi quelles
garanties on trouve dans l'état de la population. On peut
compter sur les protestants ; parmi les catholiques on
doit regarder comme patriotes ceux qui suivent les
prêtres assermentés; mais, ajoute-t-il, a beaucoup qui
jadis n'allaient pas à la messe font plusieurs lieues pour
assister clandestinement à la messe d'un réfractaire* ».
Dans une letlre du 16 août il reconnaît pourtant
qu'on parle ouvertement de contre-révolution à Nîmes
et qu'il y aurait péril si l'armée de Carteaux et de Dubois-
Crancé éprouvait un échec; mais cela lui paraît peu
probable. Son rapport du 29 septembre revient avec
plus de détail sur ce qu'il a dit de ses antécédents et de
sa mission, il parle de ses prédications dans le temple
des protestants à Nîmes pour les amener à la Consti-
tution, et de celles qu'il a faites dans les campagnes.
La partie occidentale du département est généralement
protestante; la partie orientale catholique. 11 y a ren-
contré « l'esprit de la Vendée ». 11 donne aussi quel-
ques renseignements sur ce qui faisait oflîciellement
l'objet de sa mission. Religion: les églises peu suivies;
1. Archives nationales, F i", 551. — Il note que les ouvriers tie Nîmes, tisse-
rands et ouvriers en soie, souffrent beaucoup du renchérissement des objets de
(iremière nécessité : car leur salaire ne s'est pas élevé à proportion; elïet désas-
treux de la loi du maxinnim. — H y a d'autres observations de cet agent qu'il
ne serait pas sans intérêt de recueillir.
192 PART. II, ClIAP. XII. MONTPELLIER ET NIMES.
haine pour les prêtres constitutionnels qui les desser-
vent; un seul prêtre marié. Assignats : discrédités.
Instruction: en souffrance; faire un journal, etc. Le
rapport de Feydel (14 septembre) signale aussi les divi-
sions religieuses dominant les divisions politiques ; les
protestants essentiellement républicains ; les catholi-
ques qui le seraient aussi sans l'action des prêtres, et
il signale en particulier un ex-jésuite nommé Paulian.
Il finit en disant :
Je m'aperçois que je n'ai pas dit un mot des fédéralistes,
c'est qu'il n'y en a point là. Je n'ai vu ni fédéralistes ni
royalistes. J'ai vu des gens qui attendent les Espagnols ; d'au-
tres qui consentiront à demeurer Français, à condition qu'on
leur rendra l'ancien régime dans son intégrité; d'autres
enfin qui veulent une théocratie pure. Pensez à Paulian.
N. B. Au total, la masse est bonne, mais c'est une cire qui,
pour quelque temps du moins, ne serait pas impétrissable par
les tyrans coalisés.
Accusation gratuite contre le patriotisme d'un dépar-
tement qui ne méritait pas cet outrage.
Julien, dans son rapport général sur les administra-
tions rebelles, est loin de méconnaître la gravité du
mouvement fédéraliste à Nîmes, et il reporte toutes ses
colères sur ceux qui l'ont dirigé : « Le peuple désabusé,
dit-il, ne vit bientôt dans ces administrateurs intri-
gants, dans ces comités de salut public vendus à une
faction impie, que de vils histrions, dont le métier est
d'amuser un moment et d'ennuyer un instant après; la
vérité, qu'on avait cachée à ses yeux, était connue, et
les tables de la loi lui avaient été présentées du haut
d'une montagne d'oîi partaient la foudre et les éclairs :
ces petits despotes ambulants en avaient été effrayés,
VI. LOZERE. 195
et, le désespoir dans l'àme, ils furent se cacher au mi-
lieu des frôles roseaux d'un marais infect' ! »
Ils ne pouvaient pas s'y cacher. Julien dans son rap-
port en signale les chefs; et la justice révolutionnaire
saura les y aller prendre.
VI
Lozère.
Ce n'est pas du département de la Lozère que l'agent
Feydel aurait pu dire : « Ni fédéraliste, ni royaliste ».
L'administration de la Lozère avait envoyé son adhésion
au mouvement fédéraliste dont la ville de Nîmes s'était
constituée le centre dans le Midi ^; mais l'esprit du dé-
partement était surtout royaliste.
Dès le temps de l'Assemblée constituante, un rassem-
blement, que l'on a porté à 30 000 hommes, s'y était
formé autour du château de Jalès (le camp de Jalès,
comme on l'appela) % annonçant l'intention de défendre
la religion et le roi menacés (septembre 1700) \ Ce ras-
semblement fut dispersé vers la fin de février 1791 ^
1. Julien, Rapport, p. 93.
2. Et auparavant à l'abolition de la royauté, 20 janvier 1793. Areliives
nationales, D xl § 4, carton 21, liossier Loici'e. — Adresse analogue de Marve-
jolï, reçue le 29 mars ; même dossier.
3. Voyez le livre très intéressant de M. Ernest Daudet, Histoire des conspi-
rations royalistes du Midi sous la liévolution, 1790-1793 : I, le camp de
Jalès; II, la conspiration de Saillant; III, l'infâme Charrier. — Je lui signale pour
une prochaine éJilioa les documents complémentaires qu'il pourra trouver sur
Charrier dans plusieurs cartons des Archives nationales, D § 1, cartons 37,
38 et 39 (Missions de Rouyer, Brunel et Letourneur dans les départements
maritimes méridionaux).
4. Voyez le Moniteur des 5 et 8 septembre et des 10 et 30 octobre 1790,
t. V, p. 558 et 5SG ; t. VI, p. 77, 134 et 258.
5. Moniteur du 7 mars 1791, t. VII, p. 556 et 557.
niiVOL. DU 31 MAI, II — 13
194 PART. H, CILVP. XII. MONTPELLIER ET NIMES.
Mais le pays était resté royaliste et le chef-lieu, Mende,
manifestait des dispositions fort peu sympathiques aux
institutions nouvelles que l'Assemhlée nationale avait
données à la France. Les patriotes étaient mal vus, la
garde nationale à peine organisée ; très peu portaient la
cocarde nationale; on faisait prendre la cocarde blanche
aux enfants. Le directoire du département crut devoir
recourir à la force armée et demander l'envoi de quel-
ques troupes au ministre de la Guerre : c'était entrer
en lutte avec la municipalité, qui protesta et se fit ap-
puyer par les communes du voisinage. Le ministre
répondit pourtant à l'appel du département et fit passer
à Mende trois compagnies du 21" régiment, ci-devant
Lyonnais. A cette nouvelle, la garde nationale s'orga-
nisa comme par enchantement. Toute composée d'aris-
tocrates (on sait ce que cela voulait dire), elle prit pour
commandant un sieur Borel, capitaine de la gendarme-
rie nationale; pour officiers, des ex-nobles: Bertrand,
Chérit, Retz, Servière : on les pressait depuis si long-
temps de s'armer qu'on ne pouvait pas leur refuser des
fusils. Quand les trois compagnies approchèrent, la
garde nationale prit les armes : était-ce pour leur faire
honneur ou pour les combattre? On n'aurait su le dire,
mais, quand elles entrèrent dans la ville au cri de vive
la nation, elles furent reçues au cri de vive le roi :
c'était, la royauté étant encore debout, presque déjà un
cri séditieux. Du moins était-il fort significatif, et ce
qui le fut davantage, ce fut l'attitude de la population.
Les troupes de ligne avaient été reléguées dans un fau-
bourg éloigné. Quelques soldats étant sortis, chantant
des chansons patriotiques, ils furent insultés, puis
assaillis par un groupe de gardes nationaux; quatre
VI. LOZÈRE. 195
reçurent des coups de baïonnette, et même un d'eux en
mourut. La lutte menaçait de devenir générale : les
troupes, ralliées dans leur casernement, s'apprêtaient
à s'y défendre. Pour éviter l'effusion du sang, le procu-
reur général syndic requit le maire d'enjoindre à leur
chef de les consigner dans leurs quartiers.
Le maire voulut donner à cette injonction un carac-
tère plus solennel : ce fut la municipalité tout entière,
le commandant de la garde nationale et le procureur
général syndic qui vinrent signifier l'ordre à la troupe ;
puis, non contents de cette trêve imposée aux soldats,
les officiers de la garde nationale requirent la munici-
palité de les faire partir le lendemain malin. Le com-
mandant des compagnies finit par céder, et ce triomphe
fut célébré par des excès contre ceux qui étaient connus
pour patriotes.
Les plaintes adressées à l'Assemblée législative furent
l'objet d'un rapport où ces faits se trouvent consignés :
il concluait à l'arrestation du commandant et des prin-
cipaux officiers de la garde nationale, ainsi que de l'ex-
comte du Saillant, ancien page du roi. Le maire n'avait
pas été compris dans ce rapport, mais on a vu quel avait
été son rôle; et l'ancien évèque, M. de Castellane, retiré
dans le château de Ghanac, était signalé comme ayant
donné des armes et de l'argent aux paysans de sa rési-
dence : maire et évèque furent l'objet d'un second décret.
Enfin, il y avait un homme que l'on ne suspectait pas
moins : c'était l'ex-constituant Charrier, qui avait mon-
tré tant de vigueur dans son opposition au sein de l'as-
semblée. On disait qu'il était dans les montagnes, ral-
liant les paysans et les formant au maniement des armes
comme en vue de la guerre civile. Mais il n'avait point
190 TART. Il, CIIAP. XII. MONTPELLIER ET NIMES.
figuré dans cette affaire. On se contenta pour le moment
de veiller sur lui\
Le comte du Saillant, décrété d'accusation, ne se
laissa pas prendre. Un rassemblement armé s'étant
formé à Saint-Sauveur, puis à Clusière, il se mit à la
tète et avec 2000 hommes s'empara des châteaux de
Jalès et de Banes ^ Mais il fui chassé lui-même des posi-
tions qu'il avait occupées et périt dans sa fuite^
La chute de la royauté, la proclamation de la Répu-
blique, la mort du roi devaient infailliblement ranimer
un feu que l'on n'avait jamais bien éteint. Charrier,
alors, entra en scène avec ses paysans, et les circon-
stances paraissaient favorables au milieu des résistances
que rencontrait la levée des 500 000 hommes au mois
de mars, et des querelles qui déchiraient la Convention
pendant les mois d'avril et de mai. Le procureur géné-
ral syndic du Puy-de-Dôme, dans une lettre adressée à
Ghâteauneuf-Randon et lue par lui à la Convention
le samedi soir, 1" juin, — au milieu de la révolution
qui s'accomplissait — jetait un cri d'alarme :
Deux mots, lui disait-il : à peine ai-je le temps de vous les
écrire. Deux commissaires du Cantal sont venus nous an-
1. Séance du mercredi 28 mars 1792, Moniteur du 51, t. XI, p. 7C3-765,
cf. p. 760 et le rapport verbal de Coullion dans la séance du 20 mars, ibid.,
p. 731.
2. En 1792 (20 mars), il avait été question de démolir le château de Jalès,
mais un député fit observer que ce n'était qu'une vieille maison, avec des fosses
et un colombier qui avait servi de citadelle. [Moniteur du 21 mars, t. XI, p. 680.)
Il paraît pourtant qu'on y avait remis quelques troupes, puisque le comte du
Saillant les en délogea. [Moniteur des 9, li et 10 juillet, t. XIII, p. 78,
125 et 145.)
3. Moniteur du 18 juillet, ibid-, p. 165. Les papiers saisis sur lui donnèrent
matière à de nombreuses arrestations (Séance du 18 juillet. Moniteur des 20
et 21 juillet 1792, ibid., p. 185 et 180). Les accusés, cités d'abord devant la
haute cour à Orléans, furent, à ré|)oque où ou la supprima, renvoyés devant le
tribunal criminel de l'Ardèche, 50 janvier 1795. [Moniteur du 51, t. XV, p. 314.)
VI. LOZERE. 197
noncer qu'une insurrection terrible venait de se manifester
dans le département de la Lozère. Les brigands ont à leur tète
l'ex-constituant Charrier et cinquante prêtres réfractaires.
Ils se sont emparés de plusieurs districts, et ont massacré
tous les fonctionnaires publics. Ils font des tentatives pour
surprendre la principale ville du, département du Cantal.
Nous avons fait des réquisitions dans tous les districts*.
Mais dans les départements voisins, Aveyron, Cantal,
Haute-Loire, Puy-de-Dôme, on s'armait pour étouffer ce
mouvement. Les insurgés furent forcés dans Marvejols
le 29 mai, et refoulés vers Monde où, de toute part, on
accourait pour les cerner. Un rapport des autorités du
Puy en donnait la nouvelle à la Convention (séance du
7 juin^), et le lendemain on en recevait la confirmation
par une autre lettre des corps administratifs de Saint-
Flou r :
La Lozère est sauve ; le chef des brigands fanatiques, l'in-
fâme Charrier, et Laporte, son aide de camp, ont été pris
avant-hier par le détachement de l'Aveyron, posté à Nasbi-
nals. Ces scélérats ont été conduits à Rodez pour y expier
leurs horribles forfaits. Nous nous faisons un devoir sacré
d'annoncer à la Convention nationale cette heureuse nouvelle
par un courrier extraordinaire. Vive la République. Vive la
Convention nationale^!
Le 7, un député avait communiqué encore à la Con-
vention une lettre « d'un bon républicain », lettre dont
il ne garantissait pas « l'authenticité » d'ailleurs, an-
nonçant que Charrier, chef des révoltés, avait été pris
1. Monilew du 4 juin 1795, t. XVI, p. 545. J'ai dit que l'on trouvait des
détails sur ce mouvement de Charrier, dans plusieurs pièces des Archives natio-
nales, D XL g 4, caiton 37, dossiers 11 cl 12, cartons 58 et 59, dossiers 13
et 14.
2. Moniteur des 8 et 9, ibid., p. 580 et. 580.
5. Ibid., p. 587.
198 PART. 11, CIIAP. XII. MONTPELLIER ET NIMES.
et cent quatre-vingt-quatre rebelles guillotinés S — La
nouvelle, sur le second point, était loin d'être authenti-
que : le « bon républicain » s'était trop hâté de prendre
ses désirs pour des réalités.
Charrier avait été pris, en effet, et on le conduisit à
Rodez : la Lozère ne paraissait point un pays assez sûr ;
mais on y retint le gros des insurgés, qu'on estima inutile
de faire juger ailleurs". Quant à Charrier lui-même,
pris le 51 mai, il était resté longtemps sans qu'on le
traduisît devant le tribunal de Rodez. Le 6 juillet,
Louchet s'en plaignait à la Convention, et un autre
membre disait avoir reçu une lettre où on lisait que
les contre-révolutionnaires de la Lozère, enhardis par
cette impunité, se préparaient à faire de nouveaux
mouvements. Un troisième donnait une raison assez
plausible de ces relards, c'est qu'on n'avait pas mis la
main encore sur tous les complices de Charrier, et que
l'on craignait qu'ils n'échappassent, si l'on divulguait
trop tôt les secrets de l'affaire. La lutte contre le fédéra-
lisme était alors au moment critique, on n'aurait pas
été fâché de relier à une insurrection royaliste la résis-
tance à la révolution du 51 mai. Levasseur dit que le
Comité de salut public voulait faire venir Charrier à
Paris, parce qu'il avait promis de faire connaître une
grande conspiration qui s'étendait depuis Marseille jus-
qu'à Rordeaux :
Et n'avez-vous pas remarqué, ajouta-t-il, que c'est depuis
qu'on a su que Charrier était conduit à Paris que les députés
détenus ont pris la fuite et sont allés à Caen?
1. Séance du 7 juin, Moniteur du 8, t. XVI, p. 579.
2. Voyez sur ce soulèvement et sur le concours des départements voisins
pour le reprimer, Mège, Le Ptiij-cle-Dôine en 1793, cli. ni, p. 4G et siiiv.,
et les Pièces, etc., n"' xiv-xx.
YI. LOZÈRE. 199
De violents murmures ayant éclaté à la droite :
Les murmures qui viennent de s'élever, continua-t-il,
sont une preuve de ce que je viens de dire. {Mêmes rumeurs.)
Afin de ne pas laisser croire qu'on voulût ensevelir
les déclarations de Cbairier, un membre demanda que
les deux commissaires envoyés dans le département de
la Lozère, Maillie et Châteauneuf-Randon, s'adjoignissent
deux membres du département et deux de la Société
populaire pour recevoir ses déclarations : ce qui fut
adopté. Mais Ducos, ami des proscrits, girondin lui-
même et libre encore, ne voulant pas qu'on pût un seul
moment soupçonner de royalisme la patrie de Barba-
roux non plus que celle de Vergniaud, — la sienne,
— dit :
Je demande que les interrogatoires et la procédure de
Charrier soient imprimés et envoyés à la Convention natio-
nale ; il faut enfin connaître cette grande conspiration qui
s'étend depuis Marseille jusqu'à Bordeaux ; il faut enfin que
l'on sache s'il est vrai qu'à Bordeaux les assignats sur lesquels
l'effigie du ci-devant roi n'est point empreinte, ne sont point
admis dans la circulation, ou bien si ces bruits ne sont
répandus que pour indisposer le peuple français contre deux
villes qui ont bien mérité de la patrie. Je demande l'impres-
sion de la procédure de Charrier.
Duroy reprit :
Je demande aussi l'envoi de la procédure de Charrier à la-
Convention nationale, mais je m'oppose à son impression ;
elle ferait connaître les complices de Charrier et leur donne-
rait le moyen de se soustraire à la vengeance des lois.
La proposition de Duroy fut décrétée ^
1. Moniteur du 8 juillet 1793, t. XVII, p. 60.
200 PART. II, ClIAP. XII. MONTPELLIER ET NIMES.
Quelques membres de la droite, appuyant la propo-
sition de Ducos, demandèrent l'impression de la procé-
dure, mais Tordre du jour écarta cette proposition.
Charrier fut condamné et exécuté, et ses déclarations
envoyées à la Convention : le fait est consigné au Moni-
teur, dans la séance du 25 juillet \ Mais la preuve que
l'on n'y trouva pas cette connexité de son insurrection
avec celle des fédéralistes, c'est qu'on n'en parla pas
davantage.
Autre preuve : Ceux qui avaient combattu la révolte
étaient ceux qui se prononçaient le plus fortement
contre l'insurrection triomphante à Paris ; Lavau-
gayon, le commissaire de Cordeaux, en rend témoi-
gnage. Ils convoquèrent les assemblées primaires, et les
députés nommés par les communes vinrent se réunir,
le 50 juin, aux autorités constituées. On adhéra, dans
cette réunion, aux mesures prises à Bordeaux. Mais on
ne leva point de force départementale : on craignait le
retour de l'insurrection, loin de s'en appuyer. Les pro-
consuls envoyés dans le pays ne trouvèrent devant eux
que les débris de la troupe de Charrier à déiruire. Elle
ne laissait pas que d'inspirer encore quelques in-
quiétudes dans sa dispersion. L'agent Cart écrivait le
14 octobre à son ministre qu'il y avait trop peu de
troupes dans le département, que le moindre échec
encouragerait les rebelles; et le 20, que les forces
étaient enfin réunies, que le moment de la vengeance
nationale arrivait. Il craignait qu'elle ne manquât sa
proie : le 25 (4* jour du deuxième mois de l'an II) il
1. « Chàteauneuf-Ramlon adresse à la Convenlion les déclaralions que Charticr
a faites avant de mourir. Elles sont renvoyées au Comité de salut i)uhlic sans
être lues. » [Monileiir du 24 juillet IT'JS, t. XVII, p. 201-202.)
YII. AVEYRON. '201
disait qu'il fallait profiter du beau temps, sans quoi
les rebelles trouveraient un refuge dans les montagnes,
et il proposait de détruire les maisons qui pouvaient
leur offrir une retraite'; le 29 (8'' du deuxième mois)
il insistait sur la nécessité de laisser dans le pays
2000 hommes jusqu'au printemps ^ Un autre agent,
Glandy, réduit singulièrement les proportions de la
lutte. Il dit que le nombre des rebelles, qu'on avait
porté à G000% était de 200 au plus et qu'il n'y en avait
pas 20 ensemble. « Et l'on a fait venir 10 000 hommes
dans le département », dit-il. Le département en était
écrasé \
L'insurrection royaliste couvrit tout. « Il paraît, dit
Julien, qu'il s'était élevé des soupçons sur l'adminis-
tration de la Lozère; il n'est cependant rien parvenu
à votre Comité de sûreté générale qui puisse faire
présumer que ces administrateurs soient entrés dans
la coalition générale, et ils [n']ont [pas] encore eu le
temps de sortir du pénible état où les avait réduits
le scélérat Charrier \ »
VII
Aveyron.
On a vu que l'insurrection royaliste de la Lozère avait
été réprimée par le concours des départements du voisi-
1. Cf. la lettre du rcprcsoiitant Taillefer, en mission, o'^ jour du deuxième
mois de l'an II (26 octobre 1795), qui raconte la dispersion des rebelles, grâce
aux mesures qu'il a prises.
2. Archives nationales, F i" 550, dossier Cart.
3. C'est le cbiflre qu'avance le représentant T;iillefcr dans la lettre citée.
4. Archives nationales, même dossier.
5. Julien, Rapport, p. 1G5. Le sens paraît demander la correction que j'in-
dique dans le texte.
202 PART. II, CHAI'. XII. MONTPELLIER ET PsIMES.
nage, au temps même où s'accomplissait à Paris la
révolution qui proscrivit les Girondins. Ces départe-
ments, en servant ainsi la cause républicaine, n'en
étaient pas pour cela plus amis du parti qui venait de
mutiler la Convention. VÂvcyron, qui dès le 'iG sep-
tembre avait salué la République \ n'avait pas cessé
depuis de protester contre les factieux. Même les socié-
tés affiliées aux Jacobins de Paris réclamaient et contre
les Septembriseurs et contre Marat, et contre ceux qui
voulaient détourner la Convention de l'accomplissement
de son œuvre ^
A la nouvelle de la Révolution du 51 mai, le dépar-
tement manifesta son indignation. Il forma, comme
Montpellier, une assemblée populaire. Fort de la part
qu'il venait de prendre à la répression de l'insurrection
de Charrier, il s'éleva contre ceux qui, par une autre
insurrection, venaient de mutiler la représentation
nationale, et, par un arrêté du 15 juin, il décida que
la Convention n'avait pas été libre, qu'on organiserait
incessamment une force armée et qu'on ferait une
adresse à l'Assemblée pour l'inviter à se rétablir dans
son intégrité.
A la suite d'une longue censure des actes de la Con-
vention, on y disait à la capitale :
Gardien provisoire de ce dépôt cher à tous les Fiançais,
Paris ne le violerait pas impunément, Paris le remettra dans
toute son intégrité à la France, ou Paris n'existera plus"'.
On comprend la satisfaction qu'éprouva le délégué de
1. Arcliives nationales, D xl § 4, carlon 18, dossier Aveyron.
2. Voyez la note LUI aux Appendices.
3. Julien, Rapport, p. 27.
VIII. ARDÈCIIE. 205
Bordeaux, Lavaugayon, quand il vint à RoJez et trouva
le département dans une altitude si résolue :
L'Aveyron, écrit-il, a été dénoncé par Yintrépide ex-capu-
cin Chabot comme étant en insurrection contre la Conven-
tion. C'est la preuve que ce département adopte vos projets
et qu'il veut être comme vous traître h la patrie, à laquelle
il a fourni six bataillons, et dans ce moment encore 2000 hom-
mes requis pour l'armée de Narbonne.
Mais l'Aveyron ne tint pas plus que l'Hérault et le
Gard. Les autorités constituées n'avaient pas, il est vrai,
absolument abdiqué leurs sentiments : l'agent Glaudy,
envoyé à Rodez le 20 septembre pour éclairer et « vivi-
fier l'esprit du département », déclara qu' « elles ne
battaient que d'une aile » ; et un autre agent, Cart, dit
que le 26 de ce mois le département était encore dans
les plus mauvais principes : on persécutait les patriotes.
Bientôt, changement complet. Le représentant Taillefer
arrivait à son tour, chargé de réprimer les troubles de
la Lozère. Un comité révolutionnaire fut établi, les
fonctionnaires « prévaricateurs » remplacés ; et les
troupes rassemblées pour traquer les rebelles royalistes
étaient plus que suffisantes pour empêcher le fédéra-
lisme de remuer*.
VIII
Ardèclie.
Le département de l'Ardèche avait aussi coopéré à la
répression du soulèvement royaliste de Charrier, mais,
comme l'Aveyron, il n'en était pas mieux disposé pour les
\. Rapport de Cart. 5 frimaire an II (25 novembre) 1795. (.archives nationales,
Fi' 550, dossier Cari.)
204 PART. Il, Cn\P. XII. MONTPELLIER ET NIMLS.
factieux de Paris. La société républicaine de Viviers
écrivait à la Convention le 28 mai :
Ce sont vos divisions, législateurs, qui ont conduit la Ré-
publique sur le penchant de la ruine. Votre réunion seule
peut la sauver
C'est le flambeau de la discorde qui décliire voire sein,
qui a allumé dans quelques départements le feu de la guerre
civile. Eteignez ce flambeau, si vous voulez arrêter l'in-
cendie.
Nous vous conjurons donc,... faites à cette patrie en danger
le généreux sacrifice de vos haines'....
Le 2 juin, au moment oii la révolution s'achevait à
Paris, la Société des amis de la liberté de Tournon écri-
vait, à son tour, à la Convention :
Législateurs, entendez la vérité ; elle est le fondement le
plus sûr de la liberté des nations et du bonheur des peuples.
... Hàtez-vous de remplir la tâche que vous vous êtes
imposée
... Reprenez une dignité trop longtemps compromise.
Rétablissez dans vos séances le calme qui permet la discus-
sion—
Législateurs, vous n'êtes plus vous-mêmes, vous êtes la
République française.
Faites donc aimer la vertu — Loin de vous ces projets
sanguinaires, ces proscriptions hideuses. Ils engendrent la
discorde, mère de l'anarchie, et l'anarchie vomit le despo-
tisme.
« Cette adresse, dit le procès-verbal, rédigée séance
tenante, a été adoptée à l'unanimité, et il a été arrêté,
aussi à l'unanimité, que la société voue à l'exécration
des générations présentes et futures l'infâme et sangui-
1. Arcliives nsUonales, D xl § 4, carton 18, dossier Ardèclie,
VIII. ÂRDÈCHE. 20d
naire Marat, tous ses fauteurs et complices et tous les
partisans de l'anarchie*.»
Et les habitants de la ville écrivaient, de leur côté, à
la Convention, la mettant en demeure de quitter Paris
si les factieux en rendaient le séjour impossible à des
législateurs ^
C'est dans ces dispositions d'esprit qu'on reçut la
nouvelle de la révolution. Un des députés de l'Ardèche,
Saint-Prix, qui avait signé la protestation des soixante-
quatorze et fut pour cela détenu quinze mois en
prison % avait écrit le 7 juin au maire de Saint-
Peray :
Vous trouverez ci-joint, mon cher concitoyen, un imprimé
dans lequel vous verrez une partie des événements qui se
sont succédé depuis le 27 mai et que la tyrannie s'efforce
de cacher à la République ; mais la vérité, malgré les en-
traves de toute espèce, percera et le peuple saura tout. Dans
peu vous aurez connaissance d'une lettre que la députa tion
adresse à ses commettants et qui est l'exposé fidèle de tous
les faits. Nous n'avons pas pu la faire passer plus tôt, vu qu'on
ouvre tous les paquets et qu'on ne laisse passer que ceux qui
flattent les oppresseurs *.
Le conseil général de l'Ardèche se déclara en perma-
nence; il convoqua les assemblées primaires et fit un
manifeste à tous les habitants du département (21 juin).
En même temps il en avertissait la Convention par une
1. Archives nationales, D xl § 4, carton 18, dossier Ardèche. (Une page de
signatures.)
2. Voyez la note LIV aux Appendices.
5. Douze mois par la haine de la faction, trois mois par l'oubli des thermi-
doriens.
4. Mortimcr-Tcrnaux, t. VIT, p. 569. — M. Mortimer-Ternaux pense que cet
exposé n'a pas été fait. Je ne l'ai pas trouvé plus que lui dans les cartons des
Archives nationales.
206 PART. II, CIIAP. XII. MONTPELLIER ET NIMES.
autre adresse, qui fut imprimée et envoyée dans tous ses
chefs-lieux'. On y lisait:
Les citoyens de ce département demandent à grands cris
de connaître les faits. Ils attendent encore quelques instants,
mais c'est avec le calme qui précède l'orage.
Mais l'orage n'éclata point. Julien, dans son rapport
sur les administrations rebelles, rend bon témoignage à
l'administration, qui s'était mise en parfait accord avec
les commissaires de la Convention ^
1. On en trouve un exemplaire clans les Archives de l'Eure.
2. Julien, Rapport, p. '20.
CHAPITRE XIII
MARSEILLE, TOULON, AVIGNON.
I
Marseille au 51 mai.
Ils ne sont plus, les héros de la Révolution, s'écriait
Julien dans son rapport. Marseille est devenue le centre de la
rébellion et de l'anarchie : la représentation nationale y est
méconnue et avilie ; l'autorité des lois suspendue ; le trésor
national arrêté; les patriotes sacrifiés; les secours communs
déniés ; les conspirateurs favorisés, et les meurtriers soute-
nus. Un tribunal, proscrit par la loi, dicte ses arrêts sangui-
naires sur les vengeances particulières; et les sections enfin,
se laissant dominer par les factieux, secouent la torche de la
guerre civile dans toute la République : tout le Midi coalisé
suit l'exemple des Marseillais, et c'est dans leur ville qu'est
établi le dépôt de leurs projets fédéralistes.
Qu'êtes-vous devenus, hommes du 10 août'?...
Les hommes du 10 août auraient pu répondre qu'ils
n'avaient, pour la plupart, rien de commun avec Mar-
seille; ou plutôt Marseille, qu'elle était bien générale-
ment étrangère aux hommes du 10 août\ Marseille,
i. Julien, Rapport, p. 29, 30.
2. C'est un fait établi par M. Moitimer-Ternaux, Histoire de la Terreur,
t. n, p. 142.
208 PART. Il, CIIAP. XllI. MARSEILLE, TOULON, AVIGNON.
notre plus grande ville de commerce, ne pouvail avoir
aucune sympathie pour les excès de la Révolution. Les
riches négociants qui faisaient la force de sa hourgeoisie,
et la plus grande partie du peuple, qui vivait de ce grand
mouvement d'affaires, étaient contraires à ce régime
anarcliique qui menaçait de l'arrêter \ et la ville, en
effet, n'avait pas lardé à en ressentir la funeste in-
fluence. Dès avant le 10 août 1792, on criait à Mar-
seille contre les infâmes conspirateurs (car c'étaient le
roi et les aristocrates qui, de notoriété jacobine, conspi-
raient à la veille du 10 août!), et le 24 juillet, dans une
sédition, six personnes avaient été pendues, sans forme
de procès, comme contre-révolutionnaires. Ce fut bien
pis après cette révolution, dont on prétendait faire le
principal honneur aux Marseillais : de nouvelles vic-
times succombèrent dans la ville et aux environs, car
cette fureur se répandit au dehors. La ville d'Arles, qui
avait ses révolutionnaires (les Monnoidiers "), vit leur
troupe se grossir et leurs excès s'accroître par l'arrivée
des bandes de Marseillais '\
Cependant la bourgeoisie de Marseille réagit contre
ces violences ; et elle trouva de l'appui dans la plus
grande partie de la population. Le 11 septembre 1792,
le conseil général de la commune établit un double
tribunal, tribunal d'accusation et tribunal de jugement.
Les vingt- quatre sections de la ville furent appelées à
nommer quarante-huit commissaires qui devaient se
1. Julien, Uapjwrl, p. 32.
2. Ainsi aiipclés, dil-on, |)arcc que leur club se tenait à i'iiôlel de la Mon-
naie. (Voyez M. V. de Baumel'ort, Tribunal révolutloiinaii-e d'Orange.)
3. Uisloirc du lerrorisme dans la coinnmnc d'Arles, servant de suite au
Mémoire publié pour cctle commune le 8 floréal (an II). (Bibliotlièque nationale,
Lb" 1771.)
I. MARSEILLE AU 31 MAI. 209
partager entre ces deux tribunaux ou, pour mieux dire,
ces deux sections d'un même tribunal. Pour faire une
arrestation, il fallait la signature de trois membres, au
moins, du tribunal d'accusation ; pour déclarer l'accusa-
tion, la décision des trois quarts au moins de ses mem-
bres ; pour condamner, la présence des trois quarts au
tribunal de jugement : les dénonciateurs, les témoins,
le prévenu et son défenseur entendus. Les délits contre
la liberté et l'égalité, les complots contre-révolution-
naires étaient seuls de la compétence du tribunal,
d'après l'acte de son institution; mais, dès le 5 octobre,
quatrième jour après qu'il avait été installé, les provo-
cations au meurtre, à l'incendie et au pillage, les
destructions de clôture, les attentats à la propriété et à
la sûreté des personnes lui furent aussi renvoyés ^
Telle fut la composition, telles étaient les formes de
ce tribunal, qui s'appelait cà Marseille tribunal popu-
laire, que la Convention plus tard appela « un tribunal
de sang, dont les jugements étaient des assassinats ».
En fait, il ne frappa que des assassins à qui toute
impunité était laissée par le tribunal criminel : on
s'explique la conduite de ces derniers juges quand on
les retrouve, tout autrement actifs, dans le tribunal
révolutionnaire dont nous parlerons ailleurs.
Cette institution et les démarches soit de la ville,
soit des fédérés de Marseille depuis l'ouverture de la
Convention, avaient excité, non sans raison, les défiances
du parti montagnard'; et Marseille ne s'était point
bornée à l'établissement de son tribunal populaire. Ses
trente-deux sections (vingt-quatre de la ville, huit di7
1. Ijerriat-Saiiit-Prix, la Justice l'évohdioniiairc, t. I, p. 580-382.
2. Voyez la note LV aux Appendices.
KKVOL. Dn 51 MAI. II — 14
210 PART. II, CIIAP. XIII. MARSEILLE, TOULON, AVIGNON.
territoire) avaient formé un comité central ou général,
dont l'action s'étendait au dehors.
Les représentants Boisset et Moyse Bayle, envoyés dans
la Drôme et dans les Bouches-du-Rliône à l'occasion de
la levée des 500 000 hommes, s'étaient émus de ces
mesures extralégalcs; mais les sections n'avaient pas
été intimidées par leur présence. Elles les avaient traités
en vrais suspects. La X'' section avait chargé des com-
missaires de visiter leur correspondance, jusqu'à con-
traindre les deux représentants à briser un secrétaire
dont ils n'avaient pas la clef; elle avait arrêté qu'il leur
serait signifié de sortir de la ville dans les vingt-quatre
heures, sous peine d'arrestation ; et ils n'avaient pas
attendu l'effet de celte menace. Ils partirent, cassant
tant le tribunal populaire que le comité central des
sections (2 mai) ; et de Montélimar, où ils s'étaient re-
tirés, ils envoyèrent à la Convention nationale le récit
de leur mésaventure et l'arrêté qui en était la conclu-
sion (4 mai) *.
Marseille n'avait pas attendu l'accusation pour se
défendre. Le l"" mai, les commissaires des sections écri-
vaient au président de l'Assemblée :
Citoyen président, toutes les sections de Marseille, ne for-
mant qu'un peuple de frères, s'occupent en ce moment de
rédiger une adresse à la Convention nationale, et de lui
envoyer des commissaires pour la présenter. Ils feront à la
Convention le tableau fidèle de la situation de cette grande
cité ; elle y verra quels sont ses priucipes, ses sentiments,
ses vœux. Jusqu'alors la Convention trouvera équitable, sans
1. LeUre lue clans la séance du 12 mai, Mo)iileiir du 14, t. XVI, p. 571.
Cf. leur compte rendu à la Couvcnlion nalionalc, imprimé par ordre de la Con-
vention, 20 juin 1793. (Bibliothèque nationale, Le^'* 18.)
I. MARSEILLE AU 51 MAL 211
doute, de se prémunir contre toutes les déclamations que la
calomnie pourrait vomir contre nous ; nos vertus républi-
caines sauront la confondre, et nos détracteurs n'obtiendront
que la boute qui leur est si bien due.
Tous les Marseillais ont juré de soutenir la République
une et indivisible, fondée sur la liberté, l'égalité et l'obser-
vation rigoureuse des lois. Ils en renouvellent le serment
entre les mains des représentants de la nation K
Ils joignaient à leur lettre la proclamation de la
municipalité et sa circulaire aux municipalités de la
République, pour réfuter le bruit répandu que Marseille
était en contre-révolution. La proclamation disait pour-
quoi les sections de Marseille étaient en permanence.
La circulaire faisait connaître à la France entière l'esprit
qui les animait :
Le vœu constant et bien prononcé des Marseillais est de
soutenir la liberté et l'égalité, de protéger les personnes et
les propriétés, de soutenir de toutes leurs forces l'unité et
l'indivisibilité de la République française.
El, sur la proposition de Lidon, la Convention vota
la mention honorable de leur conduite et l'insertion de
leurs dépêches au Rulletin ". C'est le 6 mai que l'on
prenait cette décision; c'est le 12 que l'on reçut la
lettre des deux représentants qui montraient la con-
duite et les actes des sections marseillaises sous un
tout autre jour. Cette lettre souleva un vif débat;
mais Barbaroux était là pour défendre ses concitoyens,
et les Girondins pour l'appuyer. Ils récriminèrent
contre ces commissaires qui, envoyés pour la levée des
300 000 hommes, se permettaient tout et restaient
i. Séance du G mai 1793, Moniteur du 8, l. XYI, p. 520.
1. Ibid., 520,521.
212 PART. II, CHAP. XIII. MARSEILLE, TOULON, AVIGNON.
malgré des ordres de rappel. Qu'avaient fait les Mar-
seillais en instituant leur comité central et leur tri-
bunal populaire?
Les amis de la liberté, las de l'oppression, ont repris leurs
droits, l'anarchie a été terrassée et voilà la contre-révolution !
Heureuse contre-révolution ! Ainsi elle s'opérera dans toute la
France.... Oui, Marseille a fait la contre-révolution comme la
philosophie la fit, en triomphant du fanatisme et de la su-
perstition, etc.
La Convention vota la suspension de l'arrêté des deux
représentants jusqu'à leur retour ^ Ils vinrent s'expli-
quer à la Convention le 2 juin, le jour où la révolu-
tion du 51 mai fut consommée ^
Leur arrêté, frappé de suspension à Paris le 12 mai,
n'avait pas été, comme on le suppose bien, observé un
seul jour à Marseille. Le 21 mai, le comité général
faisait afficher cet avis :
Le comité général des trente-deux sections de Marseille à
ses commettants, salut :
Yous avez chargé le comité général des trente-deux sections
du salut de la cité. Il s'y consacre sans ménagement"....
Et il invitait les bons citoyens à lui apporter les ren-
seignements qu'ils pourraient lui fournir.
Le 22 mai, l'administration des Bouches-du-Rhône
prenait un arrêté pour l'établissement des assemblées
permanentes de sections dans toutes les communes du
ressorte Le 27, la municipalité de Marseille reprenait
i. Moniteur du 14 mai 1793, t. XVI, p. 371-373.
2. Mouilcur du 5 juin 1793, t. XYI, p. 552.
5. IJibliothèquc de Carpcntras, eoUeclion Tissot, n" 59, f° 378.
4. lOid., i" 370.
I. MARSEILLE AU 51 MAL 215
l'offensive. Elle répondait à la demande de proscription
des vingt-deux Girondins par une demande de proscrip-
tion contre Marat, devenu plus insolent depuis son
triomphe au tribunal révolutionnaire. On avait fait
tomber la tête du dernier despote, disait-elle, mais
l'anarchie était toujours debout :
La tête de ce monstre est à Paris ; elle montre audacieuse-
ment son front hideux dans votre propre sein. C'est du milieu
de vous qu'elle exhale les poisons mortels qui se répandent
avec rapidité dans tous les départements. Enlin c'est Marat,
l'exécrable Marat, cet être impur, vomi par les enfers pour
ne faire de la France qu'un vaste cimetière, etc.
Ses crimes ont pour témoins tous les Français, et ce scélérat
respire, et ses forfaits demeurent impunis
Législateurs, il est temps de sauver la France. Il est temps
de déployer l'énergie qui convient aux représentants de vingt-
cinq millions d'hommes libres. Ne souffrez pas davantage
que des tribunes insolentes et vendues à Pitt vous dictent la
loi. Si vous ne pouvez dans Paris détruire l'anarchie en fai-
sant tomber la tète de Marat et de ses complices, quittez cette
ville aveugle, qu'une faction puissante domine aujourd'hui
par la stupeur de ses nombreux habitants; placez- yous dans
quelque autre ville de la République où vous puissiez ma-
nifester librement vos opinions et vous livrer sans obstacle
au grand œuvre d'une constitution fondée sur la liberté et
l'égalité, dont Marat et consorts redoutent l'établissement,
parce qu'elle doit les replonger dans le néant d'où ils ne sont
sortis que pour le malheur du genre humain'.
En attendant, Marseille se donnait la satisfaction de
supprimer le club où dominait l'esprit de Marat. Une
correspondance, en date du 5 juin, porte :
i. Archives nationales, D lx § 4, carton 18, dossier Douches -du-Rhône. (Une
page de signatures.)
21 i PART. II, CHÂP. XIII. MARSEILLE, TOULON, AVIGNON.
Le 5 de ce mois, à sept heures du soir, le club a été fermé,
les clefs en ont été remises au comité général des sections,
avec le poignard de Brutus. On y a trouvé quatre canons de
quatre livres de balles, deux tromblons, beaucoup de piques
et quinze fusils. Les effets, bancs, chaises, tables et tribunes
ont formé la charge de trois charrettes; un cortège nom-
breux, précédé de la musique militaire, a porté au comité
général des sections quinze drapeaux pris sur les ennemis,
que les corsaires avaient déposés dans ce temple de la liberté.
Un grand nombre de membres du club dé[)0sent leurs diplô-
mes aux sections, et plusieurs de ces diplômes sont portés
dans la ville au bout des piques; enfin, il y eut hier illumi-
nation générale à l'occasion de cet événement bien extraordi-
naire, attribué en général à l'elfcl qu'a produit la nouvelle de
la catastrophe de Lyon, du 29 mai'.
La petite révolution arrivée le 29 mai à Lyon avait
pu y être, en effet, pour quelque chose, mais celle du
51 mai à Paris devait faire à Marseille une bien plus
profonde impression.
Dès qu'on en reçut la nouvelle, l'assemblée générale
des autoi'ités de Marseille fit un manifeste aux « répu-
blicains français », où elle déclarait :
1° Qu'elle était dans un état légal de résistance à
l'oppression ;
2° Qu'elle ne pouvait plus reconnaître dans la Con-
vention la véritable représentation nationale, etc.
(12 juin ^).
i. Moniteur du -JO juin 179"», t. XVI, p. 058. — H y a sur ce m('me lait une
lettre de Marseille datée du lendemain, 4 juin, dans le dossier de Mme Roland.
(Archives nationales, W 294, dossier 227.) — Le maire et les oliiciers munici-
paux d'Arles jetaient le cri d'alarme. Ils écrivaient à la Convention nationale,
4 juin 1795 : « Une révolution s'opère dans le département des Bouches-du-
Rliùne ». Us invoquaient son aide pour réprimer les contre-révolutionnaires.
(Archives nationales, AF ii, 45, dossier 155, n° 29, dans un dossier généralement
relatif au Calvados).
2. Bibliothèque de Carpentras, collection Tissol, n" 59, f" 417.
I. MARSEILLE AU 51 MAL 215
Il fut décidé que ce manifeste serait envoyé aux
communes du département, pour les provoquer à
émettre leur opinion sur le 51 mai ; et le 20 juin, dans
une assemblée générale des autorités constituées, on
prêta serment de ne pas recevoir les décrets rendus par
la Convention, depuis cette époque «jusqu'au moment
où la liberté lui serait rétablie dans son intégralité* ».
On arrêta encore que six mille bommes, levés dans
le département pour l'armée d'Italie, seraient retenus;
on mit la main sur les fonds destinés à cette armée.
On avait décidé que, si des commissaires de la Con-
vention paraissaient dans le département, ils seraient
arrêtés, et ils le furent^ Enfin, on leva des troupes pour
marcber sur Paris, comme on l'avait résolu. Un officier
de mérite, Villeneuve-Tourette, fut placé à leur tête.
On s'était mis en rapport avec les villes du Midi qui
s'étaient déjà prononcées : Toulon, Nîmes, Montpellier,
et l'on se proposait d'agir de concert avec elles. On agis-
sait d'ailleurs, sans avoir eu besoin de se concerter,
d'accord avec les populations de l'Est et de l'Ouest
soulevées par la môme pensée de résistance à l'oppres-
sion. Barbaroux, le 18 juin, envoyait de Caen à ses
concitoyens une adresse cbaleureuse :
Marchez à Paris, non pour dissoudre la Convention natio-
nale, mais pour la réunir
Marchez à Paris, non pour soustraire les députés proscrits
au glaive de la loi, mais pour exiger au contraire qu'ils soient
jugés par un tribunal national, mais pour faire juger aussi
tous les représentants du peuple, tous les ministres, tous les
administrateurs de Paris....
1. L'arrêté se trouve à Carpeutras clans la collection T/s50^ n" 39, f" 420. —
Voyez Julien, Rapport, p. 56.
'2. Voyez la note LVI aux Appendices
216 PART. II, CIIAP. XIII. MARSEILLE, TOULON, AVIGNON.
On m'accusera de vouloir vous soulever. Oui, je vous sou-
lève, je soulèverai la France entière contre les brigands' —
II
Toulon au 31 mai.
Toulon avait subi d'abord à peu près les mômes vi-
cissitudes que Marseille : massacres démagogiques avant
et après le 10 août, condamnations diverses prononcées
par le tribunal extraordinaire, dit Cour martiale, puis,
réaction du parti de l'ordre, où dominaient les royalistes ;
institution d'un tribunal populaire, appelé aussi mar-
tial, où plusieurs des assassins furent condamnés \
Il faut reprendre les choses de plus haut.
Toulon, avec une classe riche de commerçants, con-
tenait une nombreuse population ouvrière, marins et
ouvriers du port. La démagogie s'était facilement recru-
tée parmi eux : des troubles avaient éclaté dès 1789, et
deux bataillons de Marseillais, envoyés à l'armée d'Italie,
passant par Toulon, avaient prêté appui aux clubs; mais
la garde nationale avait rétabli l'ordre. Toulon offrait
de singuliers contrastes. Les sections de la ville, comme
la garde nationale, appartenaient au parti modéré, le
club était aux Jacobins; le directoire du département
travaillait à maintenir l'ordre, la municipalité était
composée de violents. Cette municipalité s'entendit avec
les hommes de main qui aspiraient à s'emparer du
1. Charles Baibaroux, de Marseille, député du département des Bouclies-du-
Rliône à la Convention nationale, aux citoyens de Marseille. (Archives nationales,
AF u, carton 45, dossier 15G, n" 11 [imprimé].) — Voyez aussi sa lettre du 21 juin
aux Appendices, note LVII.
2. Voyez Berrial-Saint-Prix, la Justice révolutionnaire, t. I, p. 405-408.
II. TOULON AU 51 MAI. 217
pouvoir pour tendre au directoire un piège infâme. Le
28 juillet ITO^, la municipalité invita les administra-
teurs du département à venir fraterniser avec elle, et
sur la route des gens apostés les assaillirent et les mas-
sacrèrent. Un d'eux qui n'avait échappé qu'en sautant
du haut des murs dans les fossés, où il se cassa la
jambe, fut ramassé sanglant, ramené sur un brancard
et pendu. La bande des égorgeurs se répandit dans les
rues et hors des murs, cherchant du butin et des vic-
times. Le commandant de place voulait intervenir, mais
la municipalité refusa de réunir les troupes. L'admi-
nistrateur de la marine, Possel, avait déjà la corde au
cou lorsqu'il fut soustrait à ses bourreaux; un adminis-
trateur, tiré de sa maison de campagne, fut pendu ; un
capitaine de vaisseau, un curé, égorgés; M. de Flotte
d'Argenson, avant de périr, sut, au moins, défendre
vigoureusement sa vie; Rochemaure, major général de
la marine, tomba aussi sous le couteau des assassins'.
La nouvelle du 10 août fut comme un stimulant
nouveau pour ces bandits. Ils avaient des auxiliaires
naturels dans le bagne : ils rompirent les fers de dix-
huit cents forçats. Mais ce n'étaient plus seulement tels
ou tels dignitaires, c'était la bourgeoisie tout entière qui
se voyait menacée par ce débordement de la chiourme.
La garde nationale survint à temps pour l'arrêter.
La municipalité, complice de ces attentats, resta
pourtant en fonctions, et les grands meneurs des mas-
1. Voyez Tainc, la Révolulion, t. II, p. 359-562. Les trails principaux de
ces massacres sont judiciairement établis dans les sentences qui Irappèrcnt de
mort les chefs des assassins: Silvestre, 27 juillet 1793; Lcniaille dit Beausoleil.
50 juillet ; Jussaud, 2 aont ; Lambert, 19 août. Ces jugements sont donnes en
appendice dans le livre de M. Pons : Mémoires pour servir à l'histoire de
Toulon en 1795. (Bibliothèque nationale, Lb*', 941.)
218 PART. II, CHAP. XIII. MARSEILLE, TOULON, AVIGNON.
sacres continuèrent de terroriser la ville. Néanmoins
l'administration départementale renouvelée resta fidèle
à l'esprit qui animait, en général, les départements
depuis les journées de septembre, et qui se traduisit
par la majorité girondine au sein de la Convention. Un
arrêté du département du Var, en date du 8 janvier,
consacra une somme de 150 000 livres à lever un ba-
taillon de 500 hommes qui fut offert à la représentation
nationale pour la défendre, arrêté qui fut violemment
attaqué par les Montagnards et suscita, nous l'avons vu,
un vif débat dans la séance du 9 février*. Au cours des
mois qui suivirent, des adresses se signèrent encore,
soit à Toulon, soit en d'autres lieux du Var, contre les
agitations stériles de la Convention nationale. Les sans-
culottes républicains de Saint-Tropez écrivaient à la
Convention (fin décembre 1792) :
Vous êtos tous gens d'esprit. Serait-ce parce que vous on
avez trop que vous ne pouvez vous accorder? Faudra-t-il que
nous regrettions de n'avoir pas confié le sort de la Répu-
blique au simple bon sens d'hommes illettrés comme nous,
qui ne savent voir qu'un seul moyen de salut, l'union- !
Il est vrai que ces remontrances pouvaient indifférem-
ment s'apj)]iquer aux deux partis. Le 4 mai, la Société
républicaine de Toulon, société jacobine, écrivait :
Représentants, quand penserez-vous à sauver la patrie?
Attendez-vous ime insurrection populaire pour rentrer en
vous-mêmes? Si vous forcez le peuple à reprendre la souve-
raineté, craignez son désespoir. Les lâches qui vicient la Con-
vention par l'intrigue ou qu'Us (qui l') affaiblissent par la
tiédeur de leurs principes en seront les premières victimes.
1. Voyez ci-(lcs5us, t. I, p. 93.
2. Aidiivcs nationales, D xl § 4, carton 18, dossier Bouclics-dn-Rhônc.
II. TOULON AU 51 MAI. 219
Et ce même texte était adopté dans les adresses des
républicains de Saint-Nazaire (canton d'Oilioules,
12 mai), de Bandols (22 mai), affiliés, sans doute, à la
même société'. D'autres adresses, tendant à la même
fin, quoique dans un autre esprit, étaient signées à
Saint-Tropez (15 avril), à Bras (1 " mai), à la Roque
(22 mai), à Aups (reçue le 4 juin^).
Mais si les Monlagnards, dans ce temps-là, gagnaient
du terrain à Paris, combien le champ ne leur était-il
pas plus ouvert à Toulon, où ils jouissaient de l'impu-
nité depuis près d'un an ! Dans le courant de mai, les
gens du club firent jeter en prison soixante-douze des
plus notables de la ville. Ici encore ils avaient dépassé
la mesure, et devant l'émotion populaire ils prirent le
parti de les mettre en liberté, tout en exigeant des cau-
tions, trois pour un : et des gens du peuple, de simples
journaliers, se firent caution de ceux qu'on traitait
d'aristocrates ^ Les encouragements ne manquaient
pas non plus, du dehors, au parti modéré. Les sections
de Marseille écrivaient, le 26 mai, aux citoyens de
Toulon :
Citoyens de Toulon, nos amis et nos frères, des égoïstes
vous trompent, des scélérats vous égarent, nous venons
vous éclairer. Marseille est heureuse, toutes les classi)s de
citoyens y sont unies
Qui nous accuse? Quelques intrigants
Le premier devoir des citoyens, c'est la résistance à l'op-
pression. Citoyens de Toulon, ayez le sentiment de vos forces.
Un moment de courage, et vous êtes sauvés
1. Texte reproduit même avec la faute : « qu'ils [qui 1'] alïaiblissent »
Archives nationales, D xl t 4, cartou 23, dossier Var.
2. Archives nationales, ibid.
3. Gauthier de Brécy, la Révolution à Tuutun en 1795, jj. 8
220 PART. II, ClIAP. XIII. MARSEILLE, TOULON, ÂMGNON.
On a répandu, sous le nom du club de votre cité, un écrit
qu'on prétend signé par mille deux cent trente-quatre per-
sonnes, dont on semble nous menacer. Mais vous avez une
population nombreuse — Mille deux cent trente-quatre per-
sonnes peuvent bien signer, mais elles n'inspireront jamais
la terreur à trente mille citoyens armés pour la cause de la
liberté.
Toulonnais, vous avez juré avec nous delà défendre. Notre
serment ne sera pas vain, et nos efforts combinés contre tous
ses ennemis cimenteront, pour le bonheur de tous, l'unité et
l'indivisibilité de la République \
La révolution du 51 mai était le triomphe des vio-
lents : les clubistes à Toulon devaient donc en tirer
des forces nouvelles; et pourtant le sentiment d'indi-
gnation qu'elle provoqua dans tout le Midi avait si bien
gagné la ville elle-même que, dans une adresse à la
Convention (24 juin), ils semblent se défendre de ne
l'avoir point partagée :
Nous sommes calomniés, disaient-ils, parce que nous ne
voyons point dans les journées du 31 mai et du 2 juin la ruine
totale de la République. Nous sommes calomniés enfin parce
que nous n'accusons pas les Parisiens, mais la Convention
elle-même, d'avoir, par ses divisions intestines, été l'unique
cause de la lassitude du peuple et de l'attentat exercé envers
la représentation nationale.
Le 31 mai et le 2 juin seront des jours de deuil ou de
triomphe pour la liberté, mais nous laissons au temps et à
la postérité à juger de si grands événements^
Si les Jacobins, à Toulon, en étaient là, que n'avait-
on pas à craindre des autres habitants? Les deux
1. Les 32 sections de Mai'seille aux citoyens de Toulon (ilarseille, 20 mai
1793), in-4°. (Bibliothèque nationale, Lb *', 3016.)
2. Arcliives nationales, D xl § 4, carton 23, dossier Var.
II. TOULON AU 51 MAI. 221
représentants, Pierre Bayle et Beau vais, s'y rendirent
pour prévenir la réaction qui grondait sourdement. Ils
tentèrent de l'intimider par des mesures draconiennes :
peine de mort contre ceux qui parleraient d'ouvrir les
sections : car c'était là que la masse de la population
se défendait, comme presque partout, contre les agita-
teurs des clubs. Mais cela ne porta point bonheur aux
factieux. On répandit le bruit que, sous la protection
des représentants, ils voulaient renouveler les mas-
sacres du 28 juillet 1792; qu'ils n'en attendaient
que l'anniversaire. L'irritation était générale parmi le
peuple, qui avait trouvé dans sa souveraineté tant de
misères; la garde nationale se réunit au couvent des
Minimes, et la motion de Jean-Baptiste Roux, officier
municipal, simple artisan, donna le signal (12 juillet
4793): on sonna le tocsin, les sections furent rétablies;
on institua de plus un comité général et la garde natio-
nale fut réorganisée avec un nouveau chef. L'amiral Tro-
goff, qui commandait la flotte, adhéra au mouvement.
Les représentants Bayle et Beauvais étaient encore à
Toulon. Voyant leur parti débordé, ils prirent un ton
plus modeste; il ne fut plus question de peine de mort
contre qui rouvrirait les sections; ils allèrent dans les
sections, parlant de réconciliation générale; ils annon-
çaient que la Constitution était votée : mais on n'avait
que faire d'une Constitution votée à la bâte par une
Assemblée asservie. Ils furent arrêtés, conduits au fort
Lamalgue : le rétablissement de la liberté dans Toulon
n'avait pas coûté une goutte de sang'.
1. Cf. le Rapport de Jean-Bon Saint-Antirc à la Convention, dans la séance
du 9 septembre 1793. [Moniteur des 10 et 11, t. XVII, \>. 610 et 615.)
222 PART. II, CHAP. XIII. MARSEILLE, TOULON, AVIGNON.
Jean-Bon Saint-André, qui a raconté cette petite ré-
volution ou restauration, ajoute que la réouverture des
sections fut célébrée, non pas seulement par les salves
de l'artillerie de la flotte, mais par des fêtes religieuses;
qu'on alla prendre chez eux les deux représentants
Bayîe et Beauvais, qu'on les conduisit processionnel le-
ment et un cierge à la main dans la principale église
pour y assister à une grand'messe et à un Te Deunij en
signe de réjouissance, et qu'ensuite on les promena de
section en section. Quelle amende honorable ! — Il
serait curieux qu'il en eût été ainsi.
Ce fut alors que, pour compléter leur réorganisation
intérieure, les Toulonnais établirent un tribunal popu-
laire, lui recommandant d'ailleurs la modération, et
qu'ils se créèrent un comité de surveillance. Ils imi-
taient Marseille et, comme cette grande cité, s'attendant
à la lutte, ils avaient besoin de se concerter avec elle.
Le 16 juillet, ils lui envoyèrent des députés et en reçu-
rent d'elle presque en môme temps*.
III
Alpes-Maritimes; Avignon.
Le mouvement, purement antijacobin d'abord, qui
s'était produit avec tant de force à Marseille et à Toulon,
1. Rapport de Jean-Bon Saint-André à la Convention, Moniteur du 11 sep-
tembre 1795, t. XYII, p. G15-C16. Les représentants Frérou et Rarras, qui se
pro])osaient de les rejoindre à Toulon, faillirent avoir le même sort. Avertis à
l'ignans de l'arrestation de leurs collrgues, ils s'empressèrent de rétrograder
sous une escorte de liuit dragons que leur avait fournie le général Lapoype. Mais
ils furent suivis, et, pour écliappor à la fuule ameutée, ils durent mettre le
sabre à la main, — et leurs chevaux au galoj), abanilonnant leurs éijuipagcs. Ils
l'écrivirent au général Bruiict, dans une bîttre datée de >"ice, 18 juillet. — Voyez
E. Tisserand, Histoire de la Hévolution dans les Alpes-Mrn-itimes, \}. il [. —
Us le mandèrent aussi à la Convention, dans une lettre du 27 juillet. (Archives
uationjiles, D xi., carton 6, n" 5, pièce 17.)
m. ALPES-MARlTlMES; AVIGNON. 223
ne pouvait point ne pas se communiquer aux princi-
pales villes de leur ressort, et aux départements du
voisinage : les Alpes-Maritimes, les Basses-Alpes, les
lîaules-Alpes, la Drôme.
Les Alpes-Maritimes applaudissaient aux actes de la
Convention, qui venait de faire un département (4 fé-
vrier 1795) de leur territoire, enlevé à la Sardaigne \
Elles applaudissaient à la mort du roi, à la poursuite
des traîtres; mais on n'y comptait pas encore les Giron-
dins parmi les traîtres. On s'attaquait aux perturba-
teurs'; on réclamait l'union : c'était le vœu d'une adresse
écrite, fin de mai ou commencement de juin, quand on
ignorait encore la révolution accomplie :
Vous dites : réunissez-vous
Qu'arrive-t-il au milieu de ces invitations ! La pomme de la
discorde est dans votre enceinte
La Convention est indissoluble, elle doit subsister....
Mais hàtez-vous de nous donner cette Constitution''.
Le département de Vaucluse n'existait pas encore,
Avignon n'était que le cbef-lieu d'un district du dépar-
tement des Bouches-du-Rhône. Mais l'ancienne ville des
papes gardait toute son importance. La vieille cité qui
1. La Savoie avait été le premier département ajouté, sous le nom de Mont-
Llanc, aux 85 départements primitifs. Le comté de Nice vint ensuite et fit le
85° département, sous le nom d'Alpes-Maritimes. (Séance du 4 février 1795,
Moniteur du 6, t. XVII, p. 5(31.) On y envoya, pour l'organiser, les commis-
saires délégués déjà pour organiser le Mont-Blanc (Grégoire et Jagot). Des admi-
nistrations provisoires y furent créées par un arrête du 2 mars et investies
des fonctions administratives comme si elles étaient élues. Le 9, on convoqua,
pour le 17, des assemblées primaires en vue de nommer les maires et officiers
nuinicipaux. [Moiiiieitr du 51 mars, t. XV, p. 854.)
2. Adresse de la Société populaire du 15 mai 1795. (Archives nationales,
D XI. § 4, carton 18, dossier Alpes-Mariliiiics.)
5. Archives nationales, D xl § 4, carton 18, dossier Alpes-Marilimcs (rei;ue
le 18 juin).
22^1 PART. II, CHAP. XIII. MARSEILLE, TOULON, AVIGNON.
avait tant souffert de l'invasion des Jacobins, qui se
rappelait les massacres de la Glacière*, avait bien le
droit de se déclarer contre l'anarchie. Dès le 2 juin,
elle avait accepté les principes de l'arrêté de Marseille
contre les factieux qui menaçaient l'indépendance de la
Convention nationale à Paris', et le 8 juin on nomma
plusieurs députés, un par section, pour porter ces réso-
lutions à l'Assemblée ^ On ne connaissait pas encore
la révolution qui venait de s'accomplir. On la connut
bientôt, et de nouvelles résolutions devaient suivre. Nous
avons vu l'attitude prise par Marseille à l'annonce de
ces événements et l'appel du département des Bouches-
du-Rhône à la France, comme à toutes les villes de son
ressort. Le 21 juin, les habitants d'Avignon se réuni-
rent pour en délibérer, et le 30 ils firent à leur tour
leur adresse au peuple français : c'est un chant de
Félibres :
Frères et amis,
La liberté est en péril, ses ministres sont persécutés, ses
autels renversés et son culte aboli
Faisons retentir toute la Republique du cri suivant :
« Aux armes, patriotes républicains, accourez, serrons-nous,
unissons-nous,... formons des phalanges inexpugnables, éta-
blissons des centres communs; que ces centres, formés de
parties homogènes extraites des sociétés populaires, soient
comme l'astre du jour qui meut et qui guide tous les corps
qui l'environnent; que, semblables à ses rayons ardents, ils
fassent rentrer dans les ténèbres ces reptiles impurs qu'un jour
nébuleux a fait sortir de leur marais; que ces sociétés cen-
1. Voyez Tainc, la Révolution, l. H, p. 1C8 et suiv.
2. Note LVIII, aux Appendices.
5. bibliothèque de Carpentras, collection Tissol.
IV. BASSES-ALPES, HAUTES-ALPES ET DROME. 225
traies républicaines effacent par leur éclat ces insectes phos-
phoriques dont la lueur précaire et perfide veut guider dans la
nuit, à travers des monceaux de ruines, le voyageur égaré. »
Suivait l'appel aux armes '.
I\
Basses-Alpes, Ilautes-Alpes et Drôme.
Les Basses-Alpes, durant cette période de la Révolu-
tion, avaient fait entendre des accents assez discordants.
On y avait été pour et contre la mort du roi * (l'adresse
contre la mort du roi est anonyme"). On y avait péti-
tionné contre la poursuite des auteurs des journées de
septembre\ approuvé les massacres, mais surtout ré-
clamé contre l'anarchie, contre Marat qui la person-
nifiait:
Marat à la Convention nationale!... Marat législateur!...
0 opprobre du nom français, que pensera la postérité? Que
dira l'histoire? Que ce nouveau Dracon a écrit nos lois avec
le sang de deux cent soixante mille de ses concitoyens.
Nous voulons la liberté, nous l'avons juré : mais nous ne
prétendons pas y arriver à travers une mer de sang. Périsse
1. Bibliothèque de Carpentras, collection Tissot, n° 59, ï°' 505 et suiv.
2. Sisteron, 27 décembre 1792 : « Que Louis soit jugé » ; Forcalquier, 10 fé-
vrier 1793 : Approbation du jugement et de l'exécution ; Barcelonnettc, 25 février :
Mêmes félicitations; pleurs sur Lepclleticr. (Archives nationales, D xl § 4, carton
18, dossier Basses- Alpes.)
5. Sisteron : rerue le 12 avril 1793 : « La majeure partie des curés de cam-
pagne, ajoute^ cette adresse, inllucnt plus eflicacement au maintien du gouverne-
ment républicain que toutes les administrations, et sans eux l'anarcliie serait au
comble. On vole, on incendie, on assassine, etc. » (Archives nationales, même
dossier.)
4. Voyez la note LIX aux Appendices.
nÉVOI.. DC 51 MAI. H — 15
226 PART. II, CUÂP. XIII. MARSEILLE, TOULON, AVIGNON.
Marat, périsse sa mémoire. Vengeance à la justice et à l'hu-
manité outragée, etc.' !
Aussi l'indignation fut-elle profonde après le 51 mai.
Les citoyens de Digne, dans une adresse, disaient que la
journée du 2 juin avait été « un jour de triomphe pour
le crime, et de deuil pour la vertu :» ; ils protestaient
contre l'arrestation des Girondins : « C'est, disaient-
ils, en vous environnant de scélérats et de brigands,
que Marat et les infâmes membres de la Montagne, ces
anarchistes, furieux, ces désorganisateurs impitoyables,
qui ne parlent de propriétés que pour les violer; d'hu-
manité, que pour exercer leur barbarie; de peuple, que
pour l'asservir; de liberté, que pour l'étouffer; de pa-
trie, que pour la déchirer et la détruire, sont parvenus
à vous arracher, par la terreur, des arrêts de mort
contre ceux de nos représentants dont les lumières pou-
vaient éclairer leurs forfaits, dont la raison confondait
leur audace, dont les opinions courageuses arrêtaient
les effets de leurs sentiments pervers. »
Ils réclamaient donc :
1° La liberté des magistrats intègres que la Convention
nationale a été obligée de mettre en arrestation ;
2° Le décret d'accusation et la punition prompte du mons-
trueux Marat et de ses vils complices ;
3° La translation de la Convention dans une autre ville de
la République ^
Les autorités constituées de Barcelonnette faisaient
sur le môme ton la même demande \
1. Archives nationales, D xl § 4, carton 18, dossier Basses-Alpes, adresse de
Sisleron, rerue le 12 avriL
2. Julien, Rapport, p. 99. Cette adresse, résumée par Julien, est aux Archives
d'Évrcux.
3. Ibid., p. 100.
IV. BASSES-ALPES, IIAUTES-ALPES ET DROME. 2^1
L'administration du département n'était pas restée
en arrière. Elle convoqua les assemblées primaires. Les
députés nommés, réunis à Digne, y établirent un comité
général de salut public, et ce comité, craignant un mou-
vement des troupes qui gardaient les Alpes, adressa la
proclamation suivante aux soldats du 5" bataillon de ce
département, qui en faisaient partie:
14 juillet 1795, l'an II de la République.
Les membres composant le Comité général de salut public,
établi à Digne par les députés de toutes les assemblées
primaires du département des Basses-Alpes, à leurs
frères les citoyens soldats du 5* bataillon du même
département, salut et gloire.
Frères et amis,
Il vient de se répandre un bruit. On assure que trois
bataillons ont été requis, par les vils émissaires du scélérat
Marat et consorts, de se porter sur Valence, afui de s'opposer
à la marche des braves Marseillais qui volent à la défense de
la souveraineté nationale indignement outragée.
Serait-il possible que vous méconnussiez assez l'abomi-
nable système de la Montagne de la Convention et le détes-
table esprit de ses chefs, pour vous prêter à servir leurs vues
qui ne tendent évidemment qu'à livrer la République à la
guerre civile?
Pourriez-vous regarder encore comme les plus dignes repré-
sentants du peuple des mandataires infidèles qui ont la bas-
sesse et la lâcheté de se laisser dicter des lois par une poignée
de factieux et de brij^ands sortis des boues de Paris? qui
n'ont pas craint de consacrer eux-mêmes l'outrage fait à la
représentation nationale, en faisant incarcérer sans motifs
trente-deux de leurs collègues, aux vertus, aux lumières
desquels toute la France rend hommage...?
Oui, frères et amis, tous les départemende la France eu-
228 PART. Il, CHAP. XIII. MARSEILLE, TOULON, AVIGNON.
tière se lèvent, sont déjà levés pour sauver la République des
bords de l'abîme où l'a amenée une secte parricide et san-
guinaire par les perfides appas de la licence et de l'anarchie.
Tous les citoyens des Basses-Alpes sont animés des mêmes
sentiments généreux qui se manifestent d'un bout de la
France à l'autre.
Et ils annonçaient qu'une force armée allait être orga-
nisée pour prendre part au mouvement général*.
Les Hautes-Alpes ne s'étaient pas moins fortement
prononcées contre les anarchistes, comme on le voit par
deux adresses antérieures de quelques jours à la Révolu-
tion^ Dans ces dispositions d'esprit, les administrateurs
du département n'avaient pu recevoir qu'avec une vive
émotion les nouvelles que leurs députés, tous du parti
modéré, leur avaient fait parvenir sur la révolution ac-
complie. Dubois-Crancé et Nioche, commissaires de la
Convention près l'armée des Alpes, avaient fait passer à
l'Assemblée une lettre de Serres, un de ces députés,
comme un échantillon de sa perfidie ; il y disait :
Il existe une chaîne de gens affidés qui arrêtent les lettres
à leur sortie de Paris ou à leur arrivée dans cette ville.
J'ignore si la mienne vous parviendra. Nous courons ici les
plus grands dangers. On cherche tous les moyens de porter le
peuple aux excès. Nous saurons mourir à notre poste, mais
j'espère que le département des Ilautes-Alpes ne laissera pas
impunis les outrages foits à la représentation nationale dans
les journées des 51 mai, l*"' et 2 juin''.
Cette lettre était-elle arrivée au département? On en
pourrait douter, puisque ce sont les commissaires de
1. Bibliothèque lie Carpenlras, collection Tmo/, n" 59.
2. Voyez la note LX aux Appendices.
ô. Séance du 21 juillet, Mouileur du 23, t. XVII, p. 193. Thuriot, après avoir
lu celte lettre, demanda el obtint que Serres fût mis en arrestation.
IV. BASSES-ALPES, HAUTES-ALPES ET DROME. -229
l'armée des Alpes qui l'envoyèrent à la Convention. Mais
le département en avait reçu une autre signée de Serres
et de tous les députés des Hautes-Alpes, lettre où
Serres faisait un des récits les plus complets de la révo-
lution dont il avait été le témoin ; et c'est à ce titre que
nous l'avons donnée plus haut comme un des documents
les plus précieux sur ces journées. Cette pièce, grâce aux
précautions extraordinaires prises par l'auteur, comme
il le dit, était arrivée à Gap par la voie de Lyon, et c'est
probablement elle qui entraîna les résolutions du dépar-
tement. Il entra franchement dans la coalition. Le
14 juin ^ les administrateurs du département réunirent
avec eux les autorités constituées de Gap, les députés
des districts et des communes du ressort, et l'on s'en-
couragea à suivre l'exemple de Marseille, de Bordeaux,
de Lyon, de Grenoble. On décréta la convocation des as-
semblées primaires, qui auraient à envoyer deux députés
près de l'administration supérieure, et on délibéra sur
une adresse où, après avoir rendu hommage aux pa-
triotes des temps passés, on concluait que, « les mêmes
circonstances n'existant plus, les citoyens ne doivent
plus se laisser abuser par le mot de modérantisme » :
Aujourd'hui, ajoutaient-ils, ce mot est vide de sens et ne sau-
rait avoir de signification, puisqu'il n'y a plus de révolution
nouvelle à faire, ni d'autorité à renverser.
(c Le mot de modérantisme est vide de sens ! » s'écrie
Julien^ — Plus de révolution nouvelle à faire, dirons-
nous, ni d'autorité à renverser!
i. Le mot de juillet, dans le Rapport de Julien, p. 17, est un lapsus ou une
faute d'impression.
2. Ibid., p. 18.
250 PART. II, ClIAP. XIII. MARSEILLE, TOULON, AVIGNON.
On sentait le besoin d'union dans ce mouvement gé-
néral, et le \d juin on y voulut pourvoir :
L'assemblée des autorités constituées des Ilautes-Alpes,
Considérant combien il importe que l'uniformité et l'har-
monie se rencontrent dans la conduite à tenir par tous les
départements de la République, pour maintenir l'unité et
l'indivisibiUté de la République et la liberté de la Convention
nationale, a arrêté qu'il sera fait une députation aux dépar-
tements de l'Isère, de la Drôrae, de Rhône-et-Loire, Basses-
Alpes, et aux comités généraux des sections de ces départe-
ments pour les assurer des sentiments d'union et de fraternité
dont les citoyens des Ilautes-Alpes sont animés et qu'ils
espèrent cimenter de plus en plus avec leurs frères des autres
départements, prendre auprès d'eux tous les renseignements
sur les mesures qu'exige l'arrestation des membres de la
Convention nationale, etc.
Suivent les noms des commissaires désignés pour
l'Isère et la Drôme, pour les Bouches-du-Rhône et les
Basses-Alpes ^
Les deux citoyens délégués pour les déparlements de
l'Isère et de la Drôme étaient chargés de porter à Gre-
noble la lettre de Serres et des autres députés des
Ilautes-Alpes, et c'était en effet le manifeste le plus
propre à déterminer les résolutions des gens de cœur.
« L'administration delà Drôme, dit Julien, ne parais-
sait point encore dans les secrets des complots lors-
qu'elle reçut l'adresse de la Convention nationale sur les
événements du 51 mai; car elle s'empressa de la publier
et de répandre un écrit qui, dans ces circonstances, disait-
1 . Arcliivcs fie risore, Registre des iléliljéralions du conseil général du départe-
ment, 1" Ô07. Les délégués des Hautes-Alpes lurent reçus au conseil de l'Isère le
21 Juin.
IV. BASSES-ALPES, HAUTES-ALPES ET DROME. 251
elle, tendait à resserrer les précieux liens de la fraternité
entre les citoyens de Paris et ceux de la République une
et indivisible*. »
Valence en effet, aux premières nouvelles (le 7 juin),
avait exprimé un vœu pour la paix, vœu qui pouvait pa-
raître un acquiescement à la révolution accomplie; mais
quand les événements furent mieux connus % on se ravisa,
et le 18 juin les sections de la ville furent invitées à se
réunir le 20 pour en délibérer \ Dans cette assemblée,
le président prononça le serment « de soutenir et
défendre jusqu'à la mort la liberté, l'égalité, la Répu-
blique une et indivisible, la siireté des personnes et
des propriétés, et de résister à la tyrannie et à l'op-
pression », et ce serment fut répété par tous.
L'assemblée se constitua en permanence ; on discuta
sur les événements qui venaient de s'accomplir, et l'on
chargea le comité de présenter une déclaration de prin-
cipes.
La séance, suspendue le 20, à huit heures du soir,
fut reprise le lendemain à la même heure, et les résolu-
tions suivantes furent proposées :
1° Ils jurent à la face du Ciel qu'ils veulent la liberté,
l'égalité, la République une et indivisible, que les per-
sonnes et les propriétés soient respectées et l'anarchie
terrassée ;
2° Ils reconnaissent que la Convention a cessé d'être
libre depuis le 51 mai 1795 ;
1. Rapport, p. 63.
2. Le 22 juin la commune de Grillon paraît n'en rien savoir encore! Voyez la
note LXI aux Appendices.
3. Le procès-verjjal de la séance du 18 juin, imprimé en placard, fut transmis
par Payan au Comité de salut public. (Archives nationales, AF ii, carton 45,
dossier 154, n" 81.)
252 PART. II, CIIAP. XIII. MARSEILLE, TOULOxN, AVIGNON.
5" Ils vouent à l'exécration publique les auteurs et
complices des attentats commis contre la représenta-
tion nationale, quel que soit le caractère dont ils fussent
revêtus ;
4° Ils sont prêts à joindre la force de leurs armes à
celles de tous les Français;
5" Ils font un appel à toutes les sections de la Répu-
blique et à tous les bons citoyens.
Ces résolutions furent adoptées à l'unanimité'.
V
Lutte armée de Marseille et de Toulon contre les troupes de la Convention.
Ce fut sous ces auspices favorables et avec cet espoir
de concours de tous les départements environnants que
la troupe de Marseille se mit en route le 22 juin. Mais
les cboses ne tardèrent point à prendre un aspect in-
quiétant. Les Jacobins, en effet, avaient des affdiés par-
tout. Quarante-deux sociétés populaires des départements
de la Drôme, du Gard, de l'Ardèche et des Boucbes-du-
Rhône se concertèrent, et ce fut à Valence qu'elles tinrent
leurs assises, les 24, 25 et 2G juin. Après un jour con-
sacré à la vérification des pouvoirs, l'assemblée prit, le
25, l'arrêté suivant :
Art. 1'^''. L'assemblée déclare que la Convention nationale
est le centre de l'unité et le seul point de ralliement de tous
les Français.
Art. 2. Elle déclare que les membres composant actuelle-
ment la Convention nationale méritent la confiance du peuple.
i. Bibliothèque de Carpentras, collection Tissol, n" 39.
V. LUTTE ARMEK DE MARSEILLE ET DE TOULON. 233
Aht. 0. Elle déclare qu'elle déteste et voue à la ven-
geance publique tous les individus, corps, communes ou
sections qui voudraient usurper une autorité attentatoire à
la souveraineté du peuple, sous quelque dénomination que ce
puisse être.
AuT. 4. Elle déclare qu'elle voue à l'exécration publique
tout provocateur au meurtre, au pillage, au fédéralisme, à
l'anarcbie, à la guerre civile et à tout gouvernement des-
tructif de l'unité et de l'indivisibilité de la République.
Art. 5. Elle déclare attendre avec impatience l'époque
heureuse du 10 août pour porter, de concert avec les fédérés
des autres départements, le baiser de fraternité aux Parisiens
républicains et présenter à l'Assemblée conventionnelle l'hom-
mage mérité de sa reconnaissance ^
Le procès- verbal ajoute :
Un membre a soumis à la discussion si la Convention na-
tionale était libre dans ses séances des 31 mai, 1" et 2 juin.
L'assemblée a unanimement passé à l'ordre du jour, motivé
sur ce que la Convention nationale a solennellement pro-
clamé sa liberté, et qu'elle a d'ailleurs décrété que les sec-
tions de Paris ont bien mérité de la patrie.
Que répondre à cela? Il fut donc décidé :
1° Qu'il serait fait une adresse à la Convention et une
adresse au peuple français ;
2° Que l'administration de la Drôme, qui avait, dès le
7 de ce mois, manifesté un vœu pur et civique, serait invitée
de rapporter ou modifier la disposition de son deuxième
arrêté du 18, dicté par le même amour du bien public,
mais dont l'entière exécution, dans les circonstances actuelles,
entraînerait des inconvénients et des dangers sans nombre.
1. Procès-verbal de l'assemblée de quarante-deux sociétés populaires des dé-
partements de la Drôme, du Gard, de VA7(lcche et des Bouches-du-Rh6iie,
tenue à Valence les 24, 25 et 26 juin 1795.
25 i PART. II, CUAP. XIII. MARSEILLE, TOLLON, AVIGNON.
Dans la séance du soir on rédigea l'adresse à la Con-
venlion, et le 26, l'adresse aux sociétés populaires*.
Le conseil général du déparlement ne tint pas long-
temps devant cette manifestation. 11 recevait de Bordeaux
et de Marseille l'invitation de se joindre au mouvement
qui se prononçait dans ces deux villes. C'était le moment
de prendre un parti. Le conseil s'adjoignit les délégués
des sept districts de son ressort pour en délibérer, et il
répondit aux propositions par un refus. L'extrait du
procès-verbal de ses séances, imprimé en placard, en
donnait les motifs ^ :
On vous dit que Paris voudrait dicter des lois à toute la
République ; que la Convention n'y est pas libre. Ah! citoyens,
si Bordeaux ou Marseille avaient le bonheur de la posséder,
leurs habitants diraient comme ceux de Paris : Quoi ! frères
et amis, nous qui avons tout fait pour la liberté et l'égalité,
nous qui avons conquis le château des Tuileries,... serions-
nous soupçonnés de servir une faction désorganisatrice ?
On parlait de forces départementales : — « Et nous
aussi nous en avons une, mais pour défendre Paris me-
nacé par Dumouricz « :
Voulez-vous faire un usage utile de la force armée?...
Que vos bataillons fassent demi-tour à droite ; ils verront une
armée navale voguer vers la Méditerranée, prête à dé-
barquer peut-être dans vos ports.... Non, frères,... vous
n'aurez rien à crai-ndre des fiers Dromains.
Ne lisez pas Romains.
\. Le procès-verbal fut imprime par délibération du conseil général de la
Drôme, 26 juin 1793. (Carpcntras, collection Tissot, n° 59, i" 427.) On en
trouve un exemplaire aux Archives de l'Eure.
2. Extrait du procès-verbal des séances du département de la Drôme en per-
manence, auquel étaient réunis les députés des sept districts de son ressort, le
."5 juillet 1793. (Collection Tissot, n" 39, f" 430.) La pièce se retrouve aussi aux
Archives de l'Eure.
V. LUTTE ARMÉE DE MARSEILLE ET DE TOULON. 235
Dès ce moment, le département de la Drôme ne cher-
cha j)liis qu'à prévenir la guerre où Marseille avait cru
l'enrôler*, et la Convention était certaine d'y trouver un
appui, après avoir pu craindre d'y rencontrer un ob-
stacle. La Convention avait même réussi à s'assurer une
position plus avancée encore contre les Marseillais. On a
vu comment Avignon était disposé à entrer dans la lutte
à la suite de Marseille. Des patriotes du lieu, établis à
Paris, suggérèrent le moyen de rompre cet accord :
c'était de détacher des Bouches-du-Rhône la ville des
papes et d'en faire le chef-lieu d'un nouveau département :
la fontaine de Vaucluse lui donnerait son nom. La chose
se fit ainsi. Le lendemain du vote de la Constitution,
le 25 juin, le département de Vaucluse fut érigé par
décret de la Convention nationale. Agricol Moureau, l'un
des plus fougueux Jacobins du Midi, résidant à Paris,
le manda le 26 à ses amis d'Avignon ; et le 2 juillet parut
une proclamation de la municipalité invitant tous les
citoyens à l'union, à la concorde et à l'oubli total de
tous les ressentiments.
La proclamation était précédée de la lettre d'xVgricol
Moureau :
Hier à trois heures, malgré les cris de la Plaine, la Con-
vention nationale a décrété un quatre-vingt-septième dépar-
tement, composé des districts de Yaucluse, Orange, Apt et
Louvèze [Vaison]. Le département siégera à Avignon*.
1. Voyez l'extrait du procès-verbal du conseil général du 7 juillet. On y arrêta
le désarmement des suspects, l'application du décret du 26 juin relatif aux insti-
gateurs des troubles fend^int à armer les sections du peuple les unes contre les
autres; et l'extrait du procès-verbal du 6 au soir, où sont exposées les raisons
qui font prendre cet arrête. (Archives nationales, AF ii, carton 45 [Comité de
salut public], dosfier 154, n°= 101 et 102.)
2. Collection Tis-sol, à Carpcntras, n" 59.
•25G PART. II, CIIAP. XIII. MARSEILLE, TOULON, AVIGNON.
Et il disait la grande part que les Montagnards avaient
eue à ce décret ^
Quand la petite armée de Marseille apprit qu'elle
pourrait bien ne pas être accueillie dans Avignon comme
on l'avait espéré, elle le manda au département des Bou-
ohes-du-Rhône, et le département, sans perdre une heure
(2 juillet), écrivit aux administrateurs du district de
Vaucluse (on ne connaissait encore le district et la ville
d'Avignon qu'en cette qualité) : il leur communiquait
l'avis reçu que des factieux voulaient s'opposer à l'en-
trée des troupes marseillaises. La réponse ne se fit pas
attendre, et elle fut imprimée, à la suite de la lettre
du département des Bouches-du-Rhône, sur le même
placard (4 juillet) :
Vous appelez factieux les citoyens d'Avignon qui refii
sent, etc.
Ils ne reconnaissent pas l'autorité des sections de Mar-
seille....
En vous séparant de la Convention, vous vous êtes séparés
de nous.
Nous adoptons les principes de l'arrêté du département de
la Drôme, le 2 de ce mois^.
C'était un acte d'adhésion îi la révolution du 31 mai.
La veille en effet, 5 juillet, le comité de sûreté géné-
rale d'Avignon avait accepté le dernier arrêté du dépar-
1. On le peut voir dans le débat qui cul lieu à la Convention le 25 juin. Eu
vain quelques députés, notamment Durand-Maillane, demandèrent que l'on con-
sultât les administrés. — « Il faut soustraire Avignon à la dictature de Marseille. »
Sur cette réplique de Billaud-Varennes, le décret lut rendu sans plus de retard.
[Moniteur du 27, t. XVI, p. 7 ii.) — Voyez ce décret, Moniteur du 29, ibid.,
p. 757.
2. Lettre des administrateurs du di'partcment des Bouches-du-Rliônc aux
administrateurs du district de Vaucluse, et réponse de ceux-ci. (Collection
Tissol, n" 59, f" 4i3.)
V. LUTTE ARMÉE DE MARSEILLE ET DE TOULON. 257
tement de la Drôme qui, repoussant les propositions
de Bordeaux, prêchait la conciliation, c'est-à-dire l'ac-
ceplation du fait accompli ; et les commissaires de la
Drôme avaient été priés de vouloir bien être porteurs de
cette manifestation à l'armée sortie de Marseille, ainsi
qu'aux trente-deux sections de cette ville : les membres
du comité se flattaient que leurs frères les Marseillais ne
manqueraient pas de s'y rallier*.
Les Marseillais ne s'arrêtèrent pourtant pas en chemin
et ils entrèrent dans Avignon. Ce n'était plus en amis.
Les commissaires civils du département des Bouches-du-
Rhône, attachés à l'armée, y faisaient afficher, le 8 juil-
let, le placard suivant :
Les Commissaires civils du déparlement des Bouches-du-
Rhône aux citoyens d'Avignon.
11 est enjoint à tous les citoyens de la ville d'Avignon
indistinctement d'apporter, dans l'espace de deux heures, les
armes offensives et défensives qui sont en leur pouvoir.
Ce terme expiré, les réfractaires devaient être décla-
rés traîtres à la patrie et punis comme tels^
En même temps que les troupes de Marseille s'avan-
çaient vers Avignon, les troupes du Gard allaient occu-
per le Pont-Saint-Esprit : c'était là que les unes et les
autres devaient se rejoindre. Les Nîmois venaient d'y
arriver; les Marseillais, maîtres d'Avignon, s'y rendaient
à leur tour, et déjà ils avaient gagné Orange. Ils n'allè-
rent pas plus loin. Carteaux, détaché, par Dubois-Crancé,
de l'armée des Alpes, et accompagné par le représentant
i. Collection Tissol, n" 39, f" 457.
2. Avignon, 8 juillet 1793. (Collection Tissol, ibid., f» 444.)
258 PART. II, CIIAP. XIII. MARSEILLE, TOULON, AVIGNON.
Albilte, les avait devancés auprès des Nîmois au Ponl-
Saint-Espiit. Les commissaires pacificateurs de la Drôme,
envoyés vers les deux corps alliés de Nîmes et de Mar-
seille, avaient, là aussi, rempli leur office. Les commis-
saires du Gard, qui ne s'attendaient pas à se trouver en
présence de Carteaux, demandèrent, avant d'accepter la
bataille, à consulter leurs commettants, et, n'ayant point
obtenu de délai, ils cédèrent aux instances des commis-
saires de la Drôme: ils se retirèrent*. Ce n'étaient donc
plus leurs alliés du Gard, c'était l'armée de Carteaux que
les Marseillais allaient rencontrer au delà d'Orange. Ils
se replièrent sur Avignon. Ils y furent suivis de près.
Le 24 juillet, Carteaux somma la ville de se rendre^ Ce
fut là que fit ses premières armes un lieutenant d'artil-
lerie destiné à une haute fortune, Napoléon Bonaparte.
Entré sans coup férir à Villeneuve, il mit en batterie ses
deux pièces de 4 et démonta l'artillerie du fort^ La
ville ouvrit ses portes lorsque Carteaux désespérait de
les forcer (27 juillel).
L'entrée de Carteaux dans Avignon y fut suivie d'une
violente réaction contre les Marseillais. Les Marseillais
avaient traité la ville en maîtres, et durant leur séjour
la résistance des habitants s'était manifestée par des
meurtres :
1. Procès-verbal des commissaires pacificateurs envoyés par les départements
et gardes nalioualcs de la Drôme, de l'Isère et de l'Ardcclie, auprès des armées
du Gard et des Bouclies-du-Rliône, en suite des délibérations des 8, H et 12
juillet 179j. (Collection Tissot, à la Bibliothèque de Carpeiitras, n" 59,
f" 448.) Cf. la Lettre des commissaires de la Convention à l'armée des Alpes,
datée de Grenoble, 16 juillet, et lue par Thuriot à la Convention dans la séance
du 21, et celle d'Albille, en date du l'ont-Saint-Esprit, 17 juillet, séance du 22.
{Moniteur des 23 et 24, t. XVII, p. 192 et 205.)
2. Bibliotliè(iue de Carpentras, collection Tissot, n" 59, f" 459, et une re-
lation du 25, 1° 460.
5. V. de Baumefort, Tribunal révolutionnaire d'Orange, p. 8-10; Derriat-
Saint-Prix, t. I, p. 588, et les auteurs qu'il cite.
V. LUTTE ARMÉE DE MARSEILLE ET DE TOULON. 259
Les crimes qui ont été commis contre nos braves frères
de Marseille ont excité votre indignation, dit une proclama-
tion du 16, nos frères ont été lâchement assassinés*.
Et la proclamation tachait de prévenir les représailles
en recommandant d'attendre la vengeance des lois.
Après l'entrée de Carteaux, les « frères de Marseille »
ne sont plus que les « bourreaux de Marseille », et des
mesures sont prises contre ceux qui les avaient trop bien
accueillis^
Avignon livré, la troupe de Marseille se dispersa, en
proie à la panique : Villeneuve-Tourette courut à Aix
pour rallier les fuyards; il les ramena, il y joignit
six à huit cents hommes envoyés de Toulon, et reforma
une petite armée de six mille hommes. Marseille ne
s'était pas découragée. Dans une réunion où se trouvaient
les corps administratifs du département des Bouches-du-
Rhône, les présidents des sections de Marseille et leur
comité central, on avait résolu de donner une direction
plus énergique à la résistance. Le 14 août, on créa un
comité de sûreté générale. Le 15, on célébrait solen-
nellement la procession commémorative du vœu de
Louis XIII (le mouvement d'abord républicain tournait
au royalisme)^ Malheureusement les Marseillais étaient
1. Bibliothèque de Carpentras, collection Tissot, n" 59; il y en a une autre
tlu 22 juillet, dans le même sens, ibid.
2. « Le conseil général, ouï le substitut du procureur de la comnuuie :
« Considérant que, pendant les jours d'alarme et de douleur que les bour-
reaux de Marseille ont passés dans cette ville, le vin leur était prodigué par une
partie des habitants, et que ces monstres en trouvaient au delà de leurs besoins
à un prix très modéré ; »
Ordre est donné de faire la déclaration des vins en cave, et défense de vendre
au delà de 7 sous la bouteille. (Extrait du Registre des délibérations du conseil
général de la commune d'Avignon, du 29 juillet 1793. Collection Tissot, n" 59,
f" 465.)
5. Il n'était pas royaliste à l'origine. L'auteur de la Notice historique des
efforts faits à Marseille et à Toulon pour la restauration de la Monarchie,
240 l'ART. II, CIIAP. XIII. MARSEILLE, TOULON, AVIGNON.
un peu comme les Athéniens : au lieu de marcher eux-
mêmes, ils avaient envoyé des mercenaires. Ces troupes
ne tinrent pas contre les nouvelles attaques de l'armée
de Carteaux à Salon, à Lambesc (19 août); et Marseille
se trouvait à découvert. Dans cette extrémité, quelques
hommes eurent une pensée funeste : ce fut de demander
protection aux flottes ennemies, espagnole et anglaise,
qui croisaient dans ces parages. On faisait cette réserve
que les conditions ne seraient pas incompatibles avec
l'honneur (20 août). Le 22, la frégate anglaise la
Némésis vint au port avec pavillon parlementaire : elle
amenait cinquante-neuf prisonniers, qui furent mis en
liberté. Les négociations s'engagèrent. L'amiral Hood
devait occuper les îles voisines de Marseille pour y pro-
léger les réfugiés de la ville en cas de revers; en cas de
succès, l'envoyé de Marseille (Abeille, l'auteur du récit
que nous suivons) s'engageait, au nom de la cité, à pro-
clamer Louis XVII (23 août) ; le 24 arrivaient des dé-
putés de Toulon, prêts à conclure un pacte bien plus
funeste encore.
Mais ces transactions coupables ne devaient pas leur
porter bonheur. Les avantages obtenus par Carteaux
avaient réveillé la confiance des opposants dans Mar-
seille, et ces négociations avec l'ennemi leur donnaient
toute raison de se déclarer. La XP section pro-
testa contre tout accord avec l'étranger. Elle se barri-
cada dans son quartier : elle avait des canons, elle sou-
tint la lutte contre le reste de la ville tout un jour.
Elle dut céder alors, et les vaincus eurent à quitter la
place. Ils vinrent se joindre, ils allaient servir d'avant-
en juin et juillet 1793, J. Abeille, qui écrit en 1814, est forcé, quoiqu'il lui
en coûte, de le reconnaître (p. 4).
V. LUTTE ARMÉE DE MARSEILLE ET DE TOULON. 241
garde à l'armée de Carteaux*. Le jour même de l'arrivée
des députés de Toulon, Garteaux attaquait les Marseillais
retranchés sur les hauteurs de Septêmes ; il leur enlevait
leur artillerie, et le lendemain matin (25 août) il faisait
son entrée dans la ville^
L'œuvre de l'impitoyable justice révolutionnaire allait
commencer.
Le mouvement de Toulon avait été aussi, on l'a vu,
tout libéral et national à l'origine : on ne trahissait pas
les intérêts de la France en résistant au Comité de salut
public, complice des factieux de la Commune de Paris,
et à la Convention mutilée qui ne faisait plus que leur
obéir ^; et la religion fut associée à ces résolutions. Pour
laver la ville du sang versé, on célébra le 28 juillet une
procession expiatoire. Mais la situation devenait critique
après les premiers revers des Marseillais, et le contre-
coup de ces échecs ne pouvait manquer de se faire sentir
à l'intérieur. La population ouvrière se rapprochait des
hommes du club. Une émeute éclata pour la délivrance
de deux condamnés que l'on menait au supplice : elle
fut réprimée; — les derniers avantages de Garteaux
qui menaçaient décidément Marseille jetèrent les Toulon-
nais dans la voie fatale du recours à l'étranger. Les
négociations, qu'on voulait ouvrir avec les Espagnols, se
firent avec les Anglais par l'intermédiaire des commis-
1. Voyez le rapport de Barère sur la section XI de Marseille, lu dans la séance
du 16 germinal an IL [Moniteur du 17 germinal, G avril 1794, t. XX, p. 159.)
2. Lettre de Garteaux du 25 août, lue dans la séance du 31 ; Moniteur du
2 septembre, t. XYII, p. 543.
3. La Convention, de son côlé, avait retiré à Toulon la direction du départe-
ment. L'administration départementale l'ut transférée à Grasse. Les chefs-lieux
de district en reçurent la nouvelle le 20 juillet. (E. Tisserand, Histoire de la
Révolution française dans les Alpes-Maritimes, p. 174.)
RtVOL. DO 51 MAI. Il — 16
242 PART. II, CilAP. XIII. MARSEILLE, TOULON, AVIGNON.
saires de Marseille. On se disait qu'on ne rompait
qu'avec la République. On proclama Louis XVII et la
Constitution de 1791. Les Espagnols et les Anglais, assu-
rait-on, ne se présentaient que pour aider la France
contre les factieux; mais on devait leur livrer les forts,
on devait leur livrer la flotte, sous la seule réserve que
les vaisseaux désarmés seraient rendus à la paix.
Ces conditions n'éveillaient que trop la défiance, et le
sentiment national aurait peut-être fait avorter le traité
au moment de l'exécution, quand arriva Yilleneuve-
Tourelte, vaincu le 24 : il n'avait fait que traverser Mar-
seille, qu'il laissait ouverte à Carteaux. Ce fut sous l'im-
pression de cette nouvelle que le traité s'acheva; l'amiral
Trogoff en avait été le complice dès le commencement;
un seul de ses capitaines, le capitaine Saint-Julien, s'était
embossé dans le port, décidé à résister jusqu'à la fin ;
mais il fut abandonné des siens et se sauva à grand'-
peine avec quelques matelots (27 août). Le 28, le port
et la flotte de Toulon étaient aux mains des Anglais*.
Nous n'avons pas à raconter les opérations qui com-
mencèrent immédiatement contre Toulon ni les péri-
péties du siège qui contraignit Anglais et Espagnols à en
sortir: la phase du fédéralisme est achevée pour Toulon.
Nous dirons ailleurs le sort de la ville malheureuse et
coupable, après la retraite précipitée de ceux à qui elle
s'était confiée (20 frimaire, 19 décembre 1793).
1. Voyez les ouvrages cités plus liaut de MM. Abeille, Lauvergnc, P iis et
Gaulliier de Brécy.
YI. SOUMISSION DES DEPARTEMENTS DU SUD-EST. 245
VI
Soumission des départements voisins de Marseille et de Toulon.
Nous avons vu quelles avaient été les dispositions des
déparlements voisins de Toulon et de Marseille à la nou-
velle du 51 mai. On avait donc sujet de craindre qu'ils
ne fussent entraînés au mouvement général du Midi,
et les commissaires du Pouvoir exécutif envoyés dans les
trois départements des Alpes (Hautes et Basses-Alpes,
Alpes-Maritimes) leur adressaient un appel qui semblait
presque désespéré :
Citoyens, l'on vous égare; lisez et réfléchissez.
L'on vous dit que la Convention n'est pas libre et qu'elle
délibère au milieu des bayonneltes; mais, citoyens, si elle
n'était pas libre, vous aurait-elle envoyé une Constitution
républicaine? etc.
GoNORD aîné, Go>ord jeunet
L'argument, paraît-il, à leurs yeux était sans réplique.
La crainte d'ailleurs était sans fondement. Le département
des Alpes-Maritimes, ]}d.v \d. nouveauté de son annexion,
se trouvait le moins engagé dans les querelles de partis.
Vainement Marseille avait-elle cherché à l'isoler en in-
terceptant les communications de Nice avec Paris \ Le
département reçut l'acte constitutionnel, l'adopta et fit
une circulaire aux départements voisins pour les exhor-
1. «Les commissaires du Pouvoir exécutif envoyés dans les départements des
Hautes et Basses-Alpes, Alpes-Maritimes, à leurs concitoyens de ces mêmes dé-
partements. Carpentras, 25 juillet 1795. » (Bibliothèque de Garpentras, collection
Tissot, n" 39.)
2. Lettre des administrateurs à la Convention, eu date du 29 juillet 1793
(Archives nationales, D xl § 4, carton 18, dossier Alpes-Maritimes).
244 PART. II, CIIAP. XIII. MARSEILLE, TOULON, AVIGNON.
ter à l'accueillir de même. Il fiL plus : il adressa « aux
prétendus membres du soi-disant comilé général des
trente-deux sections de Marseille » un long manifeste,
dont cette première phrase peut donner une idée :
Si vous clés si audacieux que de vouloir désigner sous les
mots de factieux nos représentants à l'Assemblée nationale
qui nous ont donné la nouvelle Constitution et tant de décrets
salutaires depuis le 1" juin dernier, nous vous déclarons
hautement que vous êtes les hommes les plus scélérats qui
puissent exister sur la surface de la terre, puisque l'acte
constitutionnel exclut toute idée de faction, d'anarchie ou de
royalisme, etc.
Cette adresse, datée du 9 août, quand Marseille,
arrêtée dans son mouvement agressif, ne songeait
plus qu'à se défendre, fut communiquée par Grégoire
à la Convention lorsque déjà cette résistance avait été
cruellement réprimée ; ce fut dans la séance du 14 sep-
tembre. Mais à cette époque la Convention avait encoj'e
à triompher de Toulon, et la manifestation n'était pas
sans importance :
« La Convention nationale, dit le Moniieur, applaudit
au zèle et à l'intrépidité de ces nouveaux enfants de la
grande famille qui, sur le point du continent français
le plus éloigné de Paris, déploient la fierté républicaine;
et, sur la motion de Grégoire, adoptée à l'unanimité,
elle décrète qu'il sera fait mention honorable dans son
procès-verbal de l'administration du département des
Alpes-Maritimes, et qu'extrait de la réponse aux révoltés
de Marseille sera inséré dans son procès-veibal '. »
Pour les Basses-Alpes, dont on a vu l'attitude mena-
1. Moniieur du 16 sepleuibre 1703, t. XVII, p. 657.
VI. SOUMISSION DES DÉPARTEMENTS DU SUD-EST. 245
çanle et l'adresse au bataillon qu'elles avaient à l'armée,
que devait-on en attendre? Cette adresse fut imprimée
et publiée, mais quand déjà le mouvement avait échoué;
car à la suite, et en plus gros caractères, était donnée
la réponse du troisième bataillon, sans date (à une date
où l'on avait pu apprendre confusément la mort de
Ma rat) :
Nous ne connaissons pas Marat, nous savons seulement
qu'il a été assassiné par la femme d'un de ceux qui plongèrent
le fer dans les flancs du représentant du peuple Léonard
Bourdon.
Ils ajoutaient qu'ils avaient été requis par les repré-
sentants du peuple pour s'opposer aux Marseillais :
Nous ne reconnaissons d'abominable système que... la
guerre civile '; etc.
Les commissaires envoyés par le Conseil exécutif
pour porter en province l'acte constitutionnel nous font
connaître les dispositions de toute cette région, dans le
désarroi où l'échec des Marseillais l'avait jetée. L'un
d'eux, Robert, écrit de Nice le 15 août. Sur tout son
passage, de Marseille à Aix, il a trouvé la défiance qui
précède une catastrophe. Marseille tenait encore et ce
n'était pas l'heure de lui parler de la Constitution. La
ville est toujours attachée à la République, mais elle
persiste à méconnaître les décrets de la Convention de-
puis le 31 mai :
Voulant une autre Convention pour reviser tout ce qui a
été fait depuis cette époque, et que l'on nomme une commis-
sion élue comme les représentants pour juger tous les
1. Bibliothèque de Carpentras, collection Tissol, n" 59.
246 PART. II, CHAP. XIII. MARSEILLE, TOULON, AVIGNON.
membres qui ont représenté le peuple, pour qu'on leur fasse
leur procès individuel.
Aix est sous l'influence de Marseille, mais ne professe
pas comme elle les principes républicains ; elle tient à
l'ancien régime, elle en attend le retour, espérant dans
les succès de la Vendée.
Toulon prépare une guerre de ce genre. On y fanatise
le peuple par des processions générales où le peuple
va pieds nus. On a réinstallé les confréries, inauguré
plusieurs images de la Vierge où l'on va faire des
neuvaines. Il y a à craindre que cela ne se propage. Si la
contagion gagnait le Rhône, tout le ci-devant Languedoc
serait perdu : « car il ne faut qu'une étincelle pour
embraser tout ce pays qui est le plus fanatique de
France' ».
Les frères Gonord ont une correspondance plus active.
Le triomphe de la Convention dans les Basses-Alpes a
devancé la chute de Marseille. Forcalquier, Digne,
Simiane, Sisteron, Manosque, Sault, ont accepté la
Constitution avec joie, avec enthousiasme. Forcalquier a
résisté aux efforts de la ville d'Aix; Manosque a été
évacuée par les Marseillais^ La commune de Sault s'est
particulièrement distinguée, et les commissaires en font
un éloge hyperbolique (29 juillet) :
La commune de Sault, qui ne partage pas l'égarement des
administrations du département des Basses-Alpes et autres,
4. Archives nationales, F i* 551, dossier Robert. Ce commissaire ignore abso-
lument l'orthographe.
1. 16 août. Cl. une lettre de Point, « commissaire des troupes de la Répu-
blique », du 17 : « Vous me demandez des détails sur la situation de Manosijue :
les coquins n'y sont plus. Notre approche de cette ville les a tellement consternés,
que, la veille de notre entrée, les soi-disant Marseillais et partisans n'ont eu
d'autres ressources que la fuite. » (Archives nationales, F i" 551.)
VI, SOUMISSION DES DEPARTEMENTS DU SUD-EST. 247
qui adhère de cœur et d'âme à la révolution des 51 mai
et 2 juin dernier, qui n'a jamais cessé de regarder la Mon-
tagne comme le palladium de la France, les Jacobins
comme ses anges tutélaires, les Parisiens comme ses sau-
veurs '....
Elle demande à se rattacher au district d'Apt et à
faire partie du département de Vaucluse; et les com-
missaires l'appuient :
C'est le seul chef-lieu de canton du département des
Basses-Alpes qui n'ait pas assemblé ses sections et qui n'ait
pas obéi aux arrêtés liberticides des administrateurs de ce
département '.
Ce beau zèle des frères Gonord n'était pas absolu-
ment gratuit. Ils avaient reçu 6000 livres en partant;
ils s'en étaient fait donner 4000 à Forcalquier, et leur
mission avait duré deux mois : soit 2500 livres par
mois à chacun; or les autres commissaires ne recevaient
que 500 livres. Le conseil des finances, un peu plus
tard (17 vendémiaire an III), leur fit restituer au Trésor
les 4000 livres qu'ils s'étaient fait donner à Forcalquier^
Nous ne parlons pas de la Corse. Elle avait adhéré à
la République, juré haine à la tyrannie (8 juin 1795) ',
mais les querelles de la Convention lui étaient fort
indifférentes. Elle avait son insurrection à elle, sa con-
sulte et son chef, Paoli, qui fut déclaré traître (17 juil-
let) % Couthon et Lacroix essayaient bien à Paris de faire
1. Sault, 29 juillet. Archives nationales, F i' 551, dossier Gonord.
2. Archives nationales, Fp 551, Sault, 5 août : copie d'une lettre écrite aux
représentants du peuple.
3. Archives nationales, ibid.
4. Archives nationales, AF* n, 40 (registre du Comité de salut public), 1" iliO.
5. Sur l'état de la Corse en ce temps-là et la position qu'y avait prise le
248 PART. Il, CH\P. XIII. MARSEILLE, TOULON, AVIGNON.
croire qu'il y avait identité de vues entre Paoli et les
amis de Brissot*, mais la Corse ne s'en doutait guère :
le fédéralisme était le moindre de ses soucis. Elle refusa
la Constitution et, avec l'aide des Anglais, sut pendant
quelque temps résister à la RépulJlique^
lieutenant général Paoli, voyez une adresse de la Société républicaine de Toulon,
présentée à la Convention par Escudicr dans la séance du 2 avril 1795 {Moniteur
du 4, t. XVI, p. 55), et les rapports de Barère dans les séances du 23 mai {Moni-
teur du 25, ibicL, p. 460) et du ["juillet (Moniteur du 3, t. XVII, p. 20).
1. Séance du 1" juillet. Moniteur du 3, t. XVII, p. 21.
2. Voyez le rapport de Gossuin, 9 août 1793 [Moniteur du 12, t. XYII, p. 563).
Cf. sur la Corse Archives nationales, D xl § 4, carton 19, dossier 20, et les let-
tres de Delclier, Lacombe-Saint-Micliel et Salicetti, 10 et 11 avril 1793; D § i,
inventaire, carton 16, dossier 28.
CHAPITRE XIV
LYON
Lyon avant le 31 mai.
La ville qui par ses propres forces tint le plus long-
temps en échec le parti de la Montagne, dominant à
Paris, et qui subit aussi le plus cruellement les effets
de sa Yengeance, c'est la deuxième ville de France, la
rivale de Paris, Lyon.
Julien, dans son rapport, la signale comme « le foyer
de toutes les rébellions formées dans les différents points
de la République » « En 1790, continue-t-il, elle
avait des relations avec les chefs du camp de Jalès ; en
1791, avec la rébellion d'Arles ; en 1792, avec le com-
mandant du château de Bannes; en 1795, avec Charrier,
de la Lozère : tous lés fils des conspirations ont abouti
dans cette ville, parce que celte ville était devenue le
refuge d'une caste d'hommes qui ne savent vivre que du
malheur de leurs semblables*. »
Disons plutôt que la ville de Lyon, ville de grande
industrie, s'accommodait mal d'un régime qui avait jeté
1. Rapport, p. 170.
250 PART. II, CIIAP. XIV. LYON.
une si grande perturbation clans le travail; ville reli-
gieuse aussi, elle avait été vivement émue de tout ce
qui avait touché l'Église.
Une si nombreuse population ne pouvait pas man-
quer de receler des hommes qui étaient en commu-
nauté de sentiments et de tendance avec les sans-cu-
lottes de Paris, et ils suppléaient au nombre par l'audace.
LePiémontais Chalier, leur chef, investi, puis dépouillé
de l'écharpe municipale, était revenu de Paris avec un
décret de l'Assemblée législative (15 août 1792) qui le
rétablissait dans ses fonctions*. Lyon avait ressenti
le contre-coup du 10 août et aussi des journées de sep-
tembre. L'émigration avait éclairci les rangs des familles
aristocratiques; la déportation avait atteint les prêtres;
la terreur avait paralysé la bourgeoisie tout entière :
la victoire n'était plus disputée aux Jacobins. Ils l'em-
portèrent dans les élections municipales, et Chalier,
l'aventurier Chalier, fut élu président du tribunal du
district (25 novembre).
Cependant, les violences des factieux dans la Conven-
tion avaient jeté l'émoi dans le département de Rhône-
et-Loire comme ailleurs. Yillefranche s'en prenait par-
ticulièrement à Marat :
Jusqu'à quand, dans votre sein, sous vos yeux, le vil
instrument d'une faction désastreuse alimen(era-t-il des pro-
i. Marie-Josopli Chalier, né à Suzc en I7i7, avait étudie chez les Dominicains.
Il quitta les études pour le commerce, visiia en 1775 Gonstantinoplc et le Levant.
11 était à Paris en 1789, s'y lia avec Ilohespicrrc, et, aifilié aux .lacobins, il se
lendit à Lyon, où il devint le chef des patriotes. C'est à ce litre qu'il tut nommé
iiotalile, puis président du tribunal du district. Dès le o février 1793 il deman-
dait déjà la guillotine pour « le vcrtucu.x » Roland : « 11 ne saurait échapper,
disait-il, au glaive des lois, et si rassemblée est sourde à notre voix, le peuple
saura de lui-même abattre cette perfide tête. » (Salomonde La Chapelle, llidoire
judiciaiie de Lyon depuis 1790, t. 1, p. 75.)
I. L\ON AVANT LE 51 MAI. 251
jets liberticides avec le fiel do la plus atroce calomnie? Jus-
qu'à quand ce prototype de scélératesse outragera-t-il tran-
quillement nos meilleurs républicains Jusqu'à quand cet
infernal suppôt des furies \ etc.
Saint-Bonnet-le-Cliâteau disait expressément que si
la Convention n'y avisait pas, les départements y sau-
raient trouver le remède :
Représentants,
Vos discussions orageuses et indécentes commencent à
nous inquiéter et à nous indisposer
Dites donc aux factions qui vous entourent que nous les
observons et que si vous continuez à être troublés et exposés,
bientôt les départements s'uniront et feront paraître sous les
murs de Paris l'étendard d'une sainte insurrection....
Une Constitution républicaine,.,, voilà notre vœu
S'il n'est pas rempli, si vos dissensions ne cessent pas,
c'en est fait de Paris....
Ce 50 décembre 1792, l'an4 de laRépublique universelle ^
La Société populaire de Saint-Chamond faisait entendre
les mêmes plaintes (9 janvier 1795), et celle du Bois-
d'Oingt, se croyant tenue de dire à la représentation
nationale ses vérités, s'écriait dans une semblable
adresse :
Vous souffrez dans votre sein des scélcrats, des monstres.
Oui, vous souffrez parmi vous les anthropophages Robespierre,
1. Suit la justification de Roland. Plusieurs pages sont couvertes de signa-
ures, avec alteslations particulières du maire et des officiers municipaux de
Villcfranche. (Arcliivcs nationales, D xl § 4, carton 25, dossier PJtâne-ct-Loire.)
2. Deux pages de signatures avec celte note : « Plus de 2000 citoyens auraient
signé celte adresse, mais à défaut de place ils m'ont chargé de souscrire en leur
nom : Dcsprez-Bussy, officier municipal. » (Archives nationales, D x[. § 4, car-
ton 18, dossier des Bouc/ies-du-Rhône, où la pièce a élé rangée par erreur.)
252 PART. II, CHAP. XIV. LYON.
Panis, Danton, Sergent, Marat, Légalité (Ph. Egalité) et com-
pagnie. Oh honte !
Chassez ces massacreurs, ces héros du 2 et 3 septembre, et
la patrie n'est plus en danger Que ces cannibales ne siè-
gent plus dans le sanctuaire des lois , qu'ils n'auraient
jamais dû souiller. Prononcez contre eux l'ostracisme*.
A Lyon aussi, une sorte de réaction se produisit. Un
modéré, un ami du maire Vitet, le citoyen Nivière-
Chol, élu au conseil de la commune, avait accepté
d'être maire à son tour; et bientôt la mort de Louis XYI,
qui était le triomphe des Jacobins, acheva, par contre-
coup, de tirer les esprits de leur stupeur. Des manifes-
tations eurent lieu. La municipalité y vit une occasion
de frapper ses ennemis. Le 4 février, le conseil général
de la commune ordonna des visites domiciliaires : la
journée du 5 fut consacrée aux arrestations. Mais il ne
suffisait pas qu'on remplît les prisons. Le club central
se réunit dans la nuit du ^5 au 6. On y résolut de
s'emparer de l'artillerie, de braquer les canons au dé-
bouché des principales rues, et de former un tribunal
populaire. Les juges ne pouvaient pas manquer, et
comme quelqu'un faisait observer qu'un exécuteur se-
rait insuffisant : « Mais, lui dit-on, avec la guillotine,
pour faire périr un homme, il n'y a qu'une ficelle à
tirer » ; et plusieurs se présentaient pour tirer la ficelle.
Afin de se débarrasser plus commodément des cadavres,
il fut proposé d'établir la guillotine sur le pont Morand,
et l'on avait déjà trouvé une formule de jugement,
i. Archives nationales, D xl § 4, carlon 23, dossier Rliône-el-Loire. — On y
trouve une adresse analogue des Amis de la liberté, section ISrutus, à Lyon,
50 décembre 1792 — Il y a des adresses dans le même sens, quoique moins vio-
lentes, de Saint-Etienne (reçue le 22 avril), de la commune d'Anse (27 avril), de
Iloanne (reçue le 3 juin). Même dossier.
I. LYON AVAM LE 51 MAI. 255
empruntée aux pratiques de l'Abbaye et de la Force en
septembre : Faites jjasser le pont à Monsieur^ \
Mais le secret imposé par Chalier à ses complices fut
mal gardé ; et comment leur faire croire qu'ils avaient
besoin de secret ? Le maire Xivière-Chol, qui s'était
opposé, dans le conseil, aux arrestations, fit battre la
générale sans prendre son avis. Il réunit une force im-
posante de troupes de ligne et de garde nationale, et les
clubistes n'osèrent bouger. Ils s'en vengèrent en préten-
dant que cette prise d'armes était sans raison et révélait
un complot contre la municipalité. Xivière-Chol fut
appelé devant le conseil ; des dénonciations arrivèrent à
la Convention nationale : on en retrouve l'écho dans
le rapport lu par Tallien à l'Assemblée sur les troubles
de Lyon ("25 février 1795). La sédition, pour lui, c'étaient
les manifestations provoquées par la mort de Louis XYI
et la démonstration armée du maire'. Nivière déposa
son écharpe (7 février) ; mais il fut réélu : la bour-
geoisie menacée avait cette fois fait acte de résolution.
Sur 10746 votants il eut 8097 suffrages^ Bien plus,
un jeune homme qui avait osé accuser Chalier ayant
été mis en prison par les officiers municipaux, la mul-
titude le délivra et se porta en masse sur le club central,
dont elle força les portes et brisa les bancs (18 février).
La nouvelle de cette émeute parvenait, avec renchérisse-
1. Histoire du siège de Lyon, des événements qui l'ont précédé et des
désastres qui l'ont suivi [par l'abbé Guillon]. (Paris, 1797, 2 vol. ia-8°), t. I,
p. 116-120. Cf. Histoire du siège de Lyon, par un oHicier de l'état-major du
siège, échappé du carnage et réfugié en Suisse (Lausanne, 1793 , V" époque;
Salomon de La Chapelle, Histoire judiciaire de Lyon depuis 1790, t. I, p. 77;
Histoire des prisons, t. I, p. 244; V Histoire piurlementaire, t. XXVII, p. 415
et suiv., donne l'histoire de Lyon, jour par jour, pour le mois de mai 1795.
2. Moniteur du 27 février 1795, t. XY, p. 556.
5. Salomon de La Chapelle, Histoire des tribunaux révolutionnaires de
Lyon et de Feurs, établis en 1795, p. vu.
254 PART. II, CIIAP. XIV. LYON.
ments, à Tallien au moment où il terminait son rapport,
et il en donna communication en même temps à la Con-
vention nationale*.
La Convention envoya trois commissaires, Rovère,
Bazire et Legendre, pour rétablir l'ordre dans la ville.
Avant qu'ils arrivassent, de nouveaux incidents
étaient survenus.
Nivière n'ayant point accepté les fonctions de maire
qui lui étaient rendues, ses amis portèrent à sa place
un autre modéré, le médecin Gilibert. La lutte fut vive :
les suffrages se partagèrent entre lui et le jacobin Ber-
trand, ami de Ghalier. Il fallait un nouveau tour de
scrutin. Pour le décider en faveur de Bertrand, les par-
tisans de ce dernier, maîtres du tribunal et de la com-
mune, jetèrent Gilibert en prison comme complice des
derniers troubles. Le lendemain, tout au contraire,
Gilibert l'emporta (27 février). Mais un secours plus
efticace arrivait aux autres. Les trois délégués delà Con-
vention venaient d'entrer dans Lyon. Sur leurs instan-
ces, Gilibert donna sa démission, et Bertrand, n'ayant
plus de concurrent, fut élu (8 mars^).
Les Jacobins reprenaient donc le pouvoir et ils
n'avaient pas coutume d'en user avec beaucoup de mé-
nagements. Les trois conventionnels avaient rouvert
leur club; un peu après, les représentants envoyés à
l'armée des Alpes, Dubois-Crancé, Albitte, Gautbier et
Nioclie, passant par Lyon, intervenaient à leur tour dans
les affaires de la ville par des arrêtés révolutionnaires
1. Moniteur du 27 février 1793, t. XV, p. 557.
2. Histoire du siège de Lyon, des éve'nements qui Vont précédé, etc., t. I,
p. 142 ; Histoire du siège de Lyon, i'^" époque, à la date ; Salomon de La Cha-
pelle, Histoire des tribunaux révolutionnaires de Lijon et de Fcurs, p. ix.
et Histoire judiciaire de Lyon, t. I, p. 87.
I. LYON AVANT LE 51 MAL 255
et des mesures qui donnaient plus de force au parti
dominant ; ils y laissaient, en partant, un comité de
salut public nommé par les corps administratifs réunis
(8 avril'). Ainsi appuyés, ces corps avaient arrêté qu'il
serait formé une armée révolutionnaire de 0400 hom-
mes; et, pour l'entretenir, ils avaient imposé une taxe
de six millions sur les riches (14 mai^). La municipalité,
chargée de répartir et de lever cette somme, le fit de la
manière la plus révoltante. On a sur cette matière et sur
tous les actes de ces hommes un témoignage qui n'est
pas d'un ennemi : « Je ferai, dit Julien dans son rap-
port, l'aveu que la municipalité de Lyon était à cette
époque très mal composée; je dirai même qu'elle exer-
çait des vexations, des dilapidations, des actes arbitrai-
res, des proscriptions. J'irai plus loin encore, en ajou-
tant qu'elle provoquait au meurtre, au carnage; qu'elle
donnait des mandats impératifs pour faire payer, dans
le falal délai de vingt-quatre heures, 60 000 livres
à des citoyens dont la fortune n'allait pas à 50 000.
Après de pareils aveux de ma part, on ne nous accu-
sera pas sans doute de provoquer ce que nous aurions
défendu, si le cri des malheureuses victimes fût par-
venu jusqu'à nous ^ w
Ce témoignage, il est vrai, ne fut pas reçu sans ré-
plique. Le rapport de Julien, réprouvé par la Commune
de Paris, vivement attaqué par Robespierre aux Jacobins,
\. Rapport de Dubois-Crancé, l'"" partie, p. 5; cf. La Chapelle, Histoire des
tribunaux révolutionnaires de Lyon et de Feurs, p. x. — On avait même
écrit à la Convention pour avoir un tribunal révolutionnaire (6 mai 1795),
proposition qui lut repousséc par la Convention (15 mai, ibid., p. xi). Les
Girondins, encore au pouvoir, avaient assez du tribunal révolutionnaire de Pai'is.
2. La Chapelle, ibid., p. si.
5. Rapport, p. 170.
256 PART. II, ClIAP. XIV. LYON.
fut rétracté par lui et désavoué solennellement par la
Convention (50 du l"mois, 21 octobre i795)\ Julien
dut faire aux patriotes lyonnais eux-mêmes son amende
honorable : « Je vous ai innocemment calomniés, écrit-il
aux anciens membres de la municipalité lyonnaise ; je
m'empresse de réparer une erreur causée par quelques
lettres de vos détracteurs ^ » Pour réparer le dom-
mage de cette publication, la Convention fit joindre
au rapport des observations rectificatives avec la let-
tre dont j'ai cité le début. Mais les premières alléga-
tions de Julien survivent à ce démenti imposé, et elles
trouvent surabondamment ailleurs leur preuve irréfu-
table. La prison attendait ceux qui ne payaient pas. Les
caves de l'hôtel de ville se remplissaient de récalcitrants
ou de suspects; des placards incendiaires se succédaient
sur les murailles. On menaçait les riches : or, quand les
riches sont menacés, ceux qui possèdent, même au
plus humble titre, ne peuvent pas être bien assurés de
leur avoir. Le mécontentement alla grossissant dans la
population de la grande ville, et une réaction générale
éclatai
Un décret de la Convention avait autorisé les sections
à se réunir. Ce décret, qui favorisait les manifestations
populaires, convenait peu à qui avait la dictature. Au-
tant il fut bien accueilli des Lyonnais, autant il déplut
au maire Bertrand et à la minorité qui était maîtresse
de l'hôtel de ville. Quand les sections qui s'étaient as-
semblées vinrent apporter au maire les procès-verbaux
1. Voyez ci-dessus, t. I, p. 322.
2. 4° jour de la 5° décade du 1" mois de la 2" année de la République une
et indivisible, — plus simplement 15 octobre 1793.
3. Ilisloire du siège de Lyon, des cvénemeitls, etc., t. I, p. 177 et suiv.;
Histoire du siège de Lyon, i" époque, à la date.
I. LYON AVANT LE 51 MAI. 257
de leurs séances : « Vous voulez du sang, leur dit-il,
vous en aurez ^ »
Le bruit d'une lutte imminente parvint aux représen-
tants attachés à l'armée des Alpes, le 26 mai. Dès le '27,
Gauthier et Nioche arrivaient à Lyon. En même temps,
Kellermann recevait de Dubois-Crancé l'ordre de les
appuyer au besoin. Us se rendirent au comité de salut
public de la ville ; et le lendemain (28) ^ ils écrivaient
à Paris qu'ils avaient l'espoir de tout apaiser. Illusion !
Ce même jour, vers midi, une députation des sections
vint se plaindre à eux des vexations de la municipalité,
dénonçant Chalier comme le principal auteur des vio-
lences. Vers les onze heures du soir, les sections leur
demandèrent formellement la suspension des autorités
municipales. Nioche éluda leurs instances, il parcourut
la ville et il dit dans son rapport qu'il la trouva calme.
Mais il avoue qu'à peine au lit il en fut tiré par la
nouvelle que les sections s'armaient '. Selon d'autres
récils, elles s'étaient, jusque-là, bornées à se mettre en
permanence. Les clubistes les plus exaltés s'étaient réu-
nis à part, au nombre de quatre cents, dans l'église
métropolitaine, et plusieurs, se répandant dans les sec-
tions, avaient osé sommer les présidents et secrétaires
de se retirer sous peine de mort. Chalier avait dit, le
27, au club central, qu'il fallait faire un faisceau des
présidents et secrétaires des sections, leur trancher la
1. Histoire du siège de Lyon, \'^ épc^ue, p. lo.
2. Le 28 mai il y eut un rassemblement à propos du beurre que Ton fondait
pour l'armée des Alpes : — les femmes disaient rjue c'élait le fait d'un accapa-
reur; que les soldats ne mangeaient pas de beurre. Le commissaire du Conseil
exécutif, Gonchon, qui l'annonce à son ministre, dit qu'il n'a pu empêcher que
le beurre ne fût distribué et vendu à dix sous la livre. (Archives nationales,
F 1^551, dossier Gonchon.)
5. Rapport fait à la Convention par P.-C. Niocue, sur les malheureux
événements arrivés à Lrjon le 29 mai 1793.
RÉVOL. DU 51 MAI. Il — J7
258 PART. II, CIIAP. XIV. LYON.
tête et se laver les mains dans leur sang'. Mais la mu-
nicipalité disposait d'autres moyens pour frapper ceux
dont elle se défiait. Pendant la nuit (le représentant
Nioche n'en dit rien), plus de cent pères de famille fu-
rent arrêtés chez eux et jetés en prison \
Le 29 au matin, les présidents de section conférè-
rent ensemble \ Ils résolurent de se former en comité
des sections réunies et de se transporter à l'Arsenal,
sous la protection d'une partie des troupes section-
naires. En même temps les autres allaient se réunir en
nombre devant l'hôtel de ville. Le représentant Gau-
thier essaya de prévenir la lutte, offrant même, pour
plus de garantie, de se rendre personnellement à l'Ar-
senal. Mais presque aussitôt on recevait la nouvelle
qu'un bataillon des sections, dont les armes n'étaient
pas chargées, avait été surpris et mitraille par les
ordres du maire Bertrand. La rupture était faite. Les
sections déclarèrent la municipalité dissoute; la muni-
cipalité, de son côté, ordonna aux sections de déposer
les armes sous peine de mort. Les armes ne furent pas
déposées. Après un combat disputé, l'hôtel de ville,
défendu par l'artillerie, fut enlevé par la garde natio-
nale, et les deux représentants Gauthier et Nioche durent
se résigner à son triomphe. On établit une adminis-
tration nouvelle; et les officiers municipaux, ainsi que
Chalier et trois membres de son tribunal (Gaillard,
juge; Hidens, commissaire national; Dodieu, directeur
du jury), furent mis en arrestation \
1. La Chapelle, Histoire judiciaire de Lyon, t. I, p. 05.
2. Uisloirc du siè'ge de Lyon, 2" époque, p. 27 ; La Chapelle, Histoire des
tribunaux i ciolulionnaires de Lyon et de Fours, p. xv.
5. Ce matin même, à six heures, Clialier avait mis eu éveil le maire Bertrautl.
Voyez sa lettre : La Chapelle, II {■■sloire judiciaire de Lyon, t. I, p. 90.
4. Histoire du sidge de Lyon, 2* époque, p. 26-50; Lu Chapelle, Histoire
II. LYON APRÈS LE 51 MAI. 259
On était dans la joie de la victoire, quand on reçut la
nouvelle des événements du 31 mai à Paris.
II
Lyon après le 51 mai.
C'était une redoutable contre-partie de la journée du
29 à Lyon. La députation qu'on devait envoyer à la
Convention, pour en rendre compte, n'avait plus rien à
y faire; et Lyon se mit en rapport avec les départements
qui, moins préoccupés de leurs affaires intérieures,
ayant observé avec plus d'attention l'orage prêt à éclater
dans Paris, avaient tenté de le prévenir : l'Ain et le Jura,
l'Isère, les Bouclies-du-Rhône, le Gard, la Gironde. Il
leur envoya des députés et en reçut d'eux ^ Le girondin
Biroteau était venu enflammer la ville par le récit des
événements de Paris et l'entraîner à la lutte.
A l'exemple de ce que nous avons vu dans plusieurs
de ces départements, une assemblée départementale,
composée de députés de chaque commune, se réiinil à
Lyon sous la présidence de Gilibert, et décida qu'on ne
reconnaîtrait plus les décrets de la Convention jusqu'à
ce qu'elle eût retrouvé son intégralité (l^"" et 5 juillet) ^
Cette attitude d'une ville dont le parti montagnard,
des tribunaux révolutionnaires de Lyon et de Feurs, p. xv-xix, et Histoire
judiciaire de Lrjon, t. I, p. 98-118. Voyez les interrogatoires de Dodieu et de
Hidcns, ibid., p. 151-141; de Clialier, p. 145; llidens se pendit aux fenêtres de
son cachot, ibid-, p. 142: et la note LXII aux Appendices.
1. Voyez la note LXIII aux .\ppendices.
2. Histoire du siège de Lxjon, p. 50-55; La Chapelle, Histoire des tribu-
naux re'votutionnaires de Lyon et de Feurs, p. xxv et xxvi. — Le 15 juillet
on y décida la levée d'une force dépaitementalc, et le 14 on invita tous les
citoyens à s'y enrôler pour la défense de la liberté et le triomphe de la Répu-
blique, ibid., p. XXVI, xxvn. Un arrêté du 19 fixa le contingent de Lyon à
7200 hommes et celui des autres districts du département à 2 400 hommes [ibid.).
260 PART. II, CUAP. XIV. LYON.
victorieux à Paris, se croyait encore maître la veille,
inquiéta vivement le Comité de salut public. On ne
voulut rien brusquer. On recourut au mirage de cette
Constitution (on la faisait, on la fit en liuit jours) qui
allait rendre la France à elle-même. On feignit d'ailleurs
d'accueillir les plaintes des Lyonnais, et, pour mieux y
faire droit, on décida que les membres de la munici-
palité vaincue seraient traduits devant le tribunal révo-
lutionnaire de Paris. C'était un moyen trop transparent
de les arracher à leurs juges pour les rendre à leurs
pareils. Les Lyonnais décidèrent qu'ils comparaîtraient
chez eux devant un jury; et c'est par ce tribunal, pro-
cédant selon toutes les formes de la justice, que Chalier
et un de ses complices furent condamnés à mort
(16 juillet)*.
Le comité put voir dès lors que la lutte était inévi-
table, et Lyon, à la tête du Midi, avec l'appui qu'il
trouvait dans l'Est et dans l'Ouest, pouvait bien mieux
que la ville de Caen demander à Paris satisfaction de
l'attentat commis contre la représentation nationale.
Il n'était pas sûr de s'y heurter de front; mieux valait
i. Procès lie Clialior, suivi de sa défense par le citoyen Moulin (Bibliothèque
nationale, Lb*^ 5172). — Histoire du siège de Lyon, des événements, etc.,
t. I, p. 225 et suiv.; Histoire du sièr/e de Lyon, 2" époque, p. 50-58; La Cha-
pelle, Histoire judiciaire de Lyon, t. I, p. 145-147. — Il avait reçu avant de
mourir les secours d'un prêtre constitutionnel. Voyez son testament à la date du
50 mai, ibid., p. 199; et les détails affreux de son exécution, ibid., p. 158, et
Histoire des tribunaux révolutionnaires de Lyon et de Fcurs , p. 22-25
(interrogatoires de Ripet et, de Bernard, l'exécuteur et son aide). — Réhabilita-
tion de Chalier -par les représentants, réintégrant, après la prise de Lyon,
les anciens membres du tribunal dans leurs fondions, 1(3 octobre 1795
{ibid, p. 168). — A Paris on n'avait pas attendu jusque-là. Une médaille re-
produisant ses traits fut frappée en son honneur avec cet exergue : «Joseph Cha-
lier mourut pour la patrie à Lyon, 1795. » Voy. Miliin, Histoire métallique de
la Révolution française, ou Recueil des pièces et )nonnaics qui ont été frap-
pées depuis la convocation des États Généraux jusqu'aux p)-emières cam-
pagnes de l'armée d'Italie. Paris, 1806, in-4'', planche XXII, n" 81.
II. LYON APRES LE 51 MAT. 261
user de ménagements d'abord, pour l'affaiblir et lui
ôter ses auxiliaires.
Dubois-Crancé, qui était resté avec Albitte près de
l'armée des Alpes, était le mieux placé et le mieux pré-
paré pour agir ^ La situation pourtant n'était pas sans
péril. Grenoble était mal disposée; on avait reçu la nou-
velle que les bataillons de Marseille et d'Aix avaient
occupé Tarascon ; que ceux de Nîmes étaient au Pont-
Saint-Esprit et que l'armée des Alpes, assez pauvrement
pourvue alors, avait à tenir tète aux Piémontais qui
devaient attaquer par le mont Genis, le mont Saint-
Bernard et le Faucigny. Dubois-Crancé affecta d'abord
de ne pas s'apercevoir des dispositions des Lyonnais.
Il tâcha de leur retirer le plus possible les armes dont
il prévoyait qu'ils ne tarderaient pas à faire usage,
Kellermann écrivit à la municipalité lyonnaise de ti-
rer de l'Arsenal vingt-quatre pièces de 16 et de 24
et des munitions de guerre dont il avait besoin pour
la défense de la frontière, rendant l'administration
responsable des événements en cas de refus ou de
retard; et la municipalité les donna, quoique plu-
sieurs eussent bien senti et remontré qu'on ne voulait
que désarmer la ville. Alors on s'attaqua aux plus pro-
ches alliés de Lyon; et, tandis que le Comité de salut
public faisait marcher des troupes contre le Jura, les
1. M. Pons a publié, au nombre de ses pièces justificatives, la copie textuelle
d'une « lettre écrite par Danton, président de la Convention nationale, à Dubois-
Crancé, le 21 juillet an II de la République française, et trouvée à Grenoble
dans un portefeuille qu'il a perdu ». Il lui recommande d'employer tous les
moyens pour réduire Lyon :
« Dussions-nous même abandonner le JIonl-Blanc au tyran sarde, peu nous
importe; les Savoisiens fussent-ils encbaîués deux par deux, point de considéra-
tion, pas de demi-mesures; il est tem].s que nous régnions. » d'ons, p. 245-24G.)
La pièce est-elle authentique? Il serait bon de le démontrer.
262 PART. II, CilAP. XIV. LYON.
représentants près de l'armée des Alpes envoyèrent le
général Carteaiix prendre position sur le Rhône, pour
tenir séparées les troupes de Nîmes et de Marseille
et les empêcher de se joindre aux Lyonnais. La réduc-
tion du Jura, on le verra plus loin, fut facile; et l'on a
vu comment Garteaux réussit dans sa mission au Midi.
Dès ce moment les Lyonnais restaient seuls, et la lutte
cessait d'être égale*. La Convention, par un décret du
12 juillet, avait déclaré Lyon en état de révolte contre
l'autorité légitime, cassé les autorités lyonnaises, or-
donné aux habitants de quitter la ville dans les trois
jours, sous peine de confiscation de leurs biens, et con-
fié à deux représentants l'exécution de ces mesures
draconiennes ^
La ville de Lyon, devant cet arrêt, demeura ferme
sans provocation. Elle venait d'apprendre les échecs de
ses alliés du Midi; si elle en fut émue, elle ne s'en
montra pas ébranlée. Le 24 juillet, le conseil général
du département et les délégués qui s'y étaient réunis
firent une profession de foi très nette. Dans cette pièce
ils déclarent :
Qu'ils n'ont jamais entendu établir le fédéralisme; qu'ils
veulent l'unité et l'indivisibilité de la République, qu'ils re-
gardent la Convention comme le seul point central et le
ralliement de tous les républicains ; que les décrets émanés
d'elle concernant l'intérêt général de la République doivent
être exécutés.
Mais aussi :
Que, voulant maintenir dans le département l'ordre public,
le régime des lois, le respect des personnes et des propriétés,
1. Ilisloirc du siège de Lyon, l''" époque, p. 59-43.
2. Moniteur du 14 juillet, t. XVII, p. 111.
II. LYON APRES LE 51 MAI. 2C3
la vraie liberté, ils résisteront de toute leur force à l'opprcs
sion, quelque forme qu'elle prenne.
Et le 2G juillet :
Que, le département ayant été calomnié sur les principes
qui ont dirigé ses commissaires et étant sous le poids de dé-
crets surpris à la Convention sur de faux rapports, il restera,
conformément à la loi, en état de résistance à l'oppression
jusqu'au rapport des décrets rendus contre le département
et la ville de Lyon ^
Il fut décidé que cette déclaration serait adressée à la
Convention, et l'on désigna une dépiitation pour la lui
porter.
Si quelque chose eût pu faciliter leur mission, c'était
assurément un rapport que le Conseil exécutif recevait
en ce même temps de l'un de ses commissaires. Cet
agent, nommé Melletier, lui montrait la situation sous
le meilleur jour (20 juillet). Les causes du mal, selon
lui, étaient les vexations et les actes de l'ancienne mu-
nicipalité. (Julien n'avait donc pas eu tort de le dire.)
La masse générale des citoyens du département était
bonne : nul signe de contre-révolution :
Il est vrai, ajoutait-il, que l'on y est égaré sur la situation
de Paris et de la Convention. Je n'ai rien négligé pour éclai-
rer les esprits et je n'ai porté que des paroles de paix.... Le
décret du 12 a irrité les esprits. Tous les citoyens sont
debout et tous veulent la paix et l'union. Dans ce moment,
presque tous les magasins sont fermés et on se met en état
de défensive contre les forces que M. Dubois de Crancé paraît
diriger contre cette ville. Les intérêts respectifs de Lyon
avec le reste de la République sont trop importants pour ne
pas prendre des mesures concilialoires. J'assure au Comité
1. La Chapelle, Histoire des Iribunaux rcvol. de Lyon el de Fêtas, ]p. xx\iii.
264 PART. II, CIIAP. XIV. LYO.V.
de salut public que ce département n'épousera pas la que-
relle de Biroteau, et je lui propose de suspendre provisoire-
ment les décrets rendus par la Convention depuis le 29 mai,
d'appeler à Paris des députés de ce département pour conférer
avec le Comité de salut public, sans compromettre la dignité
ni les intérêts de qui que ce soit, et d'envoyer un courrier à
M. Dubois de Crancé pour l'inviter à suspendre toutes les
mesures hostiles dirigées et préparées contre Lyon ^
Suspendre la marche de Dubois -Crancé, bien!
Mais suspendre les décrets rendus depuis le 51 mai!
c'était demander à la Révolution de se démentir elle-
même. Il insiste encore, forçant un peu la note, dans
une lettre du 28 juillet :
Oui, la masse des citoyens est bonne et l'on ne veut ici
véritablement que la République une et indivisible ; il est
vrai qu'ils ont été égarés et séduits. C'est Biroteau qui les a
induits dans la plus grossière erreur. Ils reconnaissent et
avouent leur erreur. La Convention ne peut donc les traiter
que comme des enfants égarés et non comme des enfants
criminels Les députés D'erbes (Derbez)^ et Sauterrat
(Sautayra) sont mis en liberté, il a été agité si Biroteau ne
devait pas être mis en état d'arrestation pour avoir induit
les citoyens en erreur. Il ne paraît pas du tout. Les députés
de Marseille et du Calvados ont quitté Lyon fort mécontents
et en traitant les habitants d'êtres pusillanimes"' —
La ville de Lyon d'ailleurs avait fait un pas de plus
vers la paix. Le 50 juillet, elle avait accepté la Consti-
1. Archives nationales, F i" 550, dossier Mclleller.
2. Cf. la Icllrc des représentants Rouyer et IJrunel, Lyon, 25 juillet 1793, lue
dans la séance du 27, Moniteur du 50, t. XVII, p. 200.
3. Archives nationales, F i' 550. Voyez dans le même dossier le Précis sitc-
cinci du rapport du citoyen Mellelicr, commissaire du Conseil executif,
pour l'acceptation de l'acte constitutionnel dans les dcparlcmcnls du Rhône
et de la Loire; rapport daté du 20 au 50 juillet.
11. LYON APRÈS LE .Il MAI. 265
liition, — à l'unanimilé, dit Melletier*; — et il ajoute
que « les représentants Robespierre jeune et Ricord,
se dirigeant vers le Midi, ont passé la veille par Lyon,
et y ont été reçus avec respect ».
Il n'en fut pas de même des délégués que Lyon avait
envoyés à Paris, porteurs de son adresse.
La Convention n'avait plus rien à ménager. Rever-
chon, Albitte et Dubois-Crancé s'étaient transportés à
Mâcon, OLi ils s'occupaient à réunir tout ce qu'il fallait
pour s'imposer de force, et les députés qu'on leur en-
voya n'en obtinrent que cet ultimatum : déposer les
armes et livrer la nouvelle administration ^
Les Lyonnais reçurent cette réponse comme une
déclaration de guerre et se préparèrent à leur tour^
Ils étaient maîtres du Forez, d'oii ils pouvaient tirer des
vivres; ils occupèrent Saint-Étienne, qui leur fournit
des armes; Précy fut nommé général; M. de Clienne-
lette éleva des ouvrages de fortification. Du moment que
la lutte commençait, le royalisme se relevait contre la
République. Dubois-Crancé avait réuni 10 000 bommes
d'infanterie, 5000 de cavalerie et 120 pièces de canon :
c'était peu contre une ville comme Lyon, qui comptait
1. Lettre du 30 juillet, Arcliivcs nationales, même dossier.
2. Voyez Histoire du siège de Lyon [Lausanne, 1795), p. 44; Histoire parle-
mentaire, t. XXVin, p. 498.
5. Saladin, dans son Rapport au nom de la Commission des Vingt et un,
contre Billaud-Yarennes, Collot d'IIerbois, etc., a donné, au nombre des pièces
(ui), la Copie d'une lettre anonyme écrite à Robespierre d'une chaumière,
au midi de Ville-AffrancJiie, 20 messidor, où on lit (p. 222) :
« Lyon, conimc tu sais, fut agité ainsi qu'une partie de la République à
l'épofjue du 51 mai et des 1*'' et 2 juin, et son erreur n'aurait pas duré plus
que celle des autres départements, si les partisans secrets de Danton et de
Hébert n'eussent attisé le feu : car tous les contes bleus d'émigrés, de prêtres
réfractaires, de cocardes blancbes, de guinées de l'ilt, lu n'ignores pas qu'ils
étaient absolument faux. » — Il se déclare ami de Robespierre, mais lui dénonce
(lollot d'IIerbois.
2C6 PART. II, CIIÂP. XIV. LYON.
40 000 hommes capables de porter les armes; mais
tous ne les portaient pas, et cette nombreuse popu-
lation pouvait devenir un embarras en temps de siège.
D'autre part, Dubois-Crancé suppléait au nombre de
ses troupes régulières en appelant des volontaires de
tous les pays d'alentour. La riche ville était une
proie offerte à la cupidité de tout ce qui pouvait céder
à ce sentiment dans les montagnes de l'Auvergne et
du Yivarais, comme dans le Bugey et dans la région
des Alpes. Plus près même de Lyon, Dubois-Crancé
trouvait des auxiliaires : les habitants de la Guillo-
tière l'aidèrent à établir ses batteries à la Part-Dieu;
et il comptait sur d'autres aides dans la ville môme
à un moment donné'.
Dubois-Crancé et Gauthier, en arrivant devant Lyon,
avaient sommé la place'. Les Lyonnais leur répon-
dirent :
Toutes les sections se sont assemblées ; votre lettre leur a
été communiquée; les corps constitués, le Comité général
de surveillance et de salut public ont suspendu leurs fonc-
tions. Ce ne sont plus les délégués du peuple de Lyon, c'est
le peuple tout entier qui vous répond
Nous ne disons pas : La loi nous opprime, nous résistons
(pensée que leur prêtaient les deux représentants dans leur
proclamation) ; mais, jugés sur les rapports de nos ennemis
sans qu'on ait voulu nous entendre, sans qu'on ait daigné
nous répondre, jugés contre l'évidence des faits, nous disons
\. Histoire du siège de Lyon, Tt" époque, p. 40-53.
2. Voyez leur proclamalion datée de la Pape, 14 août, lue à la Convention par
Barère dans la séance du 18 (Moniteur du 19 août 1795, t. XVII, p. 427-428).
liarère donne d'abord la sommation de Kellormann du 10 août, et le rapport
dos premiers engagements de tirailleurs du 9 au 15. 11 cilc également la lettre
d'un citoyen l'àris, commissaire des guerres, qui, entrant à Lyon, s'est vu
embrassé comme un ami et s'étonne qu'on y crie vive la République, tout en
tirant sur des républicains. — H y a toujours eu républicains et républicains.
II. LYON APRES LE 31 MAI. 2G7
ce que nous aurions dit autrefois au gouvernement qui nous
eût opprimés : « Nous ne porterons jamais d'indignes fers et
nous résisterons jusqu'à ce que nous ayons obtenu justice ou
que la liberté soit ensevelie avec nous sous les ruines de
notre ville ».
Ils protestaient contre l'accusation de royalisme, de
fédéralisme, de connivence avec l'étranger :
Ceux qui servent les ennemis delà patrie, ceux qui servent
Pitt, sont ceux qui veulent détruire une ville dont le mi-
nistère anglais paierait chèrement la ruine.
Et ils concluaient fièrement :
Au reste, citoyens, nous retournons à nos postes, et le
peuple ne correspondra plus avec vous que par l'organe de
ses adrainisirateurs, 40 000 hommes sont sous les armes. Ils
ont juré de défendre jusqu'à la mort les droits de l'homme,
leur liberté, leurs propriétés et la sûreté des citoyens qu'ils
ont investis de leur confiance.
A cette lettre en était jointe une autre du peuple do
Lyon aux représentants pour la certifier (17 août) :
Nos commissaires, disaient-ils, sont les membres de nos
corps administratifs et nous déposons de nouveau dans leurs
mains la plénitude de notre confiance.
Si vous avez à faire des propositions, le peuple de Lyon
vous somme de les leur adresser. On y délibérera. Voilà son
dernier mot.
Suivaient 119 pages de signatures*.
Je n'ai point à raconter le siège de Lyon% ni à juger
1. Les seclions de la ville de Lyon aux citoyens did)ois-Crancé et Gau-
thier, représentants du peicple près l'arme'e des Alpes {\1 Aoni 1793). (Biblio-
tlièque nationale, Le^^ 32.)
2. La garnison de Valcncicnnes, après la capitulation de la ville (28 juillet),
avait été envoyée contre Lyon (Séance du 18 août 1795, Moniteur du 19, t. XVII,
p. 428). Cl'. Beaulieu, Essais, etc., t. V, p. 251, note.
2G8 PART. II, CIIAP. XIV. LYON.
le débat engagé plus tard entre Dubois-Crancé, qui le
mena jusqu'à la veille de la capitulation de la place,
et les représenlanls plus jacobins Coutlion, Maignet,
Javoqne, Châleaiineiif-Randon, qui, envoyés en Auver-
gne pour le seconder, arrivèrent à point pour recueillir
le fruit de ses travaux*. Dubois-Crancé avait suivi les
règles de l'art des sièges : il avait d'abord pris position
sur la rive gauche du Rhône, réuni, non sans mal, ses
approvisionnements, puis bombardé la ville, en atten-
dant le moment d'attaquer aussi par la rive droite, avec
les forces qu'il avait envoyé requérir en Auvergne et
qu'on lui promettait depuis longtemps^ 11 avait enfin
porté l'armée à 55000, occupé les deux rives, enlevé
les redoutes qui protégeaient les approches de la
place. Il n'y avait plus qu'à y entrer. Mais tout cela
était bien méthodique; et suivre une pareille marche,
n'élait-ce pas méconnaître la puissance des moyens
révolutionnaires? On sut bien le lui apprendre; le mot
d'ordre était donné à Paris. On l'accusait de vouloir
ménager les Lyonnais. La Convention le rappela \
1. Voyez le Compte rendu et la Réponse de Dubois-Craxcé aux- inculpations
(le ses collègues Codthon et Maio.net, 1"^% 2« et 'ù" parties (Bibliothèque nationale,
Le^^ 47 et 48); le Prcynier rapport de Coutho.n sur Connnune-Af franchie,
novembre 17'J3 (ibid., 45), et le Compte rendu ci la Convention nationale de
la mission des citoyens Couthox, Ciiâteauneuf-IUndon, Maignet, servant de
développement à celui de Coutiion, par Mjig.net {iOid., 46). « Qu'importe, dit
Maignet, qu'un ait tiré 14000 boulets et 50000 bombes pendant le siège? C'est
moins au nombre qu'à l'clTet produit qu'il l'allait s'attacher. »
'2. Il cite à ce propos une lettre de Châteauncuf-Randon, datée de Monl-
brison. Cliâteauneuf lui annonçait que le l'uy-de-Dôme se levait en masse, mais
que la plupart de ces montagnards retournaient déjà dans leur pays. Pour accé-
lérer la besogne, il demandait force pièces de 36 et de 48. Dubois-Crancé lui
répondit qu'il n'en existait pas dans les arsenaux de la République, mais qu'arrivé
devant Samte-Foy (la clef de la position de ce cùlé de Lyon) on lui fournirait
des pièces de 16 et de 24 qui lui feraient boa usage. {Réponse, clc, 1'''= partie,
P-^56.)
5. Le Comité de salut public, trois jours après la prise de Lyon, lança même
II. LYON APRES LE 51 MAL 2G9
En même temps elle confirmait dans toute leur
rigueur ses décrets contre la ville rebelle. Quiconque
avait porté les armes durant le siège était assimilé aux
émigrés, c'est-à-dire voué à la mort*.
Les Lyonnais ayant dû se replier du Forez, et la rive
droite étant occupée comme la rive gauche, le manque
de vivres rendait la soumission imminente. La ville se
décida à négocier avec les représentants. Il y avait
toutefois parmi les combattants des hommes qui, n'ayant
rien à attendre de la capitulation, étaient résolus à ne
pas s'abandonner à la merci des vainqueurs. Ceux-là
sortirent avec Précy par le pont Morand, qui restait en
leur pouvoir, et avec eux aussi des femmes, des enfants,
qui ne voulaient pas les quitter; résolution fatale :
car un pareil cortège embarrassait la marche de cette
troupe. Ils furent poursuivis dans leur retraite, signa-
lés, assaillis dans les défilés qu'ils avaient à passer.
Un très petit nombre, avec Précy, réussirent à gagner
la frontière'. Quant à la masse des habitants, qui ne
pouvaient plus songer à se défendre, ils continuèrent
les négociations commencées ; mais, avant qu'elles
eussent abouti, les avant-postes, mal gardés, furent
surpris par les troupes républicaines. Les représentants
alors déclarèrent qu'il n'y avait plus lieu de traiter,
puisque la place était à eux, et ils y entrèrent sans
conditions ''.
La ville ne fut pas livrée au pillage, comme l'eussent
un manilat d'arrêt contre lui; 21= jour du 1°'' mois de la 2= année (12 octobre
1795). Voyez Saladin, Rapport de la Commission des Vingt et un; Pièces,
n° 63, p. 258.
1. Histoire du siège de Lyon (Lausanne, 1795), p. 71.
2. Ibid., p. 75-77.
3. Ibid., p. 79.
270 PART. II, CIIAP. XIV. LYON.
voulu les volontaires du voisinage, allirés et retenus
par cet appât*. Mais, nous le verrons ailleurs, elle
ne gagna guère au traitement plus méthodique qui lui
fut réservé.
1. Elle n'en fut pas absolument exempte. Les commissaires du Conseil exé-
cutif dressèrent « procès-verbal des objets qu'ils ont aidé le curé de Saint-Irénce
à sauver de sa paroisse, 9 octobre 1793 ». (Archives nationales, F i' 550.)
CHAPITRE XV
AUVERGNE.
I
Puy-de-Dôme.
Dans le mouvement de résistance à la révolution du
31 mai, les grandes villes tinrent généralement le pre-
mier rang et exercèrent leur influence autour d'elles.
Nous l'avons vu pour Caen, Rennes, Bordeaux, Tou-
louse, Nîmes et Marseille. Il en devait être, à plus forte
raison, ainsi de Lyon. Mais cette grande ville, livrée
aux mains des Montagnards, après avoir tenté une pre-
mière fois de secouer leur joug (février 1795), n'avait
pu, comme plusieurs autres, suivre les événements qui
se préparaient à Paris, et, quand elle eut fait sa contre-
révolution, le 29 mai, elle se trouva partagée entre la
pensée de s'unir aux autres pour la défense de la Con-
vention et le soin de se réorganiser à l'intérieur. Cela
explique pourquoi elle n'eut pas l'initiative du mouve-
ment qu'en raison de sa position et de son importance
elle semblait appelée à diriger.
Ce mouvement, du reste, éclatait partout de lui-
même aux environs : non seulement au Midi, dans la
Drôme, dans l'Ardèclie, où nous l'avons vu, mais à
l'Est, au Nord et à l'Ouest.
272 PART. II, CHAP. XV. AUVERGNE.
A l'ouest de Lyon, dans les montagnes de l'Auvergne,
les tendances fédéralistes avaient été d'abord assez pro-
noncées. La querelle des Girondins avec les Jacobins,
dès le début de la Convention, intéressait tous les
départements : c'était la cause de la province qui ne
voulait pas se laisser dominer par le parti inféodé à la
Commune de Paris. Le département du Puy-de-Dôme
n'attendit pas le 31 mai pour manifester ses sentiments.
A Riom, une délibération du conseil de la commune,
inscrite dans ses registres à la date du 2G de ce mois,
portait :
Les dissensions, les querelles privées qui s'élèvent chaque
jour dans le sein de la Convention, la mésintelligence qui
règne parmi ses membres, scandalisent depuis trop longtemps
toutes les communes de France. Elles sentent tous les maux
d'une anarchie que ces divisions funestes ont enfantée et
qu'une Constitution et des lois peuvent seules faire cesser'.
Et l'on décidait que l'on ferait parvenir à la Con-
vention l'expression de ce mécontentement dans une
adresse. Le conseil général du département écrivait à
son tour, vers la même époque :
La liberté n'est plus qu'un mot; une licence effrénée a
pris sa place, les lois sont sans force, les autorités sans pou-
voirs; l'anarchie, l'arbitraire règne partout.
Citoyens représentants, songez-y : cet état est trop violent,
il ne peut durer. Hâtez- vous de mettre fin à nos maux ; la
source en est dans votre sein, c'est dans votre sein que doit
s'en trouver le remède.
Nous n'épousons aucun de vos partis —
1. Fr. Mègc, le Puy-de-Dôme en 1795, p. 04. — C'est un livre comme
celui (le M. Vivie pour la Giromlc, comme on en devrait luire pour chaque
déparlcmcnl.
I. rUY-DE-DOME. 275
Mais il indiquait assez de quel côté il n'était pas :
Que les factieux des tribunes, que ces hommes avides de
sang et de pillage n'entreprennent pas de vous séparer.
Vous formez tous sans exception un dépôt sacre au milieu de
nos frères de Paris. Ils nous répondent de vous tous sans
exception'.
La ville de Clermont avait fait aussi son adresse, le
26 mai, et désigné des commissaires pour la porter à
la Convention ^ Ils arrivèrent à Paris la veille même de
la révolution du 51 mai. Ils s'acquittèrent néanmoins
de leur mission, le 4 juin :
Il est temps, disaient- ils, qu'une Constitution, solennel-
lement discutée par vous et librement acceptée par le peuple,
fasse cesser l'esprit d'anarchie qui, formé dans votre sein,
s'est propagé dans toutes les sections de la République. Plus
de désunion, citoyens, plus de passions, plus d'intérêts privés :
donnez-nous promptement une Constitution digne d'un peuple
qui veut être libre ".
Une Constitution ! C'est ce que les Montagnards vou-
laient faire, et ils ne parlaient plus que d'union depuis
que les Girondins étaient proscrits : les agents de dis-
corde, les égoïstes, c'étaient Yergniaud, Brissot et les
autres. La pétition fut prise pour un manifeste contre
les Girondins et reçue avec applaudissements. Coutlion,
qui était de Clermont ^ avait intérêt à faire prendre ses
compatriotes pour de vrais Montagnards. Il fit déclarer
i. Mège, le Puy-de-Dôme en 1793, n° 23, p. 467. — Le conseil général ilii
département avait décidé, le 13 mai, la levée d'une force départementale de
4000 hommes « contre l'ennemi du dehors et du dedans ». (Archives nalio-
nalcs, AF u, carton 43, dossier 154, n" 14.)
2. Mègc, ibid., p. 64.
5. Mège, ibid., p. 66.
4. Né à Orcet, près de Clermont-Fcrrand.
nÉvoL. DU 51 MAI. u — 18
274 PART. II, ClIAP. XY. AUVERGNE.
que Cicrmont avait bien mérité de la patrie (4 juin) \
Le même jour, pour mieux faire accepter ce décret,
Moneslier écrivait à ses concitoyens :
Frères et amis,
La liberté avait déjà triomphé en plusieurs occasions.
L'égalité vient enfin de triompher à son tour, et c'est encore
au bon peuple de Paris que nous en avons l'obligation. La
lutte va donc cesser entre le Marais et la Montagne, et la loi
va se prononcer définitivement sur le Marais.
Il recommande de se méfier des fausses nouvelles,
journaux ou lettres particulières :
Les faits sont simples, et les principes sont clairs. Tous
les faits sont expliqués par un seul : non seulement tout le
peuple de Paris, armé et non armé, a été debout, mais encore
tout le peuple de ce département et de quelques munici-
palités des départements voisins. Et cependant il n'y a pas
eu une goutte de sang répandu, un pavé arraché, une bou-
tique fermée, un citoyen maltraité ou menacé. Toute cette
grande insurrection a été parfaitement organisée et sagement
exécutée. Le peuple savait très bien qu'il était debout pour
faire cesser nos divisions en donnant l'avantage à la grande
majorité de la Convention qui veut décidément son bonheur —
Il est constant qu'il n'en savait pas le premier mot!
Quant aux principes, ne vous laissez pas tronqier par ces
prétendus modérés se disant toujours amis des lois et des
principes. Ces gens, pires que les aristocrates coalisés avec
les royalistes, ne connaissent pas les époques révolution-
naires lisse trompent grossièrement, ces hommes qui disent
que la Convention nationale est dégradée, que la représen-
tation nationale est entamée par des mandats d'arrêt et la
mise en jugement de nos collègues
1. Moniteur du G juin, t. XVI, p. 503.
I. PUY-DK-DOME. 275
Si ces mêmes amis des lois m'objectaient encore que nous
n'avons pas été libres, voici ma réponse : Je crois être libre
lorsque j'ai le droit de dire oui ou non ; or tout représentant
qui ne sait pas trahir sa conscience conserve ce droit pré-
cieux, même en présence d'un assassin
Que répondre à cela ? La majorité de la Convention
ne pouvait en effet répudier l'attentat qu'en faisant
l'aveu de sa lâcheté. — Et le représentant finit sa lettre
en disant que depuis la journée du o l'assemblée, ren-
due libre, a fait plus de besogne pour le bien du peuple
qu'elle n'en avait fait en trois mois*.
Les lettres n'arrivaient pas vile alors au fond de
l'Auvergne. Les habitants du canton de Pontaumur ne
savaient probablement rien encore de la révolution de
Paris quand, le Li juin, ils adressaient à la Convention
cette catilinaire :
Jusques à quand souffrirez-vous que le vaisseau de la révo-
lution française erre sur une mer orageuse d'anarchie ; sans
mâts et sans gouvernail, il est à la merci des royalistes et des
intrigants^, etc., etc.
Et le 5 juin, la ville de Clermont ne paraissait pas
être mieux informée. Ce jour-Là on en était encore aux
mesures destinées à prévenir la révolution. Les admi-
nistrateurs du Puy-de-Dôme prirent une délibération
qui adhérait à l'arrêté de la Côte-d'Or daté du 3U mai,
et promettait « attachement au gouvernement répu-
blicain, soutien de la liberté et de l'égalité, soumis-
sion aux lois, respect pour les personnes et les pro-
1. Mc'ge, n" 22, p. i05-4G6, d'après la copie d'oi-iginaux conservés aiilrefois
à la municipalité de Clermont.
2. Archives nationales, D xl § 4, carton 22, dossier Piuj-de-Dôme.
276 PART. II, CHAP. XV. AUVERGNE,
priélés, mort aux tyrans et insurrection contre toute
autorité despotique ou dictatoriale et contre toute su-
prématie de commune ». — On visait la Commune de
Paris. Des commissaires étaient nommés pour s'en-
tendre sur ces bases avec le Cantal, la Ilautc-Loire,
l'Allier et la Corrèze. Ceux de la Côte-d'Or, en appor-
tant leur arrêté, disaient que le Puy-de-Dôme était le
cinquante-troisième département dont l'adhésion lui
était acquise ^ Au retour des citoyens envoyés à Paris
par le Puy-de-Dôme, quand on sut par des témoins
oculaires de quelle sorte la Convention avait été oppri-
mée le 2 juin et sous quelle pression elle avait proscrit
les principaux de la Gironde, on fit une manifestation
plus éclatante. Une adresse, rédigée le 20 juin par les
administrateurs du département, portait :
Citoyens,
Vous êtes asservis, les derniers événements ne permettent
plus d'en douter. Une faction liberticide vous dicte des lois :
elle vous a commandé de violer la représenlalion nationale,
et vous l'avez violée; elle vous a demandé plusieurs de vos
membres, et vous les lui avez livres. Tant d'audace d'un côté,
tant de faiblesse de l'autre, font craindre que vous ne puis-
siez plus sauver la patrie.
Nous ne nous rappellerons pas les outrages sanglants que
la nation a reçus en vous, j)our ne pas trop cntlammer l'in-
dignation publique; mais nous devons vous dire que le
peuple veut, à quelque prix que ce soit, conserver sa liberté.
Déjà un orage terrible commence à se lever sur l'horizon
de la République. En vain tenterait-on de le dissiper par la
terreur et la violence. Celte mesure ne convient qu'aux
1. Lettre du commissaire-tlu Conseil exécutif Lebrelon, ù la date du 11 juin.
(Archives nationales, Fi'' 551, dossier Lebrelon.)
II. CANTAL ET HAUTE-LOIRE. 277
tyrans et elle n'a jamais servi qu'à précipiter leur chute. La
Constitution et la Constitution seule peut le détourner.
Cessez de crier au fédéralisme, à la coalition. Le fédéra-
lisme est une folie à laquelle personne ne croira, et la coa
lition de tous les amis de l'ordre est l'unique remède contre
'anarchie lorsqu'elle a gagné le cœur de la République.
Et ils réclamaient de nouveau une Constitution fon-
dée sur ces principes :
l" Liberté, égalité:
2° Unité, indivisibilité de la République.
Cela n'était pas contesté ; mais, de plus :
3" Unité, indivisibilité de la représentation nationale;
4° Inviolabilité des représentants du peuple jusqu'à un
décret d'accusation contre eux;
5" Entière liberté des opinions ;
6° Résistance à l'oppression, à toute autorité despotique,
dictatoriale, à toute espèce de suprématie'.
Un seul administrateur protesta contre cette adresse
et la dénonça bassement à Couthon^ La pièce n'avait
pas été envoyée à la Convention : on pouvait savoir com-
ment elle y aurait été accueillie; mais elle fut imprimée,
répandue dans tout le déparlement et transmise tout
spécialement à Lyon et à Bordeaux.
II
Canl.il et Ilautc-Loiro.
Le Cantal et la Haute-Loire avaient fait aussi, et de
bonne heure, leur protestation contre les troubles et
1. Mège, p. 70.
2. Wid., p. 72, et les doux lettres de Noyer Dubouy à Coullion, 20 et
25 juin ; ibicL, note 21, p. 468471.
278 PART. II, CIIÂP. XV. AUVERGiNE.
les violences d'où devait sortir la révolution du 51 mai.
Dès le 50 décembre le Cantal avait demandé, comme
plusieurs autres déparlements, la création d'une force
armée pour concourir, avec les Parisiens, à la défense
de la Convention*.
La Société des Amis de la liberté et de téfjalité de
Saint-Flour s'exprimait, vers la même époque, dans
les termes les plus durs :
La confiance des départements est indignement trahie. Des
factieux dégoûtant de crimes, etc.
Représentants, la patrie est dans le plus grand danger ; votre
marche n'a rien de prononcé. N'aurez-vous jamais le courage
de juger ceux de vos membres que l'opinion publique vous
dénonce sans cesse comme auteurs de tous les troubles et
provocateurs de tous les crimes?
Représentants, si vos opinions ne sont pas libres, parlez;
des millions de bras voleront à votre secours. Si vous êtes
libres, respectez et faites respecter votre auguste caractère^.
On a vu le débat que suscita, le il janvier, à la Con-
vention l'arrêté du département du Cantal pour l'orga-
nisation d'une force armée, arrêté pris en conséquence
du vœu exprimé par cette société, et dénoncé par Cou-
thon à l'Assemblée ^ L'adresse de la Haute-Loire, conçue
dans le même sens, et l'arrêté qu'elle avait pris aussi
pour lever une force départementale avaient produit
grand effet dans les départements et provoqué, peu de
jours auparavant (5 janvier), une discussion non moins
vive dans la Convention \ Nous en avons également
1. On la trouve ilans les Archives de l'Eure.
'2. Reçu le 10 janvier 1793. Archives nationales, D xr. § 4, carton 19, dossier
Cantal.
5. Voyez ci-dessus, t. I,p. 75.
4. Voyez ci-dessus, t.I, p. 05, 66. — Les .archives de l'Kure conservent un autre
IL CA>'TâL et HAUTE-LOIRE. 279
parlé dans les antécédents du 51 mai. La Société jaco-
bine du Puy avait été jusqu'à rompre ouvertement avec
la société mère par cette lettre adressée à toutes les so-
ciétés affiliées :
Du Tuy, le dernier décemlire 1792, l'an L'' de la République.
La Société des Amis de l'égalité séant au Puy à toutes les
Sociétés patriotiques des départements, salut.
Frères et amis,
Voici nos étrennes à l'humanité, à l'amour des lois, à la
liberté de la représentation nationale, à l'unité de la Répu-
blique, mais surtout à I'Egalité. Nous rompons entièrement
avec les Jacobins de Paris.
Cinq cents patriotes de notre département vont partir pour
cette ville, résolus de réduire les factieux qui l'agitent et
d'assurer la liberté de la Convention. Que feront-ils, s'ils ne
sont accompagnés que de nos frères des Bouches-du-Rhônc,
du Finistère et de quelques départements? Que ne feront-ils
pas, si tous les départements les secondent?
Les membres du comité de correspondance :
P. L0BEYRA.C fils. Motet, Rousson, Brun, Imbert, Ribeyron'.
Depuis, les deux départements avaient eu plus d'une
occasion de manifester les mêmes sentiments. On en
trouve particulièrement un exemple dans une séance de
la Société des Amis de la liberté, etc., de Saint-Flour,
dont le procès-verbal fut alors imprimé par extraits^ et
mérite d'être en partie reproduit.
arrêté de la Haute-Loire en date du 2G janvier, contenant un serment contre les
dictateurs, etc.
1. Archives nationales, D xl § 4, carton 21, dossier Ilaide-Loire, et Biblio-
thèque nationale, Lb*** 1004.
2. Extrait des procès-verbaux de la Société de Saint-Flour, 22 et 25 avril
1793. (Uibliothèque nationale, Lb*» 1078.)
280 PART. II, CIIÂP. XV. AUVERGNE.
Les deux représentants Faiire et Lacoste, envoyés
pour la levée des 500 000 hommes, étaient venus visiter
la société (22 avril 1795). On les reçut avec honneur,
mais l'occasion parut bonne de faire savoir, par eux, à
la Convention ce qu'on était à Saint-Flour et ce qu'on
pensait des procédés de l'Assemblée; c'est par quoi
débuta le président :
Amour de la patrie, enthousiasme pour la liberté, confiance
en nos représentants, dévouement absolu à la chose publique,
tels sont les sentiments qui nous animent;
Souveraineté du peuple, unité et indivisibilité de la Répu-
blique, voilà nos opinions bien prononcées.
Mais il se plaignait de l'excès des charges, il deman-
dait un terme aux révolutions :
Un mouvement trop prolongé détruit et décompose au lieu
de vivifier.
Et enfin, ce qui était le refrain de toutes les adresses :
l'union de tous et la Constitution !
Pourquoi sommes-nous forcés de vous parler de factions et
de partis? 11 ne doit exister qu'une faction, celle de la liberté
et de l'égalité , celle de vingt-quatre millions d'hommes
constitués en république représentative une et indivisible.
A cette demande de la suppression des partis les
deux représenlants répondirent par un programme
franchement jacobin. Faure, le premier, déclare que
tout le mal est dans l'ancien régime : les prêtres, les
nobles, les gens de plume\ voilà l'ennemi. C'est aux
sociétés populaires qu'appartient la surveillance et il
i. C'est bien plume et non plaine que porte le texte, il attaque les écrivains :
« Celte plume voracc qui se nourrissait des sueurs du laborieux cultivateur.»
If. CANTAL ET HAUTE-LOIRE. 281
faut surveiller surtout les modérés. Lacoste précise. Il
dit quel est le but de la missiou des quatre-vingt-deux
représentants délégués par la (Convention dans les dé-
partements. A l'en croire, ce ne serait autre chose que
ce qui lit l'objet de la pétition du 15 avril, manifestation
de la Commune de Paris contre les chefs de la majorité
de la Convention. Il signale comme ennemis « les Ver-
gniaud, les Guadet, les Gensonné, les Barbaroux, les
Brissot, les Louvet, les Rebecqui, et surtout le traître
Roland » ; et il exalte Robespierre, Marat et d'Orléans
(Philippe Egalité). Il insiste particulièrement sur Marat
et lui fait une sorte de réclame :
Son journal, dit-il, se vend avec profusion; il n'est pas
un Parisien, pas un seul patriote, qui n'en achète chaque jour
un exemplaire. Cet homme vraiment l'ami du peuple a prédit
avec justesse tous les événements de la Révolution ; il peut
être fou et exalté, mais la plupart de ses vues sont excellentes,
et, parce qu'il est poursuivi par la calomnie, le croiriez-vous
coupable? non, citoyens, il ne l'est pas.
Il va jusqu'à défendre les journées de septembre* ! et
il les renouvellerait volontiers :
Pour que la liberté soit consolidée, il faut que le peuple
se lève et qu'il écrase tous ses ennemis; qu'il écrase surtout
les modérés et les Feuillants, ces ennemis dangereux qui
conservent dans leur cœur des sentiments inciviques, quoi-
qu'ils feignent de prêcher le respect de la loi, des personnes
et des propriétés ^
1. « Citoypns, vous avez vu fréqiicmmout les Buzot, les liiubaroux, les Guadet,
les Brissot et autres chefs de factieux, solliciter un décret pour la poursuite des
auteurs de ces journées de septembre qui n'étaient que la suite d'une grande
révolution. Ces journées auraient dû être ensevelies dans les ténèbres de l'oubli. »
— C'est Roland qui a surtout voulu les exploiter contre les Montagnards, Roland,
l'ami de I)umouriez, etc.
2. On parle de Constitution; mais ce sont les Girondins qui la rédigent; c'est
282 PART. H, CUAP. XV. AUVERGNE.
Et voici ce qu'il compte faire pour la bonne ville de
Saint-Flour :
Ne pouvant demeurer plus longtemps dans celte ville,
muni des pouvoirs les plus grands et les plus étendus, j'éta-
blirai avant mon départ une commission composée de six
membres les plus épurés, de six véritables sans-culottes, je
leur déléguerai une partie des pouvoirs dont je suis revêtu.
Cette commission, chargée de surveiller les autorités consti-
tuées et d'épurer leur compte , dressera une liste des gens
suspects, avec des notes; cette liste me parviendra, et bientôt
ces hommes dangereux seront déportés, leurs perfides tètes
rouleront sur des guillotines, et leurs biens seront confisqués
au profit de la nation.
C'était trop fort ! Il se croyait dans un club de Paris.
Un des membres de la société, le citoyen Yaissier, le
rappela au sentiment de la réalité :
Citoyens commissaires, dit-il, dans ce département l'esprit
public est bon. Ce qui afflige les bons citoyens, ce sont ces
dénonciations vagues, ces dissensions, ces troubles qui régnent
dans le sein de la Convention. Il est temps de faire cesser
celte anarchie et, au lieu de s'accuser, de se soupçonner, les
législateurs doivent travailler sans retard à nous donner une
Constitution fondée sur les bases impérissables des droits du
peuple, autour de laquelle les Français puissent se rallier.
La réponse était vive, la réplique fut brutale :
Le député commissaire s'est levé et a dit :
Citoyens , l'opinion publique est corrompue dans cette
enceinte et dans cette ville. Je le savais avant d'y arriver. Les
Condorcot qui en est le rapporteur : « Vous connaissez l'ignorance de Condorcet;
mais ce que vous ne savez pas », etc. Il y avait, disait-il, inséré deux chapitres
qui ctablissaicnl, connue dans le syslème anglais, deux chambres et un roi. —
Système de Basile : Calomniez, etc.
II. CANTAL ET IIAU TE-LOIRE. 285
sentiments dangereux du préopinant ne me surprennent pas,
je sais qu'il est en relation avec un député appelant ; il doit
être nanti de plusieurs lettres de ce député. Je le somme,
au nom de la patrie, de les déposer sur le bureau; il y en
aurait assez pour faire guillotiner son auteur.
Cette menace ne ferma point la bouche à l'interlo-
culciir :
Citoyen commissaire, a répondu le citoyen Vaissier, je suis
surpris et de ce que vous avancez et de ce que vous exigez.
Je suis homme, et par conséquent je sais penser, juger et me
conduire par moi-même.
Il ajouta qu'il était en relation avec des députés de la
Montagne comme avec ceux de la Plaine, et qu'il pou-
vait défier tout soupçon.
Dans la séance suivante, '25 avril, le citoyen Goyon,
interpellant le représentant sur ce qu'il avait dit de la
faction où il rangeait Pétion, Guadet, etc., déclara que
ces hommes n'étaient connus à Saint-Flour, « sous un
mauvais côté, que par une foule de dénonciations sans
preuves » :
Nous pourrions peut-être les juger, ces hommes si dan-
gereux, en lisant attentivement les journalistes ; mais tu nous
as privés de celte ressource, en nous assurant qu'il ne fallait
plus compter sur la véracité des journaux. Marat, Carra et le
Moniteur ont seuls échappé à la sévérité de ton jugement.
Je lis avec exactitude /<? Moniteur; et, faut- il t'avouer mon
ignorance? je n'y trouve rien contre les hommes que tu nous
dénonces.
Et après une série de réfutations :
Qu'on ne nous parle plus de Marat : hi Convention a pro-
noncé sur le sort de ce tigre. Déposez toute haine, enchaînez
284 PART. II, ClIAP. XV. AUVERGNE.
les passions, envisagez les maux que vous causez à la patrie,
sachez faire des lois et imposer à nos armées cette confiance
d'où naît la victoire. J'ai dit; prends la parole et réponds.
Lacoste, peu habitué sans doute à de pareilles ré-
pliques, revint sur ce qu'il avait dit la veille de son atta-
chement à Marat, à Robespierre, à Egalité. Il excusa
Marat :
Marat est un fou qui, renferme volontairement l'espace
de 18 mois dans un souterrain pour échapper aux satellites
du despotisme, n'a plus que des idées souterraines; cependant
il faut convenir que souvent ses idées ont été utiles à la chose
publique. Ne croyez pas, citoyens, que Marat soit soutenu par
la Montagne; s'il l'avait été, ses ennemis n'auraient jamais
pu le contraindre par un décret d'accusation à rentrer dans
sa cave.
— On sait comment il en sortit. — Le représentant
défend Egalité, il exalte Robespierre^ « cet homme pur
comme la lumière du soleil, nommé, à si juste titre,
l'Incorruptible ». Il revient à la charge contre les Bris-
solins, contre l'infâme Roland :
Tous vous plaignez de nos dissensions. lié ! comment voulez-
vous que nous soyons unis? L'élcs-vous, dites-moi, avec les
aiistocrates de Saint-Flour, et croyez-vous qu'il soit possible
que la Montagne descende dans la Plaine ou que la Plaine
puisse grimper sur la Montagne? Vous demandez sans cesse
une Constitution ; mais pensez-vous sérieusement qu'il soit
possible d'en f;iire une au milieu des orages?
Et ne dominant plus ses instincts sanguinaires :
Citoyens, il est infiniment jdus urgent de songer à nos
armées et de sauver la République en détruisant prompte-
ment les Girondins, les modérés et les Feuillants. Je sais
qu'une faction désorganisatricc a voulu nous faire envisager
II. CANTAL ET IIALTE-LOIRE. 285
comme une minorité turbulente. Citoyens, voulez-vous jugor
où est la majorité ? Elle est sur cette Montagne qui a pu, sans
s'affaiblir, envoyer aux départements et aux armées cent
cinquante de ses membres : elle est du côté de ceux qui
votèrent la mort du tyron : elle est où sont ceux qui, pé-
nétrés de l'amour sacré de la patrie, vous répètent, comme
moi, que l'union est maintenant un crime. Oui, citoyens,
voici le moment, il faut en profiter, et écraser sans miséri-
corde les modérés, les Brissotius, les Rollandistes et les Feuil-
lants.
Il finit en les payant d'une monnaie qui n'a pas cesse
d'avoir cours dans les visites et les allocutions de celte
espèce. Il savait, disait-il, que le département était un
des plus chargés de la République. Il s'occupait avec
ses collègues des moyens de le soulager. Le département
aurait déjà reçu les deux millions qui lui sont affectés,
sans la négligence de ses administrateurs. Les subsis-
tances étaient assurées ; les impositions seraient allégées
par un système calculé pour faire lont peser sur le
riche. Il ajoutait cet avertissement :
J'ai nommé une commission secrète qui surveillera toutes
les autres commissions, et qui pourra, en m'en prévenant
immédiatement après, arrêter tous les gens suspects de mo-
dérantisme ou de feuillantisme.
Et il invitait la société à y aider. — Goyon, assez
inquiet pour lui-même, lui demanda si, pour avoir
demandé une Constitution, il devait dorénavant se l'c-
garder comme aristocrate et comme suspect, s'étant cru,
jusque-là, bon et loyal républicain. Lacoste le rassura ;
mais il avait entendu dans la ville tant d'autres per-
sonnes tenir le môme langage, qu'il avait voulu parler
pour elles :
286 PART. II, CIIAP. XV. AUVERGNE.
Du reste, ajouta-t-il, je vous ai déjà dit que j'avais crée
une commission semblable à celle que j'ai établie au Puy, à
Issengeaux, à Brioude; elle purgera votre ville, qui a besoin
d'être éclairée.
Ce langage menaçant et méprisant manqua son effet.
Le citoyen Vayron dit :
Citoyens représentants , la société entière avait arrêté
qu'elle ferait une adresse à la Convention pour la prier de
s'occuper promptement d'une Constitution. La société, très
éloignée de croire que ce soit là un moyen de diviser le peuple,
pense que c'est au contraire le seul qui puisse plus effica-
cement le rallier et le soustraire à l'intrigue et à l'ambition.
En vain nous dites-vous que nous avons l'ancienne Consti-
tution ; mais une Constitution ne consiste pas dans quelques
lois ; elle consiste dans la fixation et la séparation de tous
les pouvoirs. Il faut plus que des lois, il faut un prince ; et
je m'explique, il faut un gouvernement. La Convention na-
tionale semble tout avoir accumulé dans ce moment, et les
hommes qui calculent frémissent de terreur.
Lacoste, n'espérant pas vaincre ces dures tètes, se
leva et dit :
Citoyen Yayron, ce n'est ni vous ni le citoyen Vaissier que
j'inculpe; je rends justice à vos principes, mais je suis fatigué
et je ne vous répondrai plus.
Pileuse défaite !
Après quelques mots du président, la société, par
honneur pour la Convention nationale, décida que deux
de ses membres accompagneraient les députés-commis-
saires jusqu'au prochain district.
Les représentants se retirèrent, mal contents de leur
équipée, et la société croyant, non sans raison, qu'ils
seraient fort mauvais interprètes des sentiments dont on
m. LES REPRÉSENTANTS DU PEUPLE EN AUVERGNE. 287
les avait priés de porter l'expression à la Convention
nationale, rédigea elle-même une adresse qu'elle fit
imprimer également pour la répandre au moins dans
la contrée \
On a vu la part que les départements de l'Auvergne
avaient prise à la lutte contre les insurgés de la Lozère.
Dans la séance du 7 juin, une députation du Cantal
venait encore offrir à la Convention tous les bras du
pays pour achever d'étouffer cette révolte^; mais à cette
offre était jointe une adresse où les citoyens d'Aurillac
invitaient la Convention à l'union" : ceux qui l'avaient
écrite ignoraient évidemment les faits accomplis le
2 juin. Quand on les connut, loin de reculer, l'adminis-
tration du département fit entendre un langage tout au-
trement énergique. Dans une adresse à la Convention,
(c elle témoigna sa surprise de ce que, au lieu de lois
bienfaisantes, on ne proposait, dans l'Assemblée, que
dos lois de sang ». Elle ajoutait « qu'on avait envoyé dans
les départements quatre-vingt-deux despotes ; que l'on
violait les propriétés ; qu'une poignée de factieux don-
nait des lois à la Convention », et, pour conclusion, qu'il
fallait consulter le peuple \
m
Les représentants du peuple en Auvergne.
Ces manifestations et l'accord des départements voi-
sins dans la même pensée pouvaient donner de sérieuses
1. Voyez la note LXIV aux Appcmiiccs.
2. Les commissaires du Conseil exécutif parlaient déjà, le 5 mai, du superbe
bataillon qui allait partir de Clerniont pour la Vendée. (Archives nationales, F i» 55L )
5. Moniteur du 8, t. XYU, p. 579.
4. Julien, Rapport, p. 50.
288 PART. Il, CIIAP. XV. AUVERGNE.
inquiétudes à Dubois-Crancé, qui avait reçu la mission
de réduire Lyon. L'Auvergne avait concouru à répri-
mer le mouvement royaliste de la Lozère*; mais cette
révolte ne pouvait-elle pas se réveiller quand la résis-
tance de Lyon prenait, à son tour, une couleur royaliste?
Et les Lyonnais, maîtres de tout le département de Rhône-
et-Loire, secondés si résolument par les habitants de
Montbrison, ne pouvaient-ils, par les relations qu'ils
entretenaient dans le Puy-de-Dôme et la Haute-Loire,
rendre courage à la Lozère et former, plus vraimoit
qu'on ne le disait ailleurs, une nouvelle Vendée, une
Vendée du Midi? C'est une appréhension dont le com-
missaire Lebreton, si rassuré qu'il eût paru sur la si-
tuation du Puy-de-Dôme, fit part à son ministre quand
il vit deux commissaires de Lyon, allant à Bordeaux et
à Marseille, passer à Clermont et communiquer secrète-
ment avec quelques personnes ^ C'est une crainte que
Duhois-Crancéeut lui-même au commencement du siège
de Lyon, et il prétend que, s'il ne poussa pas d'abord
plus vivement ses opérations, ce fut de peur qu'en ôtant
à la population armée toute espérance de se défendre
avec succès dans la ville, il ne la rejetât dans la mon-
tagne, où la guerre aurait pu prendre ce caractère et
cette redoutable extension.
1. M. Mège a donné les délibérations du Puy-dc-Dùme et plusieurs j)i<''ces rela-
tives à cet armement; notes 17-20, p. 450-458.
2. « Je vous préviens, citoyen ministre, qu'il est passé ici le 4 deux commis-
saires de la ville de Lyon allnnt à Bordeaux et de Bordeaux à Marseille, dont la
mission me semble évidonnnciit le Icdéralisme entre ces trois cités. Us n'ont vu
aucun corps administratif à Clermont, ils n'ont communiqué ni plan ni îidre.-scs,
mais ils ont à peu près révélé l'objet de la mission très jiressée dont ils sont
chargés à quelqu'un qui a conversé avec eux à la poste et en qui je crois. Cler-
mont aurait assez de penchant pour ce système: c'est la crainte du pillage et de
l'anarchie qui l'y porte ; car il y a peu de départements où le culte de la loi
puisse s'établir plus facilement. L'ancien régime est généralement délesté dans
ce chef-lieu. » (Archives nationales, F i" 551 : sans date.)
m. LES REPRÉSENTANTS DU PEUPLE EN AUVERGNE. 289
Vendée ou non, l'union de ces déparlements avec les
Lyonnais n'en eûl pas moins été un danger capital, et
la Convention s'en était préoccupée dès le commence-
ment. Elle avait des appuis en Auvergne dans les so-
ciétés populaires affiliées aux Jacobins et animées d'un
tout autre esprit que les administrations départemen-
tales. Les sociétés populaires de Clermont et d'Ambcrt
avaient protesté contre l'adresse du département*. La
Société d'Ambert annonçait à la Convention qu'elle
l'avait fait brûler sur la place publique. Le commis-
saire que le ministre de l'Intérieur avait dans le Puy-
de-Dôme lui avait écrit dès le 22 juin, le surlendemain
du jour où on la rédigea :
Vous pouvez regarder, citoyen ministre, comme non avenue
l'adhésion du département du Puy-de-Dôme à l'arrclé de la
Côte-d'Or. La réflexion a ramené le directoire à son niveau, qui
est la modération, la soumission à la loi et à l'esprit de la loi".
Dans la Haute-Loire, les corps constitués de la ville
du Puy arrêtaient, le 29 juin, qu'une adresse serait en-
voyée : 1° à tous les départements, pour les détourner de
diriger une force armée sur Paris; 2" à la Convention,
pour la presser de soumettre, sans délai, la Constitution
à l'acceptation du peuple''.
1. Voyez V Exposé (les principes et de la conduilc de la Sociclê populaire
de Clermonl-Frrrand , dcparlement du Puij-dc-Dôiue, rclalivenieni à l'adresse
envoyée par les administrateurs du drpartemcid dans toutes les communes
et Sociétés populaires de son [sic] arrondissement, à l'effet d'obtenir leur
adhésion, cl l'Adresse des citoyens libres de la ville de Clermont à la Con-
vention nationale, 23 et '24 juin 179Ô (Mège, note 2i3, p. 475-478). — Le
.") juillet, la Société des Jacobins de Clermont-Feirand envoy:iit aux sociétés
afiiiiées et aux commuues du département une adresse pour les presser d'accepter
Il Constitution [ibid., n" 51, p. 490;. — L'acceptation eut lieu en grande solen-
nité le 10 août, à Iliom, à Clermont. (Voyez les arrêtés et le programme de la
fête, ibid., n-» 52 et 53, p. 491-502.)
2. Archives nationales, Fi'531,doss. Lebreton, cl la noie LXV aux .Appendices.
5. Arcliivcs nationales, .\F ii, carton 45, dossier 154, n" 99.
UtVOL. DU 51 MAI. II — 19
290 PART. II, CHAP. XV. AUVERGNE.
Tout le pays n'était point, dès lors, rallié ; mais, in-
dépendamment des sociétés jacobines, la Convention
avait encore pour elle l'influence que gardaient en Au-
vergne plusieurs de ses membres les plus montagnards :
Couthon, de Clermont; Maignet, d'Ambert, et Carrier,
d'Aurillac^ Carrier allait avoir une autre destination.
Couthon et Maignet furent chargés d'une mission dans
le Puy-de-Dôme avec Châteauneuf-Randon, qui s'était
signalé dans la répression des troubles de la Lozère
(21 août 1793)'. Partis de Paris le 25 août, ils cher-
chaient à se renseigner en chemin : à Nevers, où ils in-
terrogèrent en vain Fouché, alors en mission dans la
Nièvre; à Moulins, où l'on était dans la même ignorance
des événements ; et ils arrivèrent le vendredi 29 au soir
à Clermont-Ferrand. Il était temps, selon leurs rapports^:
la résolution y avait été prise, par des « malveillants »,
de ne pas combattre « les bons frères » de Lyon. Le sa-
medi 50, les représentants se rendirent à la Société po-
pulaire, qui reprit confiance en les voyant. Le lendemain,
dimanche, ils réunirent le peuple, et entreprirent de
l'éclairer sur les intentions des Lyonnais. Les Lyonnais,
selon eux, voulaient aller bien plus loin que ne le sup-
posait Dubois-Crancé. Ils ne travaillaient, par leurs
émissaires, à tenir le peuple du Puy-de-Dôme en repos,
que pour se ménager un moyen sûr d'arriver, par le
Puy-de-Dôme, à Limoges, de Limoges à Bordeaux, de
Bordeaux à la Rochelle , de la Rochelle en Vendée,
réunir les deux armées royalistes et accomplir la contre-
révolution au cœur de la République, tandis que Pitt
1. Carrier est né à Yolet, près (rAurillac.
2, Mcgc, /. /., p. 76 el siiiv.
5, Voyez le Rapport de Maignet cl le Premier rapport de Coulhon, cités
plus haut.
m. LES REPRESENTAIS DU PEUPLE EN AUVERGNE. 2111
et Coboiirg l'opéreraient dans le Nord et le Midi ! C'est
dans la nuit suivante qu'arriva la nouvelle de l'échec et
de la prise du général, sur lequel comptait Dubois-
Crancé pour agir par la rive droite du Rhône. Nicolas
(tel est son nom) s'était logé dans Saint-An thème sans
se défier des Muscadins de Montbrison. Les Muscadins
firent une marche de nuit; la troupe préposée à la garde
de la ville fut enveloppée et enfermée au poste, et le
général pris au lit. « Aussitôt, dit Couthon, le tocsin
sonna, la générale battit, le canon d'alarme porta sa
voix de tonnerre jusqu'aux extrémités du département. »
Dans les vingt-quatre heures tout le monde fut debout,
et, si on l'eût voulu, on aurait armé 200 000 hommes '.
11 faut dire cependant que les choses n'allèrent pas
si vite. Le mouvement fut loin d'être aussi général. Ceux
des pays vignobles vinrent les premiers : on leur avait
fait espérer que tout serait fini avant la vendange; ceux
de la plaine se firent prier davantage; mais les plus
réfractaires furent ceux de la montagne. En plusieurs
villages les jeunes gens soumis au recrutement, et non
appelés, refusèrent même de quitter leurs foyers, sous
ce prétexte qu'ils ne devaient partir qu'armés et équi-
pés^; et de ceux qui partirent, un très grand nombre
désertèrent. Dubois-Crancé prétend que toute cette levée
en masse, qu'on lui avait promise, se fondit dès l'ar-
rivée à Montbrison^ C'est trop dire, et Couthon s'élève
contre cette calomnie à l'égard de ses compatriotes. Il
y en avait encore devant Lyon, lorsque le représentant
vint au camp et brusqua, par ses résolutions éner-
1. Premier rapport de Couthon, sur Commune-AriVandiic (Lvon).
2. Jlùge, l. L, p. 156.
3. Rapport, p. 50.
292 PART. II, CHAP. XV. AUVERGNE.
giques, la prise de la ville; mais il n'y en avait plus
guère, et Coutlion lui-même est signalé comme ayant
provoqué, par des arrêtés d'exemption rendus pour
plaire à son département, ces désertions que Dubois-
Crancé ne fut pas le seul à constater. Coutlion du reste
avait été forcé de revenir sur plusieurs de ces mesures
dont il n'avait pas suffisamment calculé les effets'.
Le concours prêté par les départements de l'Auvergne
contre l'insurrection de la Lozère, avant le 51 mai, et
contre Lyon depuis, pouvait donc faire oublier leur atti-
tude en présence de cette révolution jacobine qui avait
soulevé les trois quarts de la France. Et puis, comment
la Convention aurait-elle pu, même sans la garantie de
Couthon, de Maignet et de Carrier, tenir rancune à
l'Auvergne? C'étaient . des montagnards. Pouvait-on
avouer qu'on les avait contre soi? Aussi Julien, dans son
rapport, a-t-il pour eux des ménagements extrêmes :
« Les habitants du Puy-de-Dôme étaient montagnanh,
dit-il, soulignant le mot avec complaisance; ils crai-
gnirent pour la liberté et se prononcèrent d'abord con-
tre les journées du 51 mai et suivantes. Quelques jours
d'intervalle suflirent pourvoir et connaître la [vérité]. Ils
étaient descendus un moment dans la plaine, croyant
y voir l'humanité souffrante ; ils n'aperçurent que des
hommes dont les passions exaspérées étaient dans le
cas d'occasionner un embrasement général; ils aban-
donnèrent aussitôt le terrain aride de la plaine pour
reprendre le chemin de la montagne, où ils ont juré de
vivre libres ou mourir". »
1. Sur la part de l'Auvergne à la lutte contre Lyon, voyez les pièces publiées
parM. Mègc, n"' 58-50, p. 517-539 et suiv., et notamment les arrêtés des repré-
sentants, n"51, p. 540-610, et leurs lettres à la Convention, n" 53, p. 616-627.
2. happort, p. 104.
m. LES REPRÉSENTANTS DU PEUPLE EN AUVERGNE. 295
Ceux du Cantal, non moins montagnards, ne s'étaient
guère montrés plus favorables aux Montagnards de
l'Assemblée. Ils avaient pris, pour la levée d'une force
départementale, un arrêté qui fut dénoncé le H jan-
vier 1795 par Coutlion et défendu par Buzol' : nous en
avons parlé. Ils n'avaient pas mieux accueilli la nouvelle
du 51 mai, et avaient rédigé une adresse à la Conven-
tion ; mais on dit qu'elle avait été combattue, rejetée,
brûlée même. Les représentants de la Convention La-
coste, Milbaud, Carrier et Cliabanon avaient prévalu sur
Altaroche et les autres administrateurs du départe-
ment* : « Ils ont instruit le peuple, dit Julien, et les
braves montagnards du Cantal ont montré qu'ils étaient
toujours dignes d'habiter la montagne Cette sainte
montagne, autrefois opprimée par la nombreuse noblesse
dont elle était couverte, n'a cessé de souffler, dans le
Midi, le vent impétueux de la liberté, vous ne devez lui
rien laisser qui puisse entacher son horizon. Les habi-
tants en respirent l'air le plus pur, vous devez en éloi-
gner tout air infect, tel qu'il s'en élève souvent du milieu
d'un marais fangeux^ ». — xVvis à ceux qui étaient sus-
pects de respirer cet air dans la Convention \
1. Moniteur du 13 janvier 1795, t. XV, p. 115-115.
2. Altaroche et deux autres administrateurs, dénoncés par Carrier comme les
principaux auteurs de cet acte, dans la séance du 1') juillet, furent, sur sa propo-
sition, mandés à la barre. [Moniteur du 14, t. XVll, p. 122.)
5. .Julien, Rapport, p. 50.
4. Aurillac avait communique son adresse à Toulouse. (Archives de la Ilauto-
Garonnc, registre des Jacobins.)
CHAPITRE XVI
LA SAVOIE ET LE DAUPHIN É
I
Mont-Blanc.
Le Daiiphiné, la Savoie étaient bien aussi des pays de
montagne; et les Montagnards de Paris n'auraient pas
pu se vanter de les avoir instinctivement pour eux.
Le département du Mont-Blanc, nouvellement formé de
la Savoie, ne réclamait que deux choses : la paix au
dedans et la sécurité au dehors. La paix au dedans, et
l'on tenait pour ennemis publics les émigrés et les
prêtres ou religieux réfractaires : le département
s'associa à toutes les mesures prises contre eux*, mais
on ne souffrait pas davantage l'anarchie, et le conseil
général reçut avec faveur les députés de Marseille qui
venaient exposer les mesures à prendre contre les in-
trigues et les complots des ennemis de l'intérieur. La
sécurité au dehors : il fallait à la frontière des munitions
et des armes. On lit une adresse à l'Assemblée nationale
pour en obtenir; et l'on envoya une députation aux
commissaires du gouvernement en signe de confiance*.
1. Arcliives de la Savoie. Registre des délibérations du conseil général du
département, 8 et 10 avril, 21 mai 1793.
2. Ibid., 22 et 25 mai.
I. MONT-BLANC. 295
La paix, l'union, c'est ce que réclamaient aussi
de leur nouvelle patrie les habitants de Moutiers-en-
Tarentaise dans un français qui avait besoin d'être un
peu dégrossi (50 mai 1795) :
De l'union, citoyens législateurs, de l'union, une bonne
Constitution, et nous aurons enfin une patrie et un gouverne-
ment républicains.
Portion de la nation française, les descendants des Cen-
trons avaient bien droit d'entrer dans l'association politique
de cette section du genre humain.
... Ils furent toujours Fiançais, et tels les présenta la ligne
de démarcation tracée par la nature sur l'échafaudage du
globe.
... Mais ils sont loin de se glorifier d'être les co-stipula-
teurs du nouveau contrat social qui lie déjà le cœur de tout
bon Français, si vos travaux n'assurent leur nouvelle exis-
tence ^...
Par horreur pour les factions dont la querelle reten-
tissait jusque dans ces montagnes, le Mont-Blanc les
aurait volontiers supprimées toutes. Le 6 juin, alors
qu'on ne pouvait connaître à Chambéry que les troubles
précurseurs du 51 mai, on vota un projet d'arrêté, pré-
senté la veille par le procureur général syndic. Consi-
dérant les divisions de l'Assemblée nationale, et l'achar-
nement des partis qui s'accusaient mutuellement de
perdre la République, on voulait mettre un terme à
cette sorte de guerre civile et en garantir les popula-
tions. En conséquence on invitait les citoyens h ne pas
donner plus longtemps ce spectacle d'une division
fatale; et voici quelle en était la sanction :
Toutes personnes qui s'entretiendraient dans les cafés,
1. Archives nationales, D xl§ 4, carlon 2'2, pièce placée par erreur dans le
dossier de la Vendée.
206 PART. H, CIIAP. XYI. LA SAVOIE ET LE DAUPllLNÉ.
auberges et autres lieux publics, sans exception, sur un parti
quelconque : de la Montagne, de la Plaine, du Marais et
autres, seront regardées comme perturbatrices du repos public
et traduites en conséquence au tribunal révolutionnaire à Paris.
Les aubergistes, cafetiers, etc., qui ne dénonceraient pas
ces infractions, dont ils auraient eu connaissance, seront
considérés comme complices et traduits de même au tribunal
révolutionnaire.
C'était procéder sommairement. Plusieurs membres
Tirent des objections longuement développées contre ces
articles. Le procureur général syndic dit qu'il en avait
omis un, c'est que l'arrêté serait soumis à l'approbation
de la Convention. — On vota l'ordre du jour.
C'est le 15 juin que l'on apprit la révolution
du 51 mai, et cette journée fut marquée par des péri-
péties bien diverses dans le conseil. Le matin, un
membre propose des mesures de vigueur et aussi de
prudence, et réclame la convocation des corps adminis-
tratifs et judiciaires; mais déjà le procureur général
syndic, que l'on a vu si vif, parle de faire une adresse
à la Convention, qui était comme une adhésion au fait
accompli; à midi, on lit les arrêtés de l'Ain et du Jura
contre le 51 mai : un membre est d'avis de prendre des
mesures analogues, et l'on décide que les corps adminis-
tratifs se joindront au conseil général poui' en délibérer
le 17; le soir, il est question d'appeler aussi les dépu-
tations des districts : toutefois on semble s'effrayer
un peu de l'arrêté du (3, et, sur la pi'oposition d'un
membre, il est suspendu. Le procureur général syndic
voulait aller plus loin : il revint sur son projet d'adresse
et requit le conseil de faire acte d'adhésion à la Conven-
tion; mais on passa à l'ordre dn jour.
1. MONT-BLANC. '297
Ainsi le conseil, lont en marquant le pas, si je puis
(lire, avait au moins résisté à l'influence que le procu-
reur général syndic voulait exercer sur lui pour l'en-
traîner dans le sens de la révolution. Rien d'autre
jusqu'au 26 juin. Ce jour-là les citoyens Mathuson et
Pécollet, députés par l'administration de Rlione-el-Loire
à celle du Mont-Blanc, obtinrent de lui faire « des com-
munications amicales » en assemblée extraordinaire.
Après lecture de leurs pouvoirs, l'un d'eux dit :
Citoyens, il y aurait de rirabécillité ou de la mauvaise foi
à se dissimuler que la Convention n'est pas libre. La journée
du 51 mai et celles des 1" et 2 juin en sont la preuve funeste.
Cinq mille factieux, soudoyés dans Paris par Pitt et Cobourg,
oppriment la volonté des représentants du peuple. Il s'agit de
les rendre libres. Trente-deux de ses membres' ont été mis
en état d'arrestation. L'intégrité de la représentation natio-
nale a été violée.
H fallait réparer cet outrage :
L'auteur, dit le procès-verbal, entre ensuite dans le détail
des mesures que le département de Rhone-et-Loire, de con-
cert avec quelques autres, a jugé propres à parvenir à ce but.
Elles consistent principalement à diriger vers Paris une force
départementale qui, soutenue de l'énergie des bons citoyens
de cette vaste cité, soit capable d'en imposer aux factieux,
d'anéantir leurs complots liberticides et de rendre à la Con-
vention nationale la liberté , l'intégrité et la confiance de
l'opinion qu'elle a perdues avec elle.
Il ajoute que ces mesures, quelque bonnes qu'elles pa-
raissent en elles-mêmes, pourraient cependant ne pas convenir
à ce département : « Républicains du Mont-Blanc, a-t-il dit,
vous êtes nouveau-nés à la liberté; à peine avez-vous la
1. Yingl-iieuf membres seulement et doux minislrcs; mais le nombre île
I rente-deux était comme consacré.
298 PART. II, CUAP. XYI. LA SAVOIE ET LE DAUPIILNÉ.
connaissance des événements et des grands ressorts de la
Révolution. Votre situation physique et politique ne vous per-
met sans doute pas de nous imiter et de nous suivre, nous
qui sommes dans l'adolescence de la liberté.
Il ne les pressait donc pas de délibérer à cette séance:
Nous vous disons voilà ce que nous avons fait,... c'est à
vous de voir le parti qu'il vous convient de prendre.
El il protestait de son amour pour la liberté, l'éga-
lité, la République une et indivisible.
Cette invitation ne pouvait pas manquer d'être com-
battue par le magistrat dont on a vu plus haut la
nouvelle attitude :
Le procureur général syndic, dit le procès-verbal, a ré-
pondu. Il s'est attaché à prouver que la Convention nationale
n'avait jamais cessé d'élre libre ; que la constitution qu'elle
vient de donner, que tous ses décrets sont les oracles de la
sagesse du génie républicain. Malgré les bayonnettes et les
canons qui ont investi le temple de la liberté dans la journée
du 51 mai, malgré l'ascendant d'un peuple immense qui a
provoqué, les armes à la main, le décret d'arrestation des
trente-deux, il n'a rien vu là qui ait pu influencer les délibé-
rations et gêner les suffrages des représentants du peuple*.
Soutenir le contraire est une erreur funeste à la
liberté, etc., menant au fédéralisme, à l'anarchie
Il a terminé en invitant l'assemblée à prêter un serment
solennel d'adhésion entière et formelle aux décrets de la
Convention nationale.
On fit ensuite lecture de quelques écrits propres à
éclairer l'assemblée, et plusieurs orateurs parlèrent en
sens divers; mais voici un coup de théâtre :
1. Ce résumé a bien l'air d'une crilicjue.
I. MOM-BLANC. 299
Au milieu de l'hésitation des esprits et du choc des opi-
nions contraires, avant que rassemblée ait adopté aucune
résolution, le citoyen maire a pris la parole.
Après avoir invoqué l'Être suprême et la voix de la
conscience, s' exallant jusqu'à perdre le sentiment de la
réalité :
Je jure donc, dit-il, en mon nom, an nom du conseil de la
commune qui ne me désavouera pas, je jure d'être lidèle à la
nation, h la République française, de maintenir la liberté,
l'égalité, de mourir en les défendant. Je jure d'employer tous
mes efforts à maintenir la Révolution, une et indivisible, la
sûreté des personnes et des propriétés, d'obéir exactement à
la loi, d'exécuter et faire exécuter de tout mon pouvoir ce
que les autorités légitimes ordonneront ou requerront par
la loi.
Ce serment, qui, sur la question posée, ne voulait
absolument rien dire, rallia tous les esprits :
A l'instant, continue le procès -verbal, tous les membres
de l'assemblée, par un mouvement rapide et simultané, se
sont levés et ont prononcé le même serment, au milieu des
cris de joie et des applaudissements vifs et prolongés des
citoyens en foule qui remplissaient les tribunes.
Après cette déclaration authentique et solennelle de ses
sentiments, l'assemblée ayant témoigné le désir de se séparer,
le président a levé la séance'.
La scène du 26 juin eut un épilogue. Dans la séance
du 27 on annonça l'arrestation des députés de l'admi-
nistration de Lyon. Grande stupeur! qu'est-ce que cela
veut dire? Le procureur général expose ce qu'il en sait :
Le citoyen Noël, dit-il, adjoint à l'état-major de l'armée
1. Arcliives de la Savoie, Délibérations du conseil général du département,
i' registre, f"' 62-63.
300 PART. Il, CilAl'. XVI. LA SAVOIE ET LE DAUPIIINÉ.
des Alpes, s'est présenté hier sur le tard dans mon bureau ; il
m'a annoncé qu'il était porteur des réquisitions des repré-
sentants du peuple français au commandant de la place pour
faire arrêter les commissaires du département de Rhône-
ct-Loire. C'est sans doute en vertu de cet ordre que leur arres-
tation a été exécutée.
Un membre demande qu'il soit député un commis-
saire extraordinaire au département de Rliône-et-Loire
pour l'informer de cet événement et lui marquer le vif
intérêt qu'y prend l'administration. Puis deux membres
sont nommés pour s'enquérir de l'incident. Ils re-
viennent quelques instants après faire leur rapport.
Les commissaires de Rhône-et-Loire ont été arrêtés en
route à Rumilly, sur un ordre des représentants, ainsi
conçu :
Ayant appris que deux prétendus commissaires du dépar-
tement de Rhône-et-Loire se sont introduits dans le dépar-
tement du Mont-Blanc, nous chargeons le citoyen Noël de
requérir le commanilant de la force armée à Cliambéry de
les faire mettre en état d'arrestation et de suite conduire à
Grenoble.
Le rapporteur ajouta que le procureur général syndic
avait coopéré à cette arrestation, et ce dernier ne le
nia point.
Ainsi le fait n'était que trop vrai. Le rapporteur
s'écria que le département du Mont-Rlanc était compro-
mis vis-à-vis du département de Rhône-et-Loire; qu'on
ne pourrait croire que le procureur général syndic eût
agi sans l'aveu du conseil. On arrêta que les déclara-
tions et les aveux seraient consignés au procès-verbal ;
et le conseil, voulant prouver qu'il était étranger à l'ar-
restation, que ses sentiments étaient purs, sa conduite
I. MONT-BLANC. 301
franche et loyale, ordonna qu'extrait du procès-verbal
serait envoyé à Lyon \
Mais les deux commissaires ne furent pas relâchés,
et le Mont-Blanc s'en tint là. Quelques villes allèrent
plus loin ; le district d'Annecy applaudit à la révolution
du 51 mai comme à une nouvelle délivrance :
Représentants de la République, pour la troisième fois la
tyrannie vient d'être renversée, et le peuple français est
encore libre. Quoique éloignés du centre des lumières et des
secousses, nous avions senti la nécessité d'un nouveau com-
bat ; c'est le sentiment que nous vous exprimions dans notre
précédente adresse. Aujourd'hui nous vous félicitons sur le
succès de la journée du 31 mai, qui a détruit une faction qui
ne cherchait qu'à étouffer la liberté dans sa naissance ; mais,
en vous manifestant notre reconnaissance et notre adhésion
aux grands moyens que vous avez employés pour notre bon-
heur, nous vous conjurons, au nom sacré de la patrie, de ne
cesser le combat que lorsque toutes les tètes de l'hydre seront
abattues. Alors elle ne souillera plus de sa bave infecte ce grand
ouvrage dont vous vous occupez; il sortira pur de vos mains :
et les hommes de tous les âges, en jouissant de vos travaux,
consacreront votre mémoire dans les fastes du monde.
Nous ne vous parlons pas de dissensions, parce que nous
nous persuadons qu'elles sont toutes finies; elles ne pouvaient
exister que pendant que le vice luttait avec la vertu : celle-ci
a triomphé, une bonne Constitution va paraître ^
Et la commune d'Annecy à son tour :
Représentants du peuple français, vous eûtes le courage
de proclamer la République, et la mort du tyran fut un second
hommage rendu à la souveraineté du peuple. Alors les aris-
tocrates, les royalistes, les fédéralistes, les anarchistes.... Mais
1. Archives de la Savoie, Délibérations du conseil du dépaiiemcnt, i' registre,
f • Go-G9.
2. Lu dans la séance du 20 juin; Moniteur du 22, t. XVI, p. 700.
502 PART. II, CIUP. XVI. LA SAVOIE ET LE DAUPIILNÉ.
le peuple do Paris.... Aussitôt la Convention en masse reprend
son attitude fière et imposante et la République française une
et indivisible est encore une fois sauvée le 51 mai 1793.
0 journée à jamais mémorable ! nous allons te graver en
caractères ineffaçables sur la cime du Mont-Blanc*....
Yoilà comment on écrit l'histoire! Les inscriptions
consacrent souvent, et d'une manière plus authentique,
quelque chose d'autre que les faits dont elles veulent
garder la mémoire à la postérité !
II
Isère.
A Grenoble le mouvement du fédéralisme fut d'abord
vif, mais vite réprimé.
La ville était toute à la liévolution. Le conseil çéné-
rai du département s'était déclaré en permanence, et
dès le 15 février avait décidé qu'il tiendrait, le mercredi
de chaque semaine, une séance publique. Le 16, lorsqu'à
l'occasion du 21 janvier les commissaires de la Conven-
tion firent leur proclamation \ le conseil arrêta qu'elle
serait publiée, affichée, et lue au prône par les curés,
vicaires et desservants. Mais le département était hostile
à l'anarchie et voyait avec inquiétude les divisions qui
se produisaient dans la Convention nationale. Dès le
10 mars le conseil lui envoya une adresse où l'on re-
1. Lu dans la séance du 25 juin ; Monilew du 26, t. XVI, p. 727.
2. « Lî souveraineté du l'cu])lc franijais vient de se manifester par un grand
acte de justice. Le trône et le tyran ne souilleront plus le territoire de la liberté
et de l'égalité. Des lois sages et qui seront religieuseiuont observées banniront
l'anarchie que des agitateurs sanguinaires entrclicnnent parmi nous », etc.
II. ISÈRE. 305
Irouvo, au milieu des doclamalioiis du temps, le senti-
ment commun à toute la France :
...Un roi serait-il un dieu, pour rpie sa mort justement pro-
noncée fût accompagnée de signes si éclatants et si terribles?
Hommes du 14 juillet....
Hommes du 10 août....
Héros français, vainqueurs de Jemmapes —
Non, la liberté anéantira ses contradicteurs*, etc.
Le 8 avril, autre manifestation à propos de la trahi-
son de Dumouriez".
Le 18 avril, c'est la Société républicaine de Vienne qui
donne aux représentants une leçon d'histoire ancienne
comparée :
Chez les anciens Perses, un officier de la couronne était
chargé de dire tous les matins au roi en s'év-eillant : «Sire,
levez-vous et songez à remplir les fonctions pour lesquelles
Orosmade (dieu des Perses) {sic) vous a placé sur le trône ».
Eh bien, législateurs, vous qui devez être plus sages que
les rois, ne pourriez-vous pas changer votre président de
vous dire à l'ouverture de chaque séance :
« Les personnalités dégradent la dignité de vos séances.
La patrie en danger n'attend pas son salut de vos débats
particuliers, elle vous prescrit impérieusement force, union,
énergie. Citoyens, songez à répondre à son attente. »
Tel est, législateurs, le vœu général de tous les Français et
en particulier celui des citoyens composant la Société répu-
blicaine devienne, département de l'Isère^.
Cependant le conseil de l'Isère sentait que la lutte
1. Voyez la note LXVI aux Appendices.
2. Lecture publique ilu décret rendu contre lui; discours et serment devant
l'arbre de la liberté, aux accents de la Marseillaise. (Arcliivcs de l'Isère, Délibé-
rations du conseil du département, à la date.)
3. Archives nationales, D xl § 4, carton 20, dossier Ish-e, et la note LXYII aux
Appendices.
504 PART. II, CIIAl'. XVI. LA SAVOIE ET LE DALT'IIINÉ.
des partis dans la Convention allait amener des cata-
strophes. Le 22 mai, il fit une nouvelle adresse qui
pressait les représentants de s'occuper de la Constitu-
tion. Le 50, à la nouvelle du mouvement qui avait
éclaté la veille à Lyon, il y envoyait deux députés pour
rétablir le calme el faire relâcher les représentants du
peuple, si leur liberté se trouvait en péril. Mais la
situation de Paris était ce qui causait le plus d'inquié-
tude. Le 7 juin, avant que l'on sût encore la révolution
consommée le *2, un membre posa la question. Il re-
présenta que le sort de la République pouvait dépendre
du parti auquel s'arrêteraient les divers départements;
et, pour être éclairé sur l'état de la Convention, il pro-
posait de s'adresser aux membres que le département y
comptait. La discussion fut remise au lendemain. Le
lendemain on en savait plus qu'on n'aurait voulu :
une lettre de Lyon faisait connaître le dénouement de
la crise à Paris.
Le mouvement causé par cette nouvelle fut consi-
dérable à Grenoble. « 11 nous fut impossible d'arrêter
ce torrent », dit Dubois-Crancé^ Le conseil se déclara
en permanence, et, pour agir avec plus d'autorité, il
décida que les corps administratifs seraient appelés à
délibérer avec lui. Le même jour, à quatre heures du
soir, les corps administratifs se rendirent à l'appel qui
leur était fait. Le président proposa et prononça celte
formule de serment :
Nous jurons tous de maintenir la liberté et l'égalité, la
stabilité et rinviolabilité de la Convention nationale, l'unité
1. Compte rendu à la Convciilion nationale de la mission des représen-
tants du peuple Dubois-Crancé et Gauthier, depuis le o mai jusqu'au
\'l octobre [vieux style), l'an second de la Uépubliqiie française.
II. ISERE. 505
cl l'indivisibilité de la République et de résister à toute
tyrannie, à tous les genres d'oppression, et de mourir plutôt
que de violer ce serment.
Tous jurèrent après lui et l'on fît un arrêté qui con-
voquait pour le jeudi 20, à Grenoble, les députés des
assemblées primaires * :
L'assemblée, justement alarmée des funestes ésénemenls
qui se sont succédé à Paris et dont le résultat a été de mettre
en arrestation un grand nombre de députés à la Convention,
sur des réquisitions faites à main armée.
Considérant que les mouvements séditieux qui ont produit
cûs arrestations tendaient à avilir et à subjuguer la représen-
tation nationale et à mettre la République sous un joug plus
cruel que celui qui vient d'être brisé;... que, dans un danger
aussi imminent, il ne reste d'autres ressources que l'appel
au peuple, a arrêté et arrête ce qui suit
L'assemblée (car ce n'est plus' seulement le conseil
général du département) s'occupa sans retard des
mesures que la situation commandait.
L'union des déparlements, dont on avait déjà senti
le besoin, devenait d'une nécessité plus pressante.
Le 9, le citoyen Yacbon, envoyé de Lyon, rendit compte
des événements du 29 mai. Le parti vainqueur avait
montré autant de modération que de courage, et le dé-
légué le prouvait par les pièces qu'il déposait sur le bu-
reau^ Par décision du conseil, le président exprima au
citoyen Yachon, et en sa personne, aux trente-quatre
1. Archives de l'Isère, Registre du conseil cénéral du département, à la date,
f'' 268-269.
2. C'étaient : 1° sn commission ; 2° le procès-verltal des commissaires dos
sections, réunis les 20 et 50 mai, contenant le détail des événements: 5° la
copie d'une lettre écrite par Dubois-Crancé et Albitte à Gauthier et à Nioche. le
51 mai, et la réponse par les sections de Lyon; 4" adresse des mêmes sections
aux habitants du département.
hévol. du 51 MAI. ir — 20
500 PART. II, CIIAP. XVI. LA SAVOIE ET LE DAUPIIINÉ.
sections de Lyon, le vif intérêt que le département de
l'Isère avait pris aux tristes événements de cette ville,
ainsi que son désir de resserrer entre les deux départe-
ments les liens d'amitié, et il lui donna l'accolade fra-
ternelle. Le 10, on lut l'adresse des Nantais à tous les
départements de la République, tendant à éclairer le
peuple sur ses droits. On l'approuva et on la fit impri-
mer à 2000 exemplaires. On lut aussi une lettre écrite,
le 5 juin, aux administrateurs du déparlement par deux
députés de l'Isère, sur les divers événements de Paris
dont ils avaient pu être les témoins dans la Convention :
la tentative du 10 mars, la commission des Douze éta-
blie, supprimée, la révolution des 51 mai, l*""" et 2 juin :
La journée d'hier fut tranquille, disaient les députés, la
Convention présente le spectacle d'un corps politique mutilé;
la stupeur de l'avenir paraît avoir anéanti tout courage. On a
des soupçons, sans doute faux, sur des projets présumés de
la Commune. On craint qu'elle ne cherche à sortir du niveau
des autres communes de la Piépublique, nous n'en avons
aucune preuve * !
Les démarches des conseils départementaux étaient
partout bien surveillées, et à Grenoble plus qu'en beau-
coup d'autres lieux, à cause du voisinage de la frontière.
Les pouvoirs des représentants envoyés pour la levée des
500000 hommes étaient expirés. La Convention, en les
leur étant, les faisait passer aux représentants délégués
près des armées. C'est à ce titre que, dans la séance du
10 <iu soir, Gauthier et Albitte vinrent les produire.
1. Registre du conseil général de l'Isère, à la date. — Dubois-Crancé dans
son Co7nple rendu, et Julien dans son Rapport (p. 141), parlent de cette lettre
de Servonat et Baiidran, qui fut (ils le constatent) imprimée et répandue par
ordre du département.
II. ISÈRE. 507
L'assemblée n'en décida pas moins, le lendemain, qu'une
adresse serait faite aux citoyetis du département sur les
circonstances actuelles et sur les mesures prises, le
8 précédent, par les autorités constituées en vue de la si-
tuation ; mais, d'autre part, la présence des commissaires
relevait le courage de leurs partisans, et le 12 une péti-
tion de plusieurs citoyens réclama de l'assemblée qu'elle
suspendît son arrêté du 8 sur la convocation des assem-
blées primaires et la réunion de leurs députés à
Grenoble. L'assemblée renouvela son serment, c'était
une première réponse; et, n'étant pas en nombre, elle
remit la délibération au lendemain. Le 15, la pétition
fut repoussée et l'assemblée s'entretint dans ses précé-
dentes dispositions en lisant diverses pièces envoyées
par le citoyen Genevois, député à la Convention*, et
d'autres encore : le discours de Lanjuinais, la délibéra-
tion de la commune de Lyon du 9; puis, en raison du
péril, elle arrêta qu'il y aurait tous les jours séance
publique. On fit plus, on invita les représentants eux-
mêmes et les généraux, commandant en chef ou divi-
sionnaires, à se rendre à la séance du lendemain pour
se lier à leur tour par le serment que l'assemblée avait
prêté solennellement le 8 de ce mois. Les représentants
répondirent à cette invitation en écrivant au président
et aux membres de l'assemblée qu'ils avaient reçu des
nouvelles importantes et qu'ils se transporteraient ce
même jour, 14, dans le lieu de leurs séances, pour dé-
libérer avec eux sur des mesures de salut public et
d'intérêt général.
i. Compte rendu à nos commettants (par les députés de risère), Paris,
7 juin 1795, avec celte note de Genevois : « Des faits très graves ont été omis
ou atténués dans ce compte rendu ». Registre des délibérations du conseil géné-
ral de l'Isère, à la date du 15 juin.
508 PART. II, CHAP. XVI. LA SAVOIE ET LE DAUPIILNÉ.
La séance commença sous des auspices favorables
aux représentants. On venait de recevoir le bulletin de
la Haute-Loire annonçant la défaite des révoltés de la
Lozère et la prise de Charrier. Dubois-Crancé, survenant,
exposa la nécessité de rester unis. Il raconta les événe-
ments de Lyon. La représentation nationale y avait été
violée (un peu moins qu'à Paris sans doute) dans la
personne de Gauthier et de Nioche. Robert Lindet était
envoyé, par un arrêté du 3, pour se réunir à eux et
prendre, de concert, les mesures propres à rétablir la
tranquillité publique à Lyon. 11 invitait l'assemblée à
les seconder dans cette tâche. — On en délibérera.
Le jour suivant, 15 juin, l'assemblée arrêta que, vu
la gravité des circonstances, elle se constituait en assem-
blée provisoire et permanente de salut public; une
députation fut nommée pour en instruire les représen-
tants. — Les représentants l'évitèrent, en faisant dire
qu'ils n'étaient pas chez eux.
Le 16, on ne se réunit pas : c'était le jour où se fai-
saient les élections des assemblées primaires. Le 17, on
arrêta que les séances se tiendraient tous les jours à
5 heures. On reçut les adhésions données par la deuxième
et la quatrième section de Grenoble aux résolutions
qui avaient été prises. On envoya Orcelet et Alexandre
Royerà Lyon, pour conférer avec les administrateurs de
cette ville sur les propositions faites par les représen-
tants. On rédigea une adresse aux bataillons de l'armée
réunie dans l'Isère, adresse dont on vota l'impression et
l'envoi au général en chef pour qu'elle fût distribuée
dans tous les corps '.
i. Voyez la noie LXVIII aux Appendices.
II. ISERE. 309
Le 18, on reçut plusieurs pièces relatives aux événe-
ments de Pai'is, une lettre de Pétion, etc. On arrêta
qu'elles seraient remises aux députés des assemblées
primaires de l'Isère lors de leur réunion, ainsi que les
pièces arrivées des différents départements. Un membre
fit un discours sur les événements des 51 mai, 1" et
2 juin : on arrêta aussi qu'il serait imprimé.
Ce même jour avait paru une pièce d'un tout autre
caractère. C'était une lettre du représentant Julien, qui
fut placardée dans Grenoble. Les membres de l'assem-
blée écrivirent aux représentants pour savoir si c'était
de leur aveu qu'elle avait été affichée. La réponse ne se
fit pas attendre :
Nous avons reçu, citoyens, deux lettres signées Dumo-
lard, etc., se disant membres d'un comité de salut public du
département de l'Isère, qui nous font une demande sans doute
officielle. Psous requérons lesdits signataires de nous déclarer
en vertu de quelle loi existe cette autorité et pourquoi, si
elle ne méconnaît pas nos pouvoirs, elle se permet de nous
interroger.
Signé : Albitte, Dubois-Crancé, Gauthier.
L'incident était significatif. Les représentants se sen-
taient forts pour traiter ainsi l'assemblée. C'est qu'ils
avaient sous la main l'armée des Alpes et ils trouvaient
de plus un appui dans une partie de la population.
La Convention, le 26 juin, avait reçu « des citoyens
réunis à la séance des Amis de la République de Vienne,
département de l'Isère », cette adresse :
Adhésion entière à votre décret du 5 juin.
Paix, fraternité et gratitude aux braves Parisiens qui l'ont
provoqué. Haine implacable à tous les stupidcs égoïstes, à
tous les êtres altérés de la substance du peuple, qui, sous
510 PART. Il, CIIÀP. XVI, LA SAVOIE ET LE DAUPIIINÉ.
prétexte d'anarchie, d'injustice, d'immoralité, sonnent le
tocsin dans les départements pour soustraire leur sordide
avarice à l'emprunt forcé.
Indignation profonde contre les vrais factieux qui, sous
prétexte de délivrer la Convention nationale, voudraient porter
le fer et la flamme dans la ville qui a le plus contribué à une
révolution qu'ils abhorrent ;
La destitution de toutes les autorités constituées qui, sous
prétexte de rétablir la représentation nationale, provoquent
la rébellion contre les décrets de la Convention, refusent de
reconnaître ses commissaires, les qualifient de satrapes et
d'épitliètes odieuses, et se permettent d'attenter à leur liberté ;
Mort à tous les provocateurs de la guerre civile, obéissance
h la loi, respect pour les personnes et les propriétés: l'invio-
labilité de la représentation nationale, l'expulsion des man-
dataires infidèles qui voudraient l'avilir ou la diviser, l'unité
et l'indivisibilité de la République, la liberté, l'égalité ou la
mort :
Telle est, législateurs, l'analyse de nos sentiments ^
Pour prévenir ces divisions qui se manifestaient
autour d'elle, l'assemblée résolut de faire une adresse
à son tour aux citoyens de Grenoble :
Des agitateurs sèment parmi vous le trouble et la dis-
corde; ils cherchent à diviser les patriotes et à priver les
administrateurs de la confiance du peuple , en répandant
contre eux les calomnies les plus noires —
Grenoble a été le berceau de la liberté.
Restons unis, citoyens, serrons-nous autour de l'arbre de
la liberté, et nous déjouerons les intrigues et les complots
des méchants,
11 fut arrêté en outre que le conseil se rendrait
auprès des députés des assemblées primaires, afin de
1. Monileur du 28 juin, l. XVI, p. 750,
II. ISÈRE. 311
travailler de concert avec eux au salut du peuple*; mais
les représentants ripostèrent par une autre démarche.
Le 22 juin, ils annoncèrent que le lendemain ils
feraient prêter un serment sur la place de la Liberté.
Ils firent plus. Le 24 juin, les opposants de Grenoble
s'étant réunis dans l'église Saint-Louis, les représen-
tants dont ils servaient les vues se chargèrent de faire
connaître leurs résolutions au conseil général du dépar-
tement par cette lettre qui leur donnait une consécra-
tion redoutable :
Citoyens,
Les mouvements d'insurrection contre la Convention na-
tionale qui se sont manifestés en plusieurs départements ont
porté le trouble dans l'âme de beaucoup de citoyens. Ils se
sont assemblés liier à l'église Saint-Louis, et le résultat de
la délibération a été de nous présenter une pétition signée de
cinq cents citoyens
On y dénonçait la coalition qui se formait avec Lyon :
et la lettre se terminait par cette phrase menaçante :
Ils requièrent de faire traduire au tribunal révolutionnaire
tout citoyen qui aura aidé ou favorisé un complot contre
la liberté et la sûreté de la République, etc.
Signé: Albitte, Dubois-Crangé, GADTHIER^
En même temps les représentants faisaient apposer
les scellés sur les portes du lieu des séances et sur les
papiers du comité de salut public du département de
l'Isère.
1. Voyez la note LXIX aux Appendices.
2. Arcliives de l'Isère, même registre, f" 375.
512 PART. Il, CUAP. XVI. LA SAVOIE ET LE DAUrilLNÉ.
Les administrateurs du département en étaient réduits
à chercher des excuses :
Nous sommes surpris, écrivaient-ils humblement le 2(3
juin, que des impressions défavorables sur nos principes
aient trouvé place dans vos cœurs —
Et ils expliquaient pourquoi deux de leurs collègues
avaient été envoyés à Lyon : c'était pour conférer avec
les autorités de celte ville sur les propositions des
représentants du peuple. Mais ces excuses ne couvrirent
point les deux délégués (Orcelet et Royer-Deloche) . Par
un arrêté du 27, les représentants les renvoyèrent
devant le tribunal révolutionnaire de Paris, avec des
considérants qui étaient une menace pour tous les
autres :
Considérant qu'il y a preuve écrite que dans plusieurs dé-
partements il y a eu coalition dans le but d'établir le fédéra-
lisme'
Cette menace produisit son effet. Plusieurs démis-
sions suivirent. Le conseil ne laissa pas que d'inter-
venir en favenr des deux membres frappés. Il décida
qu'une adresse serait faite aux représentants du peuple
pour leur témoigner le regret que l'administration res-
sentait do la suspension de plusieurs de ses membres
(28 juin) : « Ces administrateurs, y disait-il, ont con-
stamment mérité l'estime de leurs collègues » ; et le
2 juillet on arrêta qu'il serait fait une autre adresse à
la Convention nationale et au peuple français pour y
1 . Registre des délibérations du conseil général de l'Isère, aux dates indiquées.
— On ne voit cependant pas qu'ils aient comparu devant le tribunal rcvolution-
>'''ire de Paris.
II. ISÈRE. 513
montrer les sentiments de l'administration du départe-
ment :
Nous ne voulons que la République une et indivisible.
Nous maintiendrons de tout notre pouvoir la liberté et
l'égalité, la sûreté des personnes et des propriétés.
Nous ne désirons rien tant qu'une Constitution populaire.
Nous jurons une guerre éternelle à l'aristocratie, à l'a-
narcbie et au fédéralisme.
Nous respectons la Convention nationale; nous avons été et
sommes toujours soumis à ses décrets et nous les ferons
exécuter'.
En moins de trente jours le mouvement qui s'était
annoncé si menaçant, avait échoué. Et Grenoble méri-
tait ce témoignage d'un agent du Pouvoir exécutif :
« Esprit excellent". »
i. lUgistre des déliljéralions du conseirgénéral de l'Isère, ;i la date, f" 427.
2. Ardiives iiatinnales, F i" 550 (La Giraiidièrc). Aussi Julien traite-t-il
l'assemblée des délégués avec une remarquable indulgence : « Sages avec pré-
caution, dit-il, ses membres n'ont jamais méconnu le point central de l'unité
républicaine. l'eut-êtrc que, comme tant d'autres, ils eussent élevé par la suite
une autorité rivale de celle de la loi; mais peut-être n'ont-ils vu que l'intércl
de la chose publique. Ils ont éloigné d'eux toute insinuation étrangère; la
paix et la tranquillité ont été conservées, et l'administration du déparlement
n'est coupable que d'avoir répandu la lettre de Servonat et Daudran. » [liappoil,
p. 142.)
CHAPITRE XVII
LA BRESSE ET LA FRANCHE-COMTÉ
Ain.
« Quelle formidable coalition n'eussent-ils pas formée,
et combien elle eût élé dangereuse, s'écrie Julien en
quittant l'Isère, si elle eût imité le Jura ^ ! >■> — Disons
l'Ain et le Jura, car ces deux départemenis marchèrent
de môme accord.
Le département de VAin était, au début de la Répu-
blique, contraire à toute faction. Le 18 avril on proposa
dans le conseil général d'approuver l'arrestation de
Marat, et la proposition était appuyée par le procureur
général syndic ; mais elle fut écartée par l'ordre du
jour, pour la raison qu'il ne fallait pas supposer de
partis dans la Convention ^
Le département était disposé à prendre des mesures
plus générales contre ceux qui troubleraient l'ordre, non
seulement à Paris, mais en province. Il avait acclamé,
1. Julien, Rapport, p. 142.
2. Archives de l'Ain, Registre du conseil général du département, n" 70, à
la date.
I. AIN. 315
lui aussi, la fameuse proposition de rilérault (15 mai) '.
Il se montrait d'ailleurs fort indépendant à l'égard des
représentants du peuple, commissaires de la Conven-
tion, et décidé à ne point les laisser dépasser leurs droits.
Merlino et Amar avaient reçu mandai pour le recrute-
ment, et leurs pouvoirs étaient expirés. Comme s'ils en
pouvaient user toujours tant qu'ils étaient sur les lieux,
ils avaient donné des ordres touchant les arrestations.
Le département cassa leur arrêté, et, sur la réclamation
des deux commissaires, écrivit à la Convention, pour
justifier sa conduite : « Les représentants, disait-il,
avaient été délégués pour l'opération du recrutement ;
ils étaient sans pouvoirs depuis que la Convention avait
envoyé des commissaires nouveaux auprès des départe-
ments et des armées » (19 mai').
Le département était bien moins disposé encore à
souffrir les empiétements de la Commune de Paris sur
la représentation nationale et à laisser la Convention en
proie aux anarchistes parisiens. L'arrêté du Jura (24 mai)
en vue de réunir les suppléants à Bourges lui ayant été
communiqué, le conseil en délibéra et prit le 27 mai
la résolution suivante :
i. Le 18 mai, le département prit, en consé(|uencc, un arrête pour l'organisa-
tion de la Ibrce armée, et rédigea une adresse pour en exposer l'objet : — les
prêtres, les nobles, les fanatiques sont particulièrement les ennemis qu'on
signale. C'était le contre-coup de l'insurrection de la Vendée. (Archives de l'Ain,
Registre des délibérations du conseil général du département, à la date.)
2. IbiiL, à la date. — Deux membres furent même envoyés à Paris pour ré-
clamer la mise en liberté de leurs concitoyens. Ils parlèrent à k barre de la
Convention le 29 mai, non sans provoquer des murmures; mais ils furent admis
aux honneurs de la séance [Moniteur du 51 mai, t. XYI, p. 511]. — Blancq-De-
sisles, officier municipal et par la suite maire, puis aduiinistratcur du départe-
ment et finalement emprisonné après le 9 thermidor, comme partisan de Robes-
pierre, se fait honneur dans sa défense d'avoir pris la cause des deux représen-
tants et d'avoir toujours combattu le fédéralisme. ((7e rcvolutioimairc de
Blancq-Desisles deiniis 1789.)
316 PART. II, CHAP. XVII. LA BRESSE ET LA FRANCHE-COMTÉ.
L'assemblée, considérant que depuis longtemps la Con-
vention nationale ne jouit pas de la plénitude de sa liberté,
qu'elle est circonvenue par des malveillants et des factieux,
outragée par des tribunes insolentes et soldées qui arrêtent
le cours de ses délibérations ;
Que la Constiiution qui doit faire le bonheur général est
retardée journellement par des incidents amenés et préparés
à dessein; qu'il est notoire que la vie même d'un grand
nombre de députés est chaque jour audacieusement me-
nacée ;
Que le désordre et l'anarchie sont à leur comble et laissent
la perspective alarmante de la dissolution prochaine de la
Convention nationale;
Qu'il est de la prudence et même du devoir de tous les
bons citoyens, et surtout des corps administratifs, de concerter
les moyens de salut;
Que les mesures prises par le département du Jura sont
les seules qui puissent être mises en usage ;
Arrête unanimement qu'elle adopte les principes qui ont
déterminé les mesures prises par le département du Jura
dans son arrêté du 24 mai ;
Qu'il y a lieu : i^De requérir les députes supplémentaires
de se rendre à Bourges; — [même mission et même limita-
tion de pouvoirs que dans le Jura] ;
2" De lever une force d'élite pour se rendre à Bourges et
protéger les députés suppléants ;
5" De faire connaître aux autres départements les dispo-
sitions ci-dessus et de recueillir à ce sujet leurs vœux'.
i. Ardiives de l'Ain, Registro des délibérntioiis du conseil du département,
à la date. — o L'adniinistriition fait voir, dit Julien, dans l'analyse qu'il l':iit
de cette pièce, la Constitution retardée par des incidents préparcs à dessein :
elle dit que la vie d'un grand nombre de membres est audacieusement men i-
cée, sans que leurs collègues ni les citoyens de Paris songent à réprimer de
pareils attentats; elle avoue que les corps constitués doivent concerter entre
eux les moyens de salut public les plus analogues aux circonstances, et ils n'en
trouvent pas de plus efficaces que de requérir les députés suppléants des repré-
sentants du peuple de se rendre à Bourges pour s'y constituer en assemblée
II. AIN. 317
L'arrèlé fut imprimé et l'on décida de le faire com-
muniquer au département de Saône-et-Loire par une dé-
piitation spéciale*.
Le 29 on s'occupa de la force départementale destinée
à servir d'escorte aux délégués : elle fut réduite à 15(1
hommes. Le 1" juin, nouvel arrêté motivé par l'arrivée
de nouveaux commissaires du Jura. Les commissaires
annonçaient que le Jura avait député aux déparlements
de la Côle-d'Or, de Saône-et-Loire et du Doubs, et que
ces trois administrations, bien que convaincues du péril
qui menaçait la République, étaient d'avis de se borner à
une adresse collective. L'Ain considéra cette résolution
comme un acte de faiblesse et persévéra dans sa décision ,
sans rejeter d'ailleurs ce projet d'une adresse com-
mune \
Tout cela avant que l'on connût la révolution du
51 mai. Le 6 juin seulement on reçut les pièces annon-
çant les nouveaux troubles qui avaient éclaté à Paris,
l'arrestation de 22 députés, proscrits depuis longtemps
à raison de leurs votes, et de 10 autres représentants
membres d'une commission (des Douze).
La résolution ne se fit pas attendre :
Ouï le procureur général syndic, l'assemblée considérant
que de tous les dangers dont la France est menacée le plus
alarmant est celui de l'anéantissement de la représentation
nationale ;
Que la représentation nationale ne peut subsister qu'avec
la liberté et l'inviolabilité des députés qui la composent ;
nationale provisoire; ils arrêtent la levée d"une l'orce armée d'élite pour accom-
pagner et protéger ces suppléants. » [Rapport, p. 8.)
1. Iluchet et Jourdan furent nommés commissaire?. — En marge du procès-
verbal (p. 207), on trouve une réclamation postérieure de Iluchet : il prétend
qu'il a été envoyé à Mùcon seulement pour les blés.
2, Voyez la note LXX aux Appendices.
518 PART. II, CHAP. XVII. LA BRESSE ET LA FRANCHE-COMTÉ.
Que l'une et l'autre ont été violées;...
Arrête à l'unanimité : 1° De demander à la Convention
nationale la réintégration des vingt -neuf représentants du
peuple, mis en état d'arrestation ;
2" Que, vu les inconvénients du moindre retard, le vœu
de l'assemblée sera porté à la Convention par trois députés
qui seront nommés au scrutin*.
Le môme jour on avait arrêté que des commissaires
(un par district) se réuniraient au département pour
délibérer avec lui. Ils y vinrent le 15, et l'on nomma un
comité de cinq membres pour veiller à la chose publique.
Le 19, on prit un arrêté pour la convocation des délé-
gués des communes en assemblée générale, et l'arrêté
était précédé d'un exposé de motifs : « La Convention
avait été violée », etc.; suivait l'histoire du 51 mai. On
invitait donc les communes à nommer, le 29, en assem-
blées primaires, des députés qui se réuniraient le 50
au chef-lieu du département".
Mais les circonstances étaient urgentes. Le 23 au soir,
un courrier apporta la nouvelle que le Jura était menacé.
Le 24, le conseil se réunit :
Le conseil arrête^ qu'il sera député deux de ses membres
pour lui faire part de la situation du département du Jura,
1. De ce nombre furent Lesciiyer et Baleydicr.
2. Archives de l'Ain, Registre des délibérations du conseil du département,
aux dates. « Le 19 juin, dit Julien résumant cette séance, ces administrateurs
prennent plus d'audace; dans le préambule d'un arrêté mécliamnient rcdig;é, ils
représentent les sabres, les canons, les armes de toute espèce, fondant sur les
représentants du peuple, les conàgnant pour ainsi dire dans leur prison, arra-
chant des décrets par la force et la violence. Ils pensent néanmoins qu'ils n'ont
pas le pouvoir de faire ce qu'ils font, et ils veulent que le peuple envoie auprès
d'eus des députés pour se concerter sur les grandes mesures à prendre ; ils
ne lui laissent pas mCme la liberté que le souvci'ain conserve par essence; car
ils font passer à chaque commune un modèle du procès-verbal de l'assemblée
qu'elle doit tenir. » (lîappoi-t, p. 10.)
3. Ces arrêtés ne sont pas biffés au registre; mais la note marginale en est
effacée de manière à être illisible.
IL AIN. 519
comme pouvant intéresser la liberté, l'égalité, l'unité et l'in-
divisibilité de la République;
Il arrête que deux commissaires seront envoyés près le
département du Jura, pour prendre des renseignements sur
l'état du département et concilier les esprits autant qu'il sera
possible'.
L'idée de résistance a déjà un peu faibli. Autre sym-
ptôme de même nature. Le conseil juge utile de prendre
l'avis du peuple réuni dans ses deux sections'. Mais le
vote du peuple est énergique. Il demande de marcher
sur-le-champ au secours du Jura; qu'on délivre des
munitions, une solde, qu'on assure des logements sur
la route.
Le conseil ne pouvait pas reculer :
L'assemblée, considérant qu'il n'est ni dans les principes
des précédents arrêtés du département, ni dans la possibilité
de mettre obstacle au vœu émis par le peuple, comme faisant
partie du souverain
Suit l'arrêté conforme. Toutefois on invitait la force
armée à se porter surtout comme médiatrice :
Que la vraie gloire du citoyen est de prévenir l'effusion
du sang et la guerre civile.
Mais, s'ils se trouvaient dans le cas de résister à l'op-
pression, ils n'ont pas juré en vain de vivre libre ou mourir.
Les sections demandaient deux canons : on leur en
accorda un.
La guerre pouvait donc commencer. Le conseil géné-
ral du département (20 juin) fit une adresse au district
1. Archives de l'Ain, même registre, aux dates. Voyez aussi la note LXXI aux
Appendices.
2. 24 juin au soir. La mention est biffée en marge.
520 PART. II, CIIAP. XVII. LA BRESSE ET LA FRANCHE-COMTÉ.
pour expliquer les motifs de ses résolutions et en marquer
la mesure : des troupes étaient envoyées ; mais des re-
commandations toutes pacifiques leur étaient faites.
Cependant cette attitude pouvait compromettre le
département. Lyon offrit des secours. On ne les re-
fusa point précisément ; mais n'était-ce pas aller trop
avant que de les accepter? On résolut d'écrire à la
commune et aux administrateurs de Lyon en ce sens :
Les sentiments et principes de ces lettres seraient que le
département de l'Ain restera constamment attaché à l'unité et
à l'indivisibilité de la République; mais que, s'il se diri-
geait contre lui une véritable oppression, il croirait devoir y
résister;...
Que le département de l'Ain, sans rejeter l'offre de secours
à lui faite par ledit député de la part de la commune de
Lyon, croit n'eu avoir plus besoin dans les circonstances
actuelles.
On devait ajouter qu'il n'y avait rien à craindre,
« parce qu'il paraît que les troubles du Jura touchent à
leur fin et que les voies de conciliation vont aboutir ».
Et l'on recommandait au délégué, porteur de la lettre,
de ne pas perdre de vue les principes de l'unité de la
République *.
Il y avait péril pourtant. La force armée qui menaçait
le Jura pouvait se tourner contre l'Ain. Le conseil fit, le
27 juin, une adresse à ses concitoyens, adresse qui pro-
clame encore le droit et annonce la résolution de la ré-
sistances et le 28, sur l'observation que les 4000 livres
de subside à la troupe envoyée dans le Jura sont à la
1. Archives de l'Ain, Registre des déiiljéralions du conseil du département,
aux dates.
2. Voyez la note LXXII aux Appendices.
I. AIN. 521
veille d'être épuisées, on vota un nouveau crédit, do
5000 livres*.
Le 2 juillet, on est encore dans les mêmes sentiments.
Plusieurs officiers de la garde nationale et un adminis-
trateur du Jura étant venus exprimer la vive joie de ce
département à la nouvelle des arrêtés de l'Ain :
Le président lui a répondu, au nom de l'assemblée, qu'un
même esprit dirigeait les frères des deux départements, que
ce n'était que par leur réunion et leur attachement qu'ils
pouvaient soutenir la cause de la liberté et de l'égalité, de
l'unité et de l'indivisibilité de la République, sans faire usage
des armes ^
Le 4 juillet, un autre membre (quatre lignes de con-
sidérants sont biffées à ne pouvoir être lues) propose de
faire une adresse à l'Assemblée pour lui demander le
rappel de tous les commissaires. Et cela fut arrêté ainsi''.
Mais déjà les esprits étaient bien ébranlés. La Con-
vention nationale venait d'envoyer aux départements la
Constitution votée le 24 juin, la soumettant à l'accepta-
tion des assemblées primaires. Puisque le peuple allait
se réunir pour se prononcer librement, à quoi bon les
mesures extraordinaires et le recours aux armes? C'est
une réflexion que l'on fit en maint département, excel-
lent prétexte au recul. Ce fut aussi l'objet d'une propo-
sition faite dans le conseil par un membre le 5 juillet,
et la motion fut appuyée. Seulement on remit au lende-
main pour en délibérer ; et dès ce jour-là le conseil fit
une adresse à ses concitoyens, adresse où, tout en expo-
i. Crédit qu'on clierclia encore à dissimuler à demi par la radiation de la
manchette qui l'indique au registre.
2. La manchette est biffée, — et en marge un des signataires dit que c'est
par erreur qu'il se trouve avoir signé, qu'il n'était pas au commencement de la
séance.
3. Même registre, f° 419.
KÉVOL. DD 51 MAI. ' II — 21
522 PART. II, CIIAP. XVII. LA BRESSE ET LA FRANCIIE-COMTÉ.
sant les principes de sa conduite et en invitant les com-
munes à envoyer leurs députés au département, il affir-
mait plus énergiquement le besoin d'un gouvernement
central : « Le salut public, disait-il, exige un centre
d'unité )) ; et il déclarait que jamais il n'avait voulu
rompre avec l'Assemblée nationale*.
Cependant les districts commençaient à s'inquiéter.
Celui de Saint-Rambert rejeta le 29 juin la délibération
du département comme attentatoire à la souveraineté du
peuple", et, le 8 juillet, rappela ses députés. Nantua se
retira aussi ; Gex et Trévoux paraissent ne pas s'être
laissé entraîner. Un factum violent, sous le titre iVÂvis
aux citoyens, protestait aussi contre l'arrêté du 19 juin
et faisait l'apologie du 51 mai, invitant le peuple à se
méfier des plumassiers et des robinocrates \ Le dépar-
tement lui-même sentait le besoin de se justifier : un
administrateur avait été chargé, le 8 juillet, d'exposer la
conduite tenue par l'administration depuis le 27 mai.
On en remit la discussion au lendemain (9 juillet), el
ce même jour, lorsqu'un envoyé de la Gironde vint de-
mander qu'on lui fît connaître les mesures de salut
public prises par le département de l'Ain, on se trou-
vait fort embarrassé de répondre. Le 12 juillet, on
décida qu'il serait fait une adresse à la Convention :
c'était pour se soumettre. Le 15, on proposa de mettre
les administrateurs du département de l'Ain sous la
sauvegarde de tous les bons citoyens. C'était avouer
qu'ils étaient attaquables, aveu sans profit et plein de
péril. On passa à l'ordre du jour\
i. Arcliives de l'Ain, même regislro, à la date.
"2. Ai-chives nationales, 1) xl § 4, carton 18, dossier Ain.
7>. Ibid., el la note LXXIII aux Appendices.
4. Archives de l'Ain, même registre, aux dates.
I. AIN. .-,25
Le 14 juillet on proclama la Constitution.
L'exposé de la conduite du département, dont un
administrateur avait été chargé, le 8 juillet, était une
amende honorable. Après l'avoir adopté, on l'envoya à
Paris, avec une lettre au président de la Convention et
une lettre au Comité de salut public (16 juillet). On y
disait au président de la Convention :
Nous vous prions, citoyen président, do mettre sous les
yeux de la Convention le compte rendu dont vous trouverez
deux exemplaires ci-joints, c'est le tableau fidèle de notre
conduite et de nos sentiments.
Et au Comité de salut public :
Vous y verrez des administrateurs aussi fidèles à l'unité et à
l'indivisibihté de la République qu'à l'égalité et à la liberté'.
On en donna un autre gage encore. Le 18 juillet,
deux citoyens furent désignés pour se rendre à Lyon. Ils
devaient se joindre à d'autres députés du Doubs et du
Jura pour engager le département de Rhône-et-Loire à
reconnaître la Convention nationale et à soumettre l'acte
constitutionnel à l'acceptation du peuple de son ressort.
Le 23 juillet, on publia la proclamation des représentants
du peuple près le département de Saône-et-Loire contre
Lyon. Il n'y avait plus qu'à faire une rétractation en
règle; on n'y manqua point. Le décret du 26 juin, rendu
sur la proposition du Comité de salut public, frappait les
administrations rebelles". Le conseil général de l'Ain
ne voulut pas qu'on le lui appliquât, et le 25 juillet il
prit la délibération suivante :
Vu la loi du 26 juin dernier, le conseil, considérant que,
1. Archives (le l'Ain, mùme registre, à la date.
2. Moniteur du 29 juin, t. XVI, p. 757.
524 PART. II, ClIAP. XVII. LA BRESSE ET LA FRANCHE-COMTÉ.
sur la première notion de ladite loi donnée par les journaux,
avant qu'elle lui fût parvenue officiellement, il s'était per-
suadé qu'elle ne pouvait le regarder, d'autant qu'il n'avait
jamais cessé de reconnaître la Convention nationale ac-
tuelle, etc. ';
Considérant néanmoins qu'il importe au rétablissement de
l'unité et de la paix dans toute la République que chaque
administration, dirigée par les mêmes principes, en fasse la
déclaration solennelle pour lever tous les doutes et dissiper
toutes les préventions qu'on aurait pu et qu'on pourrait in-
spirer aux bons citoyens;
Ouï le procureur général syndic :
Arrête, à l'unanimité, qu'il rétracte, conformément à la
susdite loi du 26 juin dernier, tous arrêtés, adresses, lettres,
comptes rendus et autres actes émanés du conseil d'adminis-
tration du déparlement de l'Ain ou d'aucun de ses membres
depuis le 26 mai dernier, relativement aux objets de ladite
loi, qui pourraient laisser le moindre doute sur la sincérité
des sentiments exprimés dans le présent arrêté.
Le conseil déclare de nouveau qu'il a toujours reconnu et
reconnaît la Convention actuelle comme seul centre d'unité
et la nouvelle Constitution, acceptée à l'unanimité dans le
département de l'Ain, comme le premier moyen de salut pu-
blic, qui a été constamment l'objet de ses vœux ;
Arrête, en conformité de la susdite loi, qu'expédition du
présent arrêté sera adressée au Comité de salut public de la
Convention nationale et en outre à chacun des neuf districts
du département'.
Beaucoup d'altérations eurent lieu dans le registre où
les actes du département sont recueillis ; suppression
d'indications en marge, radiation de plusieurs lignes
1. « Consitlorant encore que l'on a enregistré et fait exécuter les décrets;
— qu'il n'y a aucun rassemblement armé dans le département de l'Ain; — que
la Conslilulion a été acceptée », etc.
2. Archives de l'Ain, nicmc registre, à la date.
II. JURA. 525
rendues absolument illisibles, énorme pàlé d'encre sur
la date d'une délibération dont on félicite le conseil et
qu'il importait de ne pas rappeler, sans compter les
dénégations individuelles. Mais on ne pouvait effacer
l'impression que la conduite du département, malgré sa
rétractation, avait produite, et l'agent Soulet, envoyé de
Paris, le 25 juillet, pour porter l'acte constitutionnel
dans les départements des Hautes et Basses-Alpes, du
Mont-Blanc et du Var, notant ce qu'il a observé sur la
route, a deux mots pour caractériser l'Ain : « Aristo-
cratie et fanatisme* ».
II
Juin.
Le département du Jura n'avait pas attendu la révo-
lution du 51 mai pour prendre des mesures contre la
violation possible de la Convention nationale". Une ville
importante, il est vrai, la ville de Dole, s'était donnée
entièrement aux Jacobins. Ce n'était pas aux Monta-
gnards qu'elle faisait un crime des « débats scanda-
leux « de la Convention. C'était au conseil exécutif, c'est-
à-dire surtout à Roland, qu'elle rapportait le désordre
public et la guerre de Vendée". Mais la masse du dépar-
tement était d'autre opinion.
1. Archives nationales, F i' 551, dossier Soulet.
2. On a sur le Jura une Histoire de la révolution dans le Jma, par
M. Antoine Sommier (Paris, 1846, 1 vol. in-S"). Il n'y faut pas chercher de
pièces d'archives. C'est surtout un livre d'appréciations, et voici celle de l'auteur
sur la révolution du 51 mai : « Qu'était-ce, après tout, que ce coup d'Élat du
2 juin'? Sur 700 députés, il en enleva '22 à la Convention. La Convenlioa n'en
était pas moins entière ». (P. 190.)
3. Voyez la note LXXIY aux Appendices.
526 PART. II, CIIAP. XVII. LA. BRESSE ET LA FRANCHE-COMTÉ.
Dès le 2i mai, les administrateurs du Jura délibé-
rèrent que les suppléants de leur ressort seraient requis
de se rendre à Bourges, sous l'escorte d'une compagnie
de grenadiers ^ Une adresse aux citoyens du Jura, aux
départements et à tous les citoyens de la République
accompagnait cet arrêté. On s'y plaignait du manque de
Constitution; on en montrait les conséquences : d'une
part tiédeur, abandon ; de l'autre anarchie. Il fallait
donc agir :
Assez de plaintes, de menaces, de projets ^ de sentiments
forts ont éclaté; il faut enfin sauver la patrie.
Le département du Jura, au nom de la tranquillité et du
salut public, requiert les députés suppléants de son ressort
de se rendre, sans délai, dans la ville de Bourges, lieu central
de la République, pour se constituer en assemblée nationale
dans le cas où la Convention nationale viendrait à être dis-
soute, de quelque part que ce fût; et dans cette circonstance,
qu'il est horrible mais nécessaire de prévoir, ils convoqueront
sur-le-champ les assemblées primaires par cantons, pour
choisir, selon le mode présenté par le comité de constitution,
de nouveaux députés; et, jusqu'au jour de leur réunion, les
députés suppléants exerceront les fonctions du corps législatif
seulement.
Cent grenadiers d'élite les accompagneront et veilleront à
la sûreté de la représentation nationale provisoire.
Et l'adresse se terminait par cet appel :
La Constitution est achevée, sauf la solution de quelques
questions. Sections, citoyens de Paris, prêtez force à la Con-
vention nationale, sauvez la République, ou vous n'êtes que
des traîtres. Vous refusez des couronnes civiques pour agiter
des poignards prêts à vous percer vous-mêmes.
Convention nationale, osez faire la Constitution, foudroyer
1. Voyez la noie LXXV aux Appendices.
II. JURA. 527
les traîtres, les perturbateurs, punir une minorité liberticide,
et la Constitution sera faite.
Départements, citoyens français, nous avons fait notre tâche
civique. Faites la vôtre. Vivre libre ou mourir. Yivc la Répu-
blique, une et indivisible! Périsse l'anarchie*!
De la délibération ils passèrent à l'action : le 51 mai,
ils organisèrent une garde armée qu'ils destinaient à
protéger la Convention, et, le 2 juin, ils constituèrent
un comité de salut public^
C'était le jour où l'Assemblée était envahie, où elle
était décimée! A la nouvelle de celte révolution, ils dé-
clarèrent que la Convention n'existait plus ; que les
décrets rendus depuis le 51 mai ne pourraient avoir
force de loi ; que le triomphe éphémère d'une faction
n'est que l'interrègne de la liberté^ : et ils publièrent
un bulletin qu'ils firent afficher pour faire appel à tous.
Dans un premier placard, du 7 juin 1795, ils rap-
pelaient sommairement les événements qui avaient
préparé la révolution à Paris, les mesures que le dé-
partement avait prises pour la conjurer et, à cette heure
qu'elle était accomplie, pour l'enrayer. Les factieux de
Paris ont porté atteinte à la représentation nationale. Le
comité de salut public du Jura veut maintenir l'unité
et l'indivisibilité de la République. Dans un autre pla-
card du 9 juin ils faisaient connaître au public les pé-
ripéties de la révolution, par la reproduction d'une
1. Archives de l'Ain, Registre du conseil général du déparlement, où cette
adresse est reproduite, à la date, p. 199-200, et la note LXWI aux Api>endices.
2. Julien, liapport, p. 142, 143, et décret du 27 juillet, art. 1 ; Moniteur du
30, t. XVII, p. 258. — Dumas, dans son attaque aux Jacobins conti-e le représen-
tant Uassal, dont nous parlerons plus tard, prétend que, dès le mois d'avril, le
Jura était en rapport avec Lyon. (Séance du 6 germinal. Moniteur du 10,
t. XX, p. 77.)
3. Un exemplaire de celte délibération dos 7 et 8 juin se trouve aux Archives
de l'Eure.
328 PART. Il, CIIAP. XVII. LA BRESSE ET LA FRANCHE-COMTÉ.
lettre d'un député qui les racontait jour par jour, heure
par heure*. En même temps les administrateurs du
département du Jura convoquaient les assemhlées pri-
maires; ils envoyaient les suppléants à Bourges et des
commissaires jusqu'à Quimper, car ils sentaient qu'il
y avait là une question de vie et de mort pour la li-
berté en France ; et après cela, que dire de Julien qui
les accuse non pas d'avoir voulu se fédcraliser, mais
d'avoir eu la pensée au contraire de se séparer de la
nation pour former un onzième canton suisse ^ ! S'ils
avaient eu cette intention, ce n'est pas dans le Finistère
qu'ils seraient allés chercher un appui. Ils voulaient
s'unir aux autres départements pour le salut commun ;
c'était l'objet des mesures qu'ils avaient prises à la
première nouvelle des événements de Paris"'.
Les commissaires que la Convention envoya en toute
hâte dans le Jura, Bassal et Garnier de l'Aube, trou-
vèrent le comité de salut public du département tout
installé, avec six mille hommes à sa disposition. Il leur
fallut entendre de la part de ces hommes « les ana-
thèmes les plus horribles contre la Convention, Paris et
les patriotes * ». On leur laissa la faculté de partir, et
ils ne tardèrent pas à user de la permission, car ils
ne se jugeaient pas en sûreté à Lons-le-Saunier. Ce fut
sans doute à la suite de cette équipée que le départe-
ment publia cet autre bulletin (5 juillet) :
Le Jura respire enfin,... mais les volcans de la montagne
1. Voyez la note LXXVII aux Appendices.
2. lîapporf, p. 142.
3. Les habitant? de Loiis-le-Saunicr résidant à Paris, et aillés des Jacobins,
on le peut croire, viennent dénoncer la plupart de ces faits à la Convention
dans la séance du 15 juin. [Monileur du 10, t. XVI, p. 644.)
4. Julien, Rapport, p. 145.
II. JURA. 529
ne sont pas tous élomts ; ils peuvent être lancés, ils le seront
sans doute sur les départements dont l'énergie oppose de la
résistance à l'oppression ; le Jura comptera parmi ces dépar-
tements.
La résistance à l'oppression fut toujours le crime le plus
irrémissible aux yeux de ceux à qui l'intérêt ou l'extrava-
gance persuade qu'ils ont le droit d'oppression
Eh quoi ! ce serait un crime de voir ce qui se passe, de
juger ce qui se fait, d'exercer ses droits politiques en refusant
d'obéir au caprice de l'arbitraire pour fléchir sous l'empire
de la loi! Non, citoyens, ce droit est notre propriété,... nous
en userons avec vous
On relève un mot de Garnier à Bassal : « C'est vous
qui êtes le véritable proconsul et je ne suis que votre
suivant. »
Ainsi il y a un proconsul' !
Bassal, accusé plus tard aux Jacobins (6 germinal
an II, 20 mars 1794) par Dumas et par des sans-cu-
lottes du pays, a raconté lui-même, en se défendant, les
circonstances de la première mission dont Julien nous
a dit le résultat tout négatif. Dès son arrivée à Dijon
(deuxième quinzaine de juin 1793) il avait appris que
le Jura avait quinze mille hommes armés. Le Jura
toutefois n'avait pas rejeté toute négociation : on espé-
rait donc qu'il céderait sans combat, et Bassal reçut le
conseil d'attendre. Il se disait d'ailleurs que, si, enga-
geant la lutte avec des forces insuffisantes, il essuyait
un échec, le contre-coup en serait funeste : le Doubs, le
Mont-Terrible, pourraient être entraînés. Il fit des ou-
vertures; et le Comité de salut public, informé du pé-
ril, ne désapprouva point sa tactique : on n'avait pas de
1. Archives nationales, D xl § 4, carlou 21, dossiei' Jura.
550 PART. II, CIIAP. XVII. LA BRESSE ET LA FRANCHE-COMTÉ.
troupes à lui donner. Dans une pareille situation, ne
se trouvant point en sûreté dans le Jura^ il vint à Be-
sançon; mais là le danger n'était pas moindre : la ré-
gion montagneuse du Douhs était prête à se révolter.
Bassal crut qu'il fallait gagner du temps, dissimuler.
Deux commissaires de l'administration du Doubs lui
avaient écrit que les membres de l'assemblée départe-
mentale étaient prêts à se rétracter, si l'on pouvait être
sûr de ses bonnes dispositions. l\ répondit à celte dé-
marche par une lettre qui fut accueillie comme un gage
de paix dans le département, et que les Jacobins, à
Paris, ne manquèrent pas d'incriminer comme un acte
de trahison ou du moins de faiblesse'.
La Convention n'avait pas coutume de traiter avec
des rebelles. Sur la proposition du Comité de sûreté gé-
nérale, elle rendit ce décret (27 juillet) :
Art. 1 . Les membres du comité de salut public nommés le
2 juin dernier à Lons-lc-Saulnicr, chef-lieu du département
du Jura, seront tenus de se séparer immédiatement après la
notification du présent décret, et de cesser toutes fonctions,
sous peine de mort.
Le décret, dans les articles suivants , annulait les
actes de ce comité antérieurs à la notification (2); décla-
rait criminels les actes postérieurs (5) ; mettait en liberté
ceux qu'il avait emprisonnés (4); suspendait les pour-
suites commencées (5); rétablissait la Société populaire
de Lons-le-Saunier dans le local d'où elle avait été
chassée (6); ordonnait une enquête sur le bris de la
porte, l'enlèvement des meubles, etc. (7) ; annulait les
commissions de gendarmes données par le département
1. Séance des Jacobins du 6 germinal an II (2G mars 179i). {MoniLcur du 10,
t. XX, p. 77-79.)
II. JIRA. 551
depuis le :24 mai; réintégrait dans leurs fonctions les
juges de paix destitués depuis le 1"" juin, et se termi-
nait par cet article :
Art. 9. Beaucets [Boiiverel], président, Joannot, membre du
directoire du département, Saillard, vice-président, et Faivre,
procureur syndic du district de Lons-le-Saulnier, seront tra-
duits à la ])arre.Les autorités constituées et celles des dépar-
tements environnants qui refuseraient de donner secours
pour l'exécution du présent décret seront déclarées rebelles
à la patrie et traitées comme telles. Les procureurs syndics
et les cinq autres districts du département seront mandés à
la barre pour y rendre compte des mesures qu'ils ont prises
pour s'opposer aux actes liberticides du conseil général du
département ou des motifs qui les ont déterminés à y adhérer^
Nous avons, sur cette période critique du départe-
ment du Jura , des détails consignés, jour par jour,
dans des lettres de commissaires du Conseil exécutif'.
L'un d'eux, Adant, écrivait, le 25 juillet, que la Consti-
tution était acceptée dans le Doubs, la Haute-Saône et le
Jura ; mais, disait-il, « c'est dans le Jura que la tranquil-
lité sera le plus difficile à rétablir » : les administra-
teurs y exerçaient une influence despotique, les sociétés
populaires étaient dissoutes partout, excepté h Dole :
A Dôle, écrit-il en son nom et au nom de Saunier, son col-
lègue, nous nous sommes crus dans le faubourg Saint-Antoine.
On y brûle du saint amour de la patrie.
Dôle même n'était pas sans tache :
Quant à l'administration du district, elle est gangrenée.
Le directoire répand les bulletins incendiaires de Lons-le-
Saulnier.
1. Moniteur du 50 juillet 1793, t. XVII, p. 258-259.
2. Archives nationales, F i' 550 et 551.
552 PART. II, CHAP. XVII. LA BRESSE ET LA FRANCHE-COMTÉ.
Et ils en envoient plusieurs comme échantillons.
L'acte conslitutionncl une fois accepté, il faudra rétablir
les sociétés populaires à Salins, à Arbois :
Benjamin est sans force et Jud;i sans vertu'.
Le comité de salut public de Lons-le-Saunier se sou-
ciait peu de laisser rôder dans le département, sous
prétexte d'enquête agricole ou autre, ces commissaires,
vrais explorateurs du genre de ceux que Garât avait à
Paris. 11 avait fait un arrêté (21 juillet) qui les traitait
en suspects. Les deux commissaires y répondirent fière-
ment par ce placard :
« Lettre des citoyens Adant et Saunier, commissaires du
Pouvoir exécutif près les départements du Jura, du
Doubs et de la Haute-Saône, en réponse à V arrêté illégal
du comité de salut public de Lons-le-Saulnicr.
« Dôle, 25 juillet.
« Messieurs,...»
Avec cette note :
On n'appelle citoyens que ceux qui aiment les lois d'un
pays libre et qui chérissent la liberté ^.
Et la suite est un tissu d'injures, à propos de cet
arrêté du 21 juillet qui les mettait en suspicion, regar-
dant leurs pouvoirs comme de simples passeports.
Un autre commissaire, Grandmaison, dans des lettres
ou rapports, soit au ministre de l'Intérieur, soit àFran-
queville, un des chefs importants du ministère, générale-
ment écrits à Dôle, nous donne aussi des détails curieux
sur l'état du pays^ Dôle est sûre; mais hors de là que
1. Lettre de la Pu de juillet 1793. Archives nationiiles, F i' 550, dossier i(/a«/.
2. Arcliives nationales, même dossier.
5. Archives nationales, F i' 551, dossier Grandmaison.
II. JURA. 353
(le misères! 11 a, dit-il, couru pieds nus un mois entier
pour se soustraire aux brigands de Lons-le-Saunier
(lettre du i août) :
Le passeport du citoyen ministre, visé par le Comité de
salut public, est un brevet de Bastille dans le département
du Jura (l*"'' août).
On a vu V ixiTèté tibertkide, comme il dit, du comité
de Lons-le-Saunier contre les commissaires du Conseil
exécutif. Quant au décret du 27 juillet, si menaçant
pour le comité de salut public du Jura, le courrier qui
le portait a failli être massacré par le peuple de Lons-
le-Saunier. Le district de Dole seul a reçu ce décret et
l'a mis à exécution (2 août).
Grandmaison avait pourtant espéré l'exécuter, pour
sa part, d'une manière éclatante. Âdant avait écrit le
25 juillet :
Bouvret, président du département, a donné sa démis-
sion et il est parti en qualité de commissaire pour porter son
vœu d'accepter la Constitution; c'est cet homme que le mi-
nistre devrait tâcher de prendre, et rien n'est plus facile '.
C'est cet homme que Grandmaison voulait prendre :
car il n'était pas encore parti. Notre commissaire, se
trouvant dans la nuit du 2 au 5 août à Tassenières,
apprit qu'il y avait passé la veille pour aller à sa cam-
pagne. Quelle belle occasion de mettre la main sur lui
au retour ! Il court à Dole, prend deux gendarmes, re-
vient à Tassenières, et vers les sept heures du soir
il rencontre en effet Bouveret dans sa voiture avec
son beau-frère. Il les arrête. Mais voici bien une autre
1. Archives nationales, F i* 551, dossier Grandmaison.
534 PART. II, ClIAP. XVU. LA BRESSE ET LA FRANCHE-COMTÉ.
affaire ! Yers les dix heures du soir arrivent, prévenus
sans doute, une quarantaine de brigands', une lutte s'en-
gage, lutte inégale où le commissaire faillit justifier le
dicton :
Car tel est pris qui croyait prendre.
Il ne trouva son salut que dans la fuite, laissant
ses effets et 450 livres; — il envoya une note de 850 li-
vres au ministre*. Et le ministre qui croyait recevoir
Bouveret !
Cependant Bassal espérait encore parvenir à la con-
ciliation. Tout en faisant venir à Dole le bataillon de la
Drôme, afin d'avoir, au besoin, quelque force sous la
main, il avait écrit au directoire du département de
mettre en liberté les citoyens détenus à Lons-le-Sau-
nier, et il parlementait pour le reste. Le département
avait donné une première satisfaction à la Convention
en acceptant l'acte constitutionnel ; deux députés de
Besançon , après avoir vu Bassal , étaient partis pour
Lons-le-Saunier en médiateurs (lettre du 0 août) : mais
le comité de salut public de Lons-le-Saunier tenait tou-
jours, et un rapport de Grandmaison au ministre ne
témoignait pas grande confiance dans les dispositions
de ses membres". Toutefois le département du Jura
donna à la Convention un gage de son désir de la paix :
il prononça la dissolution de son comité de salut pu-
blic. Bassal, dès qu'il eut cet arrêté, partit pour Paris
(9 août), voulant faire prendre cette démarche cji con-
sidération et amener la Convention ta rapporter le décret
i. 400 livres pour ses edcls, 450 livres pour assignats perdus. On lui accorda
pour le tout une indemuité de 400 livres, 5° jour du 2" mois de la 2" année
(26 oclobre 179ô). (Archives nationales, F i^ 551, dossier Grandmaison.)
2. Voyez la note LXXVIII aux Appendices.
IL JURA. 335
du "21 juillet. Grandmaison devenait le principal per-
sonnage à Dole en son absence. Il fit un superbe discours
à la proclamation solennelle de la Constitution le
10 août. Dans son enthousiasme pour lui-même il écrit
(11 août) :
Vous eussiez cru, citoyen ministre, être à Sparte ou à
Lacédémone\
Les adjurations ne manquaient point au départe-
ment peu docile, et il lui en venait même de Paris. Les
commissaires des assemblées primaires, envoyés à la
Convention, écrivaient « à leurs concitoyens et frères
d'armes » (10 août 1795) :
Frères et concitoyens,
On vous trompait et nous aussi; entendez la vérité, nous
sommes dignes d'en être les organes.
Nous avons vu et nous voyons encore Paris ; notre cœur est
pénétré de reconnaissance pour ses habitants ; nous n'y ren-
controns partout que des frères, etc.
Suit l'éloge de la Commune de Paiis :
Les magistrats du peuple veillent sans cesse sur cette
immense famille, et chaque enfant bénit le régime paternel
sous lequel il a le bonheur de vivre ;
1. Il oublinit aussi qu'à Sparte ou à Laccdémone on parlait peu. — Ces com-
missaires du Conseil exécutif savaient toujours bien, daus l'accoinplissement de
leur mission, ne pas trop négliger leurs petites affaires. Un deux, nommé
Itevillain. forcé de revenir pour cause de santé, après avoir dit que les habi-
tants étaient bons républicains, qu'ils avaient horreur du royalisme, qu'on
pouvait seulement leur reprocher quelques erreurs de circonstance, et que, pour
y remédier, il avait répandu la Constitution à profusion, disait encore : « J'y ai
ajouté un ouvrage et une affiche, dont je suis l'auteur. » Et en note : a Cet ouvrage
a pour titre : Base du plan général sur l'Instruction publique, et l'alfiche :
L'erreur est ton bourreau, Lis. Ces deux productions patriotiques ayant été
jugées très favorablement par des patriotes très ardents et très éclairés », etc.
(Archives nationales, F i» Soi, dossier Grandmaison.)
536 PART. II, CHAP. XVII. LA BRESSE ET LA FRAACIIE-COMTE.
el l'éloge de la Convention :
Quel sanctuaire respectable, quelle majesté, quel calme,
quelle sagesse dans la discussion' !
Cependant Bassal avait des motifs à faire valoir an-
près de la Convention pour l'amener à rapporter son
décret en ce qu'il avait de rigoureux. La situation
était inquiétante dans la région de l'Est", et il en parla
avec l'autorité d'un témoin. Il représenta aux Comités
qu'un acte spécial contre le Jura pourrait aggraver
et étendre l'insurrection ; que mieux vaudrait un dé-
cret rendu en termes généraux contre les administra-
tions rebelles. Le Comité de sûreté générale goûta ces
observations ; mais le Comité de salut public les re-
poussa. Bassal fut renvoyé dans les départements qu'il
venait de visiter; seulement on prenait soin de lui
adjoindre un montagnard plus éprouvé, Bernard de
Saintes \
Les événements prenaient alors plus de gravité : la
montagne du Doubs se soulevait. Les lignes de Wissem-
bourg étaient menacées. Bassal écrivit à la Convention
pour lui demander que Prost, qui dès le mois d'avril
avait été envoyé avec Léonard Bourdon dans la Côte-
d'Or et le Jura, et qui était désiré par les patriotes du
pays, lui fût adjoint, ce qui eut lieu le 27 septembre; et
il déclare qu'à partir de ce moment il ne fit plus rien
dans le Jura^.
1. Archives nationales, V i» 550.
2. Il y put dire, ce qu'il répéta plus lard (6 germinal an II), dans sa justifi-
cation devant les Jacobins : « Le Moiit-Tcrrible éprouve alors des secousses
violentes; l'ennemi est aux portes, et ces l'anatiques armés se soulèvent », etc.
[Moniteur du 10 germinal (50 mars 1794), t. XX, p. 79.)
3. Séance du 17 août 1795, Moniteur du 19, t. XYII, p. 420.
4. Moniteur du 28 septembre, t. XYII, p. 700.
UI. DOUBS. 537
En réponse à ce qu'on disait aux Jacobins de ses
bons rapports avec les fédéralistes, il pouvait néanmoins
alléguer 2800 arrestations ordonnées par lui, et pas
une dont un patriote eût été victime*.
III
D 0 u b s.
Le Doubs avait adhéré aux premières résolutions de
l'Ain et du Jura et les soutint avec force.
La vieille capitale delà Franche-Comté s'était indignée
de l'anarchie qui prenait possession de Paris et voulait
s'étendre à la France. Les administrateurs du départe-
ment et du district de Besançon, les sections et le club
même, quoique affilié aux Jacobins, ne craignaient pas
de faire honte à la Convention nationale des agitations
qui préludaient à la chute des Girondins. Les commis-
saires des sections lui écrivaient le 6 mai :
Citoyens représentants, vous vous livrez à des débats scan-
daleux, au lieu de nous donner des lois qui peuvent seules
consolider la liberté. Vous vous livrez à des personnalités
révoltantes. Il est plus que temps que vous oubliiez vos haines
pour ne penser qu'au salut du peuple.
Et le district dans une adresse du 21 mai :
Législateurs, les troubles qui agitent la France seraient
bientôt dissipés, si nous pouvions faire taii'e partout les pas-
sions et les haines en citant pour exemple la conduite de nos
représentants. Mais les passions siègent au sein de la Con-
vention, etc.
1. Voyez sa juslification (Séance des Jacobins du 6 germinal an II). Moniteur
du iO, t. XX, p. 77-79, et la note LXXIX aux Appendices.
hévol. du 51 MAI. II — 22
Ô58 PART. II, CHAP. XVII. LA BRESSE ET LA FRANCHE-COMTÉ.
Le lendemain le département donnait à ses remon-
trances un accent plus sévère encore :
Envoyés par le peuple pour lui donner une bonne Consti-
tution, vous perdez le temps en querelles scandaleuses. Vos
divisions autorisent les troubles et en sont peut-être l'unique
cause. La nation, qui vous a investis de sa toute-puissance,
vous imputera tous les maux que l'anarchie peut lui faire
souffrir encore, tout le sang qu'elle peut lui coûter. Elle ne
verra plus en vous que des mandataires infidèles'.
On ne s'en tint pas à ces adresses : on décida qu'un
lies orateurs les plus accrédités des Jacobins du pays,
Briot, irait les porter à la Convention. Il arriva pour
être témoin de la révolution du 51 mai, et il put voir
par lui-même ce que Seguin, évoque constitutionnel et'
l'un des représentants du Doubs à cette assemblée, écri-
vait à Bouvenot, président du département : que la
Convention décimée ne volait plus que sous les poi-
gnards de la plus vile populace'.
Nous venons de dire quels avaient été les résolu-
tions et les actes du Jura. Ses délégués vinrent à Besan-
<;on et y furent reçus avec sympathie.
Le Doubs songeait moins à supplanter la Convention
qu'à la délivrer, et le 10 juin douze commissaires furent
nommés par les conseils généraux du département, du
district et de la commune de Besançon pour exami-
ner les propositions du département frère et voisin; la
commission fut d'avis d'envoyer une force armée pour
protéger la représentation nationale et d'établirdes points
1. Jules Fauzay : Uisloiie de la pcrsrnition révolutionnaire dans le dc-
jiarlcment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents inédits, t. IV,
p. 2.^7, 258; élude coinplcte sur ce; (icpartenieiil. J'aurai à y renvoyer bien
>ouvrnl(lans Y Histoire des tribunaux révolutionnaires en province.
->. Ibid., p. '2o8.
m. DUUliS. 539
de corresponJance avec les autres départements, dans
la Sarthc, la Haute-Marne, le Lot, la Drôme et le Cher;
en même temps deux adresses devaient rappeler à la
Convention et aux Parisiens quels étaient leurs devoirs
(14 juin).
Les autorités de Besançon ne jugèrent pas à propos
d'agir seules dans une circonstance si grave. Elles convo-
quèrent pour le 16 juin une réunion générale de tous
les corps administratifs et judiciaires du département.
Près de trois cents membres y prirent part, et c'étaient
les hommes les plus considérables de toutes les nuances
du parti républicain. « Rien ne fut négligé lors de cette
assemblée pour la modérantiser », s'écrie Julien dans
son rapport; ^ l'ex-législateur Bouvenot, président du
département, commença par faire lire des arrêtés des
départements du Calvados, de Saint-Brieuc, e(c.* ». On y
déclara à l'unanimité que le mouvement du 51 mai
était un attentat à la représentation nationale; que les
décrets rendus en ce jour et les jours suivants pour
supprimer la commission des Douze et mettre en arres-
tation vingt -neuf députés étaient nuls. L'assemblée
décida en outre qu'elle se concerterait avec tous les dé-
partements ; qu'on enverrait à Paris, pour protéger la
Convention , une garde de quatre cents hommes au
moins pris dans le département, et que l'on rédigerait
deux adresses : l'une à la Convention, l'autre c*iux Pari-
siens, sur les événements du 51 mai ^
L'adresse à la Convention exprimait, avec l'emphase
de l'époque, ces sentiments énergiques que la con-
1. Julien, Rapport, p. 62.
'2. Sauzny, ouvrage cité, p. 261.
5i0 PART. If, CHAP. XVII. LA BRESSE ET LA FRANCHE-COMTÉ.
science du droit nourrissait encore dans des âmes nou-
vellement ouvertes à la liberté :
L'étendard sanglant d'une faction a remplacé les fais-
ceaux de la République. Une partie d'entre vous, dominée
par la violence ou la terreur, ou égarée par des passions
furieuses, ne connaît plus ses devoirs ou est incapable de les
remplir. Nous venons vous dire avec franchise ce que nous
pensons des triomphes du parti qui veut nous ôter la liberté,
parce que nous ne la tenons pas de ses mains sanglantes.
La représentation nationale a été violée; nous vous deman-
dons vengeance de cet outrage, et nous vous annonçons que,
si vous n'avez pas assez de liberté ou d'énergie pour le punir,
nous ne quitterons les armes qu'après vous avoir rendus à
votre dignité. Représentants d'un peuple libre, l'anarchie
vous outrage, elle vous avilit; et vous baisez sa main sanglante
et vous la remerciez de ce que le hasard n'a pas permis que
ses crimes fussent consommés ou de ce qu'il ne s'est pas
trouvé des hommes assez ivres de fureur pour vous faire
tomber sous les poignards. Vingt-neuf d'entre vous ont mérité
par leur courage et les services qu'ils ont rendus à la chose
publique la reconnaissance des bons citoyens et la haine des
factieux. Nous voulons la liberté de ces vingt-neuf repré-
sentants, et les lâches qui les oppriment en répondent sur
leur tête.
Déclarez franchement que vous voulez, que vous pouvez
sauver la patrie; sinon, appelez, pour vous remplacer, des
hommes moins épuisés que vous par les crises de la liberté
et plus capables de résister aux intrigues qui agitent Paris. Il
est temps que nous ayons des lois. Comment les établirez-
vous sur un sol toujours soulevé par le volcan de l'anar-
chie et sur les bases incertaines de l'opinion publique, qui
s'échauffe et se corrompt au gré d'un parti qui la violente?
Faites que le peuple estime votre conduite, si vous voulez
qu'il respecte votre ouvrage'.
1. S.uizay, ouvrage cite, p. 262.
III. DOUBS. 341
Des délégués étaient chargés de porter à Paris cette
adresse. Ils devaient voir d'abord les représentants dn
département à la Convention. Deux, Quirot et Seguin,
étaient favorables aux Girondins; mais les autres
avaient pris rang parmi les Montagnards et ils les dé-
tournèrent de lire leur requête. Dans leur rapport au
département le 28 juin, les délégués confirmèrent les
impressions qu'on y avait sur la récente révolution, ses
causes, ses effets, son caractère ; mais ils ajoutaient :
Les dôpai'tements viennent se rétracter des arrêtés qu'ils
ont pris contre le 51 mai. En présence du décret du 26 juin
et des mesures vigoureuses qu'il porte contre les adminis-
trations qui auront pris des arrêtés sur les journées du
31 mai, nous avons pensé qu'il était prudent de ne pas nous
présenter à la barre et de ne pas compromettre le dépar-
tement en y présentant son arrêtée
A la date de cette lettre, la Convention avait déjà
nommé les commissaires chargés d'aller dans cette ré-
gion afin de contenir la réaction qui s'y manifestait :
c'étaient, nous l'avons dit, Garnier de l'Aube et Bassal,
et leur mission s'étendait à la Côte-d'Or, au Doubs, au
Jura et à l'Ain. Garnier de l'Aube ne fit que passer dans
le Doubs ; Bassal y demeura davantage. Sa lâche y fut
plus facile que dans le Jura. La population, en général,
n'était point préparée à prendre parti entre les Giron-
dins et les Montagnards; et les Jacobins du pays, qui
s'étaient laissés aller au mouvement en faveur de la Con-
vention violée, s'empressèrent de se rallier au triomphe
de leurs frères de Paris. Dans presque toutes les com-
munes, les délégués à l'assemblée centrale furent désa-
1. Sauzay, ouvrage cité, p. 263.
342 PART. II, CIIAP. XVII. LA BRESSE ET LA FRAKCIIE-COMTÉ.
voués. Les clubs, les districts même envoyèrent à la
Convention des adresses pacifiques. Dès le 26 juin, on
lisait dans la Convention celle de la Société populaire
d'Ornans qui adhérait à tous ses décrets, recomman-
dant Lien la modération, sans préjudice de la fermeté,
envers les départements qui s'étaient laissé séduire, mais
ne ménageant d'ailleurs ni les administrations (< gan-
grenées w dont elle réclamait la suspension, ni les dé-
putés conspirateurs (elle croyait à la conspiration!) dont
elle demandait le renvoi au tribunal révolutionnaire \
Le chef-lieu dn déparlement se montra ferme; et
Thuriot était l'interprète d'une fausse nouvelle quand
il disait à la Convention dans la séance du 20 juillet :
« Nous apprenons à l'instant que le département du
i/oubs vient de rapporter tous ses arrêtés liberticides"».
Il n'y avait de vrai que des défections particulières,
savoir le 5 juillet le tribunal criminel du Doubs, et le
district d'Ornans, le 10 juillet ledistrictdeSaint-Ilippo-
lyte. Le conseil général du département résista d'abord,
et par trois fois, à la pression des Jacobins. 11 répondit
qu'il était resté fidèle à la Convention en prenant sa
cause contre les outrages et les violences de la populace
de Paris ; qu'il n'avait adopté aucune mesure illégale ;
qu'il avait même fait effort pour ramener les départe-
ments insurgés. 11 n'écouta pas plus la Société popu-
laire qui le menaçait, s'il ne rétractait ses arrêtés, de
lui retirer toute connance et de s'adresser à la Con-
vention. Mais il y avait dans la population de Besançon,
comme dans toute grande ville, un fond révolutionnaire
([u'il ne s'agissait que de remuer. La Vcdctle, organe
1. Monileur du 26 juin 1795, t. XVI, p. 750.
2. Moniteur du 22 juillet, t. XVii, p. 187.
IV. UAUTE-SAONE. 3i5
des Jacobins, fit appel à riiisuiTeclion. Le peuple, disait-
elle, était entouré d'ennemis, prêtres, nobles, fonction-
naires de l'ancien régime, parents d'émigrés, etc. Tant
qu'ils seraient là, il ne fallait parler ni de modéra-
tion ni d'indulgence. Une émeute éclata le J5 août,
provoquée par un idlimatum des meneurs, et secondée
par la famine. Les administrateurs durent céder^; et
Julien se trouva autorisé à dire, dans son rapport sur les
administrations rebelles, que les autorités du déparle-
ment, en tenant si longtemps, n'avaient pas répondu
au sentiment du pays : « Non, s'écrie-t-il dans l'enivre-
ment du triompbe, ils régnent ces petits despotes, dans
l'intérieur de leurs immenses bureaux ; mais l'opinion
publique les attend à la porte; là elle les place sur son
char feuillantisé dans la bouche de la Renommée- — »
La vengeance des Jacobins devait les placer ailleurs
encore.
IV
Haute-Saône.
Dans la Haute-Saône le conseil général du départe-
ment et les sociétés populaires avaient d'abord protesté
contre les divisions Hberticides de la Convention : le
conseil, sur un ton assez calme (26 décembre 1792);
les sociétés populaires avec plus de vivacité, selon leur
nature. « Le vaisseau de la Révolution est lancé, il faul
qu'il aborde ou qu'il se brise », écrivait la Société pa-
triotique de Vesoul^. Et les trois corps administratifs de
1. Voyez Sauzay, ouvrage cite, p. 208-270.
2. Julien, Rapport, p. 63.
5. Archives nationales, D -\l § 4, carton 25, Aosiict Haule-Saônc.
5i4 PART. II, CHAP. XVII. LA BRESSE ET LA FRANCHE-COMTÉ.
celte ville, à la suite de la pétition du 15 avril et de
l'arrêté du 18 par lequel la Commune de Paris se dé-
clarait en révolution :
Par quelle fatalité délibère-t-on parmi vous quand il faut
agir —
La Commune de Paris a osé se déclarer en révolution,...
disposer à son gré du trésor public
Que signifie cette espèce de manifeste ? A-t-il été dicté par
le roi de France? Y a-t-il donc des Cobourgs à Paris? Les
sections insurgées provoqueraient-elles les départements et
se feraient-elles illusion jusqu'au point de croire qu'ils ne
peuvent pas s'insurger eux-mêmes, si l'anarchie parisienne
poussait l'audace jusqu'à vouloir maîtriser les représentants
de la nation et devenir la Rome des Français ?
Tous les départements de la République feront sans doute
savoir à cette commune, et à toutes autres qui comme elles
seront honorées par le séjour de la représentation nationale,
qu'ils ne souffriront jamais qu'elle soit outragée ou avilie'.
La Société républicaine de Jussey aurait voulu « anéan-
tir les distinctions odieuses de montagne, de plaine, de
marais, de côté droit, de côté gauche, qui tendent à di-
viser la Hépublique et à fédéraliser les départements »
(3 mai). — « L'union, plus de personnalités, achevez la
Constitution )^ dit Luxcuil (fin de mai); el PontaiUier,
à l'occasion des scènes du 27 : « Il est temps que l'a-
narchie soit terrassée ». Les pétitionnaires demandent
que les tribunes insolentes, vendues sans doute, soient
réprimées, et somment les représentants, s'ils sont im-
puissants, de le dire et de convoquer les assemblées
primaires (2juin)^
1. 27 avril 1795. Archives nationales, AF ii, carton 45, Jossier 154, n" 8.
2. Arcliivcs nationales, D xl § 4, carton 25, dossier llaule-Saôite.
IV. IIÂUTE-SAONE. 545
La Société républicaine de Champlitle, dans une
adresse reçue le 20 juin, mais évidemmenl antérieure
au 51 mai, tient aussi (sans préjudice de la rhéto-
rique du temps) un langage de paysan du Danube :
Représentants de tous les départements, nous vous devons
la vérité, nous allons vous la dire.
Un crêpe funèbre couvre la France entière, nous en accu-
sons vos haines et vos partis.
Depuis six mois qu'avez-vous fait pour la Piépubliquc?
Rien.
Une ville immense, il est vrai, mais seule au milieu de la
France, vous opprime. Vous subissez le joug, et nous sommes
esclaves par votre pusillanimité.
Est-ce là ce que nous attendions des pouvoirs illimités que
nous vous avons transmis? Eh ! quoi ! des petites passions,
toujours des petites passions, encore des petites passions,
lorsque la patrie vous appelle !
Expliquez-vous : pouvez-vous, voulez-vous sauver l'Etat?
prononcez ce mot, et les assemblées primaires sont là pour
délibérer. Si Paris vous accable de son poids, de son des-
potisme, allez au scrutin pour le quitter, marchez vers le
centre de l'empire, ayez le courage de le vouloir, et les bons
citoyens vont se lever pour vous arracher à la tyrannie. Allez
et bivaquez, s'il est besoin, au milieu d'une foret, méditez sous
des tentes et délibérez sous un hangar; qu'importe le lieu de
vos séances, pourvu que vous nous donniez de bonnes lois?
Et elle leur assignait un terme :
Législateurs, nous vous donnons encore un mois pour
vous juger. Vous devez une Constitution à la République : exé-
cutez votre mandat, ou retirez-vous —
Ce n'est pas la France qui se sépare de Paris, c'est
Paris qui se sépare de la France, qui se fédéralise,
Ô46 PART. II, ClIAP. XVII. LA BRESSE ET LA FRANCHE-COMTE.
comme on disait, qui a besoin qu'on le rappelle à ses
devoirs envers la nation :
Détruisez sans pitié ce fédéralisme impérieux des sections de
Paris qui menace incessamment l'unité de la République, qui
l'oppresse en tout sens de ses clameurs, de ses caprices, de
ses absurdes pétitions. Nationalisez celte ville immense qui
écrase l'égalité; qu'elle apprenne enfin à obéira la volonté
souveraine du peuple, à se niveler avec les départements, à
vouloir la liberté, non pour elle seule, mais pour nous tous qui
sommes aussi le peuple français. Dites-lui, législateurs, que
nous ne délibérons jamais lorsqu'il faut verser notre sang
pour la patrie, et que nous ne pressurons pas le trésor
public pour exciter notre zèle. Dites-lui que dans les trois
petits départements de la ci-devant Francbe-Comté nous avons
sur les frontières soixante-dix mille hommes qui abattent plus
de bastilles en un jour que les sections ne commettent d'actes
arbitraires dans leurs arrondissements. Dites enfin à la ville
de Paris que nous payons l'impôt, que nous ne voulons point
de rois, que nous voulons une Constitution et que nous ne
connaissons de frères et d'amis que ceux qui veulent un
gouvernement et des lois.
[Une grande page de signatures '.)
A la suite du 51 mai, la division s'accentua; les deux
partis luttèrent d'influence au sein de l'assemblée même
oi!i furent convoquées, par dépulalions, les autorités
constituées (12, 15 et 14 juin). On y proposa de déclarer
que la Convention n'était pas libre ; le procureur géné-
ral syndic voulait même qu'on cessât d'exécuter les
décrets rendus depuis le 22 janvier (depuis la mort du
roi !) : propositions qui furent rejetées à une petite majo-
rité. Le parti qui venait de l'emporter, sentant au fond
i. Archives nationales, D xl § 4, carton 23, dossier IlaïUe-Saône.
XVII. HAUTE-SAONE. 547
sa faiblesse, fit prévaloir d'abord cet avis : que ce qu'on
aurait résolu serait soumis à la sanction de la Conven-
tion : ce qui ôtait à l'assemblée tout caractère d'opposi-
tion à l'ordre nouveau. Mais une autre majorité se forma
pour consulter les communes sur celte résolution, et
une nouvelle réunion eut lieu le 18*. Julien prétend
qu'on fit appel aux tribunes soudoyées, « que la plupart
des membres furent obligés de se retirer, voyant que
sous peu il ne serait plus possible de s'entendre »;
il ajoute « que sur une adresse prétendue des citoyens
de Vesoul on rapporta la dernière partie de cet arrêté
qui entravait les intrigants » — celle qui subordonnait
l'ensemble des mesures arrêtées à l'approbation de
l'Assemblée nationale ; — et ce fut alors, selon lui, qu'on
vota la force départementale et l'envoi des commissaires
à Bourges. « Le procureur général syndic, continue-t-il,
et le président du département, sans s'être démasqués,
semblent être les grands agitateurs qui remuaient cette
assemblée. Ils n'eurent pas lieu d'être satisfaits des
administrations de district qui accablèrent celle du
département d'un mépris silencieux, et celui-ci, ajoute-
t-il dédaigneusement, eut le temps de spéculer sur les
choses et les événements et sut en profiter". »
1. Voyez la noie LXXX aux Appendices.
2. Julien, Rapport, p. 177.
CHAPITRE XVIII
LA BOURGOGNE
I
Côte-d'Or.
La Bourgogne pouvait former une avant-garde re-
doutable aux insurgés du Rhône comme aux fédérés
de l'Auvergne, de la Bresse et de la Franche-Comté. Di-
jon était d'ailleurs un centre par lui-même; et l'admi-
nistration de la Côte-d'Or, se sentant appuyée par toutes
les villes du département^ n'avait guère ménagé la
Convention, qui s'amoindrissait de jour en jour par sa
faiblesse devant les insultes des tribunes. Le 8 mai,
le conseil général écrivait, au nom du département et
des districts :
Des esclaves ne savent que baisser la tête et flagorner; des
républicains savent dire la vérité. Qu'avez -vous fait depuis
huit mois? Des dissensions intestines, des animosités de par-
tis, des querelles particulières, des débats aussi allligeants
que scandaleux, voilà le fruit que nous avons recueilli de
vos travaux. Quoi ! etc.
Les armées de la République ont bien mérité de la patrie.
Vous l'avez déclaré par un décret, et la France a applaudi.
1. Note LXXXI aux Aj)i)enclices.
I. COTE-D'OR. 549
Mais vous, citoyens, si un acte quelconque vous déférait ce
même honneur: la France... ah ! croyez-nous, ne l'interrogez
pas.
Une Constitution peut seule nous sauver, occupez-vous
donc enfin sans relâche du soin de nous la présenter ; vos
commettants vous l'ordonnent, vos commettants sont le peu-
ple français'.
Après avoir donné tous les gages qu'on pouvait atten-
dre d'un département républicain pour le maintien de
l'ordre établi % après avoir adhéré aux propositions de
l'Hérault sur la formation d'une armée intérieure di-
rigée contre les départements rebelles, — c'est-à-dire la
Lozère ou la Vendée, — le conseil général de la Côte-d'Or
s'était occupé aussi des troubles de Paris, et le 29 mai,
au milieu de l'agitation qui troublait la Convention et
des mouvements qui la menaçaient du dehors, voyant que
les adresses partielles n'avaient servi à rien, il avait in-
vité tous les départements à porter à la barre de l'As-
semblée une adresse collective, qui s'imposerait aux
représentants comme l'expression incontestable des
sentiments de la France. L'arrêté portait que tous les
citoyens devaient se tenir prêts à marcher pour assurer
l'inviolabilité de la représentation nationale et l'exécu-
tion de ses décrets ; que les corps constitués useraient
de tous leurs moyens pour résister à toute autorité des-
potique, dictatoriale, à combattre toute suprématie de
commune^ : c'était assez désigner Paris. Celte pièce,
qui eut un si grand retentissement dans les départe-
ments, ne se trouve pas dans les registres du conseil
i. Archives nationales, D xl § 4, carton 19, dossier Côie-d'Or.
'2. Voir la note LXXXH aux Appcntliccs.
5. On relrouvc la substance du principal article dans la délibération du con-
seil général de la Vienne. Voir ci-dessus, p. .'7, et la note XII aux Appendices.
550 PART. Il, ClIAP. XVIII. LA BOURGOG.NE.
général de la Côte-d'Or. Elle est citée en maint autre dé-
parlement par allusion et non dans son texte \ Mais on
peut s'en faire une idée par l'énergique adresse que les
citoyens de Dijon avaient envoyée le 23 mai à la Con-
vention nationale, adresse que nous avons citée parmi
les principaux témoignages des dispositions de la France
entière à la veille de la chute des Girondins ^
Ce projet connu à Paris, au moment où la révolution
venait de s'accomplir, y excita un vif émoi. On voyait
déjà tous les départements venant revendiquer leur
place dans la capitale de la France, et probablement se
partager l'empire, ou peu s'en faut : « Il paraît, dit Ju-
lien, que l'on voulait réunir dans Paris une masse d'ad-
ministrateurs qui de là eussent pu se porter sur un
point convenu et attenter à la liberté, et surtout à l'in-
divisibilité de la République \ »
Le Comité de salut public s'empressa d'envoyer à
Dijon un de ses membres, Piobert Lindet, porteur
d'un arrêté qui lui donnait une mission de confiance.
Il venait s'enquérir des besoins, recevoir les plain-
tes, etc.; manière habile d'aller au-devant du mouve-
ment que les décrets des 51 mai et 2 juin pouvaient
provoquer. Le département s'occupa cependant, le
7 juin, de l'organisation de sa force armée, qui mainte-
nant pouvait avoir une autre destination. Le S, on lut
les dépêches qu'on venait de recevoir du dépai'tement
du Jura, et le 9 on se mit en mesure de prendre avec
autorité des résolutions plus graves ^ :
1. Julien (Rapport, p. 57) ])aruil la coiifoudie avec celle <lu 10 juin.
2. Voyez ci-dessus, t. I, p. 176.
5. Rapport, p. 57.
4. Archives de la Côte-d'Or, Ilefiistrc du conseil général du département, aux
dates indiquées.
I. COTE-D'OR. 551
Le conseil général du département, délibérant sur les
moyens de préserver la République des dangers qui la mena-
cent, a décidé d'appeler un plus grand nombre à délibérer
avec lui
Il aurait voulu un représentant par commune, mais,
en raison des difficultés de la chose, il se réduisit aux
termes de cet arrêté :
Il sera formé à Dijon un conseil général de salut public pour
aviser aux moyens de préserver la République des maux dont
elle est menacée et de maintenir l'unité et l'indivisibilité de
la République ainsi que le règne de la liberté et de l'égalité.
L'article 2 réglait la composition de ce conseil'. L'ar-
ticle 6 portait:
Le présent arrêté sera adressé à la Convention nationale, au
Comité de salut public, au Conseil exécutif et à tous les dé-
partements.
Si ce n'était pas encore l'insiirrection, c'était le pre-
mier coup de tocsin ; mais l'arrêté trouva des résistancei
dans le pays même. La commune de Dijon, qui était
jacobine, écrivit à la Commune de Paris qu'elle le regar-
dait comme illégal et n'y obéirait pas". De plus Philip-
peaux le dénonça dans la Convention, et la vivacité de
son attaque émut l'administration de la Côte-d'Or; on
le peut voir dans une délibération qui eut lieu le 10 juin,
la veille du jour où l'assemblée convoquée devait se
1. Deux uicmbres de cliaque district, un de chaque clief-liou de canton, un
juge du tribunal criminel, un de chaque tribunal de district.
2. Lettre lue le 10 juin. Moniteur du 22, t. XVI, p. 094. Le 20 août, le
commissaire (ji'andmaison écrivit de Ilôle au ministre de l'Intérieur : « Le dé-
partement (l'administration départementale) de la Côte-d'Or irait fort mal, sans
le courage de la municipalité, qui le fait marcher à la hauteur de ses fonc-
tions. » (.\rchives nationales, F i' 551, dossier Grandmaison.)
352 PART. II, CIIAP. XVIII. LA BOURGOGNE.
réunir, délibération dont le procès-verbal fut envoyé à
la Convention et qui cherchait à ôter à l'arrêté du
29 mai toute sa portée :
L'assemblée administrative de la Côte-d'Or, considérant
qu'elle avait été profondément affectée de voir que toutes les
adresses partiellement envoyées à la Convention de tous les
points de la République n'avaient pu produire la réunion
(l'union) des représentants du peuple, si désirable et si utile
au salut de la chose publique;
Que l'assemblée avait pensé que des adresses des adminis-
trations de tous les départements, présentées simultanément à
la barre de la Convention, auraient sans doute plus de succès
et préviendraient des événements qui pouvaient ajouter aux
troubles qui agitaient la République ;
Que, dans cette vue, l'assemblée avait pris le 29 mai un
arrêté qui, loin d'avoir été enseveli dans ses archives, avait
été communiqué, dans une séance publique et nombreuse, au
citoyen Lindet, représentant du peuple, lors de son passage
en cette ville ;
Considérant que néanmoins l'administration a été dénoncée
pour cet objet par Phelippeaux, député, et que sa conduite a
été présentée comme l'effet d'un complot, lié en quelque
sorte aux troubles de la Vendée qui menaçaient le départe-
ment de la Sarthe :
Considérant que, dans ce moment, la calomnie s'attache à
noircir les intentions les plus pures et qu'elle est le moyen le
plus efficacement employé par les ennemis de la patrie pour
diviser les citoyens; que, la dénonciation étant publique,
l'assemblée administrative doit à ses administrés et à elle-
même de répandre le plus grand jour sur sa conduite :
Forte de ses principes et de sa conscience, l'assemblée a
arrêté, après avoir entendu le procureur général syndic,
qu'extrait de la délibération du 29 mai dernier sera envoyé à
la Convention nationale, au Comité de salut public, à la dépu-
tation de la Côte-d'Or et au député Phelippeaux, avec le pré-
I. COTE-D'OR. 353
sent arrêté, et que le tout sern imprimé, affiché et envoyé
aux districts et municipalités el aux sociétés populaires du
département.
L'assemblée se réunit le 17; mais son premier acte
fut une adresse qui, tout en donnant à la Convention des
avis, était de nature à dissiper ses craintes (18 juin) :
Adresse des citoyens administrateurs du département de la Côte-d'Or, à lui
joints deux membres du conseil général de chaque commune chef-lieu de
canton, un de chaque tribunal de district, deux du tribunal criminel,
A la Convention nationale.
Représentants,
Les administrateurs du département de la Côte-d'Or n'ont
pas été insensibles à la nouvelle crise qui agite la France.
Mal instruits sur les événements, étrangers à toute espèce de
parti, fermes dans leurs principes mais peu confiants dans
leurs forces, ils ont invoqué les lumières de leurs concitoyens,
ils ont appelé l'opinion publique à leur aide —
Suivent quelques détails sur la formation de leur
assemblée.
Représentants, nous n'avons pas d'arrêtés à prendre, nous
avons voulu nous consoler, nous instruire, nous fortifier
dans la concorde qui nous a sauvés jusqu'alors; cette réunion
est une véritable assemblée de famille.
A peine notre séance est-elle ouverte que ces cris se font
entendre : La République une, indivisible, démocratique ;
le règne absolu de la liberté et de V égalité, la mort aux
tyrans de toute espèce.
Tels sont nos sentiments.... Nous adhérons au décret de
la Convention, nous la reconnaissons telle quelle est,
nous nous y tiendrons toujours fermement attachés.
Entendez maintenant nos vœux.
Et ces vœux sont une assez vive remontrance :
Représentants, la République n'est qu'une chimère sans
RKVOL. DD ")! MAI. II — 23
r.54 PART. II, CilAP. XVIII. LA BOURGOGNE.
une Constitution. Hâtez- vous de l'achever; que ce code soit un
monument éternel qui atteste nos efforts, nos vertus, notre
triomphe.
C'est vers cette arche sainte que tous les citoyens élèvent
d'avance leurs bras, elle est l'objet de leurs vœux, comme elle
sera le point de leur union.
Il y a des menaces de guerre civile en divers lieux ;
il faut éteindre le feu qui s'allume :
L'arrestation de plusieurs députés est le motif ou le prétexte
de tous les mouvements qui nous alarment. Pourquoi n'est-
elle pas légale?...' Tout citoyen doit être interrogé dans les
vingt-quatre heures, lorsqu'il est arrêté, et, s'il est présumé
coupable, il doit être livré aux tribunaux.
Ces détenus auraient-ils moins de droit à la justice parce
qu'ils sont représentants du souverain? C'est un tribunal na-
tional qui doit prononcer sur leur sort.
Organisez-le sans retard, formez-le de jurés nommés par le
peuple, de juges pris au sort dans les départements ; que,
revêtus du grand caractère de la justice nationale, ils soient
hors de l'atteinte du plus léger soupçon de corruptibilité.
Indiquez pour leurs séances un lieu que nul parti ne puisse
craindre, et qu'ils terminent enfin une affaire qui prend cha-
que jour une teinte plus sinistre.
Tels sont nos vœux, représentants; vous estimerez notre
modération, vous apprécierez notre délicatesse ; elle sera sans
doute de quelque poids dans la balance qui doit peser la
conduite de nos frères qu'un excès de sensibilité a pu porter
trop loin.
Vous le savez, les citoyens de la Côte-d'Or ne craignent pas
la guerre ; ils savent vaincre leurs ennemis, mais ils aiment
la paix; ils chérissent surtout leurs frères, et leur bonheur est
essentiellement lié à celui des Française
1. Pas dfi lacune : les poiiils sont dans Tadrosse.
2. Signe Benoist, présidciil du département, et trois pages et demie de signa-
I. COTE-DOR. 555
' En même temps était adoptée une adresse au peuple
français :
Français nos frères, quelles agitations étonnantes mena-
cent aujourd'hui la liberté du monde? Nous ne voyons que
des frères prêts à s'entr'égorger,... une patrie dont les en-
fants sont prêts à déchirer le sein, le premier peuple de l'uni-
vers prêt à se déshonorer! Quelques-uns d'entre vous font
partir leurs suppléants pour Bourges; d'autres convoquent les
assemblées primaires ; d'autres arrêtent les caisses publiques;
enlin il en est qui veulent marcher sur Paris, etc.
Et, après leur avoir fait la leçon sur tous ces points,
on terminait par cette objurgation plus que pathétique :
Mais, s'il était vrai que votre enthousiasme fût tel, que les
paroles fraternelles de vos amis de la Côte-d'Or ne pussent le
calmer, eh bien! ils iront au-devant de vous, ils vous présen-
teront leurs corps découverts et sans armes : « Frappez, vous
diront-ils, frappez-nous, consommez votre sacrifice; vous voulez
immoler la patrie, immolez-nous d'abord. Nous avons voulu
la voir heureuse ; vous voulez l'inonder de sang? versez le
nôtre; s'il peut apaiser votre fureur, nous aurons bien mérité
de la patrie, nous l'aurons peut-être sauvée et nous aurons
assez vécu. »
Le 19 on nomma les délégués chargés de porter les
deux adresses à la Convention. Ils y parurent le 21 juin;
ils lurent ces pièces devant l'Assemblée et reçurent les
félicitations du président, et la scène se termina par
ce décret :
La Convention décrète que le département de la Cùte-d'Or
a continué de bien mériter de la patrie; elle ordonne l'impres-
sion de cette adresse avec la réponse, l'insertion au Bulletin,
turcs. Arcliivcs tir; la Cùtc-d'Or. — Celle adresse, non plus que la suivante, n'est
pas au registre du conseil générai du déparlcment ; maison en a l'imprimé.
556 PART. II, CIIAP. XVIII. LA BOURGOGNE.
l'envoi aux départements, aux armées et aux sociétés popu-
laires par des courriers extraordinaires ^
Les adresses faites et expédiées, il n'y avait plus de
raison pour que l'assemblée extraordinaire se continuât.
Les députés adjoints au conseil général furent congédiés
avec des remerciements (1 9 juin) % mais les départements
avec lesquels le département de la Côte-d'Or s'était mis
en relation étaient en armes et se voyaient menacés. Le
représentant Bassal avait même voulu diriger contre le
Jura une partie du contingent de la Côte-d'Or. Le con-
seil ne le souffrit pas; il écrivit à ce propos deux lettres
à Bassal; il écrivit aussi au département du Jura tant
pour le rassurer sur ce point, que pour le presser de se
réconcilier avec la Convention ^ Il prit aussi occasion
de l'adresse à ses administrés pour leur faire l'exposé de
l'incident : tout s'était terminé parle renvoi des troupes
et par une conférence de Bassal avec les commissaires
du Jura en vue d'une entière pacification. Le conseil, à la
fin de l'adresse, s'applaudit d'être arrivé à ce résultat.
— Cela lui vaut aussi un bill d'absolution de Julien *.
Pour donner un témoignage public et perpétuel de
son adhésion au fait accompli, le conseil décida, le
4 juillet, qu'au sommet de l'édifice oii siégeait l'adminis-
tration on élèverait un drapeau avec cette inscription^:
LIBERTÉ, ÉGALITÉ
RÉPUBLIQUE UiNE, INDIVISIBLE, DÉMOCRATIQUE '.
1. Séance flu 21 juin, Moniteur du 23. On y trouve les deux adresses
lextuellement reproduites, quoique avec de légères modifications (t. XVI, p. 707).
— Il y en a un exemplaire aux Archives de l'Eure.
2. Archives de la Côte-d'Or, Registre du conseil général du département, à
la date.
3. Note LXXXIII aux Appendices.
4. Uapport, p. 37.
5. En exposant à tous les vents ce drapeau avec sa légende, les Dijonnais
I. COTE-D'OR. 357
Désormais la Côte-d'Or était disposée à tout accepter.
Le 9 germinal, à l'occasion de la condamnation du Père
Duchesne et des anarchistes , le conseil , résumant
toutes ses adhésions antérieures, envoyait à la Conven-
tion cette adresse :
Une époque à jamais mcmorable, la fondation de la Répu-
blique française, illustra le commencement de votre carrière.
Quelques mois après, le tyran détrôné expia sur un échafaud
ses crimes et sa perfidie —
Cependant les amis de la royauté, étourdis de la chute inat-
tendue de Capet, concentraient leur rage, gardaient un morne
silence et préparaient dans Tombre un coup mortel au nou-
veau gouvernement; ils avaient conçu, de concert avec les
royalistes de l'intérieur et la cour de Londres, le projet de
rompre l'unité et l'indivisibilité de la République en fédéra-
lisant les départements. Brissot, etc.
C'en était fait de la liberté sans toi, ô Montagne sacrée ! la
foudre qui partit de ton sommet écrasa les représentants
infidèles S... tu sauvas la liberté et méritas bien de la patrie.
Après avoir terrassé l'hydre du fédéralisme, vous sentîtes,
législateurs, la nécessité d'imprimer à la Révolution un mou-
vement rapide — [le gouvernement- révolutionnaire, les re-
présentants du peuple envoyés dans les départements].
Pitt, prévoyant toute l'influence de ce gouvernement, di-
rigea aussitôt un système de dilfamation contre les meilleurs
patriotes — [avilissement de la Conv niion]; les factieux,
après avoir excité des in(|uiéludes sur les subsistances et em-
pêché leur arrivée, auraient profilé du moment de fermenta-
ii'auraient-ils pas dû craindre qu'un pli malencontreux, supprimant au mot
sacramentel indivisible quelque syllabe in ou di, ..divisible, in. .visible, ne provo-
quât une de ces plaisanieries réput(''es crime coulre-révolutionnaire et digne de
mort? — entraînant peme de mort. Ils auraient pu se rappeler ce que l'on a ra-
conté de l'entrée de Charles lu Téméraire à Dijon, lorsque les iiabiiants. pnur
lui faire honneur, déployèrent leur étendard avec la devise qu'ils tenaient du
duc Philippe le-IIardi : moult me tarde, et qu'il y lut : moult tarde : :=
MOUTARDE. — La famcuse moutarde de Dijon!
1. Les points sont dans le texte.
558 PART. II, CIIAP. XVIII. LA BOURGOGNE.
tion et de désespoir où le peuple eût été plongé, pour armer
les détenus qui devaient égorger les Jacobins et la Conven-
tion. Grâce à vos soins vigilants, cette nouvelle conjuration
vient d'être découverte et déjouée. Déjà les principaux auteurs
[Hébert, etc.] viennent de subir la peine due à leurs forfaits.
Continuez, représentants, à rechercher les fils d'une conju-
ration aussi étendue ; que la terreur soit à l'ordre du jour.
Démasquez les faux patriotes, périssent tous les traîtres, les
intrigants et les corrupteurs. Recevez notre adhésion aux
journées des 31 mai, 1" et 2 juin et au gouvernement révolu-
tionnaire. Recevez nos félicitations sur les mesures spéciales,
sur les mesures vigoureuses que vous avez déployées dans
les grandes crises et surtout dans la dernière. Restez à votre
poste jusqu'à la paix; vive la République une, indivisible et
démocratique'.
Quelques jours plus tard, aux félicitations sur la con-
damnation des anarchisles ils auraient pu joindre leurs
félicitations sur le supplice des modérés, les compli-
menter en une fois et de l'exécution d'Hébert et de
l'exécution de Danton. Danton aura sa place dans une
nouvelle adresse, du 19 prairial, à l'occasion de la fête
de l'Être suprême % et Robespierre à son tour, le prin-
cipal auteur de ces exécutions tant vantées, fera l'objet
d'une adresse spéciale quand il tombera le 9 thermidor:
Un monstre a osé concevoir l'exécrable dessein de don-
ner à une nation libre des chaînes trempées dans le sang de
ses représentants. Leurs cadavres entassés devaient former la
montagne du haut de laquelle ce Cromwell nouveau allait
lancer la foudre sur les Français dignes de ce nom qui ne
savent pas recevoir des fers, etc., etc."'.
1. Archives de la Côtc-d'Or, L 4, cole 2.
ti. Ibid., cote 3.
5. Ibid., cole 4.
II. SAONE-ET-LOIRE. 559
TI
Saône-el-Loirc.
Quand Dijon se traçait à l'égard de la Révolution
du 51 mai la ligne de conduite que l'on a vue, le reste
de la Bourgogne ne pouvait guère s'en écarter.
Le département de Saône-et-Loire partageait l'esprit
patriotique de la Gôte-d'Or. L'administration, la Société
populaire, avaient été vivement émues de la trahison de
Dumouriez'. On n'était pas moins inquiet des périls in-
térieurs. Le 19 avril, les administrateurs du départe-
ment écrivaient aux administrateurs du district :
L'anarchie, citoyens collègues, menace la République. Les
pouvoirs publics touchent au moment d'une dissolution gé
nérale. Réunissons-nous en faisceau, pressons-nous comme
une phalange, apprenons au peuple que nous sommes là '.
On le lui apprit d'abord par des rigueurs contre les
suspects, puis en organisant un bataillon pour marcher
au secours « des départements occidentaux » : il s'agis-
sait de la Vendée, visée par le département de l'Hérault
dans un projet que nous avons rencontré ailleurs et sur
lequel le conseil général de Saône-et-Loire délibéra
également le 6 mai. Il ne le mit pas seulement en dis-
cussion, il le mit en pratique, et le 9 mai on organisa
1. Le département, pour mieux s'éclairer sur la situation, envoya deux de
ses membres à Lille et à Yalencicnnes; la Société populaire résolut d'organiser
une troupe de 800 hommes, « prête à voler au secours de P.iris », que l'on
croyait menacé par l'armée du rebelle Dumouricz (8 avril). — Archives du dé-
partement de Saône-et-Loire, Registre concernant les arrêtés généraux du
directoire du département, à la date.
2. Archives de Saône-et-Loire, Registre du conseil général du département, à
la date.
560 PART. II, CIIAP. XVIII. LA BOURGOGNE.
un comité de salut public, chargé de prendre toutes
les mesures nécessaires à la défense de la République
et au triomphe de la liberté.
Mais le principal objet de l'inquiétude publique était
la représentation nationale toujours menacée par la
Commune de Paris. Il en était ainsi partout, notamment
dans les départements voisins, nous l'avons vu; et, le
29 mai, deux députés du Jura, deux de l'Ain et le pré-
sident du département du Mont-Blanc vinrent en confé-
rer avec le conseil général de Saône-el-Loire \ Avant de
prendre une décision formelle, on convoqua, selon l'u-
sage, les corps administratifs, et dans une nouvelle
séance, tenue le même jour, à trois heures, les délégués
relurent leur exposé. On remit, vu la gravité de la ques-
tion, la délibération au lendemain; et le 50, après un
long débat, on prit un arrêté pour la réunion des sup-
pléants à Bourges ^
On en était là, quand une dépêche arrivée par
courrier, le 5 juin, fit savoir combien ces appréhensions
étaient légitimes. L'insurrection du 51 mai avait éclaté,
réussi. A cette annonce le conseil leva la séance. —
N'avait-il rien à faire? Le G on entend le rapport de deux
citoyens, Guyot et Simonot, de retour de leur mission à
Lyon : ils ont, disent-ils, trouvé la ville dans la plus
grande tranquillité; le département remercie des offres
1, Un des députés du Jura dit : « L'étal de non -liberté où se trouve la Con-
vention nationale, et l'audace des anarchistes jettent l'alarme dans les cœurs de
tous les citoyens ». Il y avait urgence à prendre des mesures, à se concerter, et
il donna lecture de l'arrêté de son département. — Un député de l'Ain déclara
que son di'partcment avait adopte à l'unanimité cette mesure, et le président
du Mont-Blanc lut une lettre par laquelle il engageait ses commellanls à suivre
la même marche. (Archives de Saône-et-Loire. Délibérations du conseil du dé-
partement, à la date.)
2. Voyez la note LXXXIV aux Appendices.
II. SAONE-ET-LOIRE. 561
de secours qui lui sont faites. Le 7, sur l'observation
du président qu'il n'y a rien d'important à discuter
dans le conseil, la séance est levée; le 8, le 9, le 10,
affaires particulières ; le 11, rien d'urgent, séance levée.
Le 15 enfin la question fut reprise, et l'on résolut de
faire une adresse à la Convention.
Cette adresse à la Convention, adoptée le 14, tout en
pressant l'achèvement d'une Constitution, acceptait le
fait accompli !
Nous voulons la République une et indivisible. Nos espé-
rances sont dans la Convention. Notre amour est pour le parti
qui fera le bonheur public. Vous venez d'annoncer au peuple
que vous alliez vous livrer aux travaux qui puissent le lui
assurer. Nous croyons à votre promesse. C'est dans cette
espérance que nous adhérons avec la fierté de francs républi-
cains aux sentiments qui vous animent, aux résolutions
solennelles que vous venez de prendre, aux assurances que
vous avez données de mettre fin à des dissensions qui ont fait
jusqu'à présent le malheur du peuple français'.
Ainsi les Girondins avaient été un obstacle ! — En
outre, pour rassurer la population de Saône-et-Loire,
placée entre l'insurrection de Paris et celle de Lyon, on
fit, sur la proposition du procureur j^énéral svndic. cet
autre manifeste à son adresse :
Citoyens,
La discorde depuis quelque temps semble régner dans la
République. Des malveillants ont réussi à semer les troubles
et la division ; des partis se prononcent, et tout fait craindre
que l'anarchie ne s'établisse pour relâcher les liens sociaux
et politiques — Rallions-nous aux principes, ne formons
1. Archives de Saône-et-Loire, Registre du conseil général du département, à
la date.
362 PART. II, CIIAP. XVIII. LA. BOURGOGNE.
qu'une seule opinion, attachons-nous à la majorité de la Con-
vention, qui veut le bien du peuple' —
Les deux adresses étaient parties quand arriva (17 juin)
une lettre du représentant Mazuyer, député du départe-
ment à la Convention, ami des proscrits et bien près
de leur être associé. Sa lettre était accompagnée de
plusieurs exemplaires d'un écrit intitulé Compte rendu
à nos commettants : l'un des exemplaires était signé de
son nom. Il venait bien à point! « Lecture faite de
cet écrit, dit le procès-verbal de la séance, le conseil,
considérant qu'il renferme des principes aussi faux
qu'exagérés », arrêta qu'il serait envoyé au Comité de
salut public de l'Assemblée nationale, en l'invitant à
dire les mesures à prendre en pareilles circonstances :
— le Comité de salut public s'en chargea lui-même et
fit décréter d'accusaticn Mazuyer.
Il y eut pourtant encore une réunion du conseil,
le 18, sur ces affaires brûlantes. Il s'agissait de savoir
si l'assemblée rapporterait ou non son fameux arrêté
du 50, contenant adhésion à ceux du Jura et de l'Ain.
Un membre, avant la discussion, s'eiiquit si l'on
publierait les noms de ceux qui auraient adopté ou
rejeté la résolution. — Ils seront publiés. — Cela
devait faire réfléchir. La discussion s'engageant, un
autre membre demanda s'il ne conviendrait pas de
biffer l'arrêté du registre: c'était plus radical. Le sort
de la pièce n'en était pas moins résolu. Le président
consulta l'assemblée et, après avoir procédé à l'appel
nominal, constata que l'arrêté était révoqué à l'una-
nimité^
1. Archives de Saône-et-Loirc, Registre du conseil du département, à la date.
2. Même registre, à la date.
II. SAONE-KT-LOIRE. 565
11 ne suffisait pas de le rapporter. Eùt-il été biffé sur
le registre, il en restait dans l'opinion publique une
trace qu'il était prudent de faire disparaître. C'est pour-
quoi le rapport qui en proposait l'abrogation en pro-
duisait l'excuse dans l'exposé des circonstances qui
l'avaient fait prendre et de la pensée que l'on avait eue
en le prenant\
Tout était fini, quand des députés du district de
Louhans vinrent apporter une adresse au nom de leurs
autorités constituées. Le district de Loubans avait
d'abord réclamé contre les actes du 31 mai; il avait
déclaré que la nation ne pouvait pas voir plus long-
temps sa députation affaiblie : les députés détenus,
disait-il, avaient aussi à travailler aux lois qui devaient
assurer le bonbeur de tous (style de l'époque)". C'était
demander peu, et il fit bien moins encore. Son adresse
était tournée contre le mouvement fédéraliste. Le pré-
sident répondit aux députés (et il était alors à même de
le faire) que le département recevait avec autant de sa-
tisfaction que de reconnaissance le témoignage de leur
zèle; qu'il avait pris des mesures conformes à leurs
vœux. Mais les départements de l'Ain et du Jura, dont
on avait reçu les députés, et que l'on abandonnait main-
tenant, après avoir accueilli leurs projets, ne conve-
nait-il pas de leur envoyer des députés aussi et de leur
expliquer ce changement de conduite? La cbose fut ju-
gée inutile, puisqu'on leur envoyait les imprimés.
Cependant le département ne voulait point paraître
se désintéresser absolument d'une question qui était
encore presque partout pendante. Le 26 juin il prit un
1. Voyez la note LXXXV aux Appendices.
2. Julien, Rapport, p. 178.
564 PART. II, CHAP. XVIII. LA BOURGOGNE.
arrêté portant que chaque district choisirait dans son
sein un memhre pour se rendre à Mâcon, au plus tard
le 2 juillet, afin de se réunir au conseil du département
et de concourir aux mesures réclamées par les cir-
constances. Le 3 juillet, le conseil étant ainsi renforcé,
un membre du comité local de salut public rendit
compte des renseignements qu'il avait recueillis sur
Lyon. Il y avait eu, disait-il, deux révolutions dans
Lyon : la première, toute de résistance à l'oppression,
avait abouti à la défaite des Jacobins le 29 mai; la
seconde, causée par un récit du 51 mai qu'il qualifiait
d'infidèle, était dirigée contre la Convention. <c La masse
du peuple, ajoutait-il, peut être égarée, mais elle est
de bonne foi. » Un autre membre annonça que cinq
départements du MiJi refusaient d'adhérer au fédéra-
lisme (c'était, dans le nouvel état des esprits, une bonne
nouvelle), et que Dubois-Crancé avait fait arrêter cinq
administrateurs de l'Isère.
Les choses étant ainsi changées, les représentants
en mission pouvaient espérer que le département irait
jusqu'à se tourner contre ceux dont il servait naguère la
cause. Un d'eux, louant le zèle que montrait le conseil,
exprima le désir d'être admis à ses délibérations :
on allait discuter les mesures h prendre à l'égard des
départements qui avaient fait scission avec la Convention
nationale. Mais le conseil de Saône-et-Loire était loin
de vouloir s'engager dans une lutte ouverte contre ses
alliés de la veille. Le procureur général syndic exprima
l'assurance que des remontrances fraternelles les ra-
mèneraient, tandis que des mesures qu'ils pourraient
regarder comme hostiles n'auraient d'autre effet que de
les exaspérer davantage. Après divers débats, on ajourna
II. SAONE-ET-LOIRE. 565
la question de la levée d'une force armée jusqu'après
le 14 juillet : c'était le jour choisi pour la proclamation
de la Constitution. Or on croyait que cette proclamation
allait faire tomber les armes des mains de tout le
monde; et l'on décida la rédaction d'une adresse à tous
les citoyens de la République. Elle débutait par des
réflexions de haute philosophie:
Citoyens,
A considérer de sang-froid les événements qui nous agitent
depuis quatre années, h voir l'insouciance de quelques
citoyens pour la liberté, les efforts de plusieurs autres pour
effectuer des projets liberticides, ne serions-nous pas tentés
de croire que l'homme, même en naissant libre, ne pourrait
dans l'état social jouir avec la plénitude de ce précieux don
de la nature?...
L'adresse reconnaissait qu'il y avait des divisions :
Le bien public en est le prétexte, il est temps d'en éloigner
les causes.
Ne nous ensevelissons pas nous-mêmes sous les ruines
d'une liberté naissante. Attachons-nous au point de rallie-
ment,... à la Convention nationale.
La Constitution est achevée, il faut l'accepter unani-
mement.
Cette Constitution qui ne sortit pas de l'arche sainte
allait ici, comme en maint autre endroit, servir au
dénouement de la crise. Le procureur général syndic
s'écriait :
Elle est enfin arrivée, cette Constitution si désirée, etc.
On la proclama, on la fêta, on la vota, on la refêta.
366 PART. II, CIIÂP. XVIII. LA BOURGOGNE.
Le 14 juillet la Convention ne connaissait plus un seul
adversaire dans le département'.
III
Yonne.
Le département de V Yonne avait envoyé Lepelletier à
la Convention nationale. Le 21 janvier fut pour lui un
jour de deuil en raison de la mort non du roi, mais
de celui qui avait péri pour l'avoir condamné\ Un autre
attentat fut commis le 9 avril qui appela d'autres
représailles. L'arbre de la Liberté avait été mutilée Le
conseil du département en référa aux représentants
délégués à Auxerre, qui trouvèrent l'occasion excellente
pour prendre des mesures plus rigoureuses contre les
prêtres :
Nous Louis TuRREAU et Ant. Garnier, commissaires de la
i. Le 24 juin, Saint-André annonçait à la Conveution : « Le département de
Saônc-el-Loirc, qui avait pris le 30 mai un arrêté par lequel il ordonnait aux
suppléants de se rendie à Bourges, a reconnu qu'il avait été trompé par des
correspondances infidèles, et il s'est empressé de rétracter son arrêté ». (Moni-
teur du 27 juin, t. XVI, p. 758.) — Le département faillit à son tour être menacé
par les adversaires de la Convention. Le 22 juillet, comme on parlait du dessein
des Lyonnais de marcher sur Mâcon et Clialon-sur-Saônc, Fouclic, délégué dans
ces contrées avec le titre de commissaire de la Convention nationale, prenait
un arrêté pour mettre le département de Saone-el-Loire à l'abri du péril. (Arclii-
vcs nationales, AF ii, 95, n" 14.)
2. « Un attentat horrible a été commis, l'inviolabilité nationale a été méconnue.
Le fer d'un lâche assassin s'est levé, et le citoyen que la confiance du départe-
ment de l'Yonne venait d'élever au poste de représentant du peuple est tombé
sous le coutelas d'un monstre sacrilige. Lepelletier.... » — L'administration dé-
partementale arrête que, le lundi 4 février prochain, dans la nef de Saint-
Etienne d'Auxerre, la mémoire de Michel Lepelletier sera célébrée.... (Archi-
ves de l'Yonne, administration départementale; conseil général, délibérations;
registre n° 7.)
3. « Un grand attentat a été commis. Des ennemis de la République, trop
lâches pour se montrer, ont osé lever une main sacrilège sur l'arbre de la Li-
berté.... » (Archives de l'Yonne, Délibérations du conseil du département, à la
date.)
m. YONNE. 567
Convention nationale, frappés des délits qui nous sont dé-
noncés et de la nécessité d'arrêter le mal dans sa source ;
convaincus surtout que ce n'est que par des mesures grandes
et généreuses que l'on parviendra à imposer à nos ennemis
intérieurs, et particulièrement à ces hordes séditieuses de
prêtres fanatiques, qui partout s'agitent, qui partout déchi-
rent le sein de la patrie et se plaisent à répandre au milieu
d'elle les nouvelles les plus alarmantes;... que l'attentat
national qui a été commis n'est encore que le résultat de
leurs perfides et ténébreuses machinations ; qu'il est temps
enfin que la liberté et la sûreté nationales soient assurées et
que la République en ait pour otages et pour garants tous
ceux qui voudraient y porter atteinte ;
Nous avons arrêté comme mesure de sûreté générale :
1° Tout prêtre ou ci-devant moine, soit régulier, soit sécu-
lier, qui n'est pas attaché au culte salarié, sera mis, à la dili-
gence des corps administratifs, eu état de réclusion ;
2° Les corps administratifs réunis en formeront la liste;
ils intimeront aux prêtres l'ordre de rester en état d'arres-
tation, jusqu'au moment où la municipalité leur aura déclaré
la maison de réclusion où ils doivent se rendre ;
5" Les corps administratifs prononceront sur-le-champ la
déportation de tous les prêtres qui leur seront dénoncés.
Quelques mesures étaient prescrites à l'éganl des
lettres suspectes.
En mai, d'autres dispositions furent prises contre les
anarchistes : ce que l'on n'entendait pas de ceux qui
excitaient alors de si vives alarmes dans le reste de la
France. L'anarchie triompha dans Paris et mutila, le
31 mai, la Convention, sans que le conseil du départe-
ment de l'Yonne en parût ému. Il enregistra les décrets,
et l'on ne trouve dans le registre de ses actes nulle
trace de délibération sur un si grand événement. Les
séances se succèdent du 4 juin, jour de l'arrivée des
368 PART. Il, CHAP. XVIII. LA BOURGOGNE.
décrets, au 21, sans qu'il y paraisse que rien se soit
passé à Paris. Mais il n'en avait pas été ainsi dans
tout le département. La commune d'Avallon rédigea
le 10 juin une adresse à la Convention, qu'elle fit
imprimer et communiqua, par une lettre également
imprimée, aux corps administratifs et aux sociétés
populaires : elle provoquait la réunion d'une force
imposante à Paris pour le 14 juillet, — le jour de la
fédération, plus que suspect alors. Le conseil du dépar-
tement donne cette fois signe de vie. Après avoir visé
les deux pièces imprimées et une lettre adressée par les
administrateurs du district au département :
Le conseil général du département, considérant :
1" Qu'il est du devoir des corps administratifs de prévenir
et de dénoncer tous les projets liberticides qui tendraient à
détruire l'unité et l'indivisibilité de la République ;
2" Que l'adresse du 10 juin renferme tous les poisons du
fédéralisme;
5° Que les pétitionnaires y élèvent des doutes, non seule-
ment sur la liberté des représentants, mais encore sur la
solidité de leurs décrets ;
4" Que, sous l'insidieux déguisement d'un conseil à la
représentation nationale, ils font la provocation la plus for-
melle pour réunir une force imposante qui se réunirait à
Paris le 14 juillet;
5" Qu'on n'y voit pas la simple expression d'un vœu ou
d'une opinion, puisque la lettre d'envoi contient les exhorta-
tions les plus perfides pour mettre en action les complots les
plus délirants;
6" Que celte lettre fait absolument tomber le masque et
détruit l'assertion donnée par celle du district du 19 de ce
mois;
7" Que, si les signataires de cette adresse et de la lettre
d'envoi ont fait une faute, les autorités constituées qui ont
m. YONNE. 569
protégé la rédaction de ces actes anarchistes sont bien plus
répréhensibles;
8° Qu'il serait peut-être dangereux de laisser plus long-
temps dans leurs mains le dépôt d'une autorité dont elles
paraissent avoir abusé;
9° Que les principes connus du département contrastent
trop avec ceux de l'adresse du 10 juin pour qu'il puisse
garder un silence qui serait d'autant plus coupable qu'il
laisserait croire aux administrés que le département partage
des erreurs qu'il se fait un devoir sacré d'abjurer :
Arrête à l'unanimité que l'adresse des citoyens d'Avallon
du 10 juin,... que la lettre d'envoi du même jour, 10, et celle
du district d'Avallon du 19 seront, à la diligence du procu-
reur général syndic, dénoncés à la Convention nationale,
comme contenant des principes attentatoires à l'unité et à
l'indivisibilité de la République;
Arrête aussi que le conseil général delà commune d'Avallon,
dans la personne du maire et [du] procureur de la commune,
se rendra à la séance de mardi prochain du matin, et qu'il
sera tenu de rapporter les registres et minutes sur lesquels
se trouvent inscrits l'adresse et la lettre du 10 juin et tous
les procès-verbaux des délibérations qui ont pu les précéder;
Arrête enfin qu'expédition du présent sera adressée à la
Convention nationale, comme une nouvelle preuve des prin-
cipes que professe le département '.
Avallon pouvait difficilement se maintenir sous le
poids d'un pareil anathème. Son administration se
soumit, toute la Bourgogne en avait fait alors autant"'.
La ville prit, les 21 et '22 juin, un arrêté qui révoquait
celui du 10; et le maire, accompagné du procureur de
la commune, en fit le dépôt sur le bureau du conseil
1. Archives de l'Yonno, Délibérations du conseil du dépnrtcmcnt, à la date.
2. La Commune de Paris et la Convention avaient reçu les adresses appro-
batives d'Aiixerre, le 15 juin; de Seurre, de Saint-Florentin, \e 11. (Moniieiii-
des 17 et 24 juin, t. XVI, p. G50, 710 et 715.)
RÉVOL. DU 51 MAI. Il — 2i
570 PART, 11, CllAP. XVIII. LA BOURGOGNE.
départemenlal. Le conseil, qui avait dénoncé à la Con-
vention nationale la rébellion, ne pouvait pas moins
faire que de lui transmettre ce désaveu et de plaider
les circonstances atténuantes en faveur des autorités et
des citoyens repentants. C'est ce qu'il décida, en effet,
dans la séance du 28 juin, par un arrêté longuement
motivé*.
La conclusion fut la destitution et l'arrestation des
autorités constituées d'Avallon, prononcées par les
représentants le 29" jour du premier mois de l'an II
(20 octobre 1795), avec an sursis pour quelques-uns;
sursis qui prit fin le 9 frimaire (29 novembre) et fut
suivi d'un ordre de réclusion. Ils durent se trouver
heureux que l'affaire n'eût pas eu d'autre suite ^
1. Voyez la note LXXXVI aux Appendices.
'2. Arcliives de l'Yonne, administration départementale, Registre n" 14, à la
date. — Auxerre, comme on le devine, élait on ne peut mieux notée à Paris. Une
lettre de Fourcade, qui lut envoyé comme commissaire dans l'Yonne le 7 juin, rend
hommage à son patriotisme. Il parle de l'inlluence que les prêtres pourraient
avoir pour propager l'instruction. Mais, dit-il, leurs sermons sont conmie au
temps passé. — Que le ministre de l'Intérieur leur écrive. (Arcliives nationales,
F i« 550.
CHAPITRE XIX
LA CHAMPAGNE
I
Aube.
La Cliampagne comme la Bourgogne avait d'abord
paru disposée à combattre la révolution du 51 mai.
Julien, dans son rapport, en accuse particulièrement les
administrations de l'Aube et de la Marne : « S'il n'ont
pas pris part à la coalition, dit-il, c'est qu'à Châlons ils
ont été contenus par les mesures des Sociétés populaires,
et qu'à Troyes ils ont manqué d'audace ^ » — manqué
d'audace dans le pays de Danton !
La ville de Troyes s'était figuré que l'avènement de
la République allait être une ère de paix et d'union.
Dans une adresse qui fut reçue le l*"'" octobre 179!2, la
Société des Amis de la République écrivait :
Nous nous flattons que la France ne verra pas à la Con-
ntion national
de côté droit.
vention nationale cette scandaleuse distinction de côté gauche
La Convention nationale avait toujours deux côtés;
on ne s'en apercevait que trop, et la Société populaire de
1. Rapport, p. 21 et 157.
372 PART. ]I, CHAP. XIX. LA CHAMPAGNE.
Bar-sur-Seine adressait des menaces aux représenlanls
qui entretenaient la discorde, aux sectionnaires qui
venaient à la barre dicter les décrets (4 janvier 1795) :
Chassez ignominieusement de votre présence ces intrigants,
ces factieux !
La Société patriotique de Nogent-sur-Seine, au mois
d'avril, conjurait aussi la Convention de mettre un
terme à ces divisions funestes. Quant au conseil général
de l'Aube, il avait montré un calme et une placidité
extrêmes dans les remontrances qu'il fit comme les
autres à la Convention. A la veille de l'insurrection
parisienne, le 21 mai, les conseils du département, du
district et de la commune de Troyes lui écrivaient :
Otie l'auguste sanctuaire des lois ne soit plus trans-
formé en une tumultueuse arène où les passions s'accusent
des mêmes crimes, se soupçonnent des mêmes complots
Que vos déliljcralions, majestueuses comme la loi, calmes
comme le courage, fières comme la liberté, cessent d'être
souillées par d'impudentes clameurs; que, témoins respec-
tueux de vos intéressants débats, ceux qui assistent à vos
séances cessent d'y prétendre à une coupable influence et de
se croire l'organe de la République entière, qui les désavoue. . . .
C'est le cri de la France' —
La Société des Amis de la liberté et de l'égalité de
Troyes avait elle-même adliéré à cette adresse, et quel-
i. Archives nationales, D xl § 4, carton 18, diissier Aube. Les signatures des
membres sont suivies des adhésions du triljiuial criminel et de la Société des
Amis de la liberté et de l'égalité de Troyes. Cette adresse, que l'on trouve trans-
crite sur le Journal des délibérations du conseil général permanent de l'Aube
(Archives de l'Aube, L 12), est citée en partie par M. A. Babeau (Histoire de
Iroycs pendant la Révolution, t. II, p. ôO). — Le conseil prit soin d'écrire
aux députés du département, pour qu'on en fit une lecture publique, et au prési-
dent de la Convention. (Archives de l'Aube, L 513, n°» 196'J et 1970. Ce registre,
qui porte le titre : « I5ien pui!lic, 0'- volume de correspondance, commencé le
'24 juillet 1793 et Uni le 7 octobre 1793 », commence en réalité le 1" mai.)
I. AUBE. 573
ques aiilres sociétés populaires s'étaient aussi déclarées
contre les factieux : témoin, la Société patriotique de
Nogent-sur-Seine, qui disait à la Convention nationale :
Obligés de lutter tour à tour contre les ennemis du dehors
et du dedans, notre courage sera invincible tant qu'il nous
restera des forces, mais ne les atténuez pas par votre désu-
nion liberticide. Le déluge, image affreuse de l'anarchie,
divisa l'Iiorizon en plaines et en monlagnes. Que la main
de la philosophie promène sur la représentation nationale le
niveau de l'égalité, etc.*.
Et la Société républicaine do Maraye (district d'Ervy),
dans une adresse reçue le 22 juin, très attardée sans
doute :
Le bon sens compose notre apanage — Nous abhorrons les
anarchistes et les désorganisateurs qui se plaisent à accumuler
les renversements et les ruines. Législateurs, nous n'avons
pas brisé le joug du despotisme royal et vu tomber la tête du
tyran pour courber de nouveau le front sous une domination
particulière.
Mandataires du peuple, de grands dangers menacent la
patrie —
Que ces tribunes insolentes ou égarées qui vous avilissent
et tuent la liberté cessent d'être le tyran de la représentation
nationale.
Comportez-vous de manière à montrer à l'univers que nous
ne voulons être libres que pour devenir meilleurs^.
Mais Ârcis-sur-Àube écrivait dès le 4 juin :
Le vaisseau de la République était battu par les vents, les
orages s'amoncelaient, l'abime était sous nos pieds, et
Paris,... devenu le jouet de vils conspirateurs, paraissait
1. Adresse reçue le 23 avril. (Arcliivcs nationales, D xl § 4, carlon 18, dos
sier Aube.)
2. Archives nationales, même dossier.
574 PART. II, CIIAP. XIX. LA CHAMPAGNE.
dans un état d'inertie qui nous effrayait. Enfin l'esprit vivi-
fiant du républicanisme, qui circulait lentement dans les
départements à travers le sang impur qui en arrêtait le cours,
a agité le centre de la République, et une insurrection majes-
tueuse, qui en a été le fruit, vient de ranimer nos espé-
rances.
Et les pétitionnaires pressaient l'achèvement, l'ex-
tension même do l'œuvre commencée :
Que la vengeance nationale s'appesantisse sur ces tètes cou-
pables; que les vingt-deux membres de la Convention déjà
dénoncés, que les douze de la Commission extraordinaire,
que Rolland, Clavières, Le Rrun et le sanguinaire Isnard
paraissent devant le tribunal révolutionnaire et payent de
leurs têtes leurs forfaits. Nous vous demandons surtout que
le tartufe Rabaut, député de notre département, reconnaisse
que nous avons droit de lui demander compte \ etc.
Le département, comme on pouvait s'y attendre
d'après son adresse du 21 mai, montra moins d'enthou-
siasme. Un de ses représentants figurait à double
litre au nombre des trente et un, ou, comme on disait,
des trente-deux : il était des vingt-deux incriminés
par les sections de Paris et il était de la commission
des Douze : Rabaut-Saint-Etienne, le « tartufe Rabaut w
comme disaient ceux d'Arcis. Le directoire du départe-
ment en prit occasion d'écrire le 10 juin à la Conven-
tion nationale :
Législateurs, de graves circonstances, l'intérêt de la Repu-
Ijlique entière, ont sans doute déterminé la Convention natio-
nale à l'arrestation [de] quelques-uns de ses membres ; mais
1. Archives nationales, D xl § 4, carton IS, ilossier Aube. — Perrièie, dans
son rapport à Garât, du 10 juiii, dit qu'il a vu cette adresse alficliéc sur les
murs de Paris. (Schmidt, t. Il, p. 16.)
I. AUBE. 575
la représentation est incomplète, l'équilibre des suffrages est
rompu. Il ne nous appartient pas de préjuger d'aussi puis-
sants motifs, mais la France entière attend la vérité.
Un député du département de l'Aube est du nombre des
accusés, nous demandons avec instance que la plus prompte
lumière découvre à ses commettants ou ses forfaits ou son
innocence.
Législateurs, vous n'avez envisagé que le salut de la patrie
dans les grandes mesures que vous avez prises ; vous n'hési-
terez pas à en faire connaître les motifs, vous presserez Is
rapport du Comité de salut public et vous n'ajournerez pas
la justice*.
^'était-ce pas trop s'aventurer? Huit jours après, sous
prétexte de faire connaître au Comité de salut public
l'état moral et politique du département, les administra-
teurs écrivirent une lettre où, expliquant la cause des in-
quiétudes qu'ils avaient exprimées, ils s'efforçaient d'en
effacer toute impression fâcheuse :
Quant à nous administrateurs, disaient-ils, pénétrés de nos
devoirs, ne pouvant oublier que nous n'avons nous-mêmes
1. Archives de l'Aube, L ôlô, n" '2029. — Celte lettre a pu servir d'inspira-
tion à l'adresse commençant par ces mots: 1/ est donc vrai que trcnle-cleu.r
reprcsenlants du peuple, et finissant par ceux-ci : Législateurs, u'ajournez
pas la justice, adresse que M. A. Dabeau (Histoire de Troues pendant la
Re'volution, t. II, p. 52) a empruntée aux pièces justificatives de Vllistoire du
Terrorisme exerce' à Troyes par Alexandre Rousselin et son eomilc révolu-
tionnaire pendant la tyrannie de l'ancien Comité de salut public (Troyes,
an III*^ de la République, p. 84); elle y est donnée sous ce titre : Adresse volée
à la Convention nationale par les trois corps administratifs réunis de la
ville de Troyes, le \ijuin 1795. avec celle noie :
« Celte adresse, pleine de civisme et d'humanité, fut présentée par Loyez
à l'adhésion de la Société populaire. .4 force de déclamation sur le lédéralisme,
Sergent parvint à l'y faire rejeter. Depuis, sur les conseils de David (de l'Aube)
et par les soins des nonunés Chaperon et Carette, elle fut, dans un libelle sans
date et sans nom d'imprimeur, colportée comme un chef d'accusation contre
la commune de Troyes. » — Elle ne se trouve d'ailleurs ni aux .Archives natio-
niiles, dans les cartons du Comité des pétitions, ni aux Archives de l'Aube, soit
dans le Journal des délibérations du conseil irénéral permanent (L \1], soit dans
le registre de correspondances où est l'autre (L ôl~i). Le texte que nous donnons
doit être seul authentique.
576 PART. II, CIIAP. XIX. LA CIIAMPAGiNE.
aucun droit de nous croire les organes de nos administrés,
nous nous sommes bornés à des vœux ardents pour le bon-
heur public, et nous aurions rejeté tout ce qui nous aurait
semblé devoir tendre au fédéralisme et à rompre l'unité et
l'indivisibilité de la République, que nous avons juré de
maintenir et de défendre \
Evidemment les départements coalisés n'avaient rien
à espérer, ni les maîtres de la Convention rien à craindre
de la capitale de la Champagne. Le département de
l'Aube avait pourtant, par une adresse chaleureuse, fait
appel aux volontaires, et, par un arrêté du 12 mai, pres-
crit la formation d'un bataillon; mais c'était, selon la
proposiliondel'Hérault, contre l'ennemi intérieur, c'était
contre les Vendéens. Le 11 juin on avait réuni, sinon un
bataillon, au moins deux compagnies, et le 13 on les avait
fait partir pour Orléans, après une messe célébrée par
le « citoyen évoque' ». Lorsque la Convention, par un
décret du 24, prescrivit de nouvelles levées et que Fou-
ché fut envoyé à ïroyes pour y présider, il y reçut le
meilleur accueil (28 juin). Il apportait en même temps
la Constitution. La garde nationale fut réunie, et i'ex-
oratorion commissaire, accompagné des administra-
teurs, fit un discours pour provoquer aux nouveaux
enrôlements; une marche militaire à travers la ville
compléta la cérémonie". Le haut personnage en fut si
pleinement satisfait qu'il écrivit à la Convention :
Les journées du 51 mai et 2 juin ont rallumé ici le patrio-
tisme. L'acte constitutionnel a été lu dans toutes les sections au
milieu des plus vifs applaudissements; elles ont arrêté une
1. Archives de l'Aube, L 515, n° 208G, et la noie LXXXVII aux Appendices.
2. Ibid., L 12, à la date.
5. Ibid., L12, à la date du 28 juin. On fit un arrêté en douze articles pour
ce nouvel emôlcment.
I. AUBE. 577
adresse à la Convention. La Société des Amis de la liberté
vient de prendre le nom d'Amis de la Constitution. En moins
de neuf jours j'improviserai ici un bataillon de braves répu-
blicains*.
Eut-il son bataillon? La Convention du moins eut son
adresse. Le jour oh la lettre de Fouché était lue à la Con-
vention, le conseil de l'Aube écrivait ('2 juillet) :
Législateurs,
Les plaintes sévères, les cris douloureux même qui reten-
tissaient naguère dans toule la République se cbangent en
un instant en un concert de louanges et d'hommages. Le
peuple inquiet, menacé de déchirements cruels, déposait ses
alarmes dans le sein de ses représentants et vous demandait,
pour prix de tous ses sacrifices, le bienfait d'une Constitu-
tion. Aujourd'hui le peuple reconnaissant renaît à l'espoir et
reprend son courage en contemplant ces lignes hardies et
sublimes où vous avez déclaré ses droits, consacré sa souve-
raineté, fondé son bonheur et préparé la liberté du monde.
Ilàtez-vous, législateurs ! que le pacte social que vous avez
si dignement tracé reçoive bientôt sa sanction souveraine et
sacrée, qui doit le rendre impérissable. Que le peuple assem-
blé l'adopte, le consacre et le révère! Que les cruels ennemis
dont le dernier crimxC des rois nous entoure fuient ou se
prosternent à l'aspect des tables immortelles où nos lois vont
èlre gravées, et que, se montrant dignes de nous imiter un
jour, ils reçoivent la paix des mains pures et triomphantes
delà République française '\
Dans la séance du 24 juin, on avait lu déjà à la Con-
vention une adresse du district de Nogent-sur-Seine. 11
félicitait l'Assemblée des grandes mesures de salut public
1. LcUrc lue clans la séance du 2 juillet. Moniteur du 5, t. XVII, p. 25.
2. Archives do l'Aube, Loi, Délibéralicns du conseil général du département
(lin 2 juillet 1793 au 5 brumaire an II), à la date.
378 PART. II, CHAP. XIX. LA CHAMPAGNE.
qu'elle avait prise le 2 de ce mois ; il déclarait ne vouloir
reconnaître d'autres lois que celles qui émaneraient
d'elle; il demandait prompte justice à l'égard des dé-
putés mis en état d'arrestation, et toutefois il y mettait
encore quelque réserve :
Que leurs têtes tombent sous le glaive de la loi, s'ils sont
coupables, mais qu'ils reprennent promptement leurs hono-
rables fonctions, s'ils sont innocents*.
L'alternative n'était pas de nature à plaire aux vain-
queurs.
Le président Révérât et le secrétaire général Gonthier
furent désignés pour porter eux-mêmes cette adresse à
la Convention, et, le 10 juillet, Révérât faisait connaître
à ses collègues le résultat de sa mission par cetle lettre :
Chers collègues.
Nous avons été admis hier à la barre. J'ai débité ma petite
marchandise et j'ai été payé en monnaie courante : mention
lionorable, insertion au Bulletin avec la réponse du président,
et les honneurs de la séance, dont nous n'avons voulu
jouir qu'un instant, parce que nous voulions voir le citoyen
Robin, que nous avons trouvé heureusement dans son bureau^.
Qui l'aurait pu croire?... Tandis que le département
accomplissait cette évolution, un de ses représentants,
Garnier de l'Aube, en dénonçait comme suspects les ad-
ministrateurs. Révérât le sut en fréquentant les minis-
tères; il ne s'en inquiéta point, ayant Fouclié pour lui
et pouvant opposer à la dénonciation le témoignage que
la Convention avait fait insérer au Rulletin; mais il
1. Monileiir du 26 juin 1793, t. XVI, p. 730.
2. Arcliivcs de l'Aube, L 1401.
II. MARNE. 57t>
signale la manœuvre an département et lui écrit
(t>2 juillet) :
Je suis indigné contre Garnier ; jires (j'irai) ce matin au
Comité de salut public et je le dévoileras comme un calom-
niateur. Je présume que je n'aures pas de peine ; car je suis
assuré que le déparlement de l'Aube est bien noté. J'ai vu
les ministres, ils m'ont tous dit que le département étant en
mesure avec la Convention nationale, on ne pouvait lui rien
refuser; ils ont eu même la bonté de me montrer le registre
où sont bien ou mal notés les départements.
Les départements si bien ralliés trouvaient, dans
cette détresse générale, le trésor même très complaisant :
J'avais pensé, continue-t-il, que vous aviez déjà reçu vos
cent mille écus, mais je \erres à ce sujet le Comité des
décrets et les ministres pour que le tout vous soit expédié
promptement'.
Décidément l'Aube était bien parmi les bons.
II
Marne.
La Marne avait témoigné d'abord son antipathie pour
les factieux. Entre toutes ces adresses, qui semblent
autant d'amplifications de réthorique, sorties de la
même école, celle de la ville de Châlons-sur-Marne du
1:2 mai se distingue par les recherches du style :
Citoyens législateurs,
Les enfants de la terre sacrée de la liberté vous ont à
l'envi investis de toute la plénitude de leurs pouvoirs
1. Archiveà de l'Aube, L 1401. Notons ce fait. Il était allé la veille à la Con-
vention, et le président l'avait invité à se présenter le lendemain : il n'y avait
pas, dit-il, vingt députés à la séance.
580 PART. II, ClIAP. XIX. LA CHAMPAGNE.
Mais de nombreux malveillants s'efforcent d'entraver votre
marche; sous le masque imposteur du patriotisme, ils cher-
chent à vous avilir sans cesse : ils n'y réussiront pas
La nature a repris chez nous ses droits imprescriptibles :
le colosse hideux du despotisme a disparu de la terre de la
liberté, et il ne sera pas dit que des êtres dégradés, de vils
esclaves,... nous mettront au hasard de perdre le fruit de
quatre années de sueurs, de larmes et de sang.
Mais aussi, hàtez-vous donc de répondre à la juste attente
du peuple, votre souverain, qui vous demande une Consti-
tution.
Affligés de vos dissensions interminables, il n'est pas de
départements, pas de municipalilés peut-être, qui ne se soient
empressés de déposer dans votre sein leurs justes sujets
d'alarmes sur les dangers que font courir à la chose publique
vos animosités scandaleuses.
Châlons veut en faire autant ; et c'est dans ces divisions
que son conseil trouve la cause de tous les maux, chèreté
des subsistances, défiance générale, trahison même de
Dumouriez :
Il semble que, dès l'instant de votre entrée dans le sanc-
tuaire auguste des lois, un génie malfaisant a allumé parmi
vous ce fatal flambeau de discorde....
Non, la postérité ne pourra croire que parmi vous, légis-
lateurs, il se soit trouvé des représentants assez criminels
pour avoir voulu faire de l'enceinte et de l'asile sacré des
lois une arène sanglante où, comme de lâches gladiateurs ou
de vils spadassins, on les a vus menacer la représentation
nationale, indignée de cet attentat....
Et qu'est-ce donc que cette insolente audace des habitués
des tribunes?... Vous n'avez donc pas le sentiment de toute
votre force? auriez-vous oublié que vous avez en main la
massue nationale?... Quoi! une misérable poignée de factieux,
d'anarchistes, de vils séditieux à gage vous intimider!
II. M4RNE. 581
Législateurs, osez entendre une vérité terrible, affligeante....
Tous les maux qui déchirent en ce moment notre commune
patrie ont ou leur source ou des appuis parmi vous C'est
du sein même de la Convention qu'est sortie cette fatale pomme
de discorde qui jette partout la défiance
Représentants, ce n'est pas pour vos intérêts personnels,
ce n'est pas pour éterniser vos passions et perdre votre temps
en déclamations haineuses, que la nation vous a confié
l'exercice de ses pouvoirs. Vous avez juré, et toute la France
avec vous, l'unité et l'indivisibilité de la République ; don-
nez-nous enfin une Constitution digne d'un peuple qui, le pre-
mier, a donné l'exemple à l'Europe étonnée de sa régénération
à la liberté'.
Hélas! on touchait à l'avènement du plus dur despo-
tisme. A la nouvelle des funestes journées , le conseil
général du département voulut aviser. Le 10 juin il se
constitua en permanence et convoqua une assemblée de
délégués de différents districts^ Au jour fixé, le 15,
cette assemblée se réunit, et, pour ne laisser aucun doute
sur ses sentiments, elle se lia par un serment et une
déclaration de principes : Unité et indivisibilité de la
République, unité et indivisibilité de la représentation
nationale, inviolabilité des représentants, liberté des
opinions, respect des personnes et des propriétés, haine
i. Archives nationales, D xl § 4, carton 21, dossier Marne. Il y en a deux
exemplaires signés des mêmes noms. — Cf. Barbât, Hisloire de la ville de
Châlons-mr-Marne (1855-1860), t. I, p. 443.
La Société des Amis de la liberté et tic l'égalité de Gueux, écrivant le 9 juin,
semble ignorer encore les événements du 51 mai. Elle se plaint des discordes
de la Convention : « Cependant, il en est temps encore. Faites rentrer dans ce
gouffre tous les monsties cpii en sont sortis pour dévorer la France. Que la
sagesse de vos décrets réduise au silence toute cette tourbe de factieux, d'anar-
cliistes, qni ont fixé trop longtemps vos regards aux dépens de la France inter-
dite.... La Constitution! » (Arcliivcs nationales, 1) xl § 4, carton 21, dossier
Marne.)
2. Note LXXXVIII aux Appendices.
582 PART. II, CllÂP. XIX. LA CHAMPAGNE.
du fédéralisme. On décida l'impression immédiate du
procès-verbal de la séance et la rédaction d'une adresse
à la Convention; et on la rédigea'. Ce n'était plus la
déclamation banale du 12 mai. Point de vaincs menaces,
pas d'injures; mais des vérités et des résolutions.
Après un court préambule, on y disait :
Républicains, nous sommes dignes de parler le langage de
l'austère vérité et vous êtes dignes de l'entendre.
Vous avez renversé le trône, et aboli pour jamais la royauté:
mais, représentants, vous n'avez pas étouffé la tyrannie; elle
s'est reperpétuée sous mille formes ; sa tête altière a osé
s'élever jusque clans le temple sacré de la liberté; elle a osé y
dicter des lois, tantôt sous le nom de Tribunes, tantôt sous le
nom de Sections, tantôt sous celui de Commune, elle les a
dictées les armes à la main.
Cet état d'oppression ne peut plus durer. Dites au peuple :
« Nous ne sommes plus libres », et le peuple saura vous
rendre libres.
Et comment pourriez-vous nous dire : « Nous sommes
libres », tandis que vos décrets vous ont été arrachés par la
violence, tandis que vos représentants, sans accusation déter-
minée, sont mis en arrestation, tandis qu'on leur refuse ce
qu'obtiennent les plus grands scélérats, la faculté de se
défendre? Comment direz-vous : « Nous sommes libres », tandis
que la Représentation nationale a été violée, avilie, tandis
que le fer a été suspendu sur vos têtes, tandis qu'un chef
insolent, qui a osé tourner ses armes contre vous, vit encore?
— L'adresse montre aussi dans les divisions de l'As-
semblée (ce n'était que trop visible) la cause de tous les
1. S(';ince du lô juin. Arcliivcs de la Marne, Uegislres des délibcralions du
conseil général du déi)artonicnt, ù" registre, 1° 11. — Dans la séance du IG, un
membre proposa d'ajouter à la l'onnuie du serment « la haine de la royauté et
de tout autre pouvoir usurpateur, lyrannique et attentatoire à la souveraineté
du peuple » ; — ce qui fui adopté avec le même enthousiasme. Ibid., f" 14.
II. MARNE. 383
maux, et elle dit ce qu'il faut faire pour sauver la Répu-
blique :
Rendre à leurs fonctions les députés détenus ; — Main-
tenir l'inviolabilité des représentants du peuple; —
Ordonner à la Commune de Paris de rappeler ses com-
missaires, et au Conseil exécutif ses agents; — Punir
ceux qui ont violenté la Convention le 2 juin ; — Répri-
mer les communes qui prétendent avoir l'initiative sur
les autres (c'était assez nommer Paris) ; — Obliger les
tribunes au respect; — P'aire observer le décret qui
interdit la lecture des pétitions à la barre: — Faire
imprimer le rapport de la commission des Douze; —
Rendre au peuple la nomination des juges du tribunal
révolutionnaire, et éloigner ce tribunal à trente lieues
au moins de Paris; — Que la liberté de la presse soit
indéfinie; — Et, si les factieux menacent encore les
délibérations de la Convention, en transférer le siège
au centre de la République ^
Avec cette adresse à la Convention, on en fit une autre
aux communes du ressort pour leur exposer les motifs
de ces résolutions :
Profondement affligés des maux qui déchirent la Répu-
blique, les administrateurs ont cru qu'ils ne pouvaient, sans
trahir leurs obligations, rester tranquilles spectateurs de ces
calamités, etc.
Ce n'était pas sans raison. Toutes les communes, en
effet, ne se montraient pas disposées k suivre l'impul-
1. Même registre, f" 15, et Barbât, /. /., p. 447. Une note dit que M. Moignon,
qui avait ou grande paît à la rédaction de celte adresse, lut dénonce au
Comité de salut puljlic, arrêté dans la salle même de la Convention le il juillet
et enfermé au Luxembourg; mais il y fut oublié jus(]u"après le 9 thermidor,
et recouvra sa liberté le 50 de ce mois. ilOid., p. 44S.)
384 PART. II, CIIAP. XIX. LA CHAMPAGNE
sion du département. Dans cette même séance du 16,
l'assemblée départementale avait reçu l'extrait d'une
délibération de Sainle-Menehould, datée du 15, qui
« improuvait la profession de foi du conseil général du
département du 15 de ce mois, quant au principe de
l'inviolabilité des représentants consacré dans ladile
profession, principe qu'elle regardait comme tendant
à détruire la République »; — et la ville rappelait ses
commissaires. L'assemblée expliqua ce qu'elle avait en-
tendu par l'inviolabilité des représentants : c'était la
liberté de leurs opinions, consacrée par la Constitution
de 1790, et elle cassa la délibération de la commune
de Sainte-Menehould ^ ; mais il était trop clair que cette
commune adhérait aux exécutions du 2 juin. D'autres
adhésions avaient précédé. La ville de Sézanne, qui déjà
en octobre avait réclamé contre le projet d'une force
armée tirée des quatre-vingt-trois départements % rédigea
une protestation d'attachement « à la Convention natio-
nale, à la République une et indivisible et à la ville
de Paris, qui, par son dernier mouvement, venait de
1. « L'assemblée, après avoir enteii<lu le procureur général syndic, consi-
dérant que l'article 7 de la 5° section de la Constitution des années 1789, 1790,
et 1791 (non abrogé) porte que les représentants de la nation sont inviolables,
iju'ils ne pourront être recherchés, accusés, ni juges en aucun temps, pour ce
qu'ils auront dit, écrit ou lait dans l'exercice de leurs fonctions ; — que le
déparlement n'a pas entendu donner un autre sens à cet article; qu'il a au con-
traire expliqué ce qu'il entendait jiar ce mot inviolabilité des représentants,
c'est-à-dire une entière liberté dans la manifestation de leurs opinions;...
— qu'il a encore de nouveau, dans une adresse qu'il a présentée à la Conven-
tion nationale, demandé que les députés contre lesquels il y avait un décret
d'accusation fussent jugés par le tribunal criminel extraordinaire, lorsque les
juges et les jurés en auraient été choisis par le peuple; — que la religion du
conseil général de la coninmne a sans doute été surprise;... — qu'il est du
devoir du conseil du département de maintenir la pureté des principes qui font
la base du gouvernement actuel; — arrête que la délibération du conseil géné-
ral de la commune de Sainte-Manehould, en date du 13 de ce mois, sera déclarée
nulle et comme non avenue. » (Même registre, f" 17.)
2. Séance du 51 octobre, Monileur du 1<''' novembre, t. XIV, p. 555.
H. MARNE. 585
cimenter la liberté publique », et elle chargea une dépu-
tation de la présenter à la Convention et à la Commune,
qui la reçurent avec applaudissements'.
Dans la séance du 20, à la Convention, Drouet, député
de la Marne, rendit à son pays ce témoignage, « que les
administrateurs du département avaient bien pris des
arrêtés liberticides et arboré l'étendard de la guerre
civile; mais que les citoyens, toujours patriotes, avaient
improuvé leur conduite » ; et « il a fallu, ajoute-t-il, que
quelques sans-culottes les prissent sous leur sauvegarde
pour les empêcher de subir sur-le-champ le sort qu'ils
méritaient ».
Sur sa proposition, la Convention décréta que le dé-
partement de la Marne avait bien mérité de la patrie ^
Le conseil général de la Marne (faut-il le dire?) était
sur le point de mériter la même approbation. En effet,
cette vigoureuse adresse du 16 n'avait pas encore été
envoyée, elle 21 on délibéra si on l'enverrait ^ Il était
trop clair qu'on ne l'enverrait pas :
Le conseil général, après avoir entendu le suppléant du
procureur général syndic, a unanimement arrêté :
l^Que, les circonstances n'étant plus aujourd'hui les mêmes
que le jour oii l'adresse a été votée, et la Constitution étant
entièrement décrétée, ladite adresse n'avait plus de but et ne
serait par conséquent pas envoyée à la Convention nationale;
2° Qu'il serait fait à tous les départements de la Répu-
blique une adresse fraternelle pour les engager à se serrer
plus que jamais autour de la Convention nationale comme le
point de ralliement de tous les vrais amis de la Patrie et à
1. Séance du 13 juin à la Convention, et du 15 au Conseil général révolu-
tionnaire de Paris. Moniteur du 10 et du 18 juin, t. XVI, p. 044 et 057.
— L'adresse est aux Archives de lEure.
2. Séance du 20 juin, Moniteur du 22, t. XYII, p. 700.
0. M. Barbât, en vantant justement l'adresse, a omis ce détail.
BÉVOL. DU 31 MAI. II — 25
386 PART, n, CHAP. XIX. LA CHAMPAGNE.
maintenir de toutes leurs forces et avec toute l'autorité qui
leur est confiée l'unité et l'indivisibilité de la République.
Et le procès-verbal donne la teneur de celle nou-
velle adresse :
Nous avions juré l'unité et l'indivisibilité de la République;
tous nous avions juré de contribuer de la môme manière et
de tous nos moyens à sauver la patrie, et, tout à coup, nous
nous désunissons. Pourquoi ces mesures diverses ?... Nous
sauvons la République en resserrant les liens qui nous ont
unis, nous la précipitons vers sa ruine en les rompant. Tendre
au même but par les mêmes moyens, c'est vouloir l'unité;
bors de là nous ne voyons plus que fédéralisme.
Jamais on n'a eu plus d'ennemis à combattre! Il faut
craindre que la division aussi ne se mette dans les ar-
mées. — « Que ferions-nous alors? :»
Nos divisions viennent du parti que nous avons pris pour
ou contre les députés mis en arrestation. Nous ne vous di-
rons pas qu'ils sont coupables ; mais nous ne vous dirons
pas non plus qu'ils sont innocents. Écartés, comme nous
le sommes, du théâtre de toutes les intrigues, de toutes les
perfidies, de tous les complots, nous ne pouvons les juger
avec discernement. Le crime est constant, lorsqu'il laisse
après lui des traces matérielles; mais les preuves morales
doivent aussi être comptées pour quelque chose, et c'est sur
le fondement de celles-ci que le peuple de Paris s'est insurgé.
Sont-ils neutres aussi sur le fait de la Révolution?
— Qu'on en juge :
Vous connaissez déjà le résultat de ce grand mouvement
révolutionnaire. La Constitution a été achevée parce qu'on
a rencontré moins d'entraves pour l'amener à sa fm. Mais,
quelle que soit notre manière de voir les événements, au
nom de la patrie, ajournons nos querelles, ayons-en le cou-
II. MARNE. 387
rage, puisque nous sommes forts. Frères et amis, pour nous
sauver, il faut de l'ensemble dans nos moyens, il faut de
l'ensemble pour maintenir l'unité de la République, son indi-
visibilité et celle de la Convention nationale.
— On allait en retrancher comme proscrits ou comme
protestataires plus d'une centaine de membres!...
Que nos forces militaires soient toutes dirigées vers l'ennemi
commun. Vous savez qu'il est sur la frontière ou dans la
Vendée. Toute autre direction tendrait au fédéralisme, nous
environnerait de fratricides et nous ramènerait à l'esclavage —
Voilà les observations, etc.^
Mais tout cela n'effaçait pas l'impression de la pre-
mière démarche. Le conseil se débat péniblement contre
ce qu'il appelle les gens mal intentionnés et leurs ca-
lomnies. Le 24 juin il fait une nouvelle adresse à tous
les citoyens du département pour justifier ses actes :
Citoyens,
La calomnie nous poursuit; nous l'avons méprisée, elle
s'est enhardie par notre silence, etc.
Les événements, ajoutaient-ils, avaient jeté le trouble
dans les esprits. On disait que la représentation na-
tionale était violée par l'arrestation des trente -deux.
Les citoyens voulaient être éclairés ; ils ont fait appel à
leurs administrateurs. — Suit l'histoire de l'adresse
rédigée, adoptée, mais non envoyée comme n'ayant plus
d'objet :
Voilà, citoyens, toute notre conduite —
Heureusement une occasion se présentait de montrer
1. M(Mne registre, f" 19. — Les représentants qui étaient à Chàlons approu-
vèrent le serment du 13 après l'explication du 21. [lOid, ï" 20.)
588 PART. II, CIIAP. XIX. LA CHAMPAGNE.
leur zèle. La Constitution avait été envoyée le 9 juillet.
Les assemblées primaires furent convoquées au 14 juil-
let pour l'accepter; mais en attendant, dès son arrivée,
une salve d'artillerie la proclama, et le 10 août rien ne
manqua au programme de la fête : — Discours, chants
patriotiques, danses, enthousiasme^- et illuminations '.
ni
Ilaule-Murnc.
La Haute-Marne avait bien mieux mérité encore. —
Plusieurs de ses villes avaient fait de chaudes déclara-
tions contre l'anarchie. La Société républicaine de C//(î-
teau-Tliierry ^resfia'il l'Assemblée de faire la Constitution.
Les citoyens de Corgirnon (district de Langres) la récla-
maient de même à hauts cris :
Mais, législateurs, disaient- ils, cette Constitution peut-elle
sortir d'une Convention maintenant aux prises avec le monstre
de l'anarchie? Ah ! voyez les larmes de la France entière,
déplorant le sort malheureux qui lui est préparé, et cessez
d'alimenter dans votre sein l'anarchie par vos bizarres dis-
putes. Si vous n'étouffez ce monstre^, etc.
Malheureusement tout le monde n'entendait pas la
chose de la même sorte. Le comité de la commune de
Chaumont, par exemple, tenait un langage que chacun
des deux partis aurait pu prendre pour soi :
Toute la France vous met sous les yeux les fonctions sacrées
(jue vous avez à remplir et vos assemblées sont continuelle-
1 . Munie registre, f"' 52 à 54 ; le piocùs-verbal qui décrit la fête est suivi
lie deux pages de signatures.
2. Archives nationales, D xl § 4, carton 22, dossier Haute-Marne.
m. HAUTE-MARNE. 589
ment déchirées par la férocité des intrigants et des hypo-
crites Mettez donc fin à vos querelles, plus désastreuses
que la perte de plusieurs batailles; que la majorité toujours
sage fasse taire cette minorité insolente et masquée qui
entrave sans cesse vos opérations. Bannissez à jamais de vos
séances cette partie soudoyée des tribunes, section honteuse
du souverain, qui souille de son haleine impure la majesté
nationale.
Ils sont donc Girondins? Mais voyons la suite :
C'est vers cette montagne sainte que s'élèvent nos regards
inquiets. Ils vous demandent en termes énergiques cette
Constitution sublime qui doit couronner vos travaux et
anéantir nos ennemis. Laissez coasser dans les marais fan-
geux de l'anarchie ces lâches mandataires, couverts du man-
teau du patriotisme. Mais vous, sages de la terre, etc.
Une ^Constitution , une Constitution , une instruction pu-
blique, source des bonnes mœurs.
Pour nous, citoyens représentants, fermes à notre poste,
nous jurons la souveraineté du peuple, etc.
Et que peuvent contre^nous ces conspirateurs liberticides,
ces vils esclaves? Nous précipiter dans le tombeau? c'est nous
lancer plus promptement dans l'immortalité.
La Montagne invoquée, comme on l'a vu, pouvait donc
se flatter de trouver là des amis. C'est la ville de
Chaumont, il est vrai, qui parlait ainsi; et le conseil du
département, que faisait-il? Sur ce point, silence. Les
procès-verbaux de ses délibérations n'existent plus, et
les registres du directoire qui pourraient y suppléer
dans une certaine mesure (car on y trouve deux mani-
festations politiques : l'une, du 17 octobre 1792, pour
applaudir aux succès de nos armées et provoquer à de
nouveaux sacrifices; l'autre, du 6 février 1795, pour
honorer la mort de Lepelletier), ces registres ont une
590 PART. II, CHAP. XIX. LA CHAMPAGNE.
lacune du 18 février au 15 juillet 1793, c'est-à-dire
pour toute la période du fédéralisme en action * ; mais
on sait par un témoignage, porté à la tribune dans la
séance du 11 juin, que le conseil du département, invité
par deux délégués d'un autre département à entrer
dans la coalition, avait passé à l'ordre du jour'. Enfin,
dans le même temps, le 10 juin, les « citoyens libres »
de la ville de Langres écrivaient à la Convention :
Citoyens législateurs, vous venez de démasquer les intri-
gants, les traîtres, les conspirateurs
Et à la môme date :
Incorruptibles Montagnards, concourez à sauver avec nous
la République^, etc.
Inutile d'en dire davantage.
i. Le registre qui va du 17 octobre 1792 au 18 février 1795 porte le
n° 5: celui qui va du 15 juillet 1795 à la fin de ventôse an II (mars 1794), le
n" 7 ; il y a un registre, coté 6, qui semble combler la lacune : il ne lait que
la dissinuiler extérieurement, car il commence au 1'''' germinal (21 mars 1794)
et devrait porter le n" 8. (Archives du département de la Haute-Marne.)
2. Déclaration de Houx. Séance du 11 juin, Moniteur du 12, t. XVI, p. GIO.
5. Archives nationales, D xl § 4, carton 22, dossier Haute-Marne.
CHAPITRE XX
RÉGION DU CENTRE
I
Indre
Le centre de la France demeura presque seul à peu
près insensible à cette grande manifestation antijaco-
bine, que nous avons trouvée si vive dans toute cette
large zone de l'ouest, du sud et de l'est, et même un peu
du nord :
ce Après nous être si longtemps promenés au milieu
des décombres de l'anarchie fumante de carnage, dit
Julien, passons dans le département de Vhidre, qui ne
s'est pas prononcé »; et il se promet de respirer un peu :
« Dans cette lutte d'opinions et de partis, continue-t-il,
il est resté dans la neutralité la plus parfaite. On a
essayé de donner des torts à son silence ; on a jeté au
hasard quelques calomnies, qui n'ont pas eu d'effet et
qui même ont été détruites par un réquisitoire ap})rouvé
du procureur général syndic du '21 juin, et où l'on
repousse les insinuations et les invitations perfides qui
pourraient contribuer aux malheurs de la patrie », —
phrase peu claire dont le vrai sens est donné par le texte
59-2 PART. II, CHAP. XX. RÉGION DU CENTRE.
même du réquisitoire transcrit sur le registre des déli-
bérations du conseil général de l'Jndre (21 juin) :
Citoyens administrateurs,
La coalition de résistance aux décrets de l'assemblée Con-
ventionale qui vous est proposée par quelques départements
ne tend qu'à l'anarchie, à la dissolution de la République
et à disséminer sur tous les points de son territoire les hor-
reurs de la dévastation qu'entraînerait après elle la guerre
civile ou rébellionnaire qui doit en être la suite.
Citoyens, vous repousserez ces invitations, ces insinuations
perfides, vous ne voudrez jamais manquer à la confiance de
vos commettants et contribuer aux malheurs de la patrie.
Je requiers que vous renvoyiez à la Convention toutes les
lettres d'invitation et les arrêtés de ces départements égarés
dans leui's vues du bien public, et que par une adresse vous
émettiez votre vœu d'union indissoluble à la Convention, de
soumission et de respect à ses décrets. Ce 21 juin, l'an II de
la République. Signé : C.-L. Gauthier, procureur général
syndic; Cumat-Guérinet, secrétaire général*.
Et Julien constate que les administrateurs envoyèrent
en effet à la Convention nationale « toutes lettres et
arrêtés des départements égarés ».
- Que pouvait-on demander davantage?
ce Cependant, ajoute notre rapporteur, la Société
populaire d'Argenton les a inculpés sur leur apathie
dangereuse, leur a reproché de s'entourer d'une force
armée » ; et il conclut : « La conduite du département
de l'Indre doit être examinée, quoique le procureur
général syndic vous dise qu'il faut de l'énergie pour être
républicain comme pour être contre-révolutionnaire* ».
1. Extrait du second registre des délibéralions du conseil général de l'Indre
{Archives de l'Indre, L, 22).
2. ia\m\, Rapport, p. 140.
II. NIEVRE. 595
Mais aucune pièce à sa charge ne se trouve dans les
cartons du Comité des pétitions, ni dans ceux du Comité
de salut public.
II
Nièvre.
La Nièvre^ le 9 décembre, à une époque où déjà la
Bretagne, la Normandie et les déparlements de mainte
autre province exprimaient vivement leurs inquié-
tudes, envoyait par son conseil général « l'adhésion la
plus formelle aux décrets de la Convention' ». Cependant,
au mois de janvier, le département commence à se
plaindre des troubles qui agitent l'Assemblée ^ A-t-il
persévéré? La présence de Collot-d'Herbois et de La-
planche en avril comprima peut-être les murmures,
mais elle ne suffit point pour assurer la supériorité aux
Jacobins, ku sein même de la société, à Nevers, ils ren-
contrèrent des contradicteurs. Les Jacobins ne voyaient
pas volontiers le soin de faire la Constitution dévolu aux
Girondins, et, plutôt que de la tenir de leurs mains, ils
en auraient volontiers suspendu le travail : sans avouer
cette pensée, c'était la conclusion où arrivait un des
principaux membres de leur société à Nevers, Damours,
président du tribunal du district. Mais un autre le
1. Archives de la iNièvre, Délibérations du conseil générai du département,
registre 707, f° 15. Le registre n° 707 va du 6 décembre 1792 au 16 février
1795. Le registre 708 devrait commencer le 18 février. Il ne commence que le
18 mars. L'indication du mois de février est effacée sur le parchemin de la
couverture (on la retrouverait peut-être au dos, sous la bande de parchemin
portant le n" 78 et collée précisément au-dessous du mot commencé) ; et plusieurs
feuillets paraissent avoir été enlevés au commencement ; néanmoins le premier
feuillet porte le n' 1, mais la pagination semble être plus rccenle.
2. Archives nationales, D xl § 4, carton 22, dossier Nièvre.
394 PART. II, CIIAP. XX. RÉGION DU CENTRE.
réfuta et montra^aii contraire que la cause du mal était
dans l'anarchie et le vrai remède dans la Constitution;
ne craignant pas d'aller chercher ses autorités dans Mar-
seille, « la ville patriote par excellence >> (elle venait
de réprimer les anarchistes), et dans les paroles d'un de
ses « sans-culottes :», défenseur de l'ordre, un « garçon
menuisier » qui avait dit aux représentants du peuple,
commissaires de la Convention : « Citoyens commis-
ce saires, nous aimons la Convention et les lois, nous
<■( n'aimons pas vos querelles particulières; il n'y a pour
« nous ni montagne ni plaine, il n'y a que la Convention
c( une et indivisihle. Nous voulons le honheur de notre
« pays. J'aime mieux, moi, en mon particulier; travail-
fc 1er pour le riche qui me fait vivre, et me met à por-
cc tée de m'enrichir, que de le piller. Si vous voulez
« l'ordre et la paix, vous serez bien reçus, sinon L . .-nous
« le camp ; car nous sommes las d'être tiraillés en tous
ce sens par des flagorneurs qui nous ruinent^ »
La Nièvre avait-elle songé, comme d'autres départe-
ments, à protéger la Convention dans l'accomplissement
de son œuvre? Il n'y en a pas trace. Le 31 mai, elle
n'était occupée que d'une levée de troupes contre la
Vendée ; mais cette troupe aurait pu prendre un autre
chemin : une manifestation le donne à croire. Avant
de partir, les gendarmes nationaux qui étaient à Nevers
furent reçus par le conseil ; ils y firent une charge à fond
contre les anarchistes dont on venait d'apprendre la
victoire, et leur discours fut, par décision spéciale,
1. Discours prononcé à la Sociclé des Amis de la liberté et de l'é</alilé
de Nevers, le VI mai 1795, l'an II de la l'téjniblirjne, sur la nécessité d'aroir
nne prompte Constitution, d'apri's l'état de la situation civile et politique
dans larjnelle se trouve la France, par le ciloyen Liébaud, avec celte épigraphe •
Vitam impcndere vero. (Aixliives de la iNièvrc.)
II. NIÈVME. 395
inséré au procès-verbal de la séance*. Une déclaration de
ces sentiments, plus régulière et plus expresse, fut faite
le 11 par le procureur général syndic Ballard. Après
avoir retracé le tableau de la France, menacée au de-
dans comme au debors, il posait en principe le main-
tien de l'unité et de l'indivisibilité de la représentation
nationale (ce n'est pas ce qui résultait du 2 juin),
et demandait que l'on rédigeât deux adresses : l'une
à la Convention pour démontrer qu'étant le seul point
de ralliement de tous les véritables républicains, elle
devait être une et indivisible comme la République;
l'autre aux Parisiens pour les inviter à se disculper des
accusations dont ils étaient l'objet'. Il demandait en
outre que l'on créât dans le conseil un comité de sûreté
générale pour veiller à la tranquillité publique et pro-
poser les mesures propres « à déjouer les complots des
aristocrates et des anarcbistes et à faire régner la loi
dans le département )) .
Ses propositions furent adoptées. Ballard lui-même
fut cbargé de l'adresse à la Convention et le président
ToUet de l'adresse aux Parisiens. Le 15, on nomma la
commission de sûreté générale, et Ballard, pour lui
marquer sa voie, lut un réquisitoire sur les mesures à
prendre en vue de la situation actuelle de la République.
Le 15, on tint une réunion plus solennelle pour la lecture
et la discussion des adresses : les autorités administra-
tives et judiciaires et la Société populaire avaient été
invitées à s'y faire représenter. On lut les projets et les
contre-projets, car chacun avait été admis à émettre
ses idées; et, après une discussion fort animée où
1 . Voyez la note LXXXIX aux Appendices.
2. Voyez la iiole XC aux Appendices.
396 PART. II, CUAP. XX. RÉGION DU CENTRE.
Damours, que l'on a vu déjà, fit une vive opposition,
l'adresse de Ballard à la Convention et celle de Tollet
aux Parisiens furent adoptées.
Qu'en advint-il? nous le verrons; mais déjà le senti-
ment exprimé par Ballard gagnait les petites communes.
Celle de Champailement (19 mai) avait pressé la Con-
vention de mettre fin à ses querelles. Celle de Moulins-
Engilbcrt le 11 juin (connaissait-elle les événements du
51 mai?}, prenant le ton de la menace, disait :
11 est temps que les haines disparaissent, que les noms de
la Montagne et de la Plaine rentrent dans le néant.
— Une Constitution !
Si vous ne vous sentez pas le courage de rappeler au res-
pect dû à la Représentation nationale ces tribunes dont les
cris tumultueux et souvent indécents troublent vos délibéra-
tions, parlez ! Le peuple vous donnera des successeurs * !
Que se passa-t-il dans la Nièvre jusqu'en juillet? Rien
d'important qui ait laissé trace au registre des délibé-
rations du département. Seulement, le 18 juin, la Société
populaire de Nevers avait député au conseil pour lui
témoigner le désir de marcher toujours d'accord avec
l'administration, et il y avait eu force accolades ^ Mais
vers le même temps la même société et avec elle le tri-
bunal du district, dont nous connaissons le président,
le district et les juges de paix de Nevers, écrivaient à la
Convention une lettre qui fut lue dans la séance du 20
et qui portait :
Législateurs, fidèles à nos serments, nous demeurons tou-
jours unis à la Convention nationale et, loin de calomnier
1. Ardiives nationales, D xl § 4, carton '22, dossier NièiTC.
2. Archives de la NièvrCj même registre, à la date.
II. NIEVHE. 597
nos frères de Paris, guidés par une reconnaissance si juste-
ment méritée, nous sommes prêts à verser pour eux jusqu'à
la dernière goutte de notre sang'....
Et dans la même séance on lisait cette adresse des
administrateurs du district de Clamecy :
Quel prodige vient de s'opérer au milieu de vous! Les
orages qui troublaient vos séances sont dissipés, d'odieuses
personnalités ne cachent plus le peuple à vos yeux; la Consti-
tution occupe tous vos moments- Ils sont bien perfides ou
bien aveugles ceux qui refusent à la ville révolutionnaire que
vous habitez le tribut de reconnaissance que lui doit la Répu-
blique'!
Quand la Constitution tut votée (celte Constitution que
l'on réclamait partout, sans trop se soucier, à ce qu'il
semble, de ce qu'elle pourrait être), les Montagnards se
sentirent plus autorisés à parler en province, et, le
6 juillet, le procureur de la commune vint an conseil
du département (Ballard y était) pour demander qu'on
la proclamât « à l'exemple des sections de Paris^ ».
La Convention (qui avait beaucoup à faire) se trouvait
alors en mesure d'agir dans la Nièvre. Ses meneurs
savaient qu'il faut frapper l'ennemi à la tète. Le (3 juillet
un décret mit en arrestation et manda à la barre le
procureur général syndic Ballard. Le représentant Fores-
1. Moniteur du 28 juin 1795, t. XVI, p. 749.
2. Ibid., p. 751.
3. « 6 juillet : Une députation de la commune de cette ville introduite, le
procureur de la commune prononce le discours le plus énergique sur la Consti-
tution que viennent de donner les représentants du peuple; que désormais tous
les Français ne devaient former qu'une même famille, et qu'ils devaient à l'envi
suivre l'exemple des sections de Paris qui s'étaient empressées d'accepter avec
enthousiasme la Constitution républicaine, et il a fini par inviter, au nom de la
conmiune, l'administration de se réunir aux autorités constituées pour la pro-
clamation de la Constitution. » — Nulle décision n'est indiquée, ni ce jour ni le
surlendemain 8 juillet. (Archives de la Nièvre, Délibérations du conseil du
département, aux dates.)
398 PART. Il, CHAP. XX. RÉGION DU CENTRE.
tier, qui était alors en mission à Vichy, eut l'ordre
(l'aller à Nevers pour mettre ce décret à exécution.
Quand il y arriva le 11, le décret était exécuté : dans
la séance extraordinaire convoquée pour le recevoir, il
en reçut toute assurance. Ballard, à la nouvelle de la
décision qui le frappait, s'était empressé d'y obéir, sans
même attendre qu'elle lui fût officiellement notifiée.
Forestier n'eut donc devant lui que l'administration
elle-même, et ce fut elle qui se trouva sur la sellette.
On apprend par ses réponses ce que les précédents
procès-verbaux ne disaient pas sur le réquisitoire, et sur
les deux adresses si vivement débattues, mais adoptées :
ces pièces avaient été retirées, ce qui explique suffisam-
ment pourquoi elles n'ont pas été transcrites au regis-
tre\ Mais que contenaient-elles; que disait le réquisi-
toire de Ballard qui avait fait tant de bruit? Heureu-
sement son adversaire Damours était là, et il s'empressa
de satisfaire la curiosité du représentant inquisiteur.
Sa déclaration fut mise au procès -verbal, et c'est par
elle que l'on connaît en substance les documents qui
n'y avaient pas été insérés.
Le réquisitoire de Ballard blâmait hautement la con-
duite des commissaires de la Convention dans les dépar-
tements. Il disait « qu'au lieu d'y venir comme des
anges de paix, ils s'y étaient comportés comme des
proconsuls; qu'ils avaient porté la désolation dans les
familles, destitué les hommes qui avaient la confiance
du peuple et substitué l'anarchie et l'arbitraire à la
loi », etc. Il disait encore « que les lois révolutionnaires
étaient des lois de sang », qu'elles faisaient obstacle au
1. Voyez la note XCI aux Appendices.
II. NIEVRE. 599
progrès de la révolution. Il ajoutait « que la Constitu-
tion devait être suspendue jusqu'au retour des mem-
bres incarcérés » ; que leur incarcération était l'œuvre
des factieux qui avaient soulevé Paris contre la Conven-
tion ; que la Convention avait agi en cela par force;
(c qu'elle n'était plus libre et qu'elle habitait main-
tenant un sol étranger, profané par des désorganisa-
teurs ; que la Commune de Paris faisait la loi à la Con-
vention nationale ».
Après la lecture du réquisitoire, continuait Da-
mours, on lit celle des adresses : « l'une dans les
principes avoués de toute la France », rédigée par le
citoyen Guiilier, vice-président, qui félicitait Paris et la
Convention sur les fameuses journées des 50, 51 mai et
jours suivants^; la seconde, rédigée par le procureur
général dans des principes diamétralement opposés et
« improbative de la Convention et des Parisiens » ; la
troisième, du président aux quarante-huit sections de
Paris, qui condamnait l'insurrection parisienne. Enfin,
ajoutait- il, « ces deux dernières ne peuvent être re-
gardées que comme des ramifications du fameux réqui-
sitoire de Ballard ».
L'honnête homme, ne se bornant pas là, dépeignait
l'inquiétude que donnait à la Société populaire cette lé-
gion de 1100 hommes, qui se trouvait toujours dans le
département, et surtout cette gendarmerie nationale qui
était seule en ville et « semblait fondue dans l'adminis-
tration ». Il la soupçonnait fort de ne rester que pour
se joindre à la force départementale des départements
fédéralisés'.
1. Il venait d'être nommé juré au tribunal révolutionnaire.
2. Archives de la Nièvre, Délibérations du conseil du département, à la date.
400 PART. II, CHAP. XX. RÉGION DU CENTRE.
Voilà bien des suspects ! Forestier prononça quelques
destitutions. Il aurait volontiers frappé sur Ballard;
mais la Convention se l'était réservé, et il ne paraît pas
du reste avoir perdu à cette poursuite autre chose
que sa place : « Vous avez, dit Julien, précédemment
jugé un intrigant du déparlement de la Nièvre. Ballard,
procureur général syndic, a été destitué de ses fonctions
et le département a continué de marcher vers les grands
principes de la République une et indivisible^ »
Le 14 juillet, les deux cantons de Nevers acceptaient
à l'unanimité la Constitution; le 29, Fouché venait
prendre possession de son proconsulat ; le 10 août, il pré-
sidait à la fête où l'on consacra par un serment solennel
l'unité et l'indivisibilité de la République^ — C'est
dans un autre appareil et avec des moyens plus terribles
qu'il devait un peu plus tard l'imposer à Lyon.
III
Allier.
Le département de l'Allier n'a pas gardé les registres
des délibérations de son conseil avant le 2 vendémiaire
an V (25 septembre 1796)^; les conseils généraux des
districts n'ont guère tenu registre que des affaires par-
ticulières courantes, et celui de Moulins n'a, pour la
période qui nous occupe, rien de plus important. Il
i. Rapport, p. 161. — Voyez aussi le Rapport de Julien sur l'arrestation du
citoyen Ballard. (Bibliothrque nationale, Le ^569.)
2. Archivas de la Mèvre, Délibérations du conseil du département, aux dates.
ô. Archives de l'Allier : séances, délibérations et arrêtés du conseil du départe-
ment de l'Ailier, Ld, n" 1.
III. ALLIER. 401
y avait aussi une autre assemblée délibérante à Mou-
lins : la Société des Amis de la Constitution , affiliée
aux Jacobins de Paris, le 19 mars 1791 ; malheureu-
sement son registre présente aussi d'énormes lacunes
pour l'année 1792 et les neuf premiers mois de 1795 :
elle n'y a inscrit que deux séances, mais elles ne sont pas
sans intérêt pour nous. L'une, du 30 décembre 1792,
où l'on a lu l'adresse de Qiiimper sur la garde départe-
mentale (nulle observation), et une lettre de la ville de
Saintes qui invite la Convention de faire tomber deux
têtes, celle de Marat et celle de Louis Capet : cette
fois un membre fait observer que c'est donner bien de
l'importance à Marat que de le mettre sur une même
ligne avec ce parjure, ce traître, etc., observation qui
est approuvée. Dans la seconde séance, 6 janvier 1795,
on constate l'arrivée d'une lettre de la Société du Puy,
rompant tout lien avec la Société mère de Paris, et invi-
tant la Convention à employer la force armée contre les
factieux, à quitter Paris au besoin : même silence que
pour l'adresse de Quimper, et on peut l'interpréter dans
le même sens*.
La Société de Moulins ne partageait en effet d'aucune
sorte les sentiments de Quimper et du Puy pour ceux
que les lettres de ces deux villes appelaient factieux.
A la première nouvelle de l'arrestation d'Hébert, elle
lui adressait l'expression de la profonde indignation
dont elle était pénétrée pour l'attentat commis sur sa
personne; et par une autre lettre elle en voulut donner
un témoignage public. Elle assurait la Commune, dont
Hébert était l'un des agents, « qu'elle connaissait les
\. Bibliothèque de la ville de Moulins, registre 345, f" 50.
BÉvoL. DU 51 MAI. ir — 20
402 PART. II, CHAP. XX. RÉGION DU CENTRE.
projets dos contre-révolutionnaires perfides dont tous les
efforts tendaient à pervertir l'opinion des départements
sur le courageux civisme et l'énergie républicaine de la
ville de Paris ». Elle déclarait que les représentants de
la ville de Paris jouissaient de toute sa confiance et qu'ils
avaient bien mérité de la Patrie.
Ces deux lettres furent lues et, on le peut croire,
acclamées, le 4 juin, dans la séance du conseil général
de la Commune de Paris*.
La Société de Moulins s'associait donc aux manifes-
tations les plus révolutionnaires de cette commune.
Elle aurait souscrit à la pétition des sections de Paris
contre les Vingt-Deux. Elle fit même, le 27 ou 28 mai,
imprimer une adresse où elle pressait la Convention de
les mettre en jugement ; et, pour lui donner plus d'au-
torité, elle tenta d'y associer le district de Moulins^
Mais le district cette fois sortit de son mutisme en
matière politique, et il mentionne dans son registre,
avec la démarche de la Société jacobine, son refus lon-
guement et fortement motivé d'y adhérera II se propo-
sait, au retour de quelques administrateurs occupés
ailleurs, de rédiger lui-même une adresse pour inviter
la Convention à l'ajournement de ses qu(;relles, à l'u-
nion de tous ses membres , en vue du bien public
(29 mai). — Les événements marchèrent plus vile.
Quelques jours plus tard, on apprenait la révolution
consommée le 2 juin.
Le district de Moulins venait de m.anifester son opi-
nion. Celui de Donjon, à la nouvelle de la révolution,
1. Monilcui- du 7 juin 179"), t. XVI, p. 503.
'2. L'adresse inipriinéc se trouve aux Archives du déparlement de la Meurtlie.
5. Voyez la note XCII aux Appendices.
m. ALLIER. 403
convoqua les citoyens dos communes de son ressort et
pressa l'administration départementale de s'unir aux
autres départements pour la résistance. Celui de (jannal
fit aussi une adresse contre le 51 mai au conseil du
département'. Il était trop tard. A la première nou-
velle de ces journées, le conseil du département avait
accepté les faits accomplis. « Dès le 4 juin, dit Julien,
le département de l'Allier émit son vœu, conformément
aux mesures que vous aviez prises le 2 du même mois;
et dans le choc d'opinions diverses qui commençaient
à se faire sentir, pour mieux resserrer les liens de
l'union et de la fraternité, il ordonna dans son arron-
dissement une fête civique".
Brissot avait donc été bien mal avisé, quand, fuyant
devant la proscription, il prit son chemin par Moulins.
Il y fut arrêté le 10 juin, et le conseil du département
trouva dans cet incident l'occasion de donner à Paris
un gage irrécusable de ses dispositions politiques. Il en
informa la Convention le jour même, n'attendant qu'un
signal de sa part pour lui livrer le fugitif'; et, le district
de Gannat ayant reproché au déparlement cette arres-
tation d'un représentant du peuple, la Société populaire
demanda la suspension de ces administrateurs brisso-
tins et l'envoi de Brissot à Paris.
On a par un agent, Diannyère, que le ministre de
l'Intérieur avait envoyé, dès le 18 mai. dans l'Allier*,
1. Noie XCin aux Appemllces.
2. Rapport, p. 15. — J'ai dit que les registres manquent. Il n'est pas k
croire que Julien ait confomlu cette manifestation du département, 4 juin, avec
la lettre de la Société populaire de Moulins, lue ce niènie jour à la Commune,
et qui était par conséquent antérieure à la connaissance de la Révolution.
5. Séance du 15 juin. Moniteur du 14, t. XVI, p. 655. — Brissot écrivait eu
même temps à la Convention, cl lui expliquait sa fuite en des termes qui n'étaient
pas destinés à la toucher. (Ibid.)
4. Lettre de l'agent Diannyère. Moulins, 19 juin : « Brissot est gardé dans une
404 PART. II, CHÂP. XX. RÉGION DU CENTRE.
quelques détails sur cette détention de Brissot qui ne
dura guère, car, dès le 17, le Comité de salut public se
le fit envoyer^ Quant au district de Gannat, la Conven-
tion fit plus que d'en destituer les administrateurs. Eilc
transféra, par un décret du 23 ou 24 juin, le siège du
district à Saint -Pourçain. Mais Gannat protesta : la
démarche dont on lui faisait un crime n'était qu'un
projet non réalisé, et le 6 juillet, comme Forestier,
accompagné du procureur général syndic, venait procé-
der à cette opération, il reçut communication d'un autre
décret du 3 qui rétablissait toute chose en l'état \
La Convention pouvait user d'indulgence dans l'Allier.
Tout désormais était soumis, la Constitution acceptée,
proclamée même avant d'être acceptée, selon les pres-
criptions très prudentes du décret du 27 juin. Le district
de Moulins ne faisait que les appliquer lorsque, dans
l'arrêté qu'il fit à ce propos le 6 juillet, il dit :
Art. 0. Que toutes les municipalités seront tenues de faire
proclamer, sur-le-champ et au moment delà réception, l'acte
constitutionnel, le décret et l'adresse, et qu'elles sont invi-
tées à donner à cet acte important la plus grande solennité^.
auberge située dans la place d'armes, près de la municipalité et du corps de
garde; il a deux sentinelles, l'une à la porte de sa chambre, l'autre au bas de
l'escalier; on n'entre chez lui qu'avec la permission de la municipalité; on lui
prête des livres et les journaux; le peuple ne s'est jamais attroupé devant sa
maison .
« Hier, 18 juin, le conseil du département de l'Allier a reçu du district de
Gannat une lettre qui lui ro])i'othe d'avoir arrêté un représentant du peuple.... »
— La déuiiirche a été improuvée. I/ageul signale les relations de Brissot avec
Garmat par l'intermédiaire d'un administrateur de l'Allier : « La Société popu-
laire a demandé que les adminiï-trateurs de Gannat fussent suspendus, el Drissot
envoyé à Paris. » (Archives nationales, Y i" àôO, lioss^icv Dianiiijhe.)
i. Séance du il juin, Moniteur du 19, t. XVI, p. 071.
2. Arcliivcs de l'Allier, Le 52, Registre du du-ectoirc du district de Gannat.
f" 90 el 90.
3. Archives de l'Allier, Registre des délibérations du district de Moulins, f" 88.
III. ALLIER. 405
La réunion des assemblées primaires, pour l'accep-
tation, était ajournée au dimanche 14.
L'agent cité plus haut, Dianuyère, a fait un tableau
curieux du département qu'il était chargé d'éclairer et
d'observer. La population ne se montrait probablement
pas très communicative avec cet étranger. Il en prend
occasion d'écrire :
Les habitants de ce département se tiennent toujours à
l'écart, ne parlent que lorsque les événements ont prononcé
et n'agissent autant qu'ils peuvent que pour ménager tous
les partis, toutes les opinions '.
Un incident curieux peut faire croire que la ville
n'avait pas, pour la dernière révolution, les sentiments
de la pluralité de ses administrateurs. Ces derniers,
pour préserver leurs administrés de la contagion des
fédéralistes, eurent la pensée de célébrer une fête civique
oii tous les citoyens se promettraient « union, paix, fra-
ternité et indivisibilité ». — C'est sans nul doute la
1. 27 noût 1795. Archives nationales, F i" 550. A la date du 12 juin on trouve
celte correspondance du commissaire avec sou ministre :
« Citoyen Ministre,
« Le 31 mai je vous ai envoyé le plan que je désirais suivre dans mes tra-
vaux; je vous ai demandé plusieurs lois qui m'étaient nécessaiies^... et je n'ai
reçu aucune réponse.
« Citoyen Mmislrc, lorsqu'un homme ignore si son plan de travail est
approuvé,... il est difficile qu'il n'ait pas quelques inquiétudes; il est dans
l'ordre qu'il en tasse paît à celui qui peut les dissiper.
« Moulins, 12 juin 1795, l'an II de la République française.
« Dl.VNNYÈRE. »
Réponse. (C'est la minute dictée par le ministre à la lecture de la lettre.)
« Je vous envoyé, mon cher commissaire, les ouvrages que vous me demandez
pour la Société d'Agriculture de Moulins. Ofliez-les-Iui de ma paît, et asMiroz-la
que personne ne prend plus de purl que moi à ses progrès Je suis content de
vos obs'Tvations. Continuez et surtout présentez-moi les objets avec de grands
détails el une scrupuleuse exactitude. »
406 PART. II, CHAP. XX. RÉGION DU CENTRE.
fête dont Julien nous parlait Lout à l'heure. — l.a
Société populaire eut quelque doute sur le bon effet de
celte cérémonie. Un membre fil celle observation, que
la ville était divisée en deux partis : ceux qui aimaient
el ceux qui n'aimaient pas la Révolution. Tout bien pesé,
il parut bon d'aller individuellement, et non en corps,
à la fête. Une section de la ville décida même qu'elle
n'irait pas. La fêle eut lieu le 16 juin. Elle ne réussit
pas. A la Société populaire on l'appela, avec applaudisse-
ments des membres et des tribunes, la fête des dupes;
et Diannyère ne dissimule pas le mauvais succès de cette
invention :
D'abord, dit-il, la promesse est le serment que tous les
Français ont prêté; et réitérer un serment, c'est accoutumer
les hommes avec l'idée que l'on peut l'avoir oublié, c'est lui
ôter ce qu'il avait de sacré !
Bonne réflexion, trop souvent négligée.
Enfin, une réunion manquée rend une véritable réunion
beaucoup plus difficile; elle exaspère les esprits, elle attise
les haines particulières. Une de mes prochaines lettres vous
le prouvera par les faits. Je l'avais prévu ; je l'avais prédit à
quelques membres du département; mais il n'était plus
temps, l'arrêté était publié'.
Une autre fête fut célébrée un peu plus tard, comme
presque partout en France : la fêle de la Constitution
acceptée, cette fois, le jour anniversaire du 10 août :
L'évêque constitutionnel a dit la messe; on a chanté un
Te Deum. Personne, ajoute Diannyère, ou du moins presque
personne n'a réclamé contre la messe et le Te Deum ; n'a pensé
ou du moins n'a dit hautement qu'ils étaient anticonstitu-
1. Moulins, IS juin 171)3, Tau II de la Uépubliquc Française. (Arcliivcs natio-
nales, 1' 1' 550.)
IV. CREUSE. 407
tionnels. Ainsi, vous voyez que les vrais principes de liberté
n'ont pas encore fait de grands progrès dans la ville de Mou-
lins '.
IV
Creuse.
La Creuse comme l'Allier avait fermé l'oreille à toutes
les sollicitations des fédéralistes, et Bourganeuf était
honorablement signalé par Julien comme ayant arrêté
plusieurs courriers du Calvados et de la Gironde ^Dian-
nyère. qui vint un peu plus tard dans le département ^,
affirme du reste qu'on n'avait rien ni à en espérer ni
à en craindre. On le peut croire d'après la description
qu'il en fait. 11 dit, dans une lettre du 50 du l'"" mois
de Tan II (21 octobre 1795) :
Depuis le commencement de la Révolution, les départe-
ments, pour la plupart, ont fait parler d'eux
Le département de la Creuse n'a rien proposé, n'a rien re-
fusé, ne s'est opposé à rien, a fait, autant qu'il l'a pu, tout
ce qu'on lui a demandé. Quelles sont les causes de cette con-
duite singulière?...
1. 11 août 1795, même dossier. — 11 parle, dans une autre letlrc (12 juillell795),
de l'hôpital de Moulins, desservi p;u' des religieuses, qu'il riiialifie de papistes;
« car elles ne vont pas à la messe » (du curé constitutionnel). Elles sont entière-
ment attachées à leurs fonctions; — il est d'avis qu'on les garde. — Voilà un
agent qui^ en un autre temps qu'en l'an de grâce 1793, aurait bien pu se l'aire
destituer.
2. Rapport, p. 60.
5. Il écrit le 20 du 1"^'' mois an II (11 octobre 1795), au ministre de l'Intérieur :
... « Les pouvoirs et les instructions que votre prédécesseur m'avait donnés,
ne m'autorisaient qu'à tout examiner, tout voir, tout entendre, et qu'à lui faire
part de ce qu'il y avait d'important.
« Voire lettre, sous plusieurs rapports, change mes fonctions. Elle me charge
de maintenir de tout mon pouvoir les principes révolutionnaires, de vivifier et
éclairer l'esprit public. » — Il demande qu'on lui envoie les lois révolution-
naires. (Archives nationales, F r'" 550.)
408 PART. II, CIIAP. XX. RÉGION DU CENTRE.
Les habitants de la Creuse, placés presque au centre de la
République, sur un sol ingrat, hérissé de rochers et de
montagnes arides, sans villes populeuses, sans manufactures
de première nécessité, sans rivière navigable et presque
sans grande route, n'ont que le temps de gratter la terre,
d'amasser une faible récolte et de songer à se procurer des
vivres.
Pour vivifier et éclairer leur esprit public, il faut donc
commencer par les assurer qu'ils ne mourront pas de faim —
Et dans une autre du dl du 2^ mois (1*' novembre
1793) :
Les gens riches et la plupart des gens aisés sont aristo-
crates; la masse des habitants déteste l'ancien régime, la
noblesse, la royauté, et n'aime pas les prêtres. — La masse
des habitants est ignorante. — La masse des habitants n'a
jamais voulu et ne voudra jamais rompre l'unité de la Répu-
blique, renoncer à son indivisibilité. — La masse des habi-
tants est peu révolutionnaire, elle ne désirera jamais que l'on
prenne des mesures sévères contre les modérés, les feuillants,
les ennemis tranquilles de la Révolution; elle croira difficile-
ment que tous ceux qui ne sont pas ouvertement pour nous,
qui n'ont pas toujours été bons citoyens, sont contre nous,
sont mauvais citoyens; mais, loin de s'opposer aux mesures
que la loi prendra, ou que les autorités constituées prendront
d'après les intentions de la loi, elle ne murmurera même pas ^
Corrcze .
La Corrcze nous rapproche de la région où Bordeaux
étendait son influence.
1. Archives nationales, même dossier.
V. CORRÈZE. 409
La Corrèze comme la Haute-Yienne, sa voisine, mani-
festa de bonne henre son étonnement attristé des trou-
bles qui agitaient la Convention et sa résolution de la
défendre. Le 29 décembre 1792 les habitants de la ville
de Tulle écrivent à la Convention qu'ils sont « sincère-
ment affligés de ne point trouver un Sénat inflexible,
émule de celui de Rome » :
Etait-il donc besoin d'appeler dans son sein tant de philo-
sophes français et étrangers, pour ne les voir s'occuper que
de leurs propres débats et de leurs systèmes particuliers, pour
ne les voir figurer dans les journaux que par des personna-
lités indécentes? Voudraient-ils nous convaincre que la philo-
sophie n'est bonne qu'en spéculation?...
Et ils ne s'attaquaient pas seulement aux philoso-
phes :
Pourriez-vous aussi, législateurs, ne point rappeler à leurs
devoirs ceux de vos collègues qui s'occupent de faire des
journaux, au lieu de travailler à remplir leur mission? Tous
les jours nous voyons dans les papiers publics des prospectus
de journaux rédigés par des députés à la Convention. Ce sont
des législateurs que nous y avons envoyés et non des follicu-
laires. Est-ce l'avidité du gain qui leur fait entreprendre ces
sortes d'ouvrages? Et comment croirions-nous inaccessibles à
l'or des despotes, des hommes qui en mendient dans les ate-
liers des imprimeurs? Trouvent-ils qu'ils ne sont pas assez
payés par la nation?...* Qu'ils comparent leur salaire avec
celui des autres fonctionnaires de la République.
Ils leur mettaient le marché à la main :
... Si vous ne vous sentez pas assez de courage pour braver
la fureur des tyrans, les intrigues des agitateurs, revenez;...
les assemblées primaires sont prêtes à vous remplacer.
1. Pas de lacune.
410 PART. Il, CHAP. XX. RÉGION DU CENTRE,
Il est des hommes qui sauront réduire les factieux
Parlez, législateurs. Si vous n'êtes point libres, nous volerons
à votre secours, et nous saurons vous défendre contre leurs
entreprises illégales, nous saurons vous conduire dans des
lieux où vous pourrez travailler en sûreté '
Le 9 janvier 1795 le conseil général du département,
à son tour, prenait cet arrêté, qu'il faisait afficher dans
ses communes et envoyait dans les départements :
Le Conseil général du département de la Corrèze, instruit
que des factieux égarent le peuple de Paris; qu'à leur insti-
gation, une Société, jadis célèbre par son patriotisme, s'est
déclarée contre-révolutionnaire, en arrêtant que la minorité
de la Convention nationale serait invitée à résister aux déci-
sions de la majorité, etc.
Arrête :
Art. 1". Il sera fait une adresse à la Convention, pour lui
demander d'organiser promptcment l'insurrection des quatre-
vingt-quatre départements contre toute faction désorganisa-
trice qui oserait attenter à la souveraineté nationale.
Art. 2. Il sera demandé à la Convention nationale, par la
même adresse, de déterminer les mesures convenables pour
soustraire la fortune publique aux entreprises des factieux.
Art. 5. Il sera ouvert, sur-le-champ, dans chaque muni-
cipalité du département* un registre pour recevoir l'inscrip-
tion des citoyens qui voudront concourir à la formation d'une
force armée pour la garde de la Convention nationale.
Art. 4. Toutes les gardes nationales du département de-
meurent en état de réquisition permanente.
Art. 5. Le présent arrêté sera envoyé à la Convention
nationale, elc.^
1. Archives nationales, D xi, § 4, carton 19, dossier Corrèze.
2. Extrait du Registre des délibérations du conseil général d'administration du
déparlcincnl de la Corrèze, séance ))ul)li(|ue du î) janvier 1790, l'an II de la
République française. — Le placard se trouve aux Archives du département de
V. CORRÈZE. 4M
Quant à l'adresse à la Convention, elle était bien ce
qu'on avait voulu qu'elle fût :
Représentants,
Une faction désorganisalrice domine à Paris....
Mandataires du peuple, prenez enfin l'attitude qui vous
convient; sortez de cette faiblesse qui bumilie vos commet-
tants et fait la force de vos ennemis. Organisez promptement
l'insurrection de la France entière contre les factieux. Indi-
quez le lieu où vos suppléants devront se rassembler au
besoin pour sauver la liberté ; que la force armée des départe-
ments soit appelée dans Paris ; qu'elle entoure la Convention
nationale de son respect et de ses baïonnettes, et soyez
assurés qu'alors les hurlements de la terrasse des feuillants,
les vociférations des stipendiés des tribunes et les pétitions
d'une commune séditieuse ne viendront plus influencer vos
délibérations et vous faire rapporter vos décrets. Soyez assurés
qu'alors Catilina prendra la fuite avec tous les Capets —
Représentants, le département de la Corrèze n'attend que
le signal ; sa force armée est prête ; ou vous serez libres dans
Paris, ou cette ville cessera d'être honorée de votre présence ^
Enfin, le 22 janvier, le département se déclarait en
permanence pour protéger les représentants contre les
anarchistes ^
Seinc-eL-Oise, dans un dossier portant ce titre : Objets relatifs aux éve'nemeiits
du 21 juin 1702; on dirait mieux du 2 juin 1795.
La lettre qui en accompagnait l'envoi était ainsi conçue :
8 Tulle, 9 janvier 1795.
« Citoyens et Collègues,
« Presque tous les départements viennent de prendre des mesures vigoureuses,
pour déjouer les projets liberticides des malveillants de Paris.
« Nous vous soumettons avec confiance le moyen que le conseil général du
département de la Corrèze a cru devoir adopter. »
— Il y en a aussi un exemplaire aux Archives de Seine-et-Oise.
i. Adresse du conseil du département de la Corrèze, du 9 [janvier] de l'an
1795. — Archives de Seine-et-Oise, même dossier,
2. La pièce se trouve dans les Archives de l'Eure.
412 PART. II, CIIAP. XX, RÉGION DU CENTRE.
A peu près à la même date (20 janvier), la Société
des Amis de la liberté et de l'égalité d'Ussel adressait
à la Convention cette mercuriale qni atteignait du même
coup le principal auleurdu mal, la Commune de Paris :
Les lois les plus salutaires restent sans exécution, vos per-
sonnes sacrées sont en péril, la dignité nationale s'avilit, une
faction scélérate assiège le lieu de vos séances
Vous rappelez sans cesse par vos décrets, sages législa-
teurs, les peuples du globe à leur indépendance naturelle, et
la Commune de Paris ramène sur la France le joug insuppor-
table de notre ancienne servitude.
Frappez d'un décret de mort la tète ambitieuse qui s'ef-
force d'établir les fondements d'une nouvelle dynastie sur les
ruines de la République naissante,... la Commune de Paris
qui, comme une autre Rome, aspire à la domination univer-
selle. Législateurs, la pairie vous regarde, notre sang est à
elle. Parlez, nous partons, les ennemis de la liberté vont dis-
paraître*
Les femmes même faisaient de la rbétorique sur ce
thème-là : témoin cette adresse des citoyennes libres de
la ville de Tulle (reçue le 8 mai) :
Un vaisseau a mis à la voile Il porte le trésor le plus
heureux de l'espèce humaine.,,.
Les vents soufflent
Le pilote éperdu appelle les matelots..,. L'équipage est
sourd à sa voix,,.. Le démon de la haine a soufflé son venin
dans tous les cœurs
Citoyens législateurs, ce vaisseau est la République fran-
çaise.
Soyez unis, la Patrie vous en conjure*,...
Voilà bien des encouragements! Mais la Corrèze avait
i. Arcliives nationales, D xl § 4, carton 19, dossier Corrèze.
2. Nombreuses sisnalures. — Même dossier.
V. CORREZE. 415
parmi ses représentants un montagnard, Brival, qui
s'empressa d'écrire à ses concitoyens pour leur présenter
les fameuses journées à sa manière :
Citoyens, ne vous laissez pas séduire par les récits infi-
dèles
Le peuple de Paris, indigné depuis longtemps de la perfidie
d'une faction libeiticide, s'est levé pour la quatrième fois; il
a repris la massue d'Hercule pour nettoyer les étables d'Au-
gias. Oui, il s'est levé, non avec la hache et les poignards
des assassins, mais avec... la noblesse et la dignité des répu-
blicains qui veulent vivre et mourir libres Ce peuple juste
et humain sait que ce n'est point avec la torche des furies
qu'on éclaire les esprits —
Après cet exorde étourdissant et tout ce fracas d'ima-
ges qui s'entre-choquent, il dit que l'Assemblée était
libre les 51 mai et 2 juin. Et voici comment il le
prouve :
Dire que l'Assemblée n'était pas libre lorsqu'elle s'est
déterminée à détruire le tribunal inquisitorial des Douze;
qu'elle n'était pas libre lorsqu'elle a décrété l'accusation de
trente-deux de ses membres,... c'est dire que celui qui arrête
un voyageur pour lui enlever la fortune ou la vie n'est pas
libre, parce que ce voyageur présente des armes pour se dé-
fendre.
Le voyageur sans armes, détroussé par des brigands
armés, est bien moins libre encore! — La défense de la
Révolution devait tourner à l'apologie de Paris :
On calomnie les Parisiens.
Depuis la régénération de la France, Paris s'est montré
grand et majestueux Manquer l'occasion de sauver la
République, c'est la perdre pour jamais. Paris l'a saisie....
... Paris a toujours reconnu qu'il n'était qu'un membre
414 PART. II, CIIAP. XX. REGION DU CENTRE.
du corps politique, et que l'ensemble de ce corps résidait
dans les départements réunis. Si quelquefois il a agi sans
les consulter, la nécessité et le salut de la République lui en
ont fait une loi ; s'il n'eût pas saisi l'instant pour briser vos
fers,... vous auriez été encliaînés de nouveau.
Il est presque muet d'ailleurs sur les événements des
deux journées. En fait de détails, voici les seuls qu'il
donne :
Pourquoi ne vous a-t-on pas dit que l'Assemblée entière
était sortie de la salle, qu'elle avait parcouru librement le
Carrousel et les Tuileries, et que partout on n'entendait que
les cris d'un peuple immense et de cent mille hommes armés
qui répétaient sans cesse : « Vive la République! Vivent les
Députés patriotes! »
Les Parisiens veulent fraterniser avec les départe-
ments; et il écarte toute idée de lutte :
Ne craignez pas de choc entre eux et les Bordelais, les
Marseillais et les Brestois. Qu'ils viennent tous, les guerriers
de la République, qu'ils viennent! Paris n'en acquerra qu'une
nouvelle force *.
Assurément, il ne parlait ainsi que pour persuader aux
Corréziens de rester chez eux.
C'est ce qu'ils firent, et, loin de céder à l'entraîne-
ment général, ils travaillèrent, dès ce moment, à le
c(uiiprimcr. On s'était monti'é jusque-là dévoué à la
Convention dans la Corrèze. On se dit qu'en continuant
de la défendre, on lui restait fidèle. Trente à trente-
deux membres avaient été proscrits : mais, après tout,
n'était-ce pas la Convention qui avait voté les décrets
de proscription? Lavaugayon, délégué de Bordeaux, pour
1. Voyez la pièce cnl'icvc diinsVIlisloire jiarlemcnlaire, t. XXVIII, p. G0-G7.
V. CORRKZR. 415
rallier à la défense des députés ainsi frappés les départe-
ments du voisinage, dit dans son rapport :
Le district de Tulle a répondu à notre circulaire par une
improbation formelle; le département a gardé le silence;
mais nous avons su qu'il avait donné son adhésion aux jour-
nées liberticides.
Nous avons dit, en effet, comment les délégués de la
Ilaute-Vienne, recommandant les propositions de la
Côte-d'Or, y avaient été accueillis. On ne s'en tint pas
là. Dans la séance du 16 jnin, la Convention reçut un
délégué de la Corrèze qui, priant l'Assemblée « de
porter son attention sur la manufacture de Tulle, sus-
ceptible d'un très haut degré d'activité «, déposait sur
le bureau un arrêté de son département, par lequel
il rejetait les propositions de la Côte-d'Or et de la Haute-
Vienne'. — Quel argument en faveur de la manufacture
de Tulle! — Et une adresse de la ville d'Uzerche reçue
le 19 juin, tout en protestant contre les factions, contre
les arrestations mêmes des députés, acceptait les faits
accomplis :
La Constitution, la Constitution! Voilà le cri de tous les
Français. Plus de factions, elles nous tuent....
Représentants, l'arrestation de plusieurs de vos membres
éclairés et courageux a indigné beaucoup de Français. Voulez-
vous vous justifier? Faites une bonne Constitution.
Représentants, la majorité de la nation est révolutionnaire,
mais elle n'est ni désorganisatrice, ni anti-sociale. Elle a vu
avec une espèce de plaisir l'établissement du Comité de salut
public. Elle croyoit que le Comité accueilleroit la Constitu-
tion. Jusqu'à présent, il ne s'est occupé que d'arrestations
inutiles sur des motifs ignorés. S'il continue, il perdra notre
1. Moniteur du 18 juin 1795, t. XVI, p. GGl.
416 PART. II, CIIAP. XX. REGION DU CENTRE.
confiance; s'il fait faire la Constitution, on chantera son apo-
théose'.
Il était facile de les satisfaire. A leur tour, les citoyens
libres d'Usselréunis à la Société populaire de cette ville,
rendant grâce pour la Constitution qu'ils venaient de
recevoir et d'accepter, écrivaient (14 juillet) :
Nous jurons... de démasquer les intrigants, de poursuivre
les anarchistes comme les royalistes ; nous abjurons le fédé-
ralisme et toute coalition qui tendrait à usurper la représen-
tation nationale^
Comme la Haute-Yienne, le département s'était dé-
claré contre le mouvement de Bordeaux et contre les
armements dirigés sur Paris. On lit dans son manifeste
adressé au conseil général de la Gironde et répandu
dans tous les dé[)artements (17 juillet) :
Eh quoi! Yous avez, dès le berceau de la Révolution,
conduit vos administrés d'une manière exemplaire et vous
souffrez que Chambon et Lindon [Lidon], échappés de la
maison où ils avoieiit été consignés, se soient retirés parmi
vous? Vous soutfrez que, jadis représentants du pcu|)lc dé-
putés par notre département, maintenant agitateurs et vrai-
semblablement traîtres à la patrie, ils prêchent sur votre
territoire la révolte et le déchirement de la République et
portent à tous vos conciliabules la torche de la guerre civile
pour aller brûler Paris et la Convention nationale!
lia ! citoyens frères, déchirez le bandeau de l'erreur, ab-
jurez quelques affections particulières
Et comparant la Convention avant et après le 31 mai :
Dites-nous si vous préfère» une Convention avilie, paralysée,
réduite par ses passions et ses intrigues à l'impossibilité de
\. Arcliives nationales, D xi. § 4, carlon 19, dossier CojTèze.
2. Ibid.
V. CORREZE. 417
sauver la République, à une Convention qui vient de donner
à la France une Constitution que tous les bons citoyens s'em-
pressent d'accepter. Le 10 août n'est pas éloigné; le vœu du
souverain vous apprendra la vérité, vous devez l'attendre, ou
convenir que vous êtes décidés à sacrifier la patrie entière à
trente-deux hommes.
Tous désirez qu'ils obtiennent justice, et nous aussi ; mais,
sous prétexte de le réclamer, n'armez pas les citoyens contre
les citoyens, ne portez pas le feu au cœur de la République,
ou nous vous regardons comme des incendiaires.
Ils rappellent les forces dont ils disposent : huit cent
quatre-vingts hommes armés, quatre mille en réquisi-
tion permanente :
Si vous partez pour Paris, vous les trouverez à votre passage
et nous à leur tête.
Maintenant partez,... mais écoutez*....
C'est donc à bon droit que Julien, dans son rapport,
constatait que la Corrèze n'était pas entrée dans la coali-
tion" ; et en septembre l'agent Soulet transmettait à son
ministre celte note, qu'il tenait « d'un homme instruit
et excellent républicain », sur les principales villes du
département :
Tulle. — Toujours amie de la R.évolution, à quelques
nristocrates près, que les bons patriotes ont soin de faire ren-
fermer.
Brives. — L'esprit public affaibli par attachement à leur
concitoyen Lidon (Girondin) ; — mais ramené.
Userche. — Envoie chaque dimanche de vrais républi-
\. Les points sont dans le texte. Nétant pas allé à Tulle, j'ai tiré cette adresse
des registres du conseil général des Haules-Pyrénées, qui en avait reçu commu-
nication. Je l'ai trouvée aussi dans les Archives de l'Eure.
2. Rapport, p. 58.
RÉVOI.. DU 51 MAI. II — 27
/tlS PART. II, CIIAP. XX. RÉCION DU CENTRE.
cains prêcher dans les paroisses ; fait mettre en arrestation
les suspects.
Signé : Cledat Lavigerie, membre de la Société populaire
et du Comité de salut public. — Userche,
29 septembre 1 795 ' .
VI
dier.
Le département le plus central, c'était le Clier, et
celte position faillit lui imposer un rôle dont il ne se
souciait en aucune sorte. De tous les points de la France
les yeux étaient tournés vers Bourges. A Caen, à Bor-
deaux, à Nîmes, à Marseille, à Grenoble, dans le Jura,
on ne parlait que d'y envoyer les suppléants. Mais
Bourges, ainsi désignée pour être la capitale du fédéra-
lisme, était la ville la moins fédéraliste de la Bépu-
blique. A aucune époque le département ne s'était
permis d'intervenir par un murmure, par une plainte,
dans les querelles de la Convention. Le registre de ses
délibérations le prouve", et Torné, son évoque, put en
prendre l'Assemblée à témoin. Si, le ^1 avril, le conseil
créa un comité de salut public, ce n'était qu'une mesure
de sûreté générale. Si dans les séances des 4, 5, 6, 0
et 12 mai il discuta et fit un arrêté relatif à l'organi-
sation d'une force départementale, c'était pour la mettre
à la disposition du ministre de la Guerre".
1. Arcliives nationales, F i* 551, dossier Soulet.
'2. Le dossier du Cher dans les cartons du Comité des pétitions aux Arcliives
nationales porte : néant.
5. Archives du Cher, L 82, Registre dos délibéralions du conseil général du
dcparleineiit, aux dates, et Archives nationales, AF n, dossier 154, n" 12.
Yî. riIRR. 419
Il avait donc laissé passer, sans qu'il parût s'en
préoccuper davantage, les propos tenus à la Convention
ou les projets émis par plusieurs départements do
transférer éventuellement l'Assemblée hors de Paris,
de convoquer les suppléants en un point central (et
quelques-uns désignaient déjà Bourges). Mais quand la
révolution du ol mai provoqua une application immé-
diate de ce dessein *, quand le conseil du l.oiret transmit
à celui du Cher, comme il y était invité, la délibération
du conseil de la (gronde sur ce sujet, alors il s'émut'.
Si les suppléants arrivaient en effet à Bourges avec une
escorte de cavalerie et de fantassins, comme plusieurs
l'avaient proposé! Si la ville de Bourges allait devenir
le lieu de réunion, non seulement de la Convention nou-
1. La rcvolulion du 51 nini ne paraît pas au premier moment avoir beaucoup
inquiété le conseil. On lit dans le registre de ses délibérations :
u Séance extraordinaire du mercredi h juin. — Lecinre a été faile des dépè-
clies apporti'es par un courrier extraordinaire dans un patjuot contenant des
exemplaires d'une proclamalion de la Convenlion nationale, du 1"' de ce mois,
relative à l'insurrection qui s'est nianil'estée à Paris le 31 mai dernier, et du
signalement de 14 garçons du village de (réfractaires) »; et l'on prit cet
arrêté où les deux choses reparaissent connue au même titre :
« Arrêté : Que la proclamation sera envoyée aux districts et municipalités, et
que le signalement des 14 garçons sera i n cessa n une ni envoyé au commandant
de la gendarmerie et aux administrateurs des districts. »
(,\rcliives du Cher, L 87, Procès-verbal des séances du conseil du département
du Cher réuni en surveillance permanente.)
2. « 10 juin : Lecture d'une dépêche apportée par un courrier extraordinaire
d'Orléans, contenant une lettre du département du Loiret, avec copie d'une
adresse du département de la Gironde à la Convenlion nationale, au sujet des
détails de la séance du 5 de ce mois, et d'une lettre du même département à
celui du Loiret, par laquelle il le charge d'envoyer copie de son adresse aux
départements voisins. »
Avec celte dépêche on avait reçu et on lut en séance « une Lettre datée de
Paris, par laquelle le citoyen Bonnaire, administrateur du département du Cher,
doime avis qu'il parait exister des projets liberlicides qui tendraient à rassem-
bler à Bourges les suppléants des membres de la Convention nationale, dispo-
sition infiniment dangereuse, qu'il est urgent que le département cherche à
prévenir par une déclaration .solennelle de ses principes d'union et d'atlachc-
ment aux représentants actuels du peuple. » (Archives du Cher, L 87, Procès-
verbal des séances du conseil du département, à la date.)
420 PART. Il, CH.VP. XX. REGION DU CENTRE.
velle, mais des forces départementales armées contre
Paris! 11 était urgent d'aviser, et séance tenante, le
10 juin, le conseil prit la délibération suivante :
Le Conseil, considérant qu'en rapprochant les arrêtés de
certains départements, sur le projet d'établir à Bourges une
Convention de suppléants, de l'extrême agitation de la ville
de Bordeaux au moment où lui a été connue la séance de la
Convention nationale du 5 juin courant, et des mesures
extrêmes que proposaient au conseil du département de la
Gironde les députations qui se pressaient autour de lui, il y
a lieu de craindre que la ville de Bourges ne soit exposée à
devenir le théâtre du schisme politique avec la représentation
nationale et des grands troubles qui en seraient la suite néces-
saire ;
Considérant que, pour prévenir d'aussi grands maux, il
importe que le Conseil se prononce énergiquement sur ce
sinistre projet; que pour cela il professe hautement ses prin-
cipes ; qu'il publie sa ferme disposition de rester fidèle aux
vrais représentants de la nation, et qu'il présente, sans délai,
à la Convention nationale, dans une adresse, l'hommage de
cette doctrine et de ces sentiments ;
Arrête ce qui suit :
1° Que le Conseil du département du Cher ne reconnaîtra
jamais d'autre Convention nationale que celle qui est actuelle-
ment siégeante à Paris, tant qu'elle n'aura pas elle-même
prononcé sa dissolution par un décret librement émis;
2" Que jusqu'à cette dissolution il ne reconnaîtra que
les décrets qui seront émanés de cette Convention, ni ne se
croira tenu de se soumettre à d'autres;
3" Que, quelque conformité qu'il y ait eu \ avant les
décrets rendus, entre les opinions du Conseil et celles d'une
partie de l'Assemblée qui, par l'événement, a été reconnue
n'en être que la minorité, il les a subordonnés religieusc-
1. Le Moniteur dit : « qu'il ait pu y avoir ».
VI. CHER. i2i
ment, [et] en pareil cas il les subordonnera toujours de
même aux opinions de la majorité, quand elles seront expri-
mées par des décrets, sans égard à des protestations (|ui
pourraient être faites par la minorité ou par quelques-uns de
ses membres ;
En conséquence, le Conseil déclare qu'il est, qu'il sera
toujours en opposition avec tout ce que la conduite de la ville
de Bordeaux, du département entier de la Gironde et des
départements qui pourraient faire avec lui cause commune,
peut et pourra avoir de contraire aux principes ci-dessus;
Arrête, en outre, que la dépêche du département du Loiret
et celle du département de la Gironde, y annexée, seront
transmises à la Convention, en lui présentant une adresse dont
le citoyen Torné, président, est prié de faire le projet, et dans
laquelle le Conseil, après avoir développé ses principes,
exprimés au présent arrêté, demandera instamment à la Con-
vention ses ordres pour diriger sa conduite dans les circon-
stances difficiles où il pourrait se trouver, et ses secours pour
rendre cette conduite supérieure à tous les obstacles ;
Arrête enfin que cette adresse, à laquelle sera joint le
présent arrêté, sera imprimée et envoyée tant aux quatre-
vingt-cinq départements de la République qu'aux districts,
municipalités et sociétés populaires de son ressort*.
(Suivent les signatures.)
Le 15 juin, Torné hit au conseil son projet d'adresse,
qui l'ut très applaudi, et il reçut, avec un autre admi-
nistrateur, mission de le porter à la barre de la Con-
vention nationale ".
Dans cette adresse, le département du Cher déplorait
les deux factions qui s'étaient formées au sein de
l'Assemblée, s'accusant réciproquement, ou « de vou-
1. Archives du Cher, Registre des délihéralioiis du conseil du département,
à la date.
2. Lu à la Convention le 18 juin, Monilcur du 21, t. XVI, p. 683. _.
422 PART. Il, CHAI'. XX. RÉGION DU CENTRE.
loir ramener la royauté par les horreurs de la guerre
civile », ou « de préparer le retour du despotisme par
les désordres de l'anarchie )) :
Malheureuse nation ! serait-ce ta destinée d'être gouvernée
par des représentants partagés entre deux factions également
criminelles !
Il se montrait donc impartial; et il se faisait un
titre d'avoir toujours observé la plus grande réserve :
Jamais ce corps administratif ne vous a fatigués par des
adresses altières, insultantes, ou par de factieuses déclama-
tions. Si tous avaient tenu la même conduite, les divisions
bruyantes de la Convention auraient été concentrées dans
votre salle... et la République aurait reçu, sans secousse, une
Constitution et des lois décrétées au sein d'un volcan.
Il déclarait que jamais il ne se soulèverait contre la
Convention, et protestait contre le choix que l'on avait
fait de Bourges pour centre du fédéralisme :
Quels forfaits avons -nous commis pour mériter cette
horrible préférence?...
De vrais patriotes n'y verront jamais que le projet abomi-
nable de diviser la Convention,... de punir la ville de Paris
de sa calme insurrection.
L'impartialité dont l'orateur se vantait au commence-
ment n'était pas, on le voit, sans quelque complaisance
pour le vainqueur, et il ajoutait :
Si le peuple de Paris a été intimement persuadé de la
conspiration formée pour l'anéantissement de sa cité, l'in-
surrection n'est pas coupable.
Elle était bien près d'être u le plus sacré des droits
et le plus indispensable des devoirs » :
VI. CHKR. 425
Oscrait-on porler le délire patriotique jusqu'à dire qu'on
peut bien user des droits de riiouime contre un tyran, mais
qu'il ne serait pas peimis de l'exercer contre une Conven-
tion tyrannique?
Néanmoins l'adresse n'abandonnait pas absolument
les proscrits. Marat anssi avait été accusé, et il avait été
acquitté; les représentants détenus pourront de même
être absous par des juges :
... Alors Paris reconnaîtra son erreur,... les deux partis
cesseront d'avilir par des divisions scandaleuses le sanctuaire
des lois.
Une Constitution populaire va paraître :
Envisageons tous avec joie tant d'heureux présages....
... Unité, indivisibilité du corps législatif, sera la devise
éternelle du département du Cher, comme l'unité et l'indivi-
sibilité de la République \
Cette adresse a-t-elle été lue comme elle a été impri-
mée? Et l'évêque Torné, le 18 juin, à la barre de la
Convention, reconnaissant qu'elle n'était plus dans le
ton, n'en a-t-il pas adouci les termes? Au moins se
trouve-t-elle singulièrement transformée dans le compte
rendu de la séance au Moniteur. Elle s'y réduit à une
courte déclaration très sympathique, servant de préface
à l'arrêté dont l'orateur donna lecture et qui s'y trouve
reproduit à peu près textuellement ^
Le département du Cher ne pouvait que s'affermir
dans la position qu'il avait prise. Le t^2 juin, le procu-
reur général syndic fit à son tour une adresse aux
1. Arcliivcs du Clier, texte de l'adresse, imprimé par décision du conseil du
département.
2. Séance du 18 juin, Monilcur du 21, t. XVI, p. G83.
■4ii4 l'AKT. 11, CHAI'. X\. UEGlOiN I>U CENTRE.
habitants, pour leur faire connaître les résolutions du
conseil ^ Mais le fédéralisme n'était encore vaincu nulle
part, et les départements qui s'apprêtaient à la lutte
parlaient toujours d'envoyer à Bourges les suppléants;
les suppléants, sans doute, avec leur escorte! Les admi-
nistrateurs du district de Bourges écrivirent à leur tour
à la Convention, pour la rassurer sur leur compte et
lui dire « qu'ils ne permettraient jamais que cette ville
devînt le siège d'une autorité qui voudrait rivaliser avec
la Convention et s'élever au-dessus d'elle ».
Et la Convention, dans sa séance du 26 juin, leur
accorda une mention honorable, qui fut insérée au
Bulletin^. — On avait eu un roi de Bourges : on n'au-
rait pas une Convention de Bourges. Bourges renonçait
décidément à devenir la rivale de Paris.
Si le fédéralisme a besoin d'un centre pour se consti-
tuer, il est dès lors frappé à mort.
1. Archives du Cher, Délibéralions du conseil du département, à la date.
2. Moniteur du '29 juin 1793, t. XVI, p. 755. — L'acte constitutionnel arriva
le 4 juillet, et fut le lendemain, comme partout ailleurs, acclamé avant d'èlre
accepté. fArchivcs du Cher, Délibérations du conseil du département, à la date.)
CONCLUSION
Le 9 août 1793 la veille du jour où, pour mieux
célébrer l'anniversaire de la royauté renversée, on allait
proclamer solennellement la Constitution nouvelle,
Gossuin, au nom de la Commission chargée de recueil-
lir les procès -verbaux des assemblées primaires qui
l'avaient acceptée, disait :
Citoyens, une Constitution républicaine, syml)ole de la
vertu et du bonheur, succède enfin à une Constitution mons-
trueuse, idolâtrée plus que jamais par l'aristocratie.
Il constatait que, sur quarante-quatre mille com-
munes, une seule, celle de Saint-Donan (Côtes-du-Nord),
avait demandé le fils de Louis XYI pour roi. Il ne pouvait
comprendre dans son recensement, il est vrai, ni le plus
grand nombre des communes de la Vendée, ni celles des
départements frontières envahis; mais, dès ce moment,
il était en mesure d'affirmer que la Convention épiiréo
avait triomphé partout et que le fédéralisme était vaincu .
Excepté Bordeaux, où les représentants n'étaient pas
encore rentrés, Lyon, qui restait isolé, et Marseille, qui
prolongeait sa résistance, les départements s'étaient
soumis, et Gossuin, interpellant sur leurs griefs contre
426 CONCLUSION.
Paris leurs délègues qui remplissaient la salle et les
tribunes :
Avez-vous vu, s'écriait-il, l'habitant de cette grande cité, le
poignard à la main, exercer d'injustes vengeances et crier à
l'anarchie?
Tous d'une voix unanime : Non !
Avez-vous vu la représentation nationale outragée, cornée,
environnée de despotes?
— Non!
Puis, fort de cette unanimité :
Comment ce vain prétexte, inventé pour fédéraliser quel-
ques départements mal administrés, aurait-il pu séduire?
Jamais législateur ne fut plus libre dans son opinion. La
Constitution n'est pas sortie du volcan qui, dans les premiers
mois de cette année, alimentait ici la discorde —
Et il ajoutait :
Soyez notre organe auprès de nos frères ; assurez-les tous,
et nous en prenons ici l'engagement sacré, qu'avant notre
remplacement, qu'importe son époque, un code civil et uni-
forme, une instruction nationale et, s'il est possible, des lois
salutaires explicatives des bases de la Constitution auront été
décrétés, ce seront nos derniers travaux ' —
Le code civil, tout un système d'enseignement public
et les lois organiques fondamentales avant la dissolution
de l'Assemblée! — qu'importe son époque? — avis à
ceux qui avaient posé les armes dans la pensée que le
vote de la Constitution devait être le signal du renou-
vellement de la Convention.
La Convention allait donc rester pour longtemps
1. Séuncc (lu 9 août, Moidleur du Iti, t. XYII, p. 565.
CONCLUSION. 427
encore ce que la révolution du 51 mai l'avail faite, une
assemblée mutilée, dégradée, asservie. Comment ce
grand mouvement du pays pour l'affranchir et la venger
avait-il été impuissant? Comment une poignée de fac-
tieux, s'imposant à Paris, avait-elle triomphé de la na-
tion entière? Nous pouvons essayer de répondre à la
question, après cette longue revue de nos provinces si
profondément agitées.
L'échec du fédéralisme eut deux grandes causes :
l'une physique, l'autre morale.
Une même pensée remua la France à la nouvelle de
la révolution du 51 mai: réprimer l'insurrection que
l'on n'avait pas su prévenir; rétablir dans la plénitude
et l'intégrité de leurs droits les représentants de la sou-
veraineté du peuple; et cette pensée se traduisit vite en
action. Les départements retrouvèrent sans peine leurs
affinités de la veille. Ils se groupèrent naturellement
dans les limites des provinces dont ils venaient d'être
détachés ; ils se rallièrent même autour de certains
centres jdus spécialement désignés : Caen, Bordeaux,
Toulouse, Nîmes, Marseille, Lyon, Dijon. Et ce n'était
pas l'esprit provincial, c'était le sentiment national qui
les animait tous. Ils cherchèrent à former des liens
entre ces groupes. Ils sentaient le besoin d'un centre
commun ; et c'est pour cela qu'ils tournèrent les yeux
vers Bourges. Mais qu'était-ce qu'un foyer central où
l'on ne trouvait pas seulement la moindre étincelle du
feu qui éclatait dans le reste de la France?
Les forces départementales demeurèrent donc isolées
en présence d'un parti bien inférieur en nombre, mais
compact : non que ce parti n'offrît des différences pro-
fondes et dans ses groupes et dans ses hommes. Ouel
itiS CONCLUSION.
cspiil commun ciilre les Jacobins, secte autoritaire,
toute prête à enrayer dès qu'elle aura le pouvoir, et les
Cordeliers, fougueux anarchistes, toujours emportés au
mouvement de la Révolution? Quel lien entre ces trois
hommes dont on parlait comme d'un triumvirat:
Robespierre, Marat et Danton? Mais, rapprochés par la
nécessité de la lutte, ils faisaient concourir à la même
fin les qualités comme les vices mêmes de leur nature,
et ils avaient tout à la fois pour point d'appui, aux jour-
nées décisives, et pour instrument d'action un conseil
d'un grand renom : la Commune de Paris. C'est la Com-
mune de Paris qui donnait le branle aux sections ; c'est
elle qui, née du 14 juillet, avait, les 5 et 6 octobre,
poussé Paris sur Versailles et ramené le roi et l'Assem-
blée dans son domaine et on peut dire sous sa main ;
elle qui avait fait le 10 août, qui avait fait ou laissé
faire par son Comité de surveillance les journées de
septembre; qui en aurait voulu étendre les exécutions
au reste de la France et qui, n'ayant pu soumettre les
départements à ses agents spéciaux et à sa loi, s'était
bien promis de tenir leurs représentants dans Paris.
C'est elle en effet qui, au lendemain delà proclamation
de la République, affrontant la réprobation unanime
attachée à ses massacres des prisons, conçoit l'auda-
cieuse pensée de s'imposer à la Convention nationale,
ayant dans la place, pour faire échec à la majorité, les
hommes de septembre, Robespierre, Danton et Marat ;
elle qui, attaquée, prend l'offensive, usant tour à tour
ou simultanément des députations de sections à la
barre ou des interrupteurs dans les tribunes ; qui
inspire, qui apporte la pétition du 15 avril contre les
principaux Girondins; qui se déclare en état de révolu-
CONCLUSION. /t2a
tion, lient des conciliabules et arrnclie à la Convention
déjà presque envahie la suppression de la Commission
des Douze établie pour réprimer ses complots; qui
conspire alors tout à son aise et à ciel ouvert, inau-
gure la révolution le 51 mai et la consomme le 2 juin.
On a vu son rôle prépondérant et directeur dans ces
journées et avec quelle habileté, une fois la Révolution
accomplie, elle parut s'effacer derrière la Convention ;
mais elle en est d'autant plus forte, car cette assemblée
qu'elle domine est légalement la représentation natio-
nale de la France. Ses décrets sont la loi, ses membres
envoyés en mission portent en tout lien la délégation de
son autorité; et ainsi c'est la puissance qui a fait la
Révolution, c'est-à-dire la Commune de Paris, qui par
ces décrets et par ces commissaires va gouverner la
France. Si les départements ne forment pas un seul
corps, s'ils ne trouvent pas un centre oii la vraie re-
présentation nationale puisse se reformer et se faire
reconnaître, ils sont perdus : l'unité et l'indivisibilité
de la République, tel est en effet le principe réclamé et
proclamé par tous.
Ils le tentèrent, ils n'y réussirent pas, et c'est ici qu'on
peut aborder la cause morale de leur défaite.
Qu'étaient-ce que les deux partis qui se trouvaient en
présence? Des hommes sortis d'une même révolution.
Tous procèdent non pas seulement du 1 i juillet, mais
du 10 août; tous se rallient à la proclamation de la
république, avec cette différence que les uns ont fait,
d'autres ont souffert, d'autres réprouvent les massacres
de septembre. Les départements, en général, les réprou-
vent. C'est avec le mandat formel d'en poursuivre la
vengeance qu'ils ont envoyé leurs députés à Paris. Ils
4."0 CONCLUSION.
réprouvent les 2 et 5 septembre, mais ils acclament en
général le 21 janvier. Ils s'élèvent contre les factieux,
ils ap^iuient la majorité de la Convention; mais qui sont
les factieux, et où est la majorité de la Convention? Est-
elle avec les Girondins, qui attaquent Robespierre aux
applaudissements de l'Assemblée, ou avec Robespierre,
qui, se défendant contre ces attaques, est couvert par un
ordre du 'jour? qui peut le dire? Quand on la croit fixée,
elle se dérobe. Elle s'est manifestée pourtant sur un
point où l'existence même de l'Assemblée était en péril.
Elle redoute les insurrections de Paris; elle en voit des
signes précurseurs dans ces dépnlations qui se renou-
vellent sans cesse à la barre, interrompant la marche
des séances, et dans cette intervention des tribunes qui
se mêlent aux débats, couvrant la voix des orateurs.
Elle a accueilli avec faveur et renvoyé à ses comités le
projet d'une force armée à lever dans les départements
pour garder la représentation nationale; et les départe-
ments ne demandent qu'à répondre à son appel : ils
sont prôls, elle n'a qu'à décréter. iMais le décret est
toujours à rendre, et la révolution sera consommée
avant qu'il soit rendu.
Disons-le d'ailleurs : cette France que nous venons de
parcourir, c'est en général la France officielle ; ce sont
les administrateurs des départements, des districts, des
communes. Julien ne réduit pas le sujet beaucoup plus
qu'il ne faut quand, prenant les uns après les autres les
départements insurgés, il donne pour litre à cette revue :
Rapport sur les administrations rebelles. Le peuple ne
renie pas communément ses administrateurs, et à cer-
tains égards il les suit; mais jusqu'où va sa participa-
tion à la résistance? Au moment critique, lorsqu'il
CONCLUSION. 451
s'agit de marcher, le zèle des volontaires s'évanouit.
A Caen on les taxe à cinq hommes par compagnie de
soixante, et les hommes font, pour la plupart, défaut à
l'appel. L'armée de la Normandie à Evreux compte un
millier d'hommes, je ne dis pas de comhattants. Le
contingent de la Gironde devait être de douze cents
hommes, il se réduisit à quatre cents. Bordeaux avait à
fournir vingt-cinq cavaliers ; combien y en eut-il dans
la petite troupe expédiée contre Paris et qui ne dépassa
pas Langon? Nîmes réunit aux alentours quelques mil-
liers d'hommes, Marseille environ six mille. C'était plus
qu'il n'en avait fallu au Kl août pour prendre les Tui-
leries; ce n'était pas assez pour les reprendre. A l'ouest,
au sud-ouest et au sud -est on justifiait donc à l'onvi
la nioralilf' du fabuliste:
Xo faut-il (jiit^ (léhl^'i-er?
La cour on conseillers foisonne:
Est-il besoin d'exécuter?
L'on ne rencontre plus personne.
Aux premiers coups de canon, à Pacy-sur-Eure, la
troupe de (îaen s'enfuit devant un ennemi qui se sauve;
celle de Nîmes se retire sans combat, abandonnant, au
Pont-Saint-Esprit, le point de jonction des forces levées
sur les deux rives du Rhône ; celle des Marseillais quitte
Avignon, où elle pouvait résister, et tient à peine sous
les murs de Marseille, dont les portes s'ouvrent aux
vainqueurs.
A part Lyon, où la résistance a pris un autre carac-
tère, et Toulon, qui, hélas! s'est livré aux Anglais,
voilà toute la lutte armée du fédéralisme. Quel spec-
tacle différent offre la Vendée , combattant pour ces
432 CONCLUSION.
deux grandes causes : Dieu et le Roi! Il ne fallut pas
moins que Marceau et Kléber pour la vaincre, et le
général Hoche pour la désarmer.
Quant aux administrations elles-mêmes, comment
auraient-elles tenu davantage? Quel était l'objet du
débat? Combattaient-elles pour un principe? Oui,
elles combattaient pour un principe et pour un grand
principe : la souveraineté du peuple. La souveraineté
du peuple résidait dans la Convention : elle avait été
atteinte dans la représentation nationale violée. — Mais
les casuistes intervenaient. Qui avait frappé les Giron-
dins? La Convention. Comment dire qu'elle n'existait
pas! La Convention restait debout. Ceux qui l'avaient
décapitée lui avaient refait une tête. Elle siégeait, elle
discutait, elle décrétait comme un corps vraiment en
vie. La souveraineté du peuple était même plus en
faveur que jamais. Cette souveraineté, en effet, a-t-elle
jamais été plus reconnue, plus hautement proclamée
que dans la Constitution du 24 juin qui rapportait
tout au peuple, faisait tout par le peuple : lui donnant
tant à faire que, si on l'eût appliquée, il n'aurait plus eu
le temps de rien faire! Aussi n'en fit-on point l'essai.
Mais enfin elle était achevée et le peuple allait, une
fois au moins, user de sa pleine souveraineté dans les
assemblées primaires où il était appelé à l'accepter par
son libre suffrage. La Constitution n'avait pas demandé
huit jours à faire; la résistance à la révolution d'où elle
sortit ne dura pas deux mois.
La France était donc vaincue par la Commune de
Paris. Faut-il s'en étonner? Ne jugeons pas nos pères
sans voir ce que firent leurs descendants et rentrer en
nous-mêmes. Quelle révolution faite à Paris ne s'est
CONCLUSION. 433
pas imposée, bon gré mal gré, à la France, même quand
elle entraînait un changement complet de régime et
menaçait le plus les intérêts du pays? Qui est-ce qui
en a pesé les raisons, mesuré la portée, calculé les
conséquences avant de s'y soumettre? Qui est-ce qui,
voyant clairement où l'on allait, a tenté de ne pas s'y
soumettre? Et aujourd'hui, si les partis les plus avancés
des Jacobins (car il y a toujours des Jacobins), si les
anarchistes, comme on disait en 1793 (ce n'étaient pas
eux qui se donnaient ce nom), si les révolutionnaires
obstinés, par les procédés dont ils ont la tradition dans
leur histoire, la théorie dans leur programme et l'ap-
plication presque sous la main, s'emparaient du pouvoir,
que ferait la France, je le demande? Je sais bien que le
cas est prévu. Nous avons fait la loi Tréveneuc (15 février
1872) afin de remédier aux dissolutions des assemblées
opérées par violence : coups de force ou coups d'État.
Les conseils généraux se réuniront ; ils nommeront des
délégués qui se joindront aux députés échappés à la cala-
strophe. Cette assemblée provisoire aura tous les pouvoirs
jusqu'à la reconstitution de l'Assemblée dissoute, et si,
dans le mois, cette dernière n'est pas reconstituée, elle
appellera le pays à de nouvelles élections générales. —
Mais les conseils généraux ne peuvent rien faire, s'ils
ne comptent la pluralité de leurs membres. Mais l'as-
.semblée des délégués sera nulle, si elle ne représente la
moitié au moins des départements. Les conseils géné-
raux dans cette crise redoutable seront-ils en nombre?
Le seront-ils dans la moitié des départements, et l'As-
semblée provisoire pourra-t-elle être constituée'? Je
1. Voyez la note XCIV aux Appendices.
KÉVOL. DD 31 MAI. II — 28
454 CONCLUSION.
crains bien que, le cas échéant, plus d'un rouage ne
marche mal dans celte machine. J'ai peur que nos con-
seils généraux ne surpassent point en résolution leurs
aînés de 1795 et que la résistance prévue, autorisée,
commandée par la loi, ne soit plus impuissante que ne
l'a été ce mouvement spontané, légitime aussi et consti-
tutionnel, mais mal concerté, des départements fédérés.
Les crises parlementaires, il faut le dire, si graves
qu'elles soient, sont rarement populaires au vrai sens
du mot. Le peuple n'est pas disposé à se jeter dans la
lutte pour si peu. Que lui importent les divisions du
Parlement? Qu'a-t-il à voir dans tel ou tel groupe de la
gauche? Question de nuance! Cela était bien plus vrai
en 1795. au sein d'une Assemblée dont les séances,
après le coup de force du 51 mai, n'avaient pas même
été interrompues un seul jour. Et cependant tout l'ave-
nir de la Révolution, toute l'existence de la société en
dépendait alors. Ce n'était pas seulement la possession
du pouvoir, c'étaient les intérêts des particuliers, la
sécurité des personnes et des biens qui étaient en
jeu. Les conséquences ne tardèrent pas «à se produire.
D'abord dans la Convention elle-même : mise hors la
loi des fugitifs, mise en jugement des détenus ; mise en
prison de ceux qui avaient protesté contre la proscrip-
tion de leurs collègues : une centaine de représentants
du peuple supprimés. Tous les Girondins y passèrent;
non seulement les vingt et un, guillotinés le 31 octobre
J 795, mais ceux qui s'étaient soustraits au jugement :
Lidon et Chambon, députés de la Corrèze, traqués dans
. leur propre pays : Lidon, qui se tua après avoir vendu
chèrement sa vie ; Chambon, qui s'exposa aux balles pour
n'être pas brûlé vif dans son réduit; puis ceux qui
CONCLUSION. i7ro
périrent dans la Gironde môme où ils espéraient trouver
un asile : Birotcau, exécuté à Bordeaux le 24 octobre:
Grangeneuve, le 51 décembre 1795; Guadet, Salles,
Buzot, Pétion, Barbaroux, qui réussirent plus longtemps
à se cacber, sans être plus beureux : Guadet et Salles,
découverts, saisis dans leur refuge à Saint-Émilion et
conduits à Bordeaux, où ils furent guillotinés le 19 juin
1794; Barbaroux, qui tenta de se tuer et fut mené san-
glant à l'écbafaud le 25 juin; Pétion et Buzol, dont les
cadavres à demi dévorés furent trouvés le lendemain
dans un cbamp. Mais on ne s'en tint pas aux dépu-
tés. Tous ceux (|ui étaient plus ou moins compromis
dans la résistance au 31 mai eurent à répondre de leurs
sentiments ou de leurs actes soit devant le tribunal
révolutionnaire de Paris, soit devant les tribunaux de
province jugeant révolulionnairemenl, c'est-à-dire sans
jurés et sans appel. Le nom de fédéraliste fit plus que
le nom de royaliste pour grossir la liste des suspects,
remplir les prisons et approvisionner l'écbafaud.
Ainsi la Terreur s'établit en souveraine. Elle va se
faire donner par une Assemblée bostile, au fond, à
toutes ses tendances (on le verra plus tard), mais
muette, asservie, les lois les plus odieuses : la loi du
17 septembre, qui frappe les suspects; la loi du 14 fri-
maire (4 décembre 1795), qui institue le gouvernement
révolutionnaire, c'est-à-dire le plus dur despotisme; la
loi du 22 prairial (10 juin 1794), qui fait du tribunal
révolutionnaire le plus sanglant instrument dont ja-
mais despote ait fait usage. Elle fera tomber toutes les
têtes qui s'élèvent encore au-dessus de cette troupe bas-
sement soumise, de cette Plaine si justement nommée
le Marais, jusqu'au jour où les tyrans, rassasiés des
456 CONCLUSION.
victimes sans défense que leur fournissent les prisons,
conspireront les uns contre les autres et relèveront de
sa déchéance cette Assemblée dégradée pour en obtenir
le moyen d'écraser leurs rivaux (9 thermidor).
Ce fut un jour de sanglantes représailles pour la
puissance qui, à partir du 10 août, avait eu tant d'ac-
tion sur les destinées de la Révolution, je veux dire la
Commune de Paris; car c'est bien la Commune de
Paris qui fut l'ame de la Terreur. C'est sur elle que
les violents s'appuyaient, et, quand Piobespierre frappa,
l'un après l'autre, deux de ses principaux agents, Hé-
bert et Chaumette, ce ne fut pas pour briser sa force,
ce fut pour se l'approprier au contraire et marcher de
concert au même but. Ce sont en effet des hommes à
lui qu'il fit placer à la tête de la municipalité pari-
sienne : Fleuriot comme maire, Payan comme agent
national; ce sont ses partisans qui composaient pour la
plupart le conseil. Et lui-même qu'était-il au moment
où il entra dans la Convention? Un homme de la Com-
mune. Il le redevint plus que jamais depuis qu'il fut
maître du pouvoir. C'est l'esprit de la Commune qu'il
fit revivre dans la loi du 22 prairial ; c'est la pratique
des journées de septembre qu'il reprit, sous forme judi-
ciaire, dans les « conspirations des prisons ». Si un
doute pouvait s'élever sur l'infiuence prépondérante d(î
la Commune de Paris durant la Terreur, il se dissipe-
rait le dernier jour. Alors le voile se déchire. Quand
les collègues et anciens complices de Robespierre, de
Couthon et de Saint-Just se résolvent à les prévenir,
lorsque la Convention, à leur cri, se réveille et frappe
le nouveau triumvirat, qui est-ce qui tente de sauver les
proscrits? C'est la Commune. C'est elle qui les enlève de
CONCLUSION. 437
leurs prisons; c'est elle qui les reçoit ou les ramène à
l'Hôtel de Yille; c'est elle qui engage la lutte suprême
où elle est vaincue, grâce à l'impérilie d'IIanriot. C'est
elle aussi qui payera les frais de la journée : le 10, avec
Robespierre, Gouthon, Saint-Just et le président du
tribunal révolutionnaire, le commandant de la force
armée de Paris, le maire et l'agent de la Commune de
Paris et dix autres membres de la Commune ; le 11, en
une fois, soixante-dix membres de la Commune, et un
reliquat de douze le lendemain : tous, innocents ou
coupables, mis hors la loi et conduits, sans autre juge-
ment, à l'échafaud, sur la constatation de leur identité,
Fouquier-Tinville continuant impassiblement son office.
Ainsi la France, vaincue par la Commune de Paris
dans la lutte du fédéralisme, la voit terrassée à son
tour, et vouée à la plus épouvantable hécatombe. Mais
jusque-là que de victimes ! Je l'ai en partie montré dans
VHistoire dn Tribunal révolutionnaire de Paris; je le
ferai voir pour le reste si j'ai le temps d'achever un
dernier livre dont le présent ouvrage est comme le
préambule : l'Histoire de la justice révolutionnaire dans
les départements.
APPENDICES
(Page i.)
Les républicains de Vendée.
Les partisans de la République en Vendée tenaient un langage qui ne
laissait point présager la guerre où la Convention devait éprouver lanl
d'échecs. La Société des Amis de la liberté de Fontenai demandait
le 18 janvier la mort de t( Louis Capet ». Elle y applaudissait le 15 fé-
vrier :
« Un monstre à plusieurs tètes ravajoit la France. Le coup terrible que
vous lui avez porté a abattu sa principale tête ; mais il n'est pas mort le
monstre qui désole l'univers entier, le monstre hideux dont nous avons
juré la perte. Le despotisme, dans son agonie, fait jouer encore tous les
ressorts de sa furibonde tvrannie. Le fanatisme exerce encore ses ravages
sur le sol sacré de la liberté ; il infecte nos campagnes.
(( Le salut de la République est dans vos mains, législateurs; ne calculez
pas entre la destruction des tvrans et la liberté de toute la terre. Frappez,
frappez à grands coups les tètes infâmes qui, sans pitié, déchirent le sein
de leur mère.
(( Hâtez l'exécution de ces traîtres émigrés dont la vie est entre les
mains des tribunaux ; faites tomber sur eux la hache vengeresse ; faites
exécuter deux de ces montres dans chaque chef-lieu de département,
que la mort de ces anthropophages donne un exemple terrible à leui'S
imbéciles suppôts.
(( Nous ne serons libres, législateurs, qu'après la destruction totale de
nos ennemis intérieurs. Délivrez-nous des enfants dénaturés de notre
mère commune ; précipitez-les, précipitez-les du haut de la Roche Tar-
péienne. Rendez-nous libres tout à fait! » (Archives nationales, D xl § 4,
carton 23, dossier Vendée.)
Nous dirons ailleurs comment furent traités ces farouches républicains
eux-mêmes au milieu des colonnes infernales lancées sur leur pays.
440 APPENDICES.
II
(Page 10.)
Rapport de Bodson.
Bodson, dans son rapport du 1 i août, reconnaît qu'il n'a pu atteindre
l'objet le plus important.de sa mission, « qui était, dit-il, de marcher à la
suite des armées des Côtes-de-Brest et de la Rochelle pour répandre
parmi les citoyens égarés, avec les principes de la persuasion, l'acte
constitutionnel ». Il l'a fait servir du moins à prendre des notes sur l'état
du pavs : notes peu satisfaisantes, il l'avoue, mais « utiles pour prévenir
l'aggravation dos maux ». Il le déclare : les principes du républicanisme
sont loin d'avoir pénétré partout : « J'ai entendu, dit-il, nombre de
militaires de différents grades dire publiquement que la Ri-publique était
une belle chimère ». Le président de la Société populaire de la Flèche a
exprimé des doutes sur le 51 mai : « L'avenir dira lequel des deux partis
avait voulu de bonne foi servir la chose publique; jusque-là il [ce président]
n'aura pas d'opinion" déterminée. »
— (( Une très grande partie àis citoyens des déparlements environnant
la Vendée, continue le rapport, sont fatig lés de la Révolution, tels que
ceux de la Bretagne, l'Anjou, le Maine, la Normandie, etc., etc. »
Pas d'obstacle de la part des égoïstes, des modérés, des royalistes à
l'acceptation de la Constitution, parce qu'un grand nombre ose penser
qu'elle n'aura point son exécution.
Une autre cause qui diminue l'amour de la Révolution, ce sont les excès
des hommes chargés de missions importantes (Archives nationales, F i' 550,
dossier Bodson). — On peut voir ce que l'auteur du rapport en dit
dans le texte, ci-dessus, p. 16.
III
(Page 11.)
Force départeiuentale de Maine-et-Loire
(18 janvier 1993).
(I Une députalion de la Société des Amis de la liberté et de l'égalité est
introduite, et un membre prononce un discours relatif à la force dépar-
tementale qu'il est instant d'envoyer à Paris pour y protéger les repré-
sentants de la nation.
« La proposition d'envoyer à Paris une force départementale est adoptée
à l'unanimité.
(( Le conseil général du département de Maine-et-Loire en permanence,
considérant que la Convention nationale est environnée de gens mal inten-
tionnés qui, enhardis par l'impunité des crimes dont ils se sont souillés
dans la journée du 2 septembre dernier, emploient toutes les intrigues-
PROCLAMATION DE LA COMMUNE D'ANGERS. 441
et les manœuvres les plus honteuses pour semer et propager le feu de
l'anarchie et plonger la République dans les horreurs d'une guerre civile ;
« Considérant qu'il est temps de se joindre aux bons citoyens de l'aris
pour arrêter les brigandages dont cette ville est le théâtre par le fait des
agitateurs, de faire revivre le règne de la loi, d'investir les représentants
du souverain de la dignité, de la confiance, de la liberté dont ils ont
besdin pour faire une sage et heureuse Constitution ;
« Considérant enfui que le moyen le plus efficace... est d'envoyer une
force armée qui, réunie à nos frères des autres départements, écarte et
anéantisse tout esprit de faction ;
« Arrête.... ti etc. (Archives de Maine-et-Loire, procès-verbaux du
conseil du département, à la date.)
IV
(Page 15.)
Proclamation du conseil général de la commune «l'Angers
(4 juillet 1993).
« Citoyens, vos magistrats, forcés de quitter les fonctions que vous leur
aviez confiées, peuvent enfin reprendre leurs places et siéger au milieu de
vous. Leur premier devoir est de vous instruire de leur retour, leur pre-
mier besoin, de pleurer avec vous sur les malheurs qui ont affligé cette
cité. Grâce à nos braves frères de l'armée de Tours, ces malheurs sont
déjà cessés. A leur approche, le signe de la conire-révolutiou a tombé,
les couleurs nationales flottent sur nos murs et l'amour de la liberté et de
l'égalité, de la République une et indivisible, s'exhale en cris de joie et
d'allégresse, avec d'autant plus de vivacité qu'il avait été concentré pen-
dant plus de quinze jours dans nos cœurs.
(( ... Oue tous nos concitoyens éprouvent le doux effet de notre l'éunion.
Si quelques-uns ont pu être entraînés dans des démarches inconsidérées
et téméraires,... oublions les fautes qu'ils ont commises.
(( La Convention nationale nous présente une Constitution qui va rallier
tous les Français ; sous peu de jours nous allons nous rassembler pour
l'adopter ; n'éloignons pas les esprits les uns des autres, et que notre seul
cri soit : Liberté, Fraternité. Vive la République une et indivisible. »
(Archives municipales d'Angers ; Délibérations du conseil général de la
commune, à la date.)
V
{l\^gc 17.)
Arrêté du conseil général d'Indre-et-Loire (lO janvier).
(( Le conseil, considérant que la Convention peut être gênée dans ses
délibérations par les manœuvres d'un parti qui semble menacer la Répu-
blique des horreurs de l'anarchie ;
442 APPENDICES.
« Qu'il n'y a pas de gouvernement représentatif là où une minorité re-
belle s'opposerait avec succès au vœu fortement prononcé d'une saine
majorité ;
(( Que le moyen le plus sur de conserver l'unité et l'indivisibilité de la
République est de réunir autour de la Convention nationale, centre unique
de tous les pouvoirs, une force armée capable de rendre ses délibérations
libres et de les faire respecter;
« Arrête.... »
— Suit rarrêté qui porte la force armée à cinq cents liommes et en
règle l'organisation. (Archives nationales, 1) xl § 4, carton 'iO, dossier
Indrc-el-Loire.)
VI
(Page 21.)
Tentative du département de l'Orne auprès du département
d'Indre-et-Loire (35 juin).
« Le citoyen Villeneuve, commissaire du département de l'Orne, a remis
sur le bureau et présenté à l'enregistrement une commission du dépar-
tement qui l'envoie près de l'armée de l'Ouest pour prendre les renseigne-
ments les plus exacts sur sa position, sur celle des rebelles. »
— Le conseil passe à l'ordre du jour, et cependant promet de faire par-
venir journellement au département de l'Orne ses bulletins imprimés;
mais la démarche était suspecte:
(( Un membre a dit qu'il ne suffirait pas de rejeter du teriitoire de ce
déparlement tout commissaire qui serait envoyé pour essayer, quoique vai-
nement, de détacher celte administration de ses principes connus pour
l'unité et l'indivisibilité de la République; qu'il fallait encore sopposer,
par tous les moyens possibles, au passage de toute force armée levée par
les déparlements coalisés pour saper, sous le nom de l'amour de l'ordre
et des lois, les fondements de la République naissante.
(( La motion a été généralement appuyée. »
— Sur l'avis du président et du procureur général syndic, il est décidé
(( que la force publique, légalement requise, sera employée, s'il en est be-
soin, pour repousser toute violation du territoire de ce déparlement, de
la part des troupes des dépailements fédéralisés. » (Archives d'Indre-el-
Loire, Registre des délibérations du conseil du département, 'a la date).
YII
(Pflgc 52.)
Le conseil du département du Loiret depuis l'affaire
de liéonard Bourdon.
Le conseil est muet sur les factieux. 11 ne sait plus faire de manifesta-
lion que contre les traîtres, par exemple contre Dumoiu-iez dont la tête est
ADRESSE DE GIEN-SUR-LOIRE. 443
mise à prix (300 000 livres à qui le ramènera ii Paris, A avril). Le 9 avril,
à la suite d'un discours où le procureur général syndic rappelait le procès
de (( l'infàmc Louis », tonnait contre les Lafayelle, les Capel, les Dumou-
riez, on établit un comité de sûreté générale contre les traîtres et les
conspirateurs. Le 25, dans une lettre aux représentants délégués pour
la Nièvre et le Loiret, le conseil rejette bien loin l'idée de fédéra-
lisme :
« Non, jamais, l'idée de séiéralisme n'entrera dans nos ànies : car
ce n'est pas en vain que nous avons renouvelé, il y a peu de jours, à la
face de la P'rance entière, le serment de défendre jusqu'au dernier soujiir
la République indivisible. «
Le 27 avril, ou procède au désarmement des suspects par des visites
domiciliaires. Le 4 mai, le conseil ré|iond à l'appel de la Convention en
arrêtant que le département fournira 900 hommes pour la défense des
départements envahis. (Registres du conseil général du Loiret, t. VH, aux
dates.)
VIII
(Page 32.)
Adresse de Gien-snr-Loire (24 mai).
« La Constitution !
(( Elle est enfin commencée.... «
— Ils disent combien elle est nécessaire :
u Oue nos maux sont grands, tous les pouvoirs sont confondus, la
sûreté des personnes et des propriétés méconnue, les destitutions et les
remplacements ar])itraires, les lois (jusque dans leur sanctuaire) avilies
et méprisées ; partout régnent la licence et l'anarchie; partout le mot
révolution semble justifier tous les excès.
« Les journaux vous flattent et vous abusent, nos perles sont innncnscs.
« Républicains, le salut de la République est entre vos mains. Pro-
mettez donc d'abjurer vos haines et vos divisions personnelles pour nous
donner enfin une Constitution. » (Archives nationales, 1) xl § 4, carton 21,
dossier Loiret.)
IX
(Page 55.)
Deruière tentative du fédéralisme dans le Loiret.
La commission populaire de salut public de la Gironde, cherchant le
salut de la Convention dans une réunion des suppléants à Courges, avait
fait un appel aux départements, et, dans la région de la Loire, sa lettre
devait être successivement communiquée à Blois, à Orléans, à Nevcrs, puis
AU APPENDICES.
à Bourges. Léonard Bourdon, chargé d'une mission dans ces contrées, en
fut instruit, et voici ce qu'il écrit de Tours sur sa visite à Orléans (19 juin) :
(( Citoyens nos collègues,
(( Il nous était revenu que l'administration du déparlement du Loiret
avait adressé à celle du déparlement du Cher des dépêches dictées par
un esprit contre-révolulionnaire ; nous nous sommes rendus, en arrivant à
Orléans, au département pour lui faire part de nos inquiétudes à ce sujet
et examiner sa conduite. 11 nous a représenté les pièces dont nous joignons
ici les copies. Vous y verrez l'intention de faire partager par les dépar-
tements voisins les passions de celui de la Gironde, au sujet des décrets
d'arrestation prononcés par la Convention nationale dans sa séance du
2 juin. Nous avons requis le département du Loiret de nous représenter
ses registres depuis la fin de mai. Nous n'y avons trouvé aucun arrêté qui
eût de la relation avec cette séance. Nous nous sommes hornés à faire
sentira cette administration tout ce que sa conduite avait d'incivique ou
d'irréfléchi. Il nous était impossihle de faire plus, d'après l'intention que
la Convention nationale avait m;inifestéc d'ajourner ce qui avait trait à la
coalition départementale projetée par quelques administrateurs de Bordeaux.
(( Salut et fraleruité,
(( Signe : Bourdon, Dameron. »
Les pièces jointes sont une lettre de Bordeaux au département de Loir-
cl-Cher avec prière de la transmettre aux départements avoisinants, (\ juin;
une lettre du département de Loir-et-Cher à celui du Loiret, 8 juin, et une
autre du Loiret à la ISièvrc, 8 juin. (Archives nationales, AF ii, carton 40,
dossier 160, n" 43.)
X
(Page o5.)
Conseil général de la Yienne.
(Séance du G juin 1793.)
« D'après la lecture du hulletin du lundi 5 de ce mois qui annonce qu'à
la séance du 2 on a mis en état d'arrestation dans leurs maisons plusieurs
mcmhres de la Convention nationale, un memhre a demandé : 1" Qu'il soit
fait une adresse aux administrés du département , dans laquelle, après
leur avoir exposé les dangers imminents de la chose puhlique, ils seront
invités à la paix et à l'union entre eux, à respecter les personnes et les
propriétés, à surveiller et arrêter les agitateurs, à s'ahandonner à la con-
fiance qu'ils doivent à des adu^inistra leurs qui offrent leurs tètes pour
garantie de leur loyauté;
« 2° Que toutes les autorités constituées, tant administratives que judiciai-
res, ainsi que les sociétés populaires du département, soient convoquées
sans délai, à l'effet de nommer et envoyer des commissaires à l'assemblée
CONSEIL GENERAL DE L\ VIENNE. 445
générale qui aura lieu dans la ville de Poitiers le ... de ce mois pour déli-
bérer sur le parti à prendre dans les circonstances actuelles;
« 5" Que les autorités constituées de celte ville soient invitées à envoyer
des commissaires à la séance de demain 5 heures do relevée, savoir quatre
de la part du conseil général de la commune et deux de la part des autres
corps constitués, tant administratifs que judiciaires, ainsi que de la part
de la Société populaire, pour se concerter avec le conseil général du
département sur les opérations préparatoires à l'assemblée générale.
(I Ces trois propositions mises aux voix ont été successivement adoptées,
après (]ue le procureur général syndic a été entendu. » (Archives de la
Vienne, Délibérations du conseil général du département, à la date.)
XI
(Page 5G )
Conseil général de la Vienne.
(Séance du 9 juin.)
« Le commissaire du département de la Haute-Vienne a déposé sur le
bureau un arrêté du département de la Côtc-d'Or auquel a adhéré le dépar-
tement de la Haute- Vienne.
« Lecture faite de cet arrêté qui annonce de grandes mesures à prendre
dans les circonstances, le conseil général, considérant que les différents
commissaires des corps constitués de la ville de Poitiers, qui avaient été
invités à se rendre à cette séance, n'y sont pas présents et que la matière
offerte à la discussion par arrêté du département de la Côte-d'Or est assez
importante pour devoir être discutée dans une assemblée générale, arrête
que les commissaires présents à la séance du jour d'hier seront convoqués
à se joindre au conseil général du département pour délibérer dans ses
séances de demain, 0 heures du matin, sur les grands sujets d'intérêt
public présentés dans l'arrêté de la Cùte-d'Or. » (Archives de la Vienne,
Délibérations du conseil général du département, à la date.)
XII
(Pag-c 38.)
.%rrèté du conseil général de la Vienne (15 juin 1793).
Art. 1"". — 11 sera ouvert une correspondance avec les quatre-vingt-
quatre autres départements de la République.
Art. 2. — Cette correspondance se fera par commissaires.
Art. 3. — Le lieu central de la commission sera la ville do Bourges.
Art. 4. — Tous les départements sont invités à y envoyer des commis-
saires.
4-46 APPENDICES.
Art. 5. Los seuls pouvoirs des commissaires seront de rédiger une
adresse à la Convention nationale dont les bases sont ci-aprcs déterminées,
sans qu'ils puissent prendre aucun arrêté ni y concourir sans une nouvelle
délégation.
Akt. 6. — Les bases de l'adresse seront les principes suivants: 1° unité
cl indivisibilité de la République ; i2 " unité et indivisibilité de la repré-
sentation nationale; — o" inviolabilité des représentants du peuple, hors
le cas de délit?, et liberté entière de leurs opinions; — 4" une prompte
Constitution fondée sur les principes de la liberté, de l'égalité et de la
siirelé des personnes et des propriétés; — b" jugement des représentants
du peuple et de tous autres prévenus de conspiration par un tribunal na-
tional, placé au centre de la République et toujours à cinquante lieues au
moins du lieu des séances de la Convention ou du Corps législatif, lequel
tribunal sera formé par le choix immédiat du peuple ; — 6° dans le cas
d'accusation ou d'arrestation de quelques représentants du peuple, appel
de leurs suppléants provisoirement à leur place, jusqu'au jugement des
premiers; — 7° prononciation sans délai de l'acte d'accusation, s'il y a
lieu, contre les trente-deux députés mis en état d'arrestation par la Con-
vention; et néanmoins surséance, jusqu'à ce, de toute discussion sur la
la Constitution de la République ; — 8" discussion préalable à l'acte
d'accusation, pendant laquelle les représentants prévenus seront entendus
sur les délits portés dans la dénonciation ; — 9" nul autre envoi ni rési-
dence de commissaires de la Convention qu'auprès des armées et dans les
départements insurgés seulement ; — 10" invitation à la Convention de
faire remplacer les commissaires par les suppléants nommés dans leurs
départements, et, en cas d'insuffisance, par ceux des départements les plus
voisins pour compléter la représentation nationale; — 11" déclaration à
la Convention que, les corps administratifs étant les associés du Pouvoir
exécutif et présentant une responsabilité réelle, aucune autorité intermé-
diaire par lui déléguée ne doit exister sans compromettre la chose publi-
que; — 12° que la Convention sera instruite que tous les citoyens sont
prêts à marcher pour assurer l'inviolabilité de la représentation nationale
et l'exécution de ses décrets; que les corps constitués emploieront leurs
moyens pour résister de tout leur pouvoir à toute autorité despotique
dictatoriale et contre toute suprématie de commune; — 15° qu'il sera
demandé à la Convention que la commune provisoire du 10 août et la
commune actuelle de Paris rendent incessamment leurs comptes; que
toutes avances sur le trésor public soient refusées à cette commune jus-
qu'à la reddition de ses comptes; que Paris justifie à la République du paye-
ment de ses contributions en la manière indiquée par la loi ; — 14° que
cette commune est déclarée responsable envers la nation entière de toute
atteinte qui a été et qui pourrait être portée à la Représentation nationale
tant qu'elle sera dans son sein.
Ap.t. 7. — L'adresse rédigée par les commissaires sera de suite par
eux portée à la Convention nationale.
Anr. 8. — 11 sera proposé par lesdits commissaires une adresse frater-
ADRESSE DU CONSEIL DE LA HAUTE-VIENNE. 4i7
iK>lle aux citoyens de Paris, laquelle sera envoyée par la poste à la imini-
cipalité et aux 48 sections de celte ville. (Archives de la Vienne, Conseil
général du déparlement, à la date.)
— La minute porte ensuite qu'il est procédé à la nomination d'un com-
missaire et d'un suppléant. Le commissaire est Texier; le suppléant Fradin,
professeur de philosophie. Ces deux nominations sont rayées à la minute,
mais reproduites au registre, P 142. Fradin donna sa démission par une
lettre qui a été conservée.
xiri
. (Page 43.)
Adresse du conseil de la Haute- Ylenne (19 janvier).
(( Un cri d'indignation s'élève dans toutes les parties de la République
contre l'affreuse conspiration qui menace la souveraineté nationale....
(( On cherche à vous avilir pour parvenir à vous dissoudre....
« Représentants, vous ne déconcerterez ces complots qu'en déployant
contre les factieux toute la force et toute la majesté du peuple que vous
représentez.
« Au cri du danger qui vous environne, tous les citoyens des départe-
ments se sont levés, et de tous les points de l'Empire leurs légions innom-
brables n'attendent que le signal de la loi pour se presser autour de votre
enceinte ; car il faut enfin que vous soyez libres, et telle est la crise redou-
table où Aous ont conduits les événements, que vous ne pouvez l'être qu'en
vous entourant d'une force départementale assez puissante pour assurer
le succès de vos travaux, anéantir les factions et dissiper les inquiétudes
de vos commettants, llàtez-vous donc de Torganiser, cette force tutélaire
qui doit sauver la liberté; tous les citoyens de notre département, impa-
tients de concourir à sa formation, sollicitent avec ardeur l'ordre de partir
pour vous défendre. »
Après la trahison de Dumouriez, la Société jacobine de Limoges prit sa
revanche par cette adresse sans date, reçue le 15 avril :
« La Société des Amis de la liberté et de l'égalité, justement indignée
des infâmes trahisons que la République éprouve de toutes parts,... vient
s'unir à ses représentants pour sauver la patrie.... n
— Plus de ménagements, des mesures vigoureuses :
(( Tous les Français savent aujourd'hui que les Jacobins ne sont pas des
traîtres et des factieux et que le peuple de Paris, si indignement calomnié,
ne veut pas l'anarchie. Le voile est déchiré ; les royalistes et les désorga-
nisateurs sont connus, la loi a prononcé; il faut que les tètes coupables
tombent sur l'échafaud. « (Archives nationales, D xl§4, carton 23, dossier
Haule-Vienne.)
448 APPENDICES.
XIV
(l'ag-e 52.)
Adresse dn conseil g^énéral de la Charente aux Parisiens
(39 mai].
(( L'excès de nos maux est à son comble, nous ne pouvons iilus nous le
dissimuler; nos plus cruels ennemis ne sont pas ceux qui nous combattent
à main armée ; les désorganisateurs, les anarchistes qui ne veulent point
de lois sont les traîtres qui... nous préparent les fers de la plus horrible
servitude....
(( 11 est impossible que l'état des choses favorise l'établissement d'une
Constitution sage et libre. Il faut donc, avant tout, assurer l'indépendance
de la Convention nationale : la garde départementale opérerait cet effet et
serait un nouveau lien qui attacherait tous les déparlements au centre
commun....
« Nous entendons les hypocrites se récrier et dire qu'on calomnie Paris
et ses habitants....
(( Nous ne l'ignorons pas, les crimes sur lesquels nous nous empressons
de tirer le rideau ne sont pas l'ouvrage des citoyens de Paris; nous savons
distinguer les hommes du 14 juillet et du 10 août
(( Braves et généreux Parisiens, héros des 14 juillet et 10 août, souffrirez-
vous que de vils agitateurs, d'indignes factieux détruisent votre ouvrage
et le nôtre?... Non, non,... assez longtemps vous avez seuls opposé votre
courage et votre énergie aux trames infernales des ennemis de la chose
publique. Il est temps que vos frères des départements vous soulagent et
concourent avec vous dans le glorieux emploi de rendre ou de conserver
la majesté aux députés d'une nation qui veut la liberté.... » (Bibliothèque
nationale, Lb'" 5026.)
XV
(Page 56.)
Adresses de la Charente-Inférieure.
28 décembre 1792 : La Société des Amis de la liberté et de l'égalité de
}(t Rochelle se montre indépendante à l'égard de tous et même indulgente
j)0ur Marat :
(( De quelles scènes scandaleuses le lieu de vos séances est-il devenu
le théâtre? Le sanctuaire de la liberté n'esl-il donc plus qu'une arène où
combattent de vils gladiateurs?
« Législateurs, nous allons vous dire la vérité, car vous avez besoin de
l'entendre.... »
ADRESSES DE LA CHVREME-INFÉRIEURE. 449
— Cène sont que divisions criminelles, haines particulières; accu-
sations réciproques :
« Roland, écoute-nous, nous ne voulons ni de congrès ni de toi pour
président. Robespierre, nous ne voulons ni dictature, ni de toi pour dicta-
teur. Brissot, rappelle-toi Mirabeau, Lafayetle, les Lametb et Barnave. et
ressouviens-toi que, comme disait l'un d'eux, il n'y a pas loin du Capilole
à la Roche Tarpéienne.
(( Pour loi, Marat,... nous ne parlagcons pas tes erreurs, mais nous
n'applaudissons pas à ceux qui te déchirent avec acharnement. Leur fureur
contre toi nous a convaincus que quelquefois lu pouvais avoir raison »
'5 janvier 1795. — Les citoyens libres de la ville de Roche fort :
i( Il est temps que la voix terrible du peuj)!e se fasse entendre et qu'il
écrase pour toujours les scélérats qui se sont introduits dans le temple
auguste et saint des lois qu'ils souillent de leur coupable présence. Nous
vous avons essentiellement députés pour discuter sur l'intérêt public...
et il est malheureusement parmi vous des factieux qui ne s'occupent que
d'intérêts personnels....
« Nous avons abattu l'hydre de la tyrannie et il renaît parmi vous sous
une autre forme.... Mais qu'ils tremblent, les nouveaux tyrans;... si la chute
du dernier despote a été terrible, la leur sera plus terrible encore. Elle
s'apprête avec tous les signes d'une vengeance implacable, et ils sentiront
que ce n'est pas impunément qu'on se joue des Français. » (Deux grandes
pages de signatures.)
14 mai. — Les Amis de la liberté et de l'égalité de Saintes.
« Elevez-vous donc à la hauteur de vos grandes destinées, dédaignez'
l'intrigue.
(( Eh quoi ! c'est lorsque trois ou quatre déparlements sont en proie aux
fureurs fanatiques d'une armée de révoltés,... lorsque des gardes natio-
nales, des pères de famille sont gardés en otages par ces brigands qui
menacent d'en faire une horrible bcycherie,... vous perdez un temps pré-
cieux à des discussions oiseuses, envenimées par des personnalités. »
(Adresses analogues de Marennes, 25 avril, 21 mai et 2 juin.)
4 juin. — Les citoyens de Saint-Martin (île de Ré) disent :
« Faites cesser vos éternelles et scandaleuses divisions. La route du dé-
sintéressement que vous auriez dû nous montrer, c'est nous qui vous
l'avons indiquée, sans que vous l'ayez beaucoup suivie. Presque tous les
Français ont fait des dons immenses à leur chère patrie. Et vous, qu'avez-
vous fait? bien peu de chose. Vous avez, il est vrai, décrété la Républi-
que; mais, semblable au vieux Saturne qui dévorait ses propres enfants
quand ils naissaient, vous cherchez à étouffer dans son berceau, par
une honteuse désunion, cette même République que vous avez créée. » —
(Archives nationales, D xl § 4, carton lit, dossier Charente-Inférieure .)
RÉVOL. DU 31 MAI. II — 2î>
450 APPENDICES.
XVI
(Page 58.)
Adresse et arrêté du conseil général de la Dordogne.
« Représentants du peuple,
(( Investis de sa confiance, vous exercez sa souveraineté, ne souffiez pas
son avilissement....
(( Vos délibérations n'offrent aux yeux du peuple étonné qu'une lutte de
personnalités qui lui fait méconnaître ses législateurs et qui enliardit la
horde des scélérats qui remplissent les liibunes du lieu de vos séances à
vous insulter et à influencer vos délibérations....
(( La loi, la loi seule est l'unique souverain qui doit commander à un
peuple libre.... Représentants du peuple, donnez-nous des lois, dictez-les
dans le sein de la liberté. Qu'elles soient rendues sur le vœu de la nation
entière et non par l'effet de l'intrigue et de l'ambilion.... Tel est le cri uni-
versel de nos administrés ; ils s'arment pour voler à votre défense. L'arrêté
que nous venons de prendre dans cet objet, dont nous vous envoyons une
expédition, vous prouvera que le département de la Dordogne, ainsi que
tous ceux de la République, déteste les agitateurs et les intrigants, quelque
part qu'ils se trouvent ; qu'il veut la liberté jiour ses représentants, pour
la nation, et la République indivisible. »
Suit l'arrêté qui crée et organise la force départementale. (Archives na-
tionales, D XL § 4, carton 19, dossier Dordogne.)
Une lettre du procureur général syndic Pipaud signalait au ministre de
l'Intérieur (G janvier 1795) une réunion tenue à la Société des Amis de la
liberté, où l'on avait déjà résolu de marcher en forces au secours de lu
Convention et de demander qu'elle sorte de Paris si les agitations de la
ville ne prenaient fin. (Archives nationales, AF n, carton 45, dossier 154.
u°l.)
XVII
(Page 59.)
Adresse de la Société répuitlicaine de IVIontIgnac
(3 juin 1793).
« Que faites-vous? Injures, menaces, dénonciations à tort et à travers, et
sans preuves, telle est votre conduite. Les haines personnelles ont pris la
place du bonheur public, vos assemblées ressemblent plutôt à une arène
de gladiateurs ' qu'à une assemblée majestueuse et paisible des représen-
tants du premier peuple de l'univers. »
1. Celte image revient souvent. C'était comme un écho de la voix de Danton
qui l'avait produite à la tribune.
ADRESSES DES VILLES DE Li- GIRONDE. 451
A la nouvelle de l'arreslalion des dépulés, elle veut croire que des rai-
sons de salut public ont dirigé la Convention, mais elle ajoute (14 juin) ;
«Les députés en arrestation doivent être frappés du décret d'accusation
sans différer s'ils sont coupables, comme ils doivent élre rendus à leurs
fonctions s'ils sont innocents ou s'ils ne sont pas convaincus. »
Elle attend d'ailleurs avec calme ce jugement, et elle a invité le dépar-
tement de la Gironde à respecter les décrets à son exemple. (Arcliives
nationales, D xl § 4, carton 19, dossier Dordogne.)
XVIII
(Page 60.)
Adresses des villes de la Gironde.
Lesparre écrivait à la Convention (adresse reçue le 11 janvier 1795) :
« Qu'avez-vous fait jusqu'ici?... Vous vous êtes occupés de quelques in-
dividus qui étaient trop méprisables pour être dangereux... et la nation
attend. »
Et les citoyens libres de Liboiiriie (20 janvier) :
«... Avez-vous justifié les espérances de la nation?...
« Législateurs, ne craignez ni les menaces, ni les proscriptions. La
nation ne réside pas dans Paris. Les 85 autres départements sor.t
debout, ils veulent que leurs représentants soient libres et respectés; ils
veulent la république une et indivisible, mais avec elle ("exécution en-
tière des lois; ils ne veulent d'aucune espèce de tyrans; ils abhorrent
également elles rois et les dictateurs et les triumvirs; ils ne seront jamais
les esclaves que de la loi ; mais ils ne veulent pour législateurs ni les
tribunes de Paris, ni les traîtres qui les payent et les égarent, n
Autre adresse dans le même sens, le G avril :
(( Des lois et une bonne Constitution. «
Et le 28 :
(( La tyrannie, abattue avec la tète du perfide Capet, s'était relevée plus
audacieuse et plus barbare encore à l'aide d'un scélérat dont le nom re-
trace tous les crimes. Le décret d'accusation que vous avez porté contre
lui a terrassé de nouveau le monstre.
(( Représentants, la patrie est perdue si vous ne renoncez enfin à te
système de mollesse qui a enhardi tous les scélérats et tous les conspira-
teurs. )) — Ils signalent leurs audacieux défis à la barre !
« Et le glaive de la loi ne frapperait pas ces hommes atroces!
« Guerre aux tyrans, guerre aux traîtres, guerre aux anarchistes, guerre
aiix brigands, tel est le cri de la Gironde. »
Adresses analogues des Sociétés populaires de Lancjon (G mai), A'Anduzc
(7 mai) :
« Le peuple friinçais est debout,... craignez qu'il ne soupçonne en vous
des desseins perfides.... La Constitution !
452 APPENDICES.
« Prévenez les terribles mesures que le désespoir pourrait lui dicter,
si TOUS ne faites bientôt cesser l'anarchie qui le désole. »
Fin de mai : Le conseil de la commune et la Société populaire de
Saint- André de Cussac :
(( Le premier de vos devoirs était de nous donner une Constitution, et
c'est la chose dont vous vous êtes occupés le moins
(( Représentants, une place éminente vous attend chez la postérité.
Vous y serez au premier rang des bienfaiteurs du genre humain ou des
destructeurs de l'ordre social. Le choix est entre vos mains, c'est à vous
de le fixer, w
5 juin. — La Société des Amis, etc., de Bazas :
(( Il est temps que vous rappeliez la municipalité de Paris à la ligne
de démarcation qu'elle n'aurait jamais dû quitter. »
Les citoyens de la ville de Nérac (fin de mai) en appellent à l'histoire
ancienne :
« L'histoire est l'école des sages. Elle nous apprend que les factions
d'Amilcar et de Ilannon, qui déchiraient le sénat de Carthage, perdirent
celte fameuse république. »
10 juiii. — La Société populaire de Ranzau :
« Sauvez la Patrie, sinon avouez votre insuffisance et convoquez sans
relard les assemblées primaires. » (Archives nationales, D sl § 4, car-
ton 20, dossier Gironde.)
XIX
(f'age 69.)
Bordeaux au moment de la Révolution du 31 mai.
Un dossier du Comité de salut public relatif à Toulon (Archives natio-
nales, AF 11, carton 44, dassier 152) contient une lettre du ministre des
Affaires étrangères Lebrun au citoyen Cambon, président du Comité du
salut public, à la date du b juin. 11 lui communique ce qu'il a appris d'un
homme de confiance envoyé au général Biron, 1" sur les correspondances
avec l'Angleterre, 2" sur la Vendée et la nécessité d'y porter un grand
coup. 5" sur Bordeaux.
(( Il en résulte, dit-il, que la ville de Bordeaux et tout le département de
la Gironde sont à surveiller, et il n'y a pas de temps à perdre après ce
qui vient de se passer : « Ménagez Bordeaux, a dit le général, tenez-y
11 quelqu'un en qui on ait confiance, qui cahne, qui assure que l'on ne veut
(( pas troubler leur repos, et vous contiendrez cette ville. Les tètes y
« sont plus décidées qu'échauffées. On m'y a paru bien déterminé à ne
(1 pas se mêler des affaires de Paris, mais plus déterminé encore à con-
« server liberté, propriété et opulence. Leur confiance dans leur dépu-
(( tation paraît très grande et générale. Un jjarti violent n'est le vœu de
« personne; mais, s'il se prenait contre Bordeaux quelque parti sévère, il
LES JACOBmS DE LESPARRE. 455
« y aurait une gi'ande explosion. Ils demanderaient du secours à qui
« pourrait en donner; et on ne leur en refuserait pas.... Ils ne veulent
•( pas de roi, mais une république riche et tranquille. Je vous ferai part do
<( tout ce que je saurai et je tâcherai d'être bien informé par des gens
<( qui, comme moi, veulent la République une et indivisible. Bordeaux
>( nest pas maintenant notre petit danger. Avec delà sagesse on le con-
K servera, on en pourra tirer d'immenses ressources; des imprudences
u peuvent avoir des suites désastreuses et incalculables. »
« Je n'ai fait que rapporter les propres expressions du général, laissant
au Comité le soin de les interpréter, d'en étendre le sens. J'ajouterai
seulement que le général a donné à entendre que la ville de Bordeaux
j)Ourrait, en se déclarant indépendante, demander d'être traitée à l'instar
des villes anséatiquos et se faire appuver par les Anglais, qui ne demandent
pas mieux. Ceci est de la plus sérieuse importance et l'on ne peut tmp
se hâter de le prévenir.
« Le général Biron aune autre opinion de Marseille ; il assure que cette
ville ne songe nullement à se séparer de la République et qu'il n'y existe
aucune espèce de complot contre la majorité de la Convention.
« Le Brux. ))
XX
(Page 76.)
Les Jacohins de Lesparrc '13 juin).
« Courage, législateurs, tenez-vous constamment à la hauteur de votre
honorable mission. Souvenez-vous toujours que vous êtes les représen-
tants de 25 millions d'hommes qui n'attendent que de vous leur salut et
leur bonheur. Que le foudre vengeur que la nation a remis en vos mains
réduise en jioudre les factieux qui vous calomnient et tentent d'établir
des autorités oppressives rivales de la vôtre. »
— llàter la Constitution.... « Jusqu'à cette époque si désirée, le salut de
la Patrie vous commande impérieusement de rester fermes à votre poste. )>
(Archives nationales, D xl § 4, carton 50, dossier Gironde.)
XXI
(Page 80.)
La légion de la Gironde à Langon.
La légion de la Gironde marqua son séjour à Langon par cette lettre,
publiée en placard, adressée à ses concitoyens dont elle cherchait à
réveiller l'ardeur.
454 APPENDICES.
Langon, 51 juillet 1793, l'an II de la République française.
Frères et amis,
L:i liberté nous alloit être ravie. ...La Commission populaire fut établie.. ..
Eb quoi ! citoyens, nous resterions dans une honteuse sécurité, nous
ubirions le joug des imposteurs et des assassins! Non, nous le jurons
ous sur nos armes, en présence du dieu des combats. Secondez-nous,
citoyens, et la République sera sauvée
Voulez-vous que la tyrannie disparaisse de notre terre sacrée pour
faire place à la ])aix et au bonheur? Montrez le spectacle sublime d'un
]ieuple qui, au milieu de ses souffrances, ne parle que de sa liberté;
demandez dans vos assemblées primaires lo prompt renouvellement delà
Convention; chargez-nous de conduire à Paris les députés que vous aurez
élus, et nous jurons de nouveau de ne rentrer dans nos fovers qu'après
avoir sauvé notre pays. Cette mission est grande. Elle est digne de notre
courage. — Suivent les signatures.
(Archives nationales, D xlii, carton 4, dossier 46, pièce 5.)
XXII
(Page 8C.)
!%'ote de police sur Bordeaux.
« Sections de Bordenvx. — Toutes avocatisées et séduites par l'astuce de
l'éloquence et notamment celle n" 15 par un avocat nommé Bretonneau,
natif de la Réole, riche d'esprit, scélérat par caractère... [qui] a fait la
motion de mettre le feu aux quatre coins de Paris.
« Peuple de Bordeaux. — Bon par excellence, supportant la misère,...
provoqué par les accapareurs.
(( Club des Amis de la liberté et égalité. — Composé d'intrigants à la
tète desquels sont : Marandon (le greffier de la bourse...); Duvigneau,
procureur au cy-devant parlement; Grangeiieuve, frère du député. Ces
trois ont fait la motion aux sections de Bordeaux de faire sonner le tocsin
dans le département et tirer le canon d'alarme, et ont causé dans les
temps le fédéralisme du département. Tous les trois, intrigants et adula-
teurs des aristocrates à millions, et éloient dans la Commission de salut
public en insurrection contre la Convention. )i
Suivent quelques noms encore : — la note, qui est de la fin de juillet ou
du commencement d'août, s'arrête à Z^crnac/rt. (Archives nationales, F i* 551,
dossier Pannelier.)
Une autre note, postérieure au 10 août, qui reproduit les mêmes
détails, prétend qu'il n'y a rien à redouter de la ville et ajoute :
« Un décret essentiel serait celui qui prononceroit la peine de mort
BAUDOT ET YSABEAU A BORDEAUX. 455
contre tout journaliste ou imprimeur qui ne signeroit pas ses ouvrages ;
les départomcnts sont infectés de papiers aristocratiques où l'on trompe
et intimide les citoyens de la meilloure foi. Le despotisme a plus d'émis-
saires que la vérité n'a de véritables apôtres. » (Archives nationales,
D XLU. carton 4, dossier 46, pièce 64.)
XXIII
(Page 91.)
Première entrée de Baudot et d'I'sabeaii à Bordeaux.
L'agent Mouton écrivait d'Agen : « A Bordeaux, le royalisme éclate avec
la plus honteuse impudence ; on s'exprime dans tous les lieux publics
comme si l'on était à Coblenlz....
(( Les représentants du peuple furent arrêtés sous prétexte de les sous-
traire à la fureur populaire, mais en effet pour les empêcher de commu-
niquer avec les sections fidèles aux bons principes. Ils furent outragés,
menacés ; une jeunesse effrénée disait qu'il fallait les mettre à la guil-
lotine, qu'ils venaient pour mettre à exécution le décret contre les admi-
nistrations fédéralistes. On me cherchait aussi, on avait pris des mesures
pour me faire arrêter ; mais je trouvai le moyen de tromper la surveil-
lance de la garde du quai, et un fédéré me sauva. Je joignis les représen-
tants du peuple à Sainl-Macaire. Je leur rendis compte de mes démarches
et j'eus le plaisir de recueillir le témoignage de leur approbation.» (Archives
nationales, F i' 550, dossier Mouton.)
XXIV
(Page 91.)
Manifestations à la suite du départ de Baudot
et d'Ysabeau.
Les deux représentants publièrent leur insulte sous toutes les formes :
Proclamation en placard (sans date) ; rapport (22 août) ; lettre à la com-
mune de Bordeaux : « Après avoir été rassasiés d'outrages o, etc. (25 août).
(Archives nationales, D xui, carton 4, dossier 46. pièces 29, 51 et 52.) On
trouve au n° 37 un placard imprimé à Montauban, 28 août, qui contient
une lettre d'un citoyen de Bordeaux au président de la Société populaire de
Montauban (la Réole, 25 août 1795) où l'on raconte les infamies dont
ils avaient été victimes. On les montre assaillis par une bande de Che-
valiers du poignard, criant : Ils ne 7ious cchapperonl pas,... prenez-les d'as-
saut!... frappe le premier!... h la guilloiine! h la cjnillotine ! A côté de
cela une lettre du conseil général de Bordeaux à ses concitoyens (23 août)
456 APPENDICES.
et une autre au département (24 août) qui présenlont les choses tout au-
trement. (Archives nationales, n'" 58-49.)
— 11 y eut, en faveur de la Commission populaire et des magistrats
menacés, des manifestations d'une autre sorte. Par exemple cette affiche :
« Avis à mes concitoyens.
(( Vos magistrats sont sous le couteau ; c'est pour avoir répondu avec
confiance qu'ils s'y Irouvcnt placés »
— On signale l'irrégularité du décret :
« Soyez unis, soyez fermes, et la justice que vous attendez ne vous sera
pas refusée ; vous n'aurez pas même hesoin de recourir à cette maxime de
la nature, gravée par deux fois dans l'acte constitutionnel, que la résistance
à l'oppression est le premier et le plus saint des devoirs.
(( Signé : Jean-Guillaume Robei'.t, aine. »
Un exemplaire en fut envoyé aux deux représentants avec cette note
manuscrite qui est une dénonciation :
« Elle a été affichée avec profusion le jour de votre départ, et les libelles
sont Lien accueillis, surtout au déparlement. »
Une autre affiche dans le même esprit (n° 42) est suivie aussi d'une
note manuscrite de même caractère :
« La municipalité l'a envoyée à toutes les sections; elle a été imprimée
chez les frères Lohothiers. C'est du Vormczelle. » (Archives nationales,
même dossier.)
D'autre part, les Amis de la liberté et de l'égalité de Bordeaux impri-
maient (28 août) leur profession de foi, qui se résumait en ces termes :
Attachement à la République une et indivisible, haine aux rois, aversion
pour le fédéralisme, horreur pour l'anarchie (les fédéralistes et les anar-
chistes pouvaient en prendre chacun leur part). — Leur adresse du .50 août
était plus explicite. Ils y disaient : « Les vrais républicains doivent toute la
liberté aux représentants d'une nation libre » ; et ils couvraient tout par
l'acceptation de la Constitution : « Ceux qui se sont ralliés autour d'elle ne
peuvent être des rebelles >).
XXV
(Page 96.)
Calomnies de Baudot contre les Bordelais.
Baudot ne se faisait pas sci'upule dans ses lettres do calomnier les Bor-
delais. Il écrivait de Fontenai-le-Peuple (15 septembre) au Comité de salut
public :
« J'étais venu ici pour prendre des mesures contre Bordeaux ; les circon-
stances ne permettent pas beaucoup d'assistance; mais la citadelle de
Blaye est à nous, et avec cette place on tient les contre-révolutionnaires de
la Gironde en bride.
MANIFESTATIONS DU GERS. 457
« Leur dessein est nianifeslemcnt délivrer leur ville nux Anglais ; un des
complices de la Irahison nous a prévenu (.Ven (dans) l'espérance d'obtenir
sa grâce. ^Vinlpllen est à Bordeaux, il vient d'y lever une petite année sous
le titre de Société poprilaire de la jeunesse bordelaise. Buzot et Grange-
neuve V sont aussi, et fonietiteut de concert avec la Commission popu-
laire. Trois mille liommes les mtttront tous à la raison, mais il les
fi)ut.... )) (Archives nationales, AF n, carton 46, dossier 100, n° 208.)
Son collègue Ysabeau s'était joint à lui déjà pour signer cette calomnie
dans une lettre datée de la Réole, I" septembre. (Archives nalionales,
D XLii, carliiu i, dossier 40, pièce 50.)
XXVI
(Pnge 103.)
iManifestation.s du Gers.
Toutes les agglomérations du département du Gers, villes ou sociétés
populaires, s'étaient élevées de bonne heure contre les funestes divisions
de la Convention nationale.
Les citoyens de Condom, dans une adresse reçue le 5 février, disent :
(( Pourquoi avez-vous été envoyés? qu'avez-vous f;ùt, que faites-vous
tous les jours...?
« Tremblez, législateurs, que le peuple ne finisse par vous soupçonner
d'intelligence avec les tyrans qui projettent de l'asservir —
« Si des misérables agitateurs persistent à vouloir entraver la marche
de vos opérations, si vous n'avez pas le courage de les rejeter de votre
sein, osez les dénoncer au souverain. »
La Société républicaine àcFleurance (reçue le 19 mars):
« Trop longtemps vous avez gardé le silence sur ces hommes de boue
que l'égarement ou de funestes préventions ont élevés à la dignité de nos
représentants.
« Ces hommes vous enchaînent; et vous n'êtes point libres. «
Et elle en trouve la preuve dans l'abrogation du décret contre les
auteurs des massacres de septembre.
La Société républicaine de Lccloure réclame le vote de la Constitution
et la fin des divisions de l'assemblée (25 mai) :
(( Si celle demande était sans succès, si les factions qui vous déchirent
ne se réunissent toutes au parti du peu[ile, prenez-y garde ! les assemblées
ju'imaires peuvent se convoquer en un moment ; l'indignation, la fureur
peuvent y faire recourir. «
La Société populaire àWuch (25 mai) :
« Il est temps que le trône de l'anarchie, fondé sur le charlatanisme
oratoire des faux patriotes, s'écroule à la voix de la raison....
(( Songez que tandis que les anarchistes, ces émissaires desPitt et des
(iobourg, épuisaient tous les moyens pour vous avilir aux yeux de l'Europe
458 APPEiNDICES.
ptilière, songez que les mêmes moyens de désorganisation et d'avilisse-
ment étaient employés par de nouveaux Verres. Songez qu'un dictateur
s'apprêtait à former à Toulouse un congrès de toutes les sociétés popu-
laires des départements méridionaux. »
— Mais le piège a été évité : « Comme nous, (les sociétés populaires) de
riléiault, de l'Aude, du Tarn, de Lot-et-Garonne et des Hautes-Pyrénées
ont rejeté avec horreur cette invasion de fédéralisme. »
— Attaquent-ils les Girondins? Non. ils dénoncent ChaLot comme « le
ressort principal de cette intrigue formée contre la liberté ».
La commune de Smsa/i, dans une adresse reçue bien tardivement (le
(î juillet), ne ménage pas les mots les plus durs :
« Vous donnez le speclaclc du combat des passions les plus viles, les
plus grossières.,..
« Si vous ne vous sentez pas capables de vous élever à la hauteur de
vos fonctions,... convoquez les assemblées primaires et abandonnez un
poste qui n'est pas le vôtre. »
Joignons à ces adresses cette mercuriale d'un humble fonctionnaire,
le citoyen Carde, juge de paix de Seissan (Gers), à la Convention natio-
nale (14 janvier de l'an II) :
« En entrant à la Convention, vous fîtes des actes qui annonçaient un
grand caractère, qui nous donnèrent les plus grandes espérances; mais,
un moment après, vous retombâtes dans votre nature, et depuis, au lieu
d'hommes républif/»ains, nous n'avons vu que de vieux esclaves avec leurs
préjugés et leurs passions... » (Archives nationales, D xl § 4, carton 20.
dossier Gers.)
XXVII
(Page lOo.)
Adresses de Lot-et-Garonne.
Le Lot-et-Garonne s'attaqua un des premiers à l'anarchie. Le 8 janvier
le conseil général du département écrivait :
(( Tous les bons citoyens, tous les amis de la République s'indigneni
depuis longtemps de ce qu'une horde de conjurés outrage insolemment
chaque jour la Majesté nationale.... Votre liberté, législateurs, est celle
du corps entier de la République.
« Appelez les courageuses cohortes de bons citoyens; ils s'empres-
seront d'accourir vers vous du fond de leurs départements. »
— Ils veulent rester dans les limites de leurs attributions, ils ne pren-
dront nulle mesure partielle :
« Vous seuls pouvez calculer le danger, vous seuls aussi pouvez deman-
der les secours qui vous sont nécessaires
« Mais si notre devoir nous prescrit rigoureusement d'attendre votre
impulsion, il exige aussi que nous préparions nos ressources. »
ADRESSES DE LOT-ET-GARONNE. 459
— En conséquence, un registre sera ouvert pour l'enrôlement des vo-
lontaires qui marcheront sur Paris à la première réquisilion.
Les Républicains d'Agen écrivent le 10 février :
" Législateurs,
« Nous jurons de détendre jusqu'au dernier soupir la lilierté, l'unité,
l'indivisibilité de la République, la siîreté des personnes et des propriétés.
Nous disons anathème aux rois, aux tyrans, anathème aux dictateur.-,
aux triumvirs, aux faux défenseurs de la République ; anathème à tous
ceux qui, sous le titre de chef, de général, de protecteur, de stathouder,
de prince ou quelque titre que ce soit, voudront usurper une supériorité,
une prééminence quelconque sur leurs concitoyens, et nous jurons de les
poursuivre jusqu'à la mort. » (L'n exemplaire de cette adres^se est aux
Archives de Seine-et-Oise.)
Les Amis de la liberté et de l'égalité de Villeneuve envoyaient
(6 mai) à toutes les sociétés de la République une adresse où ils disaient à
la Convention :
(( ... Plus de montagne, plus de marais, plus de côté droit, plus de côté
gauche, et vous aurez déjà beaucoup fait pour le bonheur de tous.
(( L'uninn est le besoin le plus pressant des Français, n
— Ils donnent l'exemple de l'Angleterre, et il est prophétique :
(I L'Angleterre a hit des efforts pour établir la démocratie
(i Enfin, après bien des mouvements, des chocs et des secousses, il fallut
se reposer dans le gouvernement que tous avaient proscrit. Représentants,
si les factions exercent plus longtemps leur empire parmi vous, craignez
que ce fragment de l'histoire ne soit l'épigraphe de celle de nos révolu-
lions.... 1)
La même société à Moya.r, dans une adresse reçue le 10 mai, s'afflige
des divisions de la Convention, mais lui recommande de ne pas convo-
quer les assemblées primaires. S'il y a péril, qu'elle l'annonce :
(( C'est alors que le souverain se lèvera et fera à l'instant, par sa voix
terrible, rentrer dans le néant la partie de lui-même qui aurait cru pouvoir
profiter du moment de son sommeil. »
La Société républicaine de Laiisun (adresse reçue le 4 juin) :
(( Citovens, nous vous parlerons en hommes libres. Des pétitionnaires
insensés, des dénonciateurs évidemment corrompus vous ont déjà pris
trop de temps ; et cependant la guerre civile étend de plus en plus ses
ravages. Le sang de nos frères coule dans la Vendée, il coule sur les
échafauds. Nous ne voyons que du sang; l'abolition de la peine de mort
nous fut vainement annoncée. La liberté et l'égalité sont dans votre
bouche; elles n'existent point dans les lois. »
— Un remède... la Constitution.
Les Amis de la liberté de Tournon (Lot-et-Garonne) (adresse reçue le
5 juin) :
u L'union, la paix régnent dans nos contrées.... C'est la Convention qui
compromet tout par ses divisions....
46 L) APPENDICES.
Et voici le moyen de tout concilier qu'ils imaginent :
(I Représentants, réunissez-vous tous sur la montagne, pour vous mettre
à la hauteur des circonstances, pour calculer et prévenir les dangers immi-
nents de la patrie.
(( Réunissez-vous tous dans la plaine, pour y méditer, dans le calme,
des bonnes lois, et nous donner une Constitution invariable et qui fixe
tous les esprits.
« Réunissez-vous tous enfin et faites des efforts communs pour sauver
la chose publique. )) (Archives nationales, D xl § 4, carton 31, dossier Lol-
nt-Garonne.)
XXYIII
(Page 106.)
L'agent Tronche dans le Lot-et-Garonne.
Voici quelles dispositions l'agent Tronche relève jour par jour dans sa
tournée :
Tonncins, 4 août. — La Constitution a été acceptée partout, mais à
Bordeaux on murmure contre les Parisiens.
Mcrreins. 10 août. — Notre agenta été arrêté à cause des mots inission
importante écrits dans sa commission : — Qu'c«t-ce? — Il vient voir si la
Constitution a été acceptée. — Mais on l'a annoncé au ministre, et puis
c'est l'affaire du conseil général du district, du département, etc. Sur ce,
le commissaire demande un passeport plus explicite. On lui répond qu'on
ne peut lui donner d'autres pouvoirs.
Moutauban, 51 août. — Affaire qui fait tout oublier : Paré a été nommé
ministre de riutérieur. L'agent lui adresse ses félicitations.
Toulouse, 50 septembre. — Il envoie le résumé de sa mission. Les prê-
tres mariés sont mal vus. Les grands propriétaires sont dans la crainte.
(Archives nationales, F i' 551, dossier Tronche.)
XXIX
(Page 107.)
Adresses des Basses-Pyrénées.
La commune de Pau (adresse reçue le 20 février) :
'( La révolution est finie,... chassez tous les Tarquins. »
La Société républicaine de /'««(adresse reçue le 5 juin) :
« Qu'avez-vous fait pour remplir notre attente? rien, car qu'est-ce
d'avoir abbatu un tyran, si vous n'abbalez la tyrannie? Qu'est-ce que
déclarer la République une et indivisible, tandis que vous la fédéralisez
par votre conduite ?... Donnez-nous donc promptement une bonne Consti-
tution; étouffez, nous vous en conjurons,... toutes ces dissensions, ces
animosités personnelles, etc. »
LE CONSEIL GÉNÉRAL DES BASSES-PYRÉNÉES. 461
Les Amis de la liberté, etc., de Sauveterre (adi-esse reçue le -2(3 juin,
mais sans doute écrite avant qu'on sût la révolution) :
« L'éclat de la discorde qui règne dans le sein de votre assemblée est
parvenu jusqu'à nous. » (Arch. nat., D xl § 4, carton 18, dossier Aveyron.
où on l'a rangée par erreur.) Voyez une adresse analogue d"01oron{'29mai).
[Ibid., carton 22, dossier Basses-Ptjrénées.)
La Société des Amis de l'égalité et de la liberté de Bayoutie (10 mai) se
montre peu favorable à la proposition fuite le 15 avril dans la Conven-
tion : « On vous a proposé de convoquer les assemblées primaires et
d'interroger le souverain lui-même sur le degré de confiance qu'il veut
accorder à chacun des membres qui composent actuellement la Conven-
tion. )) — C'est une mesure funeste. Quand une fois le Corps représenta-
tif est assemblé, les députés « ne le sont plus du département qui les a
nommés, mais de la nation entière ». (Archives nationales, ibid., dossier
Basses-Pyrénées.)
XXX
(Page 108.)
Le conseil général des Basses-Pyrénées.
On soumet au conseil les arrêtés de la Côte-dOr (30 mai), de la Uautc-
Vienne (5 juin) et du Gers (12 juin) :
« Lecture en ayant été faite et le conseil général ayant pris en consi-
dération les dispositions contenues dans lesdits arrêtés, oui le procureur
général syndic, adhère au contenu desdits arrêtés et à toutes les disposi-
tions qu'ils renferment; arrête en conséquence que la commission à
envoyer à Paris sera choisie au scrutin et à la majorité absolue des suf-
frages. En conséquence, le scrutin ayant été ouvert, le citoyen Lafont a été
nommé commissaire pour remplir la mission portée dans les arrêtés ci-
dessus. I) (Archives des Basses-Pyrénées, Conseil général du départe-
ment, 5* registre L i "''', {"' 41, 4(3 et o7.)
« Lecture faite de l'arrêté des Landes et d'autres départements :
« Le conseil général, après avoir tout pesé et considéré avec la plus
grande réflexion, rendant hommage aux intentions pures, au civisme, qui
animent le conseil général du département des Landes, arrête, ouï le
procureur général syndic, qu'il n'adopte point les additions faites par le
conseil général des Landes aux propositions énoncées dans l'arrêté de celui
de la Côte-d'Or et persévère purement et simplement dans son arrêté pris
le 13 du courant en présence des députés du conseil général du départe-
ment du Gers,
(( 18 juin. Le conseil général d'administration, considérant que dans
les circonstances critiques où l'unité de la République parait menacée par
les divisions intestines qui, de la Convention nationale, se propagent dans
les départements, il est essentiel de prendre des mesmes promptes, rela-
tives au danger de la situation actuelle de l'État; que, pour calmer l'agita-
462 APPENDICES.
tion des esprits et prévenir l'explosion de mouvements populaires, l'admi-
nistration doit s'investir de la confiance générale, en appelant les députés,
les autorités constituées et les sociétés des amis de la liberté et de l'égalité,
pour conférer sur les moyens d'assurer la tranquillité publique et de pré-
server la République une et indivisible des malheurs d'une guerre civile;
« Arrête.... )) (l'ai résumé l'arrêté dans le texte, p. 107.) (Arcbives des
Basses-Pyrénées, Conseil général du département, f"' 56-57.)
XXXI
(Page 109.)
Adresse des llâutes-Pyrénées (5 juin).
(( Ouï le procureur général syndic en remplacement ;
(( Le conseil général du département, qui compte parmi ses devoirs les
plus sacrés celui d'appliquer et de mettre au grand jour ses principes... ;
« Déclare qu'eu exprimant son opinion dans un article de l'adresse à ia
(jOnvention nationale du 50 du mois dernier sur le danger de remettre
dans des mains isolées, qui peuvent en abuser, le pouvoir suprême délégué
par le peuple à ses représentants, il n'a voulu émettre qu'un principe gé -
néral, moins dans l'objet d'en faire une application particulière que pour
faire sentir la nécessité de hâter l'établissement du nouveau gouvernement.
« Les dangers de la Pairie sont grands ; de grandes mesures élaieul aussi
nécessaires ; celle qui détermine l'envoi des représentants du peuple
auprès des armées de la République est sans doute une de celles à laquelle
la France doit son saint ; mais, tout en convenant des effets salutaires
qu'elle a produits, quel est le Français qui ne cherche avidement dans
l'avenir le moment oîi les représentants de la nation, maîtres d'assurer
loin des orages et des factions les destinées de la France, consat'reront
solennellement ce principe sacré que la puissance dont le dépôt leur est
confié est une et indivisible!... » (Archives des Ilautes-Pyréuées, Conseil
général du département en permanence, à la date.)
La Société républicaine de Tarhes avait fait, dès la fin de décembre
1702, une sortie violente contre les factieux de Paris :
0 ... C'est à Paris qu'une commune rebelle osa s'opposer à l'exécution
des lois — C'est à Paris, etc. » (Archives nationales, D xl § 4, carton 22,
dossier Hautes-Pyrénées.)
XXXII
(Page 115.)
manifestations de la Ilaute-Garonne.
Tous les partis semblaient d'accord à condamner les agitations qui entra-
vaient l'œuvre de la Convention dans les premiers mois de ses séances. Nul
MANIFESTATIONS DE LA IIAITE-GARONNE. 403
n'en prenait la responsabilité pour les siens. Voici un extrait tio l'adresse
(les Jacobins de Toulouse (l''' janvier 1795) :
« Après vous avoir élevés à la sui'rème dignité de représentants d'une
nation libre, le peuple souverain qui vous l'a conférée a le droit de vous
demander si vous avez mesuré constamment la hauteur des fondions
augustes qu'il vous a permis d'exercer en son nom....
« Pourquoi faul-il, législateurs, que le tableau de toutes vos séances ne
puisse présenter une réponse satisfaisante à ces questions si légitimes?
Par quelle fatalité,... par quel prodige inconcevable une poignée d'obscurs
agitateurs, sortis de la poussière,... ne font-ils retentir l'Europe entière
que des débats scandaleux auxquels ils osent se livrer en votre présence?
« Jusques à quand ces dénonciations aussi méprisables qu'absurdes...?
« Et quel instant vient-on choisir pour aiguiser les poignards de la
haine? C'est cet intervalle trop prolongé que l'on s'efforce d'établir entre la
juste proscription d'une tète coupable (le roi) et le coup qui doit la frapper.
(( Hàtez-vous, législateurs, d'immoler un despote sanguinaire et parjure
à la sûreté intérieure pour que l'on fasse la Constitution.
(( A-t-on vu quelquefois l'éléphant ralentir sa marche grave et majes-
tueuse pour s'occuper des vils reptiles qui rampent à ses pieds?
« Méprisez donc, législateurs, tous ces insectes malfaisants qui vou-
draient obscurcir l'aurore de la liberté.... »
— Le plus grand nombre des adresses, même de sociétés affiliées aux
Jacobins, sont sur ce point franchement aniijacobines.
La Société des Amis de la liberté et de l'égalité de Fronton (reçue le
30 janvier) :
« Représentants,
(( Nous vous avons promis de vous dire la vérité, et nous vous la dirons
toujours. Écoutez-la donc, ceux d'entre vous qui êtes dignes de l'entendre!
(( Notre union l'ait toute notre force. Vos débats en sont le thermomètre
et toutes les nations ont les yeux fixés sur vous.... Réfléchissez. Et toi,
Marat,... toi, Robespierre,... et vous qui égorgez ainsi le peuple en vous
disant sans cesse leurs amis, que pensez-vous?
(t Nous savons que la patrie est dans les plus grands dangers et que
c'est vous qui les lui préparez. ))
Les Amis de la liberté et de l'égalité de LacjardeUc (5 mars) applau-
dissent à la mort de Louis XVI et demandent la tète de Marat.
Les administrateurs du district de Rieux (reçu le 9 avril) :
« Vouez à l'exécration ces vils intrigants, ces infâmes agitateurs, d
La Société populaire et républicaine de Sainl-Marlorij (IG mai) sacrifie
sans hésiter les Vingt-deux : « Qu'ils se retirent ! »
La Société républicaine de Revel (17 mai) veut se désintéresser des
partis. Après avoir applaudi à la chute du trône, à la mort du roi, elle
demande qu'on mette fin aux divisions :
« Aussi nous ne tenons ni pour Paul, ni pour Apollo; mais nous tenons
pour la respectable majorité de nos représentants ; nous tenons pour l'unité
46 i APPENDICES.
et l'indivisibilité de la République française-, nous tenons pour l'ordre,
pour le respect des lois, pour la garantie des personnes et des propriétés
et pour l'inviolabilité de la représentation nationale sur quelque tête qu'elle
repose. »
Les administrateurs du district et la Société populaire de Castel-
naudanj (25 mai) :
(( Trop longtemps, sans doute, vous avez ignoré les funestes effets des
scandaleux débats qui vous agitent....
(( Comment voulez-vous sauver la République, si vous vous perdez
vous-mêmes par vos dissensions intestines?
« La représentation nationale est inviolable et sacrée. Pourquoi faut-il
que nous soyons tous les jours témoins de l'indécente conduite des tri-
bunes et de leur impunité? »
Ils veulent l'égalité et signalent l'inégalité dans la manière dont les
pétitions sont accueillies : Paris s'airoge le privilège de les apporter à la
barre.
La Société républicaine de Carcassonne (29 mai) :
(( Nos frères de Nantes et de Bordeaux vous ont présenté, en bons répu-
blicains, leurs principes et vos devoirs. Jusques à quand serez-vous sourds
au langage puissant de la raison et de la vérité? Nous sommes fatigués de
vous voir sans cesse aux prises avec vos passions et vos baines particu-
lières. Abjurez des sentiments aussi vils et aussi honteux.
« Le peuple vous le commande : obéissez à sa voix suprême, ou craignez
sa vengeance.'))
Les Amis de la République une et indivisible de Toulouse font une pro-
fession de foi assez vague. Ou les a méconnus ; ils ne sont ni Maratistes.
ni Girondins :
« 0 patrie, ô liberté!... »
Ajoutez trois pétitions réclamant la fin des discordes à une date où il
était bien difficile que l'on ne sut pas comment la paix s'était faite dans la
Convention : Société républicaine de Montech (15 juin); paroisse de
Bresso/s (18 juin); Société des Amis de la liberté et de l'égalité de Casianel
(25 juin). (Arcb. uat., D xl § 4, carton 20, dossier Haule-Garonne.)
XXXIII
(Page H6.)
Conseil général de la Haute-Garonne.
Les registres des délibérations du conseil général de la Haute Garonne
présentent ainsi les cboses :
« 50 mai. 11 a été lu une adresse de la commune de Pézenas (Hérault)
il la Convention nationale tendant à raUier tous les bons citoyens pour
maintenir la lîépublique une et indivisible et engager tous les départe-
ments à émettre un vœu comme les Bordelais....
L\ SOCIETE DES AMIS DE LA LIBERTE DE TOULOUSE. 40.')
« Un membre a proposé <lc faire une adresse à la Convention nationale
|iour lui exprimer les mêmes sentiments que la comnuine de Pézeuas....
(( Ouï le procureur général syndic provisoire, il a été délibéré que
l'adresse sera faite simplement au nom des trois corps administratifs de
Toulouse et sans y faire mention que c'est pour suivre l'exemple de telle
ou telle partie de lu République. »
— Dubarran dans son rapport dit : « Les arrestations de patriotes m'
nudtiplient, les individus suspects sont élargis. » {Moniteur du 50 prairial
an II, t. XX, p. 745). Le conseil se borna à prendre des mesures pour
empêcher les arrestations arbitraires :
i" juin. « Le conseil, considérant que si la sûreté générale exige que
les personnes suspectes et dangereuses soient mises en état d'arrestation,
conformément aux arrêtés des représentants du peuple délégués par la
Coaventiûu nationale dans les départements, l'humanité et la justice font
uu devoir à l'administration de prendre des mesures afin que les bons
citoyens ne soient point confondus avec les coupables.... »
En conséquence il arrêtait : 1° qu'il y aurait un comité de sûreté géné-
rale dans chaque district; 2" que pour décider une arrestation il faudrait
les deux tiers des voix; 3" que l'on donnerait connaissance au départe-
ment de toutes les arrestations ; 4" que les décisions seniient motivées
et affichées. (Archives de la Haute-Garonne, Délibérations du conseil du
département, aux dates, f" 109 et suiv.)
XXXIV
(Page 118.)
La Société des .%iuis de la liberté de Toulouse.
Le registre des délibérations de la Société des Amis de la liberté de
Toulouse nous la fait suivre dans ses actes jour par jour, parallèlement au
conseil du département.
2 juin 1793. On lit deux lettres, l'une de Chabot, de retour à l'aris.
Uaulrc de Loubers, délégué de la société, annonçant la suppression de la
commission des Douze. — Applaudissements.
a juin. On décide qu'il sera fait deux adresses à la Convention, l'une
pour inviter l'Asseinblée à se grouper autour de la Montagne, l'autre pour
justifier Chabot dont la conduite à Toulouse était incriminée.
1 juin. Lecture et approbation de l'adresse de la Convention aux dépar-
tements insurgés.
S juin. On lit et on critique l'adresse des corps administratifs aux habi-
tants de la Haute-Garonne : « Uu des points de l'adresse qui a le plus
indigné la société est que les municipalités ne pouvaient pas secouer
l'oppression : ce qui est une vive censure de ce qu'a fait la municipalité
de Paris, qui, cependant, a eu la satisfaction d'entendre de la Convention
qu'elle a bien mérité de la patiie. »
KÉVOL. DU 51 MAI. u — 30
466 APPENDICES.
[) juin. Lettre île Loubers « qui reud compte de la sainte insurrection
qui vient d'avoir lieu à Paris». — Applaudissements. — On vote une
adresse pour féliciter les Parisiens.
\ù juin. Adoption de cette adresse.
i'ijuin. On s'occupe des assemblées primaires que le déparicment veut
réunir.
13 juin. Arrivée de Projcan, Cbaudron-Rousscau et Baudot', députés
montagnards envoyés aux armées des Pyrénées.
« Sur la motion d'un membre, il a été délibéré de faire une adresse à
la Convention nationale pour lui dénoncer les projets de fédéralisme qu'on
voudrait établir dans les départements méridionaux et lui donner toutes
les preuves que la société peut avoir; et le comité de surveillance est
chargé de donner demain lecture de cette adresse.
« Le représentant du peuple Baudot a parlé pendant longtemps sur les
menées atroces des départements qui voudraient le fédéralisme. Son dis-
cours a élé très énergique; il a été écouté dans le plus grand calme el
a élé couvert des plus vifs applaudissements et souvent réitérés. »
\Ajuin. Deux députés, l'un de la Sociélé d'Agen, l'autre de la Société
d'Aucli, apportent des lettres de leurs sociétés avec l'arrêté du départe-
ment de la Côte-d'Or, auquel elles ont adhéré.
— Plusieurs orateurs s'élèvent successivement contre chacun d'eux.
« Après une longue, nuu'e et lumineuse discussion, la Société popu-
laire et des Sans-Culottes de Toulouse a délibéré : 1° de passer à l'ordre
du jour sur les propositions faites par les sociétés d'Agen et d'Auch;
'i° que l'arrêté du département ou des administrateurs de la Côte-d'Or
serait dénoncé à la Convention comme attentatoire à l'unité et indivisibi-
lité de la République; 5° que, la société désirant resserrer les liens de
la fraternité, elle ferait passer aux sociétés toutes les pièces qui sont éma-
nées de son sein, afin de leur manifester ses principes. »
Ib juin. « Une lettre de la Société de Toulouse pour Bordeaux a été lue,
elle prononce fortement son vœu pour la saine (sainte) montagne et pour
les vrais Républicains de Paris qui, pour la troisième fois, a sauvé la patrie;
elle a été couverte d'applaudissements vifs et unanimes.
« Chaudron-RousseauelBaudotontdemandéàêtre membres de la société.»
— Ils sont vivement applaudis et reçoivent l'accolade.
\Gjuin. Lettre qui annonce l'arrestation de Brissot, les troubles de la
Corrèze dissipés, les conspirateurs punis.
« Une lettie de la Société de Nîmes nous a fait part des vexations les
plus cruelles exercées dans cette ville contre les patriotes et nous a
annoncé le projet qu'ont formé les hommes d'État de cette ville d'établir
une République dans le Midi. Un complot aussi affreux a été reçu avec
indignation. »
1. Le rédacteur écrit Projean Chaudron, Rousseau et Beudot (plus loin Boudot),
joignant à Projean, député de la Haute-Garonne, une moitié de Chaudron-Rousseau,
député de la Haute-Marne.
DELIBERATION DU CONSEIL GENERAL DE LA HAUTE-GARONNE. 467
— Nouvelles : « Vœu bien prononcé de plusieurs départements contre
le fédéralisme dont voudraient nous infecter les feuillants et les modérés ».
— Démarches pour faire délivrer les patriotes emprisonnés. « Les ci-
toyens Peletan, Delga, Devillers et Hébrard ont été nommés commissaires. »
il juin. — Lettre de la Société de Montauban faisant connaître ses sen-
timents. — Applaudissements. — Adresse des citoyens de Montauban à la
Convention, fort apphiudic.
Adresse des Parisiens aux citoyens des départements, fort applaudie. —
Discours d'un représentant du peuple sur les droits et les devoirs, fort
applaudi.
XXXV
(Page m.)
Délibération du conseil g^énéral de la Haute-Garonne
sur le décret qui frappe son président.
(( ... Ouï le procureur général syndic provisoire :
(( Arrête que ledit décret sera exécuté en tout son contenu ; et néanmoins,
considérant qu'il [le président] est également recommandable par son répu-
blicanisme, par ses vertus, par son zèle et par ses talents,... qu'il n'a été
destitué que pour avoir signé les extraits des arrêtés pris en assemblée
générale des corps constitués ;
(( Considérant qu'afin que la Convention soit à même de juger si lesdits
arrêtés sont contraires aux principes que doit professer et mettre en pra-
tique tout fonctionnaire public... ; arrête qu'extraits de ces arrêtés seront
envoyés à la Convention nationale par un courrier extraordinaire avec
une adresse expressive des sentiments mérités du conseil du département
envers son pirésident, dans laquelle il sera observé à la Convention que
ses délégués Lombard-Lachaux, Mailhe et Chabot ont approuvé et même
provoqué la réunion desdites autorités constituées, puisqu'il y a été pro-
posé et requis par eux des arrêtés.... » (Archives de la Haute-Garonne,
Délibérations du conseil du déparlement, f° 14 v°, 29 juin 1793.)
XXXVI
(Page 128.)
Adresse explicative aux citoyens sur les causes qui avaient
fait réunir les assemblées primaires.
« Toulouse, ÔO juin 1793.
« Citoyens,
(( Les papiers publics et des témoins oculaires ayant transmis à vos
administrateurs le récit des événements qui eurent lieu à Paris, les
408 APPENDICES.
27, 51 mai, l"el2 juin courant,... ils crui'ent devoir vous eu donner cou-
nai.ssance et vous inviter à venir les entourer de vos lumières.
« Depuis que cette invitation vous a été faite, le département a reçu
un arrêté de la Commission populaire de la Gironde. » — On a répondu
qu'on était attaché à la Convention.
(( Que vous reste-t-il que de revenir vers vos commettants... leur dire
les motifs de la convocation et combien il importe à se serrer de plus près,
à se méfier des propos exagérés des malveillants », etc. (Archives de la
Haute-Garonne. Délib. du conseil gén. du département, à la date, f" 18.)
XXXVII
(Page 129.)
Adresse de la section du peuple français formant le dé-
partement tle la Haute -Ciaronne à la Convention natio-
nale (1'' juillet 1793).
« Citoyens représentants,
(( Les citoyens du département de la Haute-Garonne viennent d'être
témoins de l'exécution d'un de vos décrets qui a profondement excité leur
sensibilité ( — les arrestations).
(( Représentants, l'exécution subite et paisible de ce décret est la preuve
la plus authentique du respect de ce département pour la Convention natio-
nale et renverse l'absurde inculpation des imposteurs ambitieux qui l'ont
dépeint en étal de contre-révolution — »
— 11 faut dire la vérité tout entière :
« Représentants, ce décret qui, par sa seule forme matérielle, nous
retrace tout ce que le régime des despotes eut de plus inquisitorial, a été
rendu sur le rapport de Baudot, lui qui n'ignorait pas que nous avions
résolu de vous dénoncer ses actes dictatoriaux.... »
— Récrimination contre Baudot; — justification des personnes arrêtées.
— La réunion des corps administratifs a été formée dans l'intérêt de In
chose publique; approuvée par les représentants; — mesures utiles qu'on y
a prises.
Quatre députés des représentants du peuple auprès de l'armée des
Pyrénées-Occidentales étaient à Bayonne (Baudot, Chaudron -Rousseau,
Ysabeau et Féraud) : « Eux qui n'étaient que des délégués de nos représen-
tants déléguèrent encore Baudot et Rousseau et leur conférèrent des pou-
voirs qu'ils n'avaient ni reçus ni pu recevoir.
(( Baudot et Bousseau, qui s'étaient délégués eux-mêmes, arrivent
à Toulouse, et le 14 juin ils adressent au conseil du département une réqui-
sition, qui inhibe la réunion de toutes les autorités constituées pour déli-
bérer ensemble, à moins que cette réunion ne soit comnnndée un instant
dans les grandes fermentations.
ADRESSE DE LA HALTE-CARONNE A LA CONVENTDDN. i69
« Il est vrai que les corps conslilués n'eun-nt aucun éfiard à celle
réquisition, parce que Baudot et Rousseau étaient sans pouvoirs, qu'ils
n'en avaient que pour l'armée. »
— Ils or.t été invités à la séance du II et respectés :
(( Barras arrivait do Paris; il avait vu de ses yeux tous les événements
du 51 mai : il en rend compte à ceux qui l'avaient envoyé ; l'impression
de son rapport est ordonnée, et une pétition au nom d'un ^a-and nombre
de citoyens est piésentée. »
— Baudot et Rousseau, invités aux séances suivantes, refusent de s'y
rendre :
(( Ainsi donc le crime du président du d'/partement (Dardignac) est d'avoir
présidé les assemblées des autorités constituées réunies; celui du maire
(Deray), d'y avoir assisté; celui de Barras, d'avoir eu le courage de dire ce
qu'il a vu et d'avoir fait imprimer son rapport, qui a été confirmé par celui
de Loubers, député de la société républicaine de cette ville. Le crime de
RuffaI, Arbanère, Loubet, Janote, sera d'avoir énoncé leur opinion avec
toute la liberté des vrais républicains; celui de Sévènes, d'avoir présenté
une pétition pour demander la continuation de cette réunion ; celui de
Douziecb, commandant la garde nationale, d'avoir par quatre années
d'efforis, concouru puissamment à prévenir les troubles et le désordre
des mal intenlionnez. Pour Arthaud, nous ignorons absolument ce dont on
peut l'accuser, à moins que ce soit d'un excès constant de patriotisme.
(( Ils vont paraître devant vous, Représentants, ces vertueux accusés;
l'aspect seul de ce vieillard vénérable qui présidait le département vous
fera connaître la surprise qui vous a été faite, et lorsque vous les aurez
entendus, vous frémirez d'avoir été trompés, d
— Ils insistent sur ce point : que Baudot et Rousseau étaient sans j ou-
voirspour le département; qu'ils n'en avaient que pour l'armée des Pyré-
nées-Occidentales; que les réunions étaient licites ; qu'elles ont lieu partout.
« Les papiers publics vieiment de nous instruire de quelques-unes des
calomnies contre les inculpés.
(( Citoyens représentants, on vous a menti impudemment quand on vous
a dit qu'ils avaient mis le déparlement en état de contre-révolution et
s'étaient déclurés le centre de la République du Midi....
« Instriiits par nous de la vérité des faits,... vous rapporterez, nous n'en
doutons pas. le décret du 2 i juin, surpris à la religion de la Convention. »
— Ils réclament une indemnité pour ceux qui ont été ainsi accusés in-
justement.
Celte adresse fut votée à l'unanimité (Archives de la Haute-Garonne,
Registre des délibérations du conseil du département, f ' 25- "27).
Dans une autre adresse aux Représentants du peuple français, les com-
missaires des sections de la Haute-Garonne exposent que l'on a calomnié
le départeniint.
K Nous réclamons, ajoutent-ils :
" I" Que les vingt-quatre membres de la Convention soient prompt--
inent jugés;
470 APPENDICES.
(( 2° Que les auteurs et instigateurs de la violence faite au palais natio-
nal soient sévèrement punis ;
'( 5° Que la conduite tenue par Chabot à Toulouse soit rigoureusement
examinée.
(( 4° Nous réclamons le prompt envoi de la Constitution par vous décré-
tée, parce que nous la regardons comme le gage du bonheur du pays.
qui vous a envoyés, et le tombeau des divisions qui agitent la Répu-
blique. )) — Voté à l'unanimité (Archives de la Haute-Garonne, Registre
des délibérations du conseil du département, f" 29) .
Dans une troisième adresse, les administrateurs et les commissaires des
assemblées primaires de la Ilaute-Garonne parlent à leurs concitoyens. Ils
leur rappellent la cause de la réunion, c'est-à-dire la révolution du 51 mai.
La Convention était-elle libre ou non? Sans cherciier à résoudre la ques-
tion, ils expriment le vœu que la Constitution leur soit envoyée. Ils signalent
l'incident grave qui est survenu : l'arrestation du président du conseil du
département, du maire de Toulouse, du commandant de la garde natio-
nale, etc.; ils attestent leur civisme : « Défions-nous, ajoutent-ils, de ceux
qui oseraient dire ou insinuer que le peuple n'a pas toujours le droit de se
réunir en assemljlées primaires )).
XXXVIII
(Page 132.)
Adresses da Lot.
L'assemblée électorale tenue à Lauzerte exprime le vœu qu'une force
armée protège la Convention : « liàtez-vous de la décréter ».
La commune de Saint-Vincent, n le 1" de l'an 1795 » :
(( Daignez écouter des citoyens agricoles qui, pour la première fois, font
entendre leur voix dans le temple de la Liberté.
« Éloignez de vous toutes ces vaines personnalités qui vous dérobent
un temps précieux; montrez de l'énergie contre les factieux.
(( Dites-leur que s'ils parvenaient à tromper les habitants de Paris, ceux
des déparlements ont juré de punir tous les tyrans qui, sous une dénomi-
nation quelconque, voudraient leur ravir la liberté. »
La Société des Amis de la Ri'publique séante à Gourdon (reçue le
l""" février) :
« Serrez-vous en masse et formez une majorité l'cspectable qui écrase
tous les mal-intentionnés. Agissez aujourd'hui, aujourd'hui ; demain peut-
être, il ne sera plus temps. »
Le corps électoral du district de Cciliors et la Société républicaine de
celte ville (50 avril) :
« Vous voulez établir une république indivisible, et cependant vous
souffririez dans votre sein des dissensions qui la diviseraient ! » (Archives
nationales, D xl § 4, carton 21, dossier Lot.)
ADRESSES DE L'AUDE. 471
XXXIX
(Page 142.)
Adresses de l'Aude.
La Société républic;iiiie de Liiiiou.v (reçu le U février) :
«Nos succès contre nos ennemis et nos divisions domestiques conlraste-
ront-elles longtemps aux yeux des nations? Leur donnerons-nous encore
longtemps l'étonnant spectacle des plus sublimes vertus et des passions
les plus viles?...
(( Paris... cette immense cité, fière de ses vertus et des bienfaits qu'elle a
répandus sur toutes les autres, ne doit s'élever au milieu d'elles que pour
maintenir les droits de leur égalité commune », etc. (Archives nationales,
D XL § i, carton 15, dossier Aude.)
La Société républicaine des Amis de la liberté de Quillan (reçu le 4 mars"!.
Elle applaudit à la mort du roi et regrette le retrait de Roland c;i-
lomnié. (Ibid.)
La Société républicaine de Lésujnan (18 mars) :
(( Faites trembler ceux qui perpétuent l'anarchie au centre de votre
Sénat, qui ne cessent de troubler la sûreté des personnes et des pro-
priétés, et surtout ces libellisles (en)gagés de Guillaume, Egalité, l'iil, Burk
et Grenville, ce soi-disant ami du peuple qui no prêche que le pillage, et
la postérité bénira vos travaux. » [IbuL, carton 21; rangé par erreur
dans le dossier des Laudes.)
XL
(Page 142.)
Les Amis de la République de Limonx (36 avril).
« Mandataires du peuple, la République est en danger : Vous l'avez dit,...
et nous tommes debout pour la sauver. INous vous le disons à notre
tour : La République est en danger, et vous, le centre unique du mouve-
ment révolulionnaire,... vous voi:s divisez avec scandale. La Convention
nationale est changée en une arène où l'on distingue la partie droite et la
partie gauche. Chacun y parle de soi quand il faut s'oublier soi-même; et
ce cri de l'égoïsme, moi, se fait entendre, quand votre enceinte ne devrai!
retentir que des mats sacrés de liberté, de patrie.
(( Si le peuple n'était pas }ilus sage, s'il se divisait en factions, législa-
teurs, que deviendrait la République?
(( ... La perte de plusieurs batailles serait moins funeste que vos divi-
sions intestines. Les sections de Paris indiquent un moyen de les faire
disparaître. Elles vous ont dt'norcé vingt-deux de ses membres. Nous ne
les jugeons pas....
472 APPENDICES.
« ... Que nous importent les hommes ? Nous voulons la RépuMique. Jamais
nous ne souffrirons qu'il y en ait d'assez grands pour devenir nécessaires.
« Mandataires du peuple, prononcez l'ostracisme contre les vingt-deux
membres désignés. S'ils aiment la patrie, ils doivent eux-mêmes le sous-
crire. Aristide ne souscrivit-il pas le sien... et il était juste? Qu'ils se reti-
rent, que leurs suppléants les remplacent. Que la seule montagne domine
au-dessus de tous les partis Le jugement sévère que la Montagne a pro-
voqué contre le tyran est le signe de ralliement de la République. »
(Arcliives nationales, D xl § i, carton 18, dossier Aw^/e.)
XLI
(Page 142.)
Adre.sscs de C'arcassonne.
La Société des Amis de la République de Carcassonne (17 mai) :
(( Lorsque tous les tyrans de l'Europe conspirent contre notre liberté,...
vous, citoyens, nos mandataires,... vous permettez au milieu de vous une
lutte indécente de soupçons, de méfiances, de dénonciations....
« Permettez que de vrais républicains vous retracent vos devoirs et vous
expriment leur vœu.
Il ... Les factieux périront, la République restera.
H ... Ayez donc le courage de soutenir le caractère divin que le peuple
vous a donné
Il Si, au lieu de sacrifier vos séances à l'orgueil de quelques individus...»
— Et elle leur rappelle le pénl d( s Es-pagnols, de la Vendée, l'état des
finances.
Les citoyens de la communo de Carcassonne (5 juin);
(( Si au milieu des convulsions qui vous agitent, si au milieu des passions
qui vous environnent, l'opinion publique pouvait se faire entendre, si le
souverain, le peuple, pouvait de sa voix toute-puissante vous exprimer son
indignation et sa volonté, il vous dirait : Dépositaires de ma souveraineté,
vous ne remplissez pas le mandat auguste que je vous ai donné.
(( Citoyens, l'opinion publique n'est pas seulement dans Paris,... elle est
dans les as.^emblées primaires.... Que tout le peuple parle.... Il vous dita,
le peuple : Je suis fatigué de l'anarchie qui creuse le tombeau de la nation,
qui dévore nos finances. Je ne veux ni montagne politique qui domine, ni
juarais qui me corrompe ; je ne veux ni maitre, ni dictateur. Je veux des
lois répressives du meurtre et du brigandage » : — paix et union; ordre
à rétablir dans les finances. (Archives nationales, D xl § -4, carton 18,
dossier Aude.)
LA VILLE DE NARBONNE. 475
XLII
(Page iU.)
La ville de IVarbonne.
L'empressement des communes à répondre à l'iippel du département fut
grand. On en peut juger par l'exemple de Narljonne :
Ibjnin. « Le citoyen maire a dit qu'en vertu de l'article 2 de l'exhait
du procès-verbal de la session du conseil du département de l'Aude du
15 juin courant, il convenoit de nommer un membre du conseil général
pour aller se joindre à ceux de tout le département rassemblés à Carcas-
sonne; que dans ce moment où l'anarchie sembloit vouloir nous redonner
des fers, où Paris sembloit partager les sentiments criminels des citoyens
désorganisateurs, où la République, attaquée au dehors et déchirée au
dedans, sembloit loucher au moment de son entière ruine, il convenoit
d'aller porter au chef-lieu du département le tribut de notre civisme et
de nos lumières pour tâcher de sauver la liberté et la patrie. » — Il est
nommé commissaire. (Archives municipales de Narbonne, Registre du
conseil général de la commune, à la date.)
La Société républicaine de Narbonne ne montra pas moins d'ardeur :
« Elle feignit, le 16 juin, d'ignorer que la (Convention nationale fût à son
poste; elle la mettait au nombre des complices perfides qui voulaient
perdre le peuple, et elle demandait que des républicains qui n'avaient rien
perdu de sa confiance fussent rendus à leurs fonctions : si elle n'obtenait
justice, elle menaçait d'accomplir sur Paris la célèbre prédiction d'Isnard. »
(Julien, Rapport, p. 25.)
XLIII
(Page liG.)
Conseil général «le la commune de ^'arbonne
24 juin 17931.
(( Lecture d'une lettre de Bastoulh, procureur général syndic, qui com-
munique xm extrait de la délibération de l'Assemblée générale des députés
des communes, des autorités constituées et des sociétés populaires.... Pour
donner un plus grand poids à cette délibération importante, pour qu'elle
porte surtout l'empreinte de la volonté fortement prononcée du souverain,
il a été arrêté que ce jourd'hui, 24 juin, tous les citoyens seroient convo-
qués dans les communes respectives pour exprimer leur vœu sur les
mesures qui ont été adoptées par l'Assemblée générale du département.
« 11 est décidé en outre qu'on fera une proclamation pour inviter les
citoyens h s'assembler ce jourd'hui à 5 heures du soir dans la grande salle
de la maison commune. »
474 APPENDICES.
Le maire est désigné pour veiller à la constitution de celte assemblée .
(Archives municipales de Narbonne, Registre du conseil général de la
commune, à la date.)
XLIY
(Page 149.)
Adresse du département de l'Aude à la Convention
nationale [3 juillet 1993).
(( Citoyens Législateurs,
(( Malgré nos revers dans les Pyrénées-Orientales, malgré l'infâme tra-
hison de nos généraux, malgré le vaste complot qui avait été tramé et
audacieusement conduit dans la Belgique et presque sur tous les points de
la Uépubh'que, dont les ramificalions embrassaient toute la France, malgré
les désordres qui existent dans quelques départements, vive la République
une et indivisible ! Notre horreur pour la royauté et pour tout genre de
tyrannie, sous quelque dénomination qu'on veuille l'établir, notre amour
|)0ur la liberté, nos efforts coutinuels pour assurer son triomplie, bien loin
de se ralentir, augnieutoroiit en raison de l'excès de nos maux. Comptez
sur l'énergie, sur le courage inébranlable et sur les secours solennels des
fiers citoyens du département de l'Aude....
« Croyez que si les autels de la liberté étaient jamais renversés dans les
autres parties de la France, nous parviendrions à lui en élever un ou la
justice de notre cause, une sainte fureur, un rempart de nos corps les
mettraient à l'abri des efforts des tyrans et où les Fran(,ais Irouvci^aient
encore un asile favorable au culte de cette divinité tutélaire. »
— Déjà huit bataillons combattent sur la frontière.
(( Mais, législateurs, nos efforts et ceux de toute la France seraient insuf-
fisants, si vous ne montrez un grand caractère,... si vous ne portez un œil
attentif et vigilant sur toutes les démarches des agenls de la République,
en éclairant la conduite sombre et tortueuse de tous les hypocrites et de
tous les intrigants.... Nous avons droit de l'exiger de vous, celte vertu
républicaine, sans l'exercice de laquelle nous verrons se développer de
nouveau un système de trahison et de perfidie dont l'explosion soudaine
exposerait les Français à des nouveaux sacrifice-, à des nouveaux dan-
gers....
« Législateurs, nous avons été abusés jusqu'à présent, nous ne devons
j)lus l'élre; soyez bien convaincus que le département de l'Aude est tou-
jours debout, qu"il fera tout ce qui dépendra de lui pour vous aider à
repousser et à vaincre les ennemis de la liberté et de l'égalité ; nos soldats
marcheront avec allégresse et nous avons la conviclion intime que dans
peu ils viendront déposer sur la statue de la Liberté la double couronne
d'olivier et de laurier qu'ils auront méritée. » (Archives de l'Aude, Re-
gistre du conseil du département, à la date, f" 1595.)
L'AGENT CAILIIAVA. 475
XLV
(Page 149.)
L'agent CailhaTa.
Il écrit de Narbonne, le 25 juillet :
« Ciloyen Ministre,
(( Obtenir (le vos bontés la mission la plus flatteuse pour un bommo qui
aime le travail et la gloire de sa patrie, m'en glorifier devant la nation
entière, courir jour et nuit et à grands frais pour voler à l'extrémité de la
République faire bénir vos projets bienfaisants, me voir, tout au con-
traire, privé de ma commission par les magistrats du département que
j'affectionne le plus, y être traité comme un factieux, comme un agitateur,
y courir les plus grands risques, etc., voilà en abrégé Fliistoire d'un voyage
dont vous aurez uu jour tous les détails.... »
— Si sa commission lui est rendue par le département de l'Aude, il
importe qu'elle soit accomplie avec éclat : « car je prétends, dit-il, eu
faire un ouvrage sinon bien fait, intéressant )).
(( Encore une réflexion bien permise sans doute à un littérateur <{ui n'a
jamais rien obtenu de l'ancien ou du nouveau régime. Deux cents pistoles
en raison de cinq cents livres par mois et les deux mois expirent le
G août....)) Il a dépensé beaucoup plus.... « Les assignats perdent soixante-
dix pour cent. Voilà donc mes cent pistoles réduites à quatre cents livres,
j'en ai dépensé six cents pour venir plus vite me faire arrêter....
« CaILHAVA. Il
Le ministre écrit au département pour qu'on le rétablisse dans ses
fonctions. (Archives nationales, F i' 550, dossier Cciilhava.)
XLYI
(Page 158.1
Adresse dn département de l'Ilérault 1"' juin).
« Le département de l'Hérault a trop longtemps peut-èli'e gardé le
silence sur les divisions, sur les querelles scandaleuses qui désolent le
sanctuaire dos lois
« Mais les cris de nos administrés viennent de se faire entendre; il faut
parler ou s'avouer coupables. Législateurs! nous ne pouvons plus vous le
cacher : le Peuple souverain frémit et s'agite ! Encore un moment, et il
va briser comme l'argile l'œuvre même de ses mains, puisqu'elle ne
répond pas à son espoir. Travailler à lui donner des lois sages, déjouer
-476 APPENDICES.
les complols des tyrans, surveiller les mal-intentionnés, réprimer et pimn-
les agitateurs et les anarchistes, tel fut votre mandat. Comment l'avcz-
vous rempli? La Constitution qui devait èlre le but unique de vos
délibéntlions, qui peut seule nous tirer du désordre où nous vivons
ilepuis que vous êtes élus, semble n'être pour vous qu'un être fantastique,
à qui vous n'accordez aucune réalité. Craignez -vous de nous donner
cette Constitution? Craignez- vous qu'elle ne soit le ternie de votre pou-
voir? >''aurions-nous écrasé le despote que pour en voir renaître un tas
de ses cendres », etc. (Archives du département de l'Hérault, Conseil du
département, reg. n" 49, f° 516. Cf. Duval-Jouve, II, p. 56.) — Le
texte original se trouve dans les cartons du Comité des pétitions. (Archives
nationales, D xl § 4, carton 20, dossier Hérault.)
Les citoyens de Montpellier réclamèrent aussi la Constitution comme le
remède à tous les maux :
(( La Constitution ou la mort! La majorité de la Convention la veut,...
la nation la veut »
Et ils se déclarent d'accord avec Bordeaux (suivent treize pages de si-
gnatures). — Le district de Montpellier appuie ces principes. Voyez encore
l'adresse de la commune de Pézenas, 28 mai; l'adresse du district de Be-
ziers, 20 mai [ihtd.], et celle de la Société populaire de la même ville aux
Sociétés républicaines de toute la France, datée du 12 juin, évidemment
avant qu'on eût appris la révolution :
« Pesez les principes de l'adresse à la Convention dont nous vous en-
voyons copie, et s'ils sont conformes aux vôtres, prenez les mêmes mesures
que nous, afin que, toute la République réclamant en même temps, nous
fassions cesser une lutte scandaleuse dont la durée entraînerait la guerre
civile et immanquablement la perte de la chose publique. ^) (Exemplaire
imprimé, conservé aux Archives de Meurthe-et-Moselle.)
XLVII
(Page m.)
La Société populaire de ^lontpelller.
F>a Société populaire dos Amis de la liberté et de l'égalité de Montpellier
avait, pendant tout le mois de mai, manifesté beaucoup de sollicitude pour
les périls de la Convention. On en peut suivre la trace de jour en jour
dans le procès-verbal de ses séances.
2 mai 1 793 : On reçoit « plusieurs adresses, l'une de la Société popu-
laire de Lodève, l'autre des 28 sections de la commune de Bordeaux,
toutes deux respirant le républicanisme le plus pur. Sur la motion d'un
membre il a été délibéré de faire une adresse aux braves Bordelais, pour
les inviter à préparer des forces pour envoyer à Paris, dans le cas où nos
législateurs fussent en danger, et d'envoyer copie de cette adresse h
toutes nos sociétés affiliées, avec invitation d'en faire part aux leurs. »
LA SOCIÉTÉ POPULAIRE DE MOiNTPELLIER. 477
La séance est terminée par la lecture de l'adresse du citoyen Salles,
député de la lleurthc, qui dévoile « les trames odieuses du parti d'Orléans ».
8 mai : P. Sévenne est nommé président, Vialars, vice-président.
y mai : Le Comité de correspondance écrira à la Société populaire de
Hodez pour prendre des renseignements sur la conduite que tiennent
les commissaires de la Convention nationale envoyés dans le département
de l'Aveyron, conduite qui tend à pro[)ajier les principes anarcliiques.
17 mai : Un député du peuple de Toulouse propose de réunir à Toulouse
tous les commissaires de la Convention qui sont dans les départements
méridionaux. Cela provoque une manifeslation contre les représentants en
mission, notamment contre un arrêté de Chabot, dont le ton dictatorial
a révolté tous les vrais républicains, elle se résume dans im ordre du
jour fortement motivé :
(( Considérant que les pouvoirs des commissaires nationaux sont expiré>
et que c'est à ceux que la Convention nationale vient de nommer pour les
armées qu'il appartient de suspendre les administrateurs;...
(( Considérant que c'est le moyen le plus et'licace de perdre la Répu-
blique en donnant à des particuliers des pouvoirs liberticides ;
« Délibère : 1° de passer à l'ordre du jour sur la mesure proposée par
Toulouse ;
(( 2° De rendre hommage au patriotisme de la Société, dont la religion
a été surprise;
(( 3° De dénoncer le commissaire Chabot comme ayant fait un arrêté
dictatorial et tyrannique et ayant oublié que les mots mandons et ordon-
nons, qui seraient déplacés dans des représentants du peuple, sont révol-
tants dans la bouche d'un homme dont les pouvoirs sont expirés.... n
19 mai: Lettre de la Société populaire de Nîmes qui communique une
lettre de la section n° 21 de Marseille, à l'effet de leur faire connaître
l'esprit républicain qui règne dans cette cité et à les inviter à se réunir
pour opérer le bien que cet esprit peut faire et se mettre en garde contre
les machinations des désorganisateurs,
— Remerciements à Nîmes et félicitations ;i Marseille sur leur énergie,
ainsi qu'à la Société de Bordeaux qui professe les mêmes principes.
25 mai : Danger que font courir les divisions de la Convention ; adresse
à la Convention pour qu'elle s'occupe sans délai de la Constitution.
Un amendement demande que l'on s'élève contre l'insolence des tri-
bunes et l'audace avec laquelle la municipalité de Paris se permet de
s'opposer à l'exécution des décrets des représentants.
Des commissaires sont nommés : — l'adresse sera remise au conseil du
département pour qu'elle soit envoyée en même temps que la sienne ;i
Paris.
27 mai : Communication de l'adresse du conseil général delà commune
par le maire. Lecture de l'adresse rédigée au nom de la Société par
Bricugnes. Elle est vivement approuvée et elle sera faite au nom des
citoyens de Montpellier, qui seront invités îi la signer.
Lecture de deux lettres de la Société de Toulouse, d'une lettre très
478 APPENDICES.
patriote de Bordeaux, et de celle de la Société des Anti-politiques d'Aix,
qui convient qu'elle avait été égarée par des agitateurs et de soi-disant
])atriotes.
7 juin : Lettre de Lodève annonçant l'arrestation de Charrier.
Frageon et Draparnaud sont choisis par le département pour porter les
adresses à Paris, — choix vivement applaudi. (Archives du département
de VHcrault, Société populaire, L !|^, 2° et 5" reg., aux dates.)
A la nouvelle de la révolution, son activité redouhle:
11 juin : Mesures proposées par la Société populaire de Montpellier :
1° Mesures générales : convocation dos assemblées primaires dans toute
la Répuhlique, renouvellement et épurement de la Convention, sa sortie
de Paris, une force départementale pour protéger sa démarche et une
correspondance active, même par commissaires, avec tous les départements,
pour donner aux mesures à prendre l'unité nécessaire à leur succès.
2° Mesures partielles : 1" réclamer la liberté et la réintégration des
membres injustement arrêtés; 2° déclarer qu'ils sont sous la sauvegarde
du peuple, à qui ils appartiennent ; 5» décliner et méconnaître le tribunal
révolutionnaire de Paris, comme incompétent et asservi à la faction crimi-
nelle qui les poursuit; 4" enfin, rendre responsables de leur sûreté les
membres de la Convention qui ont ordonné leur arrestation.
(( L'assemblée les délibère unanimement et arrête de plus qu'un courrier
extraordinaire les portera sur-le-champ à l'Assemblée nationale ; que, quant
aux mesures générales, la société pouvait bien les discuter, mais que la
délibération en appartient exclusivement aux sections. » — Il est décidé
que leur réunion sera demandée immédiatement à la municipalité.
La discussion ouverte ensuite, il est reconnu : 1" que l'épuremenl de la
Convention est préférable à son renouvellement; 2° qu'il convient de la
transporter hors de Paris et de s'assurer la liberté au moyen d'une force
départementale. (Soulier, Recherches historiques, etc., f° 583.)
XLVIII
(Page 167.)
liCs corps administratifs séant à Montpellier
sV la Convention nationale (27 juillet).
« Représentants du peuple,
« Les administrations de l'Hérault se font un devoir de vous adresser de
la manière la plus prompte toutes les pièces qui constatent les efforts
qu'elles n'ont cessé de faire pour écarter le fléau de la guerre civile prête
à déchirer les départements méridionaux, et éviter le plus grand des
malheurs, celui de voir le sang français versé par la main des Français.
(( Le premier moyen pour le département de l'Hérault d'exercer une
influence utile sur les départements voisins était de conserver dans son
ADRESSE DU CONSEIL GENERAL DE L'UERAULT. 479
sein la paix el de pouvoir se donner lui-mcmc pour exemple. La couduite
des adminislrations, toujours conforme aux principes, analogue au vœu
manifeste du peuple, a sans doute contribué au maintien de la paixinté-
l'ieure. »
Nous résumons le reste : Dans les assemblées primaires, dans toutes
les réunions, on s'est attaclié à respecter les lois. C'est par la faute d'un
département intermédiaire que l'acte constitutionnel a été reçu si tard : dès
qu'on l'a eu, on l'a accepté. Les forces départementales ont servi à la
défense de Pei-pignan contre les Espagnols. On a travaillé à prévenir la
guerre civile dans les Bouches-du-Rliône ; c'est pour cela qu'on a prié
Albitte d'envoyer les troupes de la République a Perpignan et qu'on a
député vers Marseille pour presser la ville de désarmer. (Registre des
délibérations du conseil de l'Hérault. Cette adresse est donnée en partie
par Duval-Jouve, II, p. 88-90.)
XLIX
(Page 167.)
.adresse tla conseil général de l'Hérault
à la Convention.
« Instruits que notre arrêté du 14 de ce mois pouvait être interprété
d'une manière défavorable à nos vrais sentiments, nous allons vous les
exposer et nous espérons que, malgré l'irrégularité des mesures que nous
avons cru devoir prendre, vous serez convaincus de la pureté de nos in-
tentions.
« Nous n'avons jamais cessé de reconnaître l'autorité de la Convention et
de faire exécuter les lois qu'elle a rendues. Nous avons secondé de tous
nos moyens les elforts des représentants du peuple et des généraux de
l'armée des Pyrénées-Orientales pour repousser les ennemis de la Répu-
blique. Nous n'avons levé de forces que contre les Espagnols, nous n'avons
pas touché aux caisses publiques ; nous avons désiré ardemment l'achè-
vement et l'établissement de la Constitution. Nous nous sommes toujours
montrés et nous demeurons toujours attachés à la liberté et à l'égalité
sous la République une et indivisible. Par notre arrêté du 14, nous
n'avons pas prétendu méconnaître l'autorité de la Convention et résister
à sa volonté ; l'une ou l'autre intention sont également opposées à nos
sentiments et à nos devoirs. Nous avons cru qu'en différant l'exécution
nous préviendrions des troubles et des malheurs qui eussent pu être incal-
culables dans un moment surtout où le peuple assemblé attendait avec
impatience la proclamation de l'acte constitutionnel et où le vœu public se
prononçait contre l'exécution du décret. La situatiou où nous nous trou-
vions ne nous a guère permis de réfléchir sur le choix des formes que
nous devions donner à notre détermination. Enfin nous avons pensé que
la Convention nationale, mieux instruite, renoncerait à l'exécution d'une
480 APPENDICES.
mesure qui n'offre plus que des interversions sans utilité pour la chose
publique.
«Les événements du 31 mai avaient été jugés par nos concitoyens avec
cette sensibilité et celte émotion qui caractérisent des hommes libres ; ils
les avaient jugés avant que le temps leur eût fait voir celte Constitution
que toute la France embrasse avec transport, et cet ensemble, et cette
unité dans l'action du gouvernement qui nous promet le triomphe de la
Uépubhque sur ses nombreux ennemis. Le vole du |)euple de notre dé-
partement s'est exprimé avec chaleur, avec passion. L'apparition de l'acle
constitutionnel a jeté un nouveau jour sur les troubles naissants dans la
llépublique. l-es députés de nos assemblées primaires se sont empressés
eux-mêmes de montrer à leurs commettants les avantages qu'offrait son
acceptation et les horribles dangers de la guerre civile. Dès ce moment,
leurs délibérations ont pris une autre marche et tous leurs soins ont été
employés à inviter le peuple à oublier ses ressentiments, à se réfugier
dans l'asile de la Constitution, à faire tomber les armes des mains des
Marseillais, à dessiller les yeux fascinés de l'aristocratie hypocrite.
(( Cette conduite n'est-elle pas une rétractation manifeste de tout ce que
l'exaltation des idées a pu dicter de répréhensible aux députés des assem-
blées primaires dans un moment d'enthousiasme? Ilétraclalion d'autant
plus louable que la craiute n'y a eu aucune part et qu'elle n'a pu être
motivée que par un ardent amour de la patrie. Nous ne vous parlerons
pas des inconvénients du décret d'arrestation du 9 juillet : des mesures de
sévérité peuvent-elles être utiles dans un département où le sentiment na-
turel du peuple pour la liberté a suffi pour le ramener aux principes? »
(Archives de l'Hérault, registre cité, f" 157.)
L
(Page 170.)
Adresses des villes et Sociétés du Gard
contre les factieux.
2'2 avril. Uzès (Amis de la liberté et de l'égalité) :
(( Nous vous avons investis d'un pouvoir sans bornes....
« Avez- vous élevé vos unies au niveau de vos fonctions augustes?...
« Que fai'.es-vous? Le prytanée national n'est bientôt plus qu'une arène
de gladiateurs.
« Représentants, les vrais républicains ne se rangent sous aucune ban-
nière particulière Nous laissons aux intrigants ces épilhètes ridicules de
Montagne, de Marais, de côté droit, de côté gauche. »
24 avril. La commune de Vauverl :
(( Depuis longtemps le canon d'alarme retentit dans toutes les parties
de la République.
ADRESSES DES VILLES ET SOCIÉTÉS DU GARD. 481
« Représentants, le vaisseau de l'État battu par la plus horrible tem-
pête.... Et vous qui êtes ses pilotes....
« Vous osez faire plus, vous cliaugcz le lieu de vos séances en une
arène ensanglantée où chacun de vous joue le rôle de gladiateur.
« Représentants, nous vous eu conjurons, au nom de l'humanité outra-
gée,... abjurez ces haines, ces dissentiments », etc.
25 avril. Aliiis (Société des Amis de la liberté et de l'égalité) :
(( Il est donc vrai que Marat est décrété d'accusation ! qu'il subisse enfin
la peine due à ses forfaits!
« Législateurs, toute la nation française n'est point aux tribunes de la
salle de vos séances....
« Allons, poursuivez l'œuvre salutaire que vous avez entreprise. Livrez
un combat à mort à l'anarchie. Bravez les poignards. Nous les briserons
dans le sein des désorganisateurs, s'ils n'abjurent leurs intentions hos-
tiles. Allons, faites gronder le tonnerre de la loi ; que l'horizon s'éclair-
cisse et que la France cntin respire. »
28 avril. Saiiit-Ainbroise : La Société des Amis, etc. improuvc la péti-
tion des sections de Paris du 15 avril et s'élève contre les divisions de
l'Assemblée.
2 mai. Sainl-J can-du-Gard (Société populaire des Amis de la Répu-
blique). Ne pas seulement réprimer les anarchistes, réprimer aussi les
aristocrates :
« Frappez les deux monstres. »...
5 mai. Boucaivan : Désordres qui peuvent naître des divisions de la
Convention.
10 mai. La Salle (Société populaire des Amis, etc.) : mêmes plaintes.
Avant le 15 mai. Bagnols (Société populaire) : — Trêve aux querelles,
— pas de chef, — la loi.
19 mai. Sommières (Société des Amis, etc ) :
(( Lorsqu'une nation souveraine vous a confié la fonction honorable
d'assurer son bonheur, a-t-elle dû s'attendre à vous voir méconnaître celle
glorieuse destination'?... Vous avez fait d'un sénat auguste une arène de
gladiateurs.
(( Ou'est-ce que ces odieuses dénominations de Girondins, de Rollan-
distes, de Brissotins, d'Orléanistes"? Qu'est-ce que cette montagne, cette
plaine, ce marais?... Ne vous y trompez pas, législateurs, l'indignation est
à son comble. La nation est debout. S'il y a parmi vous des Manlius, des
Gracques, des Mélius, des Catilina, la Roche tarpéienne est là, le Carrousel
n'est pas loin de voire enceinte*... » — la Constitution!
29 mai. Aigues-Vives (Société des Amis, etc.) : La Constitution!
(Archives nationales, D xl § 4, carton 20, dossier Gard.)
11 y a bien quelques discordanct s. Le 18 mai, la Société populaire de
.Nîmes, qui était jacobine, a]iplaudit à la loi sur les subsistances et en
1. On avait couimencé par dresser l'échutauil sur la place du Carrousel.
L\ RÉVOI,. DU 31 MAI. II — 51
4S2 APPENDICES.
rend grâces aux Montagnards. Elle fait une sortie contre les hommes
impies et sacrilèges qui calomnient les braves Parisiens :
« Tremblez !...
(( Représentants du peuple, vous dont les âmes sont pures, rangez-vous
tous du côté de la Montagne de la Convention ; faites partir de là sur les
têtes coupables la foudre de la justice, de la raison et de la vérité; anéan-
tissez pour toujours les tyrans et les traîtres, et que nous disions une fois
pour toutes : La pati^ie est sauvée ! »
— Il y avait à Nîmes deux sociétés rivales. Les sociétés populaires des
villes voisines, craignant un conflit, y envoyèrent des députés, pour fer-
mer une société centrale sous l'autorisation des pouvoirs publics. On trouve,
à la date du 15 avril, un imprimé qui est une cxhorlation à l'union, avec
les noms des membres des sociétés d'Uzès, de Massillnrgues, de Lunel, de
Saint-Cosme, Vauvert, Aimargues, Alais, Clarensac, Beaucaire, B.i-
gnols, etc., etc. (Archives nationales, même carton et même dosssier.)
LI
(Page 171.)
Les sections de IVîmes.
Les sections à Nimes avaient leurs réunions particulières où les dili-
bérations communes étaient préparées ou approuvées. La 4." section, dont
les délibérations forment un registre conservé au greffe de la Cour de
Nîmes, approuva le 22 mai l'adresse à la Convention, adresse fondée sur
les mêmes motifs que celle de Bordeaux. Il y fut décidé que deux dépu-
tés choisis par rassemblée des commissaires, la porteraient à la Conven-
tion nationale et en outre qu'il serait établi un comité central composé de
deux membres de chaque section. Le 5 juin, avant qu'on sût encore le.;
événements de Paris, autre délibération importante :
« La section i", considérant que dans le moment où les agitateurs cher-
chent à entraver la marche de la Convention nationale, à retarder le
moment qui doit nous donner une Constitution qui ramènera enfin le
règne des lois ;
K Considérant que les citoyens doivent se réunir, opposer l'obslacle
puissant de leur patriotisme, de leurs lumières, aux fureurs de l'anarchie;
« Considérant que Aix et Marseille viennent de se prononcer d'une
manière énergique et éclatante, et que l'intérêt du département du Gard
est de s'unir fortement à ces communes, aujourd'hui la terreur des
factieux et l'espoir des vrais Amis de la liberté... :
« La section 4<= arrête, à l'unanimité, qu'il sera envoyé une députalion
composée de deux citovens pour resserrer les liens de fraternité avec
Aix, Marseille et les autres communes et se concerter avec elles sur
tout ce qui paraîtra utile pour la chose publique. »
COMITÉ DK SALUT l'IBLIC DU GARD. 485
LU
(Pa-c 18G.)
Comité de salut publie du Cîard.
On a vu ses actes le 25 et le 26 juin 1793; en voici la suite :
27 juin : On apprend que les gardes nationales d'Alais ont été bien
reçues au Pont-Saint-Esprit. On casse le Comité des six, établi dans
celte ville par les représentants Bonnet et Fabre (cf. Julien, Rapport,
p. 95). On lit un précis des événements de Paris par Rabaut-Saint-
Eliennc.
28 an soir : On a reçu les décrets de la Convention sur les administra-
teurs de l'Eure, les sociétés populaires, etc. Connue ils pourraient exciter
du trouble, on en ajourne la publication; on décide qu'il sera écrit aux
départements de Rliôue-et-Loire, Puy-de-Dôme, Hérault, Aude, Pyrénées-
Orientales, Ârdèclie, Bouches-du-Rliône, Var, Hautes-Alpes, Basses-
Alpes, Isère, Ain, pour les engager à accélérer l'organisation de leurs
fortes départementales; on lit le discours de Durand, maire de Montpellier,
qui est fort applaudi.
29 juin : Les commissaires de la Convention ou plutôt du Conseil
exécutif, cbargés de s'occuper de l'agriculture, etc., sont accueillis avec
défiance. Ils seront tenus de rester dans la ville de Nimes et de se
présenter une fois par jour à la municipalité (j'en ai parlé d'après leurs
rapports).
50 juin : Deux commissaires sont envoyés au Pont-Saint-Esprit poui'
prendre connaissance de l'état de la place et y rassembler des approvi-
sionnements; un autre, Cardot, commandant de la garde nationale
du Pont-Saint-Esprit, est chargé du commandement de la place ; deux
commissaires sont envoyés dans l'Hérault; un autre à Arles, pour suivre
les opérations militaires. On prend des dispositions pour le moment oii
les troupes dos Bouches-du-Rhôue et du Gard seront à Avignon ;
200 hommes occuperont le Pont-Saint-Esprit.
1" juillet : Mesures militaires.
2 juillet : Lettres de divers départements, mesures militaires et finan-
cières; forces nouvelles (1200 hommes) à envoyer de l'Hérault, du Gaiil
et des Bouches-du-Rhône à Avignon pour y assurer le libre passage des
forces départementales.
5 juillet : Les députés des sections de ^^lues à Paris rendent compte de
leur voyage. On propose de déclarer la Commune de Paiis, les tribunaux
et tous les citoyens de cette ville responsables sur leurs têtes : renvoi au
bureau politique.
5 juillet : Organisation de la force armée pour le département du
Gard : infaiiterie, 1062 hommes; artillerie, 50; cavalerie, 105.
8 juillet : Arrêté pour la réunion nouvelle de l'Assemblée représentative
484 APPENDICES.
à l'occasioa du projet de Coustitution. (Archives du Gard, Procès-verbal
du comité de salid public du Gard.)
LUI
(P.ge 202.)
Adresses de l'Aveyron.
La Société des Amis de la liberté et de l'égalité de Rodez (25 décembre
1 792) :
« Législateurs,
« Votre début à la Convention effraya les tjrans.... A votre approche
les meurtriers du 2 septembre jetèrent leurs poignards, mais ils brûlent
de les reprendre. L'homme sanguinaire qui s'asseoit parmi vous [Marat]
relève sa tète hideuse; il médite de nouveaux crimes, et bientôt les
bourreaux qu'il commande, fatigués d'une oisiveté condamnée par leur
chef, recommenceront ces sanglantes journées. Hàtez-vous donc, législa-
teurs, de l'ejeter de votre sein un monstre en exécration à toute la
République. 11 est temps que ce tigre, sorti de son antre ténébreux, expie
ses attentats contre l'humanité, qu'il a si indignement outragée. Qu'un
ilécret d'accusation lancé contre lui prouve enfin à vos commettants que
vous êtes libres »
Un i)eu plus tard (25 avril 1795), ce sont les citoyens de Millau qui
gourraandent la Convention de ses divisions :
(( Quelles mesures prenez-vous pour sauver la patrie?... Lorsque le
peuple français vous confia ses destinées, lorsqu'il vous investit de la
représentation nationale, il n'attendait pas que vous aviliriez un jour
cette dignité par vos scissions d'autant plus criminelles que leur germe
s'est déjà répandu dans tous les points de la République.
« Comptant parmi vous mille partis, les clubs, les tribunaux et les
corps administratifs se piquent de suivre cet exemple désorganisaleur
(( Représentants, cette conduite nous afllige.... »
— Et voici les remèdes qu'ils proposent :
(( 1" Envoyer nu tribunal révolutionnaire quiconque provoquera votre
dissolution ;
(( 2° Exclure de votre sein et de tout emploi civil et militaire tous les
ci-devant nobles et privilégiés, ainsi que tous les ministres des cultes
quelconques ;
(( 3° Renouveler sans délai tous les élals-inajors des années ))
Et la Société populaire de Saini-Lizicr (15 mai) :
« Nous avons la douleur profonde de voir la représentation naïionale
en proie à d'horribles divisions.
« Cessez donc, citoyens représentants, de donner à vos commettants un
exemple aussi épouvantable », etc.
LES CITOYENS DE TOURNON A LA CONVENTION NATIONALE. 485
Enfin la Société popuhTire de Saint-Affriqiie (2-4 mai), rappelant e\-
prcsséinrnt qu'elle était affiliée aux Jacobins de Paris :
(( Lorsfju'une nation souveraine délègue sa puissance, elle se réserve le
droit sacré de rappeler à ses mandataires les devoirs importants que leur
impose leur sublime mission. Ecoutez la vérité. Vous vous plaignez d(!
l'avilissement de la Convention nationale. Eli ! vos scènes orageuses ne
l'avilissent-elles pas aux yeux des vrais amis de la liberté? La patrie est
en danger. Étouffez les haines, proscrivez les querelles », etc.
(.archives nationales, D xl § 4, carton 18, dossier Aveijron.)
LIV
(Page 20:i.)
Les oifo^^ens de Tournon si la Convention nationale
[2 juin 1793).
(( Nous aussi, nous sommes pressés par une vérité que déjà beaucoup
de communes vous ont exprimée et qui n'est, sans doute, que le prélude
du vœu de la République entière.
« Depuis longtemps nous gémissons sur la division qui règne dans
l'Assemblée
« Avez-vous oublié que vous êtes les représentants d'un grand peuple...
lorsque vous avez vu la liberté des opinions violée?...
« L'avez-vous oublié, lorsque certains do vos collègues se sont permis
de déclamer publiquement contre une loi répressive du meurtre et
du pillage à laquelle tous les départements applaudissaient?
«... Lorsque vous avez eu la patience d'écouter les diatribes dégoù
tantes... que se permet depuis quatre ans un homme pervers sous le
nom d'Ami du peuple....
«... Lorsque vous n'avez pas réprimé sévèrement l'audace des tri-
bunes !...
« Législateurs, sortez de cette apathie....
« Et si, contre .notre attente, les intrigants et les factieux d'une ville qui
s'honore d'être le berceau de la liberté qu'ils cherchent à détruire, conti-
nuaient leurs manoeuvres odieuses, abandonnez cette cité et transférez
vos séances dans un lieu où vous jouissiez de ce calme qui peut opérer
de bonnes lois.... » (\rchives nationales, D xl § 4, carton 18, dossier
Ar (lèche.)
LV
(Pa-e 209.)
Adresses des Bouehes-da-Rhône.
Dans l'exposé général des préliminaires de la révolution du 51 mai,
j'ai eu l'occasion d'indiquer ci-dessus les principales manifestations de
4S0 APPENDICES.
Marseille contre les faclieux qui s'acheminaient vers la domination. Ji;
me bornerai à indiquer ici quelques autres protestations, soit de sections
de la ville, soit dos villes du département, contre les divisions qui prélu-
daient à la catastrophe.
H décembre 17U2. La Société des Antipoliliques A'Aix:
« Vos discussions scandaleuses sont connues dans tout le départe-
ment.... ))
1(3 décembre. Pcrtuis :
« Q.ie signifient ces duels politiques, ces combats singuliers de la haine
et de la vanilé?... »
18 décembre. La section n"17 de Marseille ]mç haine aux tyrans. Ils ne
souffriront pas de maîtres, sous quelque dénomination qu'ils se montrent.
Reçu le 12 mars 1795. La Société républicaine de Maillanne :
(( Le tyran n'est plus.... Est-ce le terme de votre mission? Tant que la
licence et l'anarchie subsisteront, la liberté et l'égalité seront com-
promises. ))
16 mars. Le district de Tarascon :
(( Mettez fin à ces déclamations impuissantes, à ces inculpations
odieuses. »
5 avril (?). La Société républicaine de Roqtievaire : — Elle demande le
jugement de Marie-Antcinette et repousse tout maître, dictateur, slatbou-
der, etc.
25 avril. « La petite municipalité de Sm^c/^c, district d'Orange (Bouches-
du-Rhône), prend la liberté de vous faire connaître ses sentiments pour
la République »
Elle adhère aux décrets : « Une seule chose nous peine (les malveillants
qui décrient les assignats): Voulez-vous, disent-ils, connaître la situation
de la République? Considérez les assignats. S'ils gagnent, elle est bonne ;
s'ils perdent, elle est mauvaise. » — Ne pas attendre qu'ils fassent des
phrases : « Nous ne sommes que des laljoureurs, des pauvres campagnards,
qui ne connaissons que Dieu, la Convention et la terre, c'est là toute notre
science, de laquelle nous sommes redevables au citoyen Maffren noire curé*.»
12 mai. Les citoyens d'Orange:
« Faites cesser ces disputes scandaleuses. Rendez à la Représentation
nationale sa dignité. »
A côté de ces adresses anii-maralistes, il en finit citer une en sens con-
traire, datée de la ville d'Arles (S mai 1795). C'est une adresse des Ainis
de l'égalité « aux vrais représentants du peuple ».
On y signale l'aristocratie relevant la tète, des Bouches-du-Rhône à la
Garonne; on y allaque surtout les membres du club de Nîmes: « Ils
échauffent les aristocrates de Beaucaire qui, singes parfaits de notre Chif-
fone, visent les patriotes. »
— Aix avait aussi commencé à emprisonner les patriotes; à Marseille
1. La pétition a l'air crèlre écrite par Mafircn, secrétaire grcflicr de la com-
iiiuiie. Elle est rangée par erreur dans le dossier de VEure.
INTERROGATOIRE DU REPRÉSENTANT DU PEUPLE ANTIBOUL. m
les arislocrates se glissent dans les sections : mais on peut compter sur
la sagesse et la fermelé des deux clubs d'Aix et de Marseille. A Salon aussi
il y a un club central qui surveille ces menées :
(( Des autorités constituées invitent la Convention à sortir de Paris!...
et pourquoi? afin qu'elle soit plus en sûreté et plus respectée? Insensés! »
— Robespierre même est alta(jué ! Ils s'en indignent :
(( Au nom de la Patrie en danger, nous vous en conjurons pour la troisième
fois, législateurs, éloignez du milieu de vous, ceux de vos collègues qui ont
trahi la cause de leurs commettants »
Mais le plus grand nombre des adresses étaient contrôles factieux. Après
l'adresse de la numicipalité de Marseille du 27 mai, les citoyens de la com-
mune iVApt, réunis en assemblée de sections, écrivaient à la Conven-
tion nationale (50 mai) :
K Représentants,
(( Les citoyens d'Apt viennent de briser leurs fers. Ils étaient courbés
sous le poids du despotisme anarchique. Marseille a parlé, nous sommes
devenus libres
(( Nous sommes libres, législateurs ; mais vous ne Pèles pas Des tri-
bunes insolentes osent vous dicter des lois. Une Société, autrefois le bou-
levard de la liberté, à présent l'apôtre de Panarcliie, entrave sans cesse
votre marche.... Une minorité perverse veut dominer par la terreur la
saine partie du Corps constituant. C'en est fait de la liberté, si cette hydre
à mille tètes n'est abattue.
« Elle le sera, législateui's, l'impulsion donnée par les fiers descendants
des Phocéens va se communiquera toute la France Courage, législa-
teurs, livrez au glaive de la loi les profanateurs de la représentation na-
tionale, et si la force publique parisienne n'est pas a'sez forte pour vous
protéger, appelez celle des départements ou bien quittez ce foyer de désor-
ganisation et venez siéger au milieu de nos cités. Il n'est aucun départe-
ment qui ne vous reçoive comme des Dieux. Sachez vous exposer à une
dernière crise; périssez, s'il le faut. Cet attentat sera le dernier comme le
plus horrible ; vous périrez, mais la République sera sauvée. ;>
(Archives nationales, D xl § 4, carton 18, dossier Bouches-du-Wtône.)
LYI
(l'agc 215.)
Interrogatoire subi m ^larseille par le représentant
da peuple Antiboul, du 34 juin 1793.
Antiboul, député du Var, et Dû, dé[iuté de l'Aveyron, avaient été envoyés
comme commissaires de la Convention en Corse (50 mai 1795). Partis de
Paris le 7 juin, ils avaient été arrétéi à Aix, et amenés à Marseille.
On fit subira Antiboul un interrogatoire où il y a quelques traits curieux
488 APPENDICES.
à recueillir sur la révolulion dont il avait été le témoin et sur ses opinions
personnelles. Antiboiil était un de ces députés indécis qui ne se classaient
pas d'une manière bien tranchée. Dans le procès du roi, il s'était déclaré
pour la culpabilité, non comme juge, mais comme politique; il avait
repoussé l'appel au peuple, prononcé la peine de la détention, et, sur la
question de sursis, volé (( ni oui ni non ». A Marseille, en le voyant
adjoint parla Convention aux commissaires qu'elle avait déjà en Corse, on
était porté, vu la date de son arrivée, et sans tenir compte de celle de sa
nomination, à le prendre pour un montagnard.
On lui demande s'il a été à la séance du 25 mai où fut reçue la députa-
tion de Marseille, — Il croit reconnaître dans celui qui l'interroge l'ora-
teur de la députation .
Où il siège. — Il n'a pas de place fixe.
Ce qu'il pense de la commission des Douze. — Beaucoup de bien.
De Robespierre. — Sa réputation est équivoque.... C'est un or-
gueilleux.
De Marat. — Tout le mal possible ; mais on eût mieux fait de l'enfermer
que de le décréter d'accusation : procès, d'où il fut ramené en
triomphe.
Antiboul reconnaît que les tribunes influençaient l'Assemblée ; que la
Convention n'était pas libre le ,51 mai ; que l'obstacle apporté à l'entrée des
députés dans la Convention était une violation de la liberté et de la repré-
sentation nationale :
(( Quand même, ajoulc-t-il, je serais entré lorsqu'on mit en arrestation
52 députés, je n'aurais pu émettre librement mon vœu, et peut-être
aurais-je voté pour l'arrestation quoique injuste, pour éviter les plus grands
malheurs à l'Assemblée.
(( Croyez-vous les 52 députés arrêtés coupables envers la nation? — Je
ne le crois pas; — aucune preuve n'a été produite contre eux. »
Il n'était pas à la séance où l'arrestation a été décrétée, etc.
On l'interroge encore sur ce point délicat :
« Un département ou plusieurs déparlements seraient-ils, dans votre
opinion, blâmables d'inviter tous les amis de la République à se réunir îi
un vœu commun pour refuser de reconnaître la légalité des décrets con-
ventionnels qui, dans l'état d'oppression où se trouve la Convention, ne
sont que les décrets d'une faction désorganisatrice? — Dans l'hypothèse
supposée je réponds que non seulement un département aurait le droit
d'inviter les autres à la résistance, mais même un individu. » (Archives
nationales, D ui, carton 4, dossier 48.)
Après l'occupation de Marseille par Carleaux, Antiboul fut mis en liberté,
mais son interrogatoire tomba aux mains du vainqueur.
Cet interrogatoire où les fédéralistes de Marseille avaient cherché un
Montagnard manifesta aux Montagnards un fédéraliste.
Antiboul fut rappelé, compris dans le réquisitoire d'Amar contre les
Girondins comme ayant, avec Rabaut-Saint-Étienne, etc., incendié le
Gard, 11 fut décrété d'accusation, jugé, condamné et exécuté avec les autres.
LETTRE DE BARBAROUX A LA MUNICIPALITÉ DE MARSEILLE. 481»
LYII
(Page 216.)
Lettre de Barbaron.x à la municipalité de Marseille.
Cacn, 21 juin 1795.
Frères et amis,
En abordant sur une terre libre, mes premiers regards se sont portés
vers le lieu de ma naissance et j'ai fait cette adresse aux Marseillais. Non
que leur patriotisme ait besoin d'être excité, mais parce que mon cœur,
oppressé par huit mois d'affliction, avait lui-même besoin de s'épancher
dans le cœur de mes concitoyens. Si vous jugez cet écrit utile pour sou-
tenir l'esprit public dans les déjiartemenls du Midi, ne balancez pas à le
faire réimprimer et à le propager partout. Je ne puis d'ici le transmetire
au delà de Paris, parce que là tout ce qui déplaît à une municipalité
conspiratrice est arrêté. 11 n'en est pas de même au delà de la Loire, et
vous pouvez le répandre sans obstacle dans une foule de départements.
Je vous ai écrit il y a peu de jours par la voie de Nantes et de Bordeaux,
j'ignore si ma lettre, recommandée à des administrateurs républicains, aura
passé. Celle-ci prendra la même route, et deux administrateurs de Nantes
iront la jeter a la poste de cette ville. Ils partent et je n'ai que le temps
de vous annoncer que toute la Bretagne est levée, que le rendez-vous géné-
ral des troupes et le point de réunion des corps administratifs des divers
déparlements est à Caen. Ainsi, les hommes du Nord et du Midi vont
s'embrasser une deuxième fois sur la place du Carrousel. Vive, vive la
République une et indivisible! —J'apprends à l'instant que 150 mem-
bres de la Montagne, se disant la Convention, m'ont décrété d'accusation. Le
motif du décret est, disent-ils, la contre-révolution que j'ai opérée à Mar-
seille. Il parait que cette contre-révolution, qui n'est que la contre-anarchie,
se propage partout et que la liberté est encore sauvée. Je vous salue,
magistrats d'un peuple à qui j'ai voué toutes mes forces et ma vie.
Barbaroux.
(Archives nationales, D xlii, carton 6, dossier 7, n" 52.) — On trouve
dans un autre carton (AF ii, carton 45, dossier 156) tout un dossier de la
correspondance de citoyens de Marseille avec Barbaroux, laquelle avait été
interceptée (du 17 au 28 mai). On l'imprima par ordre de la Convention
nationale.
4H0 APPENDICES.
LYIII
(Page 224.)
Arri'><é pris par les neuf sections composant la commune
d'Avignon assemblées le dimanche 2 juin ITOS, en vertu
de l'arrêté du département des Bouches-du-Rliône du
2 S mai dernier.
« La section de la Liberté, ci-devant des Grands-Carmes, assemblée
aujourd'hui 2 juin 1795 en vertu de l'arrêté du département du 22 mai
dernier :
« Considérant que jamais la cause de l'égalité ne fut dans un danger plus
imminent ;
« Considérant qu'une plus longue division entre ses défenseurs aggrave-
rait encore les dangers de la patrie, que c'est sur cette division fatale que
comptent Cobourg et les fauteurs de la royauté pour parvenir à leur but
criminel :
(( Répète par acclamation le serment de maintenir la République une
et indivisible ou de mourir;
« De faire respecter les propriétés et les personnes.
(( Elle déclare qu'elle offrira un asile aux sans-culottes de la Lozère et
de la Vendée et de tous les autres lieux où ils pourraient avoir été oppri-
més, en attendant que la loi les venge d
— Ne pouvant sans inconvénient pour les affaii'es rester en perma-
nence, elle se réunira à la Société populaire.
n Elle déclare qu'invariable dans ses principes de patriotisme et de jus-
lice, elle est résolue de faire usage du premier droit du citoyen, la résis-
tance à l'oppression. »
(Délibération présentée aux huit autres sections et adoptée par elles.
Bibliothèque de Carpentras, collection Tissot, n" 59.)
LIX
(Page 225.)
Pétition des Antipolitiques de Manosque, amis de la liberté
et de l'égalité, contre le décret f|ui ordonne la poursuite
des auteurs des 2 et 3 septembre.
M Jusques à quand les destructeurs de la tyrannie seront-ils poursuivis
parles aristocrates"?...
« Le décret qui ordonne la poursuite des auteurs des journées des 2 et
5 septembre a révolté tous les départements méridionaux. Ils n'ont pas
vu sans effroi que les adulateurs de la royauté... allaient assouvir leur
rage sur les hommes du 10 août. Nous les aimons, ces hommes, ils sont
nos frères.
ADRESSES DES UAITES-ALPES. 491
« Rîippelez-YOïis, citoyens, les npplaudissements que vous prodiguâtes
quand vous apprîtes dans vos départements que, le 2 et le ô septembre, uu
vil ramassis de jjrigands, renfermé dans les prisons de l'Abbaye, avait été
immolé Dites-uous pourquoi vous voulez faire puuir les braves Pari-
siens et ne pas nous punir, nous, hommes libres du Midi, qui avons aussi
concouru à exterminer les suppôts de la royauté? » (Archives nationales.
h XL §4, carton 18, dossier Basses-Alpes.)
LX
(Pnge 228.)
Adresses des Ilautes-Alpes.
Le déparlement et les conseils du district et de la commune do Gap en
permanence (reçu le 27 mai) :
(( ^'ous vous demandons d'S lois
« Il est temps que l'anarchie cesse ; il est temps que ce monstre impur
soit écrasé, et vous seuls en avez le moyen ; mais pour opérer ce grand
ceuvre, nous vous le disons en toute franchise, il faut le concert una-
nime des membres de la Convention; il faut qu'il ne soit plus question,
dans votre Assemblée, de montagne, ni de marais.... »
Et les citoyens soldats de la Société républicaine de Br lançon (2ô
mai 1795) :
(( Anatlième à ces aristocrates anarchistes, prédicateurs intolérants et
fanatiques d'une religion politique, qui commandent le carnage et ren-
dent la liljcrté hideuse en la couvrant de sang....
« Périssent les désorganisateurs qui courent le midi de la France pour
le détacher du >'ord....
« Guerre aux hommes qui, pour diviser Paris et les départemenis, font
avilir journellement la représentation nationale par des tribunes, de faux
Parisiens soldés, et bercent les Parisiens trompés du chimérique espoir
d'un gouvernement municipe )), etc. (Archives nationales, D i.x § 4, car-
ton 18, dossier Hautes-Alpes.)
LXI
(Page 251.)
Adresses de la Urùnie.
f.a Société populaire de Grillon, le 22 juin, ne paraît pas savoir encore
ce qui s'est passé le 2 de ce mois à Paris :
« ... Cessez vos débats scandaleux! plus d'ambition, de haine parlicu-
IIltc, de division parmi vous ; réunissez-vous tous et remplissez les vœux
do vos commellanis. Nous le savons, nos plus grands ennemis siègent
402 APPENDICES.
parmi vous. Tous les jours, on voit deux partis, mais nous [n']en jugeons
aucun. Vive la Convention nationale, vive la Piépublique!... Mais si vous
continuez vos scènes scandaleuses qui agitent l'Europe et font rire les
aristocrates et qui nous donnent la guerre civi/lc, a/lors nous vous juge-
rons tous Tremblez.
(( Donnez-nous une Constitution républicaine, philosophique, qui con-
vienne à notre exislance, qui faira le bonheur des Français. Quant à nous,
nos dernières paroles seront : Vivre la liberté et l'égalité, vive la Conven-
tion nationale et la République, guère aux tu-ans, aux anarchistes, aux fac-
tieux et aux intrigants. Donnez-nous une Constitution.
« Vive la République une, indivisible. Travaillez à la Constitution. )>
(Archives nationales, D xl § 4, carton 50, pièces diverses.)
LXII
(Page 2Ô9.)
Le 29 mai 1993 à Lyon.
Les récits abondent sur cette fameuse journée du 29 mai 1795 à Lyon :
Lettre des représentants du peuple à Lijon, lue à la Convention dans la
séance du 5 juin [Moniteur du (j, t. XVI, p. 561). — Extrait d'une lettre
des administrateurs composant te conseil du département de Rhàne-el-
Loire, à la Commune de Paris (Commune de Paris, séance du -4 juin,
ihid., p. 567). — Procès-verbaux des conseils généraux du département
de Rhône-et-Loire, des districts de Lyon et de la campagne de Lyon rela-
tivement aux événements du 29 mai 1795 (Bibl. de Carpentras, coll. Tis-
sai, n° S9, f" 581). — Procès-verbal des commissaires des sections de la
ville de Lyon, réunis en comité les 29 e/ôO mai 1795 [ibid., f" 591).
Lettre cVun citoyen de Lyon à son ami sur les événements de la jour-
née du 29 mai 1795 (Bibliothèque nationale, Lb*' 5025. — Les Sec-
tions de Lyon au district de Montbrison [ibid., 5024).
Précis des événements arrivés à Lyon le 29 mai 1795 (ibid., 50G4).
— Adresse du peuple de Lyon à la Republique française [ibid., 5081), «
l'armée des Alpes [ibid., 5082), à l'armée de Dubois-Crancé [ibid., 5085).
Un numéro du journal de Lyon, 4 juin 1795, sur les événements des 29.
50 et 51 mai, se trouve au dossier Lamourette, Archives nationales,
W 509, dossier 404 bis.
Il y a aux Archives nationales tout un carton relatif aux événements de
Lyon, AF n, 45, dossiers 149-151 :
Dossier 149 : Journée du 29 mai, pièces, arrêtés et placards, soit du
conseil de la commune, soit du conseil général du dépaitement sur les
événements qui ont précédé et suivi ; — Rapports des représentants du
peuple Nioche et Gauthier ; Dubois-Crancé et Albitte.
Dossier 150 : .\cles, proclamations, etc., des autorités constituées de
la ville de Lyon et du département de Rhùne-et-Loire (février-août 1795)
LETTRE DU DÉLÉGUÉ DE LYON A BORDEAUX. i93
(Pièces délachées, imprimés et placards.) On y trouve la lettre de Ver-
gniaud, Paris, 28 juin : «Hommes qui vendez lâchement vos consciences»,
etc., imprimée par ordre de la Commission populaire, républicaine et de
salut public de Rhône-et-Loire.
Dossier 151 : Notes, extraits, numéros du Journal de Lyon, papiers
divers apparlonant au citoyen A'ilet, ex-maire de Lyon (1791, an 111); —
parchemin contenant la nomination de Précy comme lieutenant-colonel
en 1788, etc.
LXIII
(l'âge 259.)
Lettre du délégué de Lyon à Bordeaux (31 juin).
Elle est adressée au citoyen Leroi, en son absence au président de
la section Porlefroc à Lyon :
(( Je vous fais remettre, mon cher concitoyen, l'arrêté de la Commission
populaire de Cordeaux. Faites travailler là-dessus votre sectionet celles qui
ont le plus d'inlluence. Nous n'avons rien encore ici de Lyon. C'est af-
freux, Lyon devait être le grenadier de la République et je vois avec cha-
grin que tous les départements [se] sont exprimés, et qu'il se borne à des
sentiments de fraternité. Agissez, agissez, ce sont des faits, des actions,
dont nous avons besoin.
a Je vous embrasse en vrai frère.
(( SUBRIX. ))
A la lettre sont joints : 1° l'arrêté de la Gironde du 19 juin ; 2° l'extrait
du procès-verbal des séances du conseil général de la Gironde du 7 juin :
Subrin y figure comme député du conseil général de la commune de
Lyon près de la commune et des corps administratifs de Bordeaux.
(Archives nationales, D xlu, carton 4, dossier 56, pièce 15.)
LXIV
(Page 287.)
La Société républicaine de la ville de Saint-Floiir
à la Convention nationale.
« Représentants,
« Nous ne craignons pas les tyrans d'Europe. Non, nous ne craignons pas
les scélérats rebelles à l'intérieur : la nation se lèvera et ils seront dis-
sipés. Nos sérieuses inquiétudes naissent de vos divisions, de vos haines,
de cette lutte scandaleuse de partis qui, sous des noms ridicules de gi-
rondins, de brissotins, de maratisles, etc., avilissent la Convention aux
yeux de l'Europe.
494 APPENDICES.
« Que fait à la République un Marat dont la sinistre renommée n'aurait
jamais dû parvenir jusqu'à nous? Fùt-il de bonne foi, il a rendu la liberlé
odieuse et fourni à nos ennemis mille prétextes de calomnie contre la
nation. Ceux qu'il attaque avec le plus d'acbarnement sont des hommes
dont la moralité et les lumières sont connues ; l'on accumule contre eux
des allégations et pas une preuve. 11 était naturel que les anarchistes,
ces vils suppôts de l'aristocratie, s'attachassent à détruire ceux qui ne se
laissent ni tromper ni corrompre ; ils ne cessent de les appeler royalistes;
ils ont voulu prévenir la récrimination ; mais celte tactique usée n'eu
impose qu'aux sots.
(I Représentants, la nation, impatiente et aigrie, a les yeux fixés sur vous,
remplissez votre mandat; la guerre étrangère et les troubles inlérieurs
ne peuvent être un prétexte d'éloigner la Constitution; il faut qu'elle soil
I ure et brillante comme autrefois une loi célèbre fut écrite à la lueur
des éclairs et au bruit du tonnerre
(( Représentants, n'oubliez pas que le peuple épuise son sang et ses biens
pour la hberlé.... Nos charrues sont conduites par des femmes : quan 1
sortirons-nous du désert où nous souffrons, depuis quatre ans, toutes les
calamités qu'entraînent l'anarchie et la misère? ouvrez-nous la porte de
la terre promise, il en est temps, ou secouez la poussière de vos souliers et
faites place à de nouveaux représentants.
« Dauiif., président », etc.
Sans date (2i avril), à Saint-Flour, 1793. (Bibl. nat., Lb*o 1079.)
Joignez y une adresse de Vic-sur-Cève (4 mars) : (( N'avaient-ils pas
lieu de craindre que vos divisions trop longtemps prolongées ne leur en-
levassent un bien cent fois jdus cher que leur vie? » (Archives nationales,
I) XL § 4, carton 19, dossier Cantal); une autre de la Société républicaine
de PauUmjuel (Haute-Loire) dans le même sens, en date du 29 avril ;
et une autre encore de la Société populaire des Amis de la République du
Puy, reçue le 50 mai. (Archives nationales, D xi, § 4, carton "21, dossier
IJaiile-Loive.)
LXV
(Page 289.)
Rapport du comiiiîs.saire Le Breton sur les dispositions
de l'Auvergne (23 juin 11993].
11 parle des difficultés que l'on a dans les petites villes pour se rensei-
gner sans se rendre suspect, et dit la conduite qu'il a tenue. Il s'est
décidé à fréquenter uniquement les hommes du parti dominant : c'est un
moyen d'être instruit de leurs projets, au risque, il est vrai, d'être mal
vu des autres. II était pourtant connu comme agent du gouvernement, et
ADRESSE DU CONSEIL GENERAL DE L'ISERE. 'i95
les instructions ostensibles avaient beau être purement aclminis(nUivo>,
^on tilre éveillait les soupçons. Il se vante d'avoir su les dissiper :
(( 11 a été tenu une assemblée extraordinaire ou secrète où l'on a
arrêté, sur un prétendu décret non révoqué qui défend au Conseil exécu-
tif d'envoyer des commissaires dans les départements, de me congédier on
de m'arréter, et les prétextes ont été libellés. Le lendemain, j'ai été
Irouver le moteur, qui est un homme d'esprit, et, sans prendre connais-
sance de ce qui s'était passé la veille, je l'ai prié, au nom de la patrie,
de rae donner quelques renseignements utiles à son pays et qu'il pou-
vait me fournir. Celte mesure a tout déconcerlé, quelque simple qu'elle
soit, et je suis aujourd'hui au point où il liuit être pour remplir avec
quelque succès vos vues sur l'examen des autorités constituées et de l'es-
prit public. ))
11 ajoute quelques délails significatifs sur le vole relatif à l'arrêté de la
Côte-d'Or :
« L'adhésion à l'arrêté du département de la Cùle-d'Or avait été unani-
mement volée. Les députés de la Côte-d'Or en emportaient copie, signée du
président de l'Assemblée et du secrétaire; mais il n'a été ni transcrit sur
les registres, ni même signé de personne, de manière que les députés de
la Côte-d'Or ont une copie en règle d'un arrêté qui n'existe plus réelle-
ment. On n'a point nommé de députés pour inviter les déparlemenis
mentionnés dans l'arrêté à y adhérer. Tout est dans le même état
qu'auparavant. 11 faudrait des événements extraordinaires pour que ce
déparlement sortît de la ligne tracée par les décrets. »
Et en effet U n'en sortit pas. (Archives nationales, F i* 551, dossier
Le Breton. )
LXVI
(Page 503.)
Adresse du conseil général de l'Isère (lO mars 1993).
« Ropréscnlanls du peuple français,
« La vérité ne reposait jamais sur les lèvres des courtisans et fuyait
l'oreille des rois; nous sommes dignes de la dire, et la Convention natio-
nale est digne de l'entendre.
« La royauté n'est plus ; l'orgueil du trône vient de disparaître avec le
tyran.
(( La voix nationale a p:ononcé, et cependant des cris séditieux trou-
blent l'harmonie générale; on porte la témérité jusqu'à dire : Point de
république. Des insurrections suscitées "a la fois dans les principales villes
de l'empire se manifestent avec les synq)tômes les plus effrayants....
*( A quelle cause devons- nous ce concours de circonstances? Un roi
serait-il un Dieu pour que sa mort, justement prononcée, fût accompagnée
par des signes si éclatants et si terribles? Non, mais une faction anihi-
496 APPENDICES.
lieuse aspire à réaliser sa résurrection; un complot mal éteint est renoué
et l'on ne secoue les torches enflammées de la discorde que pour nous
montrer, au milieu de l'agilalion, le sauveur de la patrie dans un nouveau
tyran.
(( Quel est ce fantôme qu'au sein de Paris, sous les yeux de la Con-
vention nationale, ou promène entouré des hochets de la royauté? C'est
là qu'il faut frapper, législateurs....
(( Machinateurs insensés, intrigants criminels, vous devez périr avec
vos projets, et c'est sur vos têtes que s'affermira la liberté. »
— • Suivent les invocations :
(( Hommes du 14 juillet, etc.
(( Français de tous les départements, n'auriez-vous secoué le joug hon-
teux d'un homme que pour retomber dans une servitude plus vile?...
(( Non, la liberté anéantira tous ses contradicteurs....
(( Parisiens, témoins des attentats commis contre la majesté natio-
nale, rompez un lâche silence, sortez d'un engourdissement perfide....
(( [Représentants du peuple], entourés de corrupteurs et de corruption,
vous trouverez notre langage austère; mais le peuple des départements
est le peuple de la nature, et le cri d'indignation du département de l'Isère
va devenir celui de tous les déparlements.... »
(Archives de l'Isère, Registre du conseil général du département,
f" 105-107, 7 mars 1793.)
Il fut décidé que cette adresse serait imprimée, envoyée à la Conven-
tion, aux départements et aux districts du département pour les munici-
palités. On la trouve aux Archives nationales, D xl § 4, carton 20, avec
la date du 10 mars 1795.
LXVII
(Page 503.)
Les républicains de la Yille de Vienne (Isère)
à la Convention nationale '.
(( Représentants,
(( Le peuple français vous a transmis le pouvoir souverain qui lui appar-
tient. Il vous a chargés de lui faire une Constitulion digne de lui, Maisrem-
))lissez-vous cette importante mission? ou plutôt n'en abusez-vous pas?...
Et des scélérats qui respirent au milieu do vous, loin de s'occuper des in-
térêts et des droits du peuple, n'atlaquent-ils pas avec audace les fonde-
ments de la liberté et de légalité? Ne tendent-ils pas à renverser l'unité
(■t l'iiidi visibilité de la République?...
a Au despotisme et à la tyrannie d'un seul, ne voyez- vous pas succéder
le despotisme et la tyr.innie de plusieurs?...
1. Copie avec la mention : Reçu le 10 juin.
ADRESSE AIX BATAILLONS DE L'ARMÉE DA>S L'ISÈRE. 497
(( S'il est vrai que des monstres préparent une seconde septembrisalion,
appelez les hommes du Midi ; pleins du feu de leur climat et couverts de
fers, ils voleront à votre secours, et si cette sanglante opération était mal-
heureusement commencée sur vous, écoutez leur serment, ils vous jurent
de l'achever,... mais pour vous.
« Dites aux centumvirs' que nous comptons leurs forfaits.... Voulez-vuus,
législateurs, achever les travaux qui vous sont confiés? abattez sans délai
ce corps constitué, ou plutôt ce corps rebelle qui tend à vous opprimer.
qui menace la France de sa suprématie, qui vous force à décréter qu'il
a bien mérité de la pairie et à lui faire une liste civile plus onéreuse que
ne fut celle du tyran dont vous avez fait justice. Abattez ce corps dont le
lâche président laisse avec tranquillité mettre à l'ordre du jour le mas-
sacre des citoyens, et surtout ne compromettez plus la dignité de la Con-
vention en demandant à la municipalité de Paris si elle peut répondre
de sa sijrelé.
(( Réprimez ces individus méprisables appelés aux tribunes et soldés
pour dissoudre la représentation nationale. Mais si cet événement désas-
treux pouvait a\oir lieu, que vos suppléants soient appelés, qu'une cité
étrangère à l'intrigue, inaccessible aux conspirateurs, aux ennemis de la
liberté, aux Catilinas qui vous entourent, soit indiquée d'avance pour leur
rassemblement....
« Nous terminons par ces mots : Représentants, redoutez plus la haine et
les reproches de vos commettants et de la postérité que le glaive des fac-
tieux, et prouvez enfin que vous vous occupez plus du peuple que de vous. »
Suivent environ 180 noms d'après les signatures recueillies à l'original
(recule 10 juin). (Archives nationales, D xl§4, carton 20, dossier Isère.)
LXVIII
(Page 308.)
Adresse aux bataillons de l'armée dans le département
de risére (19 jain).
« Braves guerriers,
« La liberté est en jiéril, des factieux, des intrigants, des étrangers, des
mercenaires ont osé investir le temple de nos lois de l'appareil de la
guerre et dicter leurs volontés à nos représentants.
« Soldats, la liberté se relèvera triomphante, que votre indignation
s'exhale, mais que nos frontières fixent votre sollicitude. Continuez h les
défendre.
(( Les citoyens vos frères sont debout à l'intérieur et sauront bien y main-
tenir l'ordre et la paix, et rendre sa dignité, son inviolabilité, à la repré-
sentation nationale. » (Archives de l'Isère, Délibérations du conseil du dé-
partement, 17 juin 1795.)
i. La Coniiiiuuc de Paris.
liÉVOL. DU ~>[ MAI. U Ô2
498 API'E.NDICtS.
LXIX
(Page 511.)
La séance «lu 21 juin à Grenoble.
Il y a un m extrait du juniès-verbal de rassemblée des délégués immé-
diats de la section du peujde français dans le département de l'Isère », à la
date du vendredi 21 juin, où l'on voit que deux délégués de l'assemblée
des autorités des Hautes-Alpes vinrent se mettre en rapport avec eux,
avant de se rendre dans la Drôme. Ils y lurent la lettre de Serres, député
des Hautes-Alpes, que nous avons citée plus haut, sur la révolution des
51 mai et 2 juin : « Elle prouve, dit le procès-verbal, que la proclamation
de la Convention sur les événements du 51 est un de ces actes arracbés
par la force des baïonnettes, de la même manière que le décret du 2 juin,
qui prononce l'arrestation des représentants détenus; [elle] prouve enlin
que la Convention, dans la journée du 7 juin, a été avilie, outragée,
constituée prisonnière ». Le procès-verbal constate l'indignation provoquée
par cette lecture, et la décision prise que la lettre serait imprimée et"
envoyée aux diverses autorités. La lettre fut en effet imprimée à Grenoble,
avec cet extrait du procès-verlial, et c'est une de ces circidnires qui se
trouve dans les Archives du <lépartement de Seine-et-Oise.
LXX
(Page 317.)
Arrêté du département tle l'Ain (1°' juin;
(I Le département de l'Ain,
(( Considérant qu'il a adopté à l'unanimité la première mesure d'envoyer
des suppléants à Bourges comme un des grands moyens de sauver la
République; que ce moyen serait vraiment efficace s'il était adopté par la
majorité des départements et qu'il ne peut l'être qu'autant qu'il leur sera
connu;... »
— Il persiste dans sou premier arrêté et adopte aussi le |irojet d'a-
dresse du Jura :
« En conséquence, des membres seront nommés pour se concerter. »
La Société populaire de Bourg s'associait à cette pensée de résistance.
On en peut juger par ce discours de ses députés aux membres de la
municipalité provisoire de Lyon :
« Depuis longtemps vos frères les républicains de Bourg gémissaient
indignés des maux dont vous étiez accablés Vous vous êtes levés à
l'exemple des fiers Marseillais, vous avez secoué le joug odieux sous lequel
des têtes républicaines ne doivent jamais plier. »
iitM.KV. -V.iy
— Us s'apprêtaient à venir à leur secours quand ils onl reçu la nouvelle
(le leur triomplie (le 29 mai) :
u Croyez que le reste de la Ré|iublique marchera sur vos (races et que
la demi-victoire remportée à Paris par les anarchistes deviemlia leur
tombeau. )»
— Imprimé ea placard a Lyon avec la réponse de la munici|ialilé
provisoire de Lyon :
(( Nous avons lini d'écraser l'anarchie.
(( ... Nous saurons poursuivre le monstre sous ses déguisements.... c
(Bibliothèque de Carpentras, collection Tissot, n" 59.)
LXXI
(i'ngo 51!t.)
Belley.
Belley avait eu sa manifestation constatée par cette pièce :
E.rtrail des principales paroles contenues dans le discours fédéraliste
prononcé au temple de la liberté à Belley le [\juin 1795.
(Présidence du citoyen Brillât-Savarin.)
h jMarseille a donné le signal delà victoire contre les anarchistes;
Aix, Nîmes, Lyon, balayent la poussière sanglante dont les exécrables
tyrans avaient souillé leurs cités républicaines ; Bordeaux a la gloire
immortelle de n'avoir jamais souffert leur insolent despotisme.... Brest
s'est toujours prononcé avec une égale force contre les dévorateurs de la
liberté; Rouen, Amiens, Belley, le Calvados, l'Eure, la Manche, l'Orne,
l'Ain, les départements du Midi comme ceux du Nord, signalent une indi-
cible émulation dans le grand combat de la société contre la domination
du crime.
' Paris se lèvera enlin, non dans le sens de l'anarchie, mais pour
fouler d'un pied vainqueur cette horde impie qui menace depuis si
longtemps avec fureur et avec impunité la représentation nationale d'un
égorgement....
« Un membre dit : le but de ces adresses est de consulter l'opinion
publique. Vous ne remplirez donc pas les vues de ceux qui les ont
publiées, si vous ne manifestiez que les principes qu'elles renferment sont
les vôtres. Soyez bien convaincus que le salut de la patrie ne peut être
effectué que par la réunion de tous les bons citoyens et par leur concor-
dance dans les mesures que les circonstances exigent. Je demande donc
qu'il soit écrit aux auteurs de ces différentes adresses pour leur faire
connaître que nous adhérons aux principes qui y ont clé développési
« Celle proposition mise aux voix est arrêtée à l'unanimité. >,'
ôflo .\fi'i:>.d;ces.
La résistance tle lielley se prolongea. Dans la mèine pièce on lit :
(( Séance du iô juin 1795. Présidence de Brillai-Savarin. — On fait
lecture des nouvelles de la dernière séance et des adresses: ]" de
Marseille aux quatre-vingt-cinq départements; 2° du peuple de Lyon
à la République française; 5" du Jura à la Convention; 4" de la Gironde
à la Convention ; 5" de la Commission populaire de salut public [de Bor-
deaux] en date du 9 juin 1793; G" de l'adresse des sections de la ville de
Nimes; 7° de la ville d'Aix.
« Un membre demande qu'il soit répondu à ces différentes adresses,
et qu'on y adhère. » Adopté à l'unanimité. (Archives nationales, AF n,
carton 84, dossier H, n° 7.)
LXXII
(Page 520.)
Adresse du conseil g;énéral de l'Ain à ses administrés
(%7 juin 1993).
(( Nos principes, consacrés par tous nos arrêtés, sont liberté, égalilé,
unité et indivisibilité de la République.
(I La liberté comporte la résistance à l'oppression, et des hommes libres
doivent prévenir toute espèce de tyrannie....
« Deux commissaires de la Convention envoyés au Jura et à l'Ain comme
conciliateurs, disait-on, et jiorteurs de lumières, se sont investis d'une
force armée et marchent au chef-lieu du Jura.
« Une force armée, citoyens! Est-ce ainsi que des députés vont à leurs
commettants?...
(( Les habitants du Jura se sont levés, non pour détruire le point d'unité
de la République, mais pour ne pas être les victimes des préjugés ou
des intentions de deux mandataires environnés d'un appareil menaçant....
(( Ils ont offert et offrent encore de les recevoir s'ils se présentent sans
armes.
« Les citoyens de Bourg ont cru devoir secours à leurs frères, ils sont
partis....
« Citoyens, nous sommes loin de vous porter à une insurrection, mais
nous vous devons avertir. Soyez debout en hommes libres, attendez dans
le calme les événements : mais s'ils ont une tendance à l'oppression, sou-
venez-vous de votre serment de vivre libres ou de mourir.
(( Vos administrateurs sont à leur poste ; ils n'ont pas juré en vain.
« P.-S. Les arrêtés que nous recevons chaque jour de tous les points
de la République annoncent que déjà les deux tiers des déparlements
prennent et proposent des mesures de salut public contre roppression et
l'anarchie. » (Archives de l'Ain, Délibéralions du conseil du déparlement,
à la date.)
AVIS AUX CITOYE^'S. 501
— (^elte délibération porte une douzaine de signatures. Quatre des si-
gnataires disent en marge : « J'étais absent au commencement de la
séance; — j'étais absent et malade », etc.
LXXIII
(Page 322.)
Avis anx citoyens.
On trouve sous ce titre, au dossier de l'Ain, un imprimé sans indication
d'auteur qui avait été répandu pour combattre le mouvement insurrec-
tionnel contre le 51 mai :
(( L'arrêté du conseil général du département de l'Ain du 19 juin fait un
tableau effrayant de la situation de la Convention (journée du 51 mai, etc.).
c( Tout citoyen peut reconnaître la fausseté du récit du conseil général
sur les journées célèbres des 51 mai, 1" et 2 juin par la lecture des
bulletins de l'Assemblée, du papier public connu sous le nom de
Moniteur universel et de toutes les autres feuilles publiques qui ne sont
pas payées pour mentir....
(( On y verra que la faction désorganisatrice dont parle l'arrêté du
conseil d'administration n'est autre que la grande majorité du peuple de
Paris....
« On y lira que la force armée et les concours n'avaient d'autre but
que de faire respecter la Convention, les personnes et les propriétés....
« On y verra qu'il était indispensable, pour sauver la France, la liberté
et la République, de faire arrêter les membres de la Convention que l'opi-
nion publique désignait comme conspirateurs.
(1 Peuple,... voici ce qu'a fait la Convention.... Elle a décrété un projet
de Constitution fondé sur les droits de l'homme et ta liberté. Tu seras le
maître d'accepter ou de refuser cette Constitution N'écoute pas ceux
qui te disent que l'absence momentanée de vingt-neuf membres de la
Convention lui a ôté son caractère de représentation nationale....
(( Les mesures que l'administration du département de l'Ain a propo-
sées aux communes tendent à créer xme représentation nationale plus
puissante que la Convention elle-même
(( Peuple,... apprends que l'administration de ton déparlement est coalisée
avec celles des déparlements de l'Isère, du Jura, de Rhône-et-Loire, oit
est Liion, pour résister à ton seul mandataire : la Convention nationale.
Tout porte à croire que ces administrations perfides veulent former entre
elles un État particulier dans lequel tu seras soumis aux lois que te dic-
teraient des aristocrates , des gens de loi et les riches. Apprends que
l'administration de l'Ain a déjà séduit le peuple à Bourg et qu'elle vient
d'envoyer dans le département du Jura une force armée levée dans cette
ville pour aider l'administration de ce département à opprimer les patrio-
tes.,.. Peuple! méfie-toi des gens de chicane, car ils veulent t'enrhaîner.
502 APPENDICES.
Ne te Inihis pas toi-mèine, et bienlôt la burlesque conire-révolulion des
pluinassiers et des lobinocrates s'évanouira comme un rèvc factieux. »
(Archives nationales, D xl § 4, carton 18, dossier Ain.)
LXXIV
(Page 525.)
Adresse de citoyens libres de DôIe (16 mai 1793).
(1 Représentants du peuple,
« Plusieurs départements sont en pi'oie au fléau de la gueire civile. Un
essaim de bi-igands, soulevés par le fanatisme, vient de sonner le tocsin de
la révolte.... Était-ce donc pour vous dispenser de sauver la République que
vous avez banni du sénat français la paix, la concorde et la douce harmo-
nie? que vous avez failli désespérer les patriotes par vos débats scandaleux?
« Législateurs, prévenez une ti'oisième secousse, dont la violence pour-
ait être mortelle à l'État.... »
— La source du mal est dans le Conseil exécutif.
« Législateurs, voidez-vous réparer autant qu'il est en vous des maux qui
sont en grande partie votre ouvrage, fulminez le décret d'accusatiou
contre tous les membres du Conseil exécutif; que les bureaux renouvelés
soient remplis d'hommes révolutionnaires, le gouvernail de l'Étal remis à
de fidèles mains.
« Les riches égoïstes ne doivent pas moins provoquer la sévérité de vos
mesures. «
— Arrêter les suspects : il n'est pas besoin de preuves juridiques :
Il Autrement ce serait exposer la patrie aux dangers d'une explosion
soudaine et terrible; ce serait renvoyer le salut du peuple après la consom-
mation. Les grands criminels n'ont pour témoins que leurs complices;
l'opinion seule est sûre de les atteindre. Que l'enthousiasme soit votre seule
passion. Réunissez-vous aux cris de la Vendée > — Ils offrent leur sang
et un ])eu celui des autres. (Archives nationales, I) xl § 4, carton 21, dos-
sier Jura.)
LXXV
(Page rm.)
Arrêté du département du Jura (24 mai 1993).
H Le conseil général du Jura, pénétré de l'aftliction qu'éprouvent tous les
vrais patriotes en apprenant par chaque courrier le degré progressif d'avi-
lissement et de servitude où la Convention nationale est réduite par une
faction scélérate ;
(( Considérant que le mal est paivenu an point où il est nécessaire de
DIVERSES ADRESSES DU JURA. 505
prévoir la dissolution totale de la Convention; que les dangers eminents
qu'elle court ont <''té solennelleineni déclarés par son président, annoncés
par tous les journalistes ;
(( Considérant que les adresses énergiques et multipliées contre le parti
désorganisateur ont été jusqu'ici sans succès ;
'I A résolu d'employer tous les moyens qui sont en son pouvoir pour main-
tenir la République une et indivisible, pour contribuer, en cas de dissolu-
tion de l'Assemblée nationale par de criminels complots, à son remplace-
ment provisoire par ses suppléants, et dans ce cas à mettre en action la
souveraineté du peuple pour le chois des membres d'une nouvelle Conven-
tion nationale ;
(( Arrête en conséquence, le procureur général syndic entendu, que les
suppléants de son ressort sont requis, au nom du salut public, de se rendre
à Bourges; [qu'jils seront accompagnés d'un détachement de cavalerie
nationale et d'une compagnie de grenadiers ; qu'il seia fait une adresse à
tous les départements de la République pour les engager à prendre la
même mesure pour sauver la patrie, qui est dans les plus eminents périls. »
LXXVI
(Page 327.)
Diverses adresses du Jara.
On peut rapprocher de l'adresse du conseil général du Jura celles de
plusieurs sociétés populaires du même département : Sainf-Clamlc (24
avril), Salins (26 avril), citées plus haut (t. I, p. 17i), Orgelet (9 mai) : son
adresse est donnée textuellement au Moniteur, en preuve du véritable
esprit qui l'ègne dans tous les départements {Moniteur du 25 mai 1795,
t. XVI, p. 441-442); l'original est aux Archives nationales, D xl § 4,
carton 21, dossier Jura.
Il y a, en un autre sens, une adresse des Amis de la liberté et de l'égalité
de Lotis-le-Saunier aux Parisiens, portée à la Commime de Paris par
Léonard Bourdon, le député montagnard, adresse à laquelle étaient jointes
en original deux lettres du député Vernier, accusant la Commune de Paris
(le vouloir, par sa suprématie, rétablir le despotisme. {Commune de Pa-
ris, 21 mai, Moniteur du 24 mai. t. XYl. p. 440.) La Société de Lons-le-
Saunier, qui avait reçu et qui livrait ces lettres, était donc bien dans l'es-
prit de la Commune de Paris. Mais les autoi'ités du district avaient des
sentiments tout différents. On le peut voir par un o extrait du registre du
conseil permanent » de ce district envoyé à la Convention. Une brochure
qui y était jointe contenait une adresse où on lisait :
{( Des citoyens élus du peuple dès les premiers jours de la Révolu-
tion,... ces hommes fiers du nom de républicains ont dû gémir depuis
huit mois de vos débats scandaleux....
504 APPENDICES.
i( Représentants , vons commencez à vous relever d'une chute humi-
liante.... Rassurez-vous, citoyens représenlanls, tous les dangers dispa-
raissent du moment que vous vous montrez digues de notre confiance
(( Le soleil a aussi des scories qui semblent l'obscurcir et que l'activité
de son feu dévore; dans sa course rapide, il souffre d'être voilé quelquefois,
mais il est de son essence de féconder la nature et d'éclairer le monde
Représentants, la nation vous fit à l'image du soleil, et comme lui vous con-
solerez les hommes, vous rajeunirez la nature, vous embellirez l'univers.
(( Écoutez les fiers républicains de la Gironde, des Bouches-du-Rhône ,
etc., etc., etc. Ils se sont expliqués pour nous. Donnez-nous une Consti-
tution républicaine et digne des droits de l'homme
« Imposez uu silence respectueux à ces tribunes vendues aux ennemis
de la liberté ; et si le fouet de la censure n'a plus de prise sur elles, ba-
layez-les du souffle de votre toute-puissance! La liberté l'exige Mais il
serait au-dessous de la majesté nationale de quitter Paris en ce moment,
parce qu'une poignée de factieux y entravent vos délibérations. C'est dans
le palais du dernier des tyrans que vous devez écraser la tyrannie.... Vous
êtes investis de toute la force nationale et de sa puissance suprême : nous
n'avons besoin que de votre volonté.... Parlez, et dès demain la grande fa-
mille des frères, les tiers enfants de la République, s'empressant autour
de leurs pères, les couvriront de leur amour.
(( Représentants, rejetez loin de vous cette foule de pétitions triviales....
(( Proscrivez ces pantomimes militaires qui transforment en camp de
plaisance le sanctuairedes nations.... Dites aux soldats parisiens qu'autant
de pas inutiles ils font au milieu de vous, autant de martyrs de la liberté
tombent sous le fer de rebelles et d'esclaves. Qu'ils aillent triompher et
qu'ils reviennent couverts des lauriers de la victoire! C'est alors qu'ils se-
ront dignes de défiler dans votre sein. Les Romains, etc. — Mais qu'ils
partent donc une fois, qu'ils aillent sauver la France, avant de marchander
avec elle. Les guerriers dn Jura ne font pas capituler la patrie quand son
danger les appelle...,
(( Représentants du souverain, armez-vous de sa foudre, écrasez sans
pitié ces hommes de sang qui, dans leurs affreux délires, ont voulu ériger
l'immoralité en principe, constituer l'anarchie, légaliser le meurtre et le
brigandage.... Quels cris d'horreur se font entendre? Quoi! La maison
commune où naguère siégeaient la sagesse et la paix, serait-elle devenue
l'antre de Cacus?...
« Vengeance, vengeance à la nation outragée.... Qu'on fasse dégorger ces
vampires engraissés de sang humain et des sueurs de la France,... et de
suite que ces administrateurs impies soient conduits à l'échafaud !
(( Représentants, craindriez-vous encore que des mains sacrilèges.... Ah !
loin de nous un si funeste présage! JN'ous n'avons plus que quelques pères
de famille, des femmes, des enfants, des vieillards,.., mais tous sont prêts
à déserter la ville et les campagnes Et Paris qui nous jurait fraternité
en 1791, Paris, écrasé sous ses décombres, aurait bientôt expié son patri-
cide. )) (Archives nationales, D xl § 4, carton 21, dossier Jura.)
BULLETIN DU DÉPARTEMENT DU JURA. 505
Le conseil général de la conmiiine de Sirod (district de [Niligny ) trace
déjà le plan d'une nouvelle Convention (5 juin 17'.I5) :
(( Vous criez sans cesse que la représenlalioa nationale est en danger.
Si le danger est réel,... il ne faut pas rester dans une sécurilé qui à chaque
instant peut devenir funeste à la Patrie.
(( Si la Convention est en danger d'être dissoute par la force, vous devez
sans retard faire un appel au peuple Français et lui demander une repré-
sentation nationale de réserve et d'attente Ainsi, convoquez sur-le-champ
les assemblées primaires et qu'elles nomment douze cents députés avec
mission expresse de se réunir à Bourges, au premier moment que vous
annoncerez... que vous n'êtes pas libres à Paris
« Faites plus encore : appelez auprès de vous la moitié de ces nouveaux
députés pour suivre vos séances, pour surveiller vos opérations et se mettre
au courant des affaires de la llépubliijue.
n Voilà le peuple qui doit occuper les tribunes nationales et juger v(l^
opinions, plutôt qu'une poignée de citoyens égarés par le fanatisme de la
liberté, et peut-être payés par les aristocrates et les tyrans pour arrêter
vos travaux....
(( Au surplus, permettez, citoyens, qui; du sein de nos paisibles chau-
mières nous vous donnions les mêmes conseils que le sage Rousseau, etc.
(( Ah! si vous saviez combien noussommes joyeux quand vous prononcez
un bon décret ! Alors vous êtes encore pour nous la Convention natio-
nale.... Mais que voulez-vous que nous pensions de vous quaud vous per-
dez des séances entières en débats scandaleux, tandis que nous arrosons
la terre de nos sueurs pour vous nourrir, tandis que nos frères et nos en-
fants prodiguent leur sang sur la frontière pour vous défendre? Que
voulez-vous que nous pensions de vous quand vous n'ouvrez la bouche que
pour insulter aux premiers principes de la raison, de la justice et de la
morale? Etes-vous les législateurs de la France ou les envoyés des tyrans
étrangers?
(( Législateurs, il est temps, et plus que tenqjs, que tout cela Unisse
Nous vous demandons de régler promptement le mode de partage des
biens communaux Travaillez constamment, et si des tribunes forcenées
s'y opposent, prenez la mesure que nous vous avons indiquée et que nous
réclamons avec instance »
(Archives nationales, D \i § 4, carton 21, dossier Jura.)
LXXVII
(Page 328.)
Bulletin dn département du Jura.
Du 7 juin 179,ï, l'an II de la Répidilique française.
<( Lorsque la liberté pour laquelle les patriotes ont fait tant de sacri-
fices, les ennemis de la République... mettent tout en œuvre pour l'a-
506 APPENDICES.
uéantir el Iromper le peuple, c'est un devoir pour les aduiinistrateurs de
l'éclairer.
« Depuis longtemps la Conveution éloit déchirée. Des tribunes auda-
cieuses et soudoyées outrageoient la majesté nationale ; des sections de
Paris osoient se dire en insurrection, elles prétendoient dicter des lois à la
République. Le trésor national devenoit leur propriété. — C'étoit avec vos
contributions qu'elles payoient les malveillants. — Une troisième révolution
se préparoit pour ramener au despotisme. — La majorité de la Convention
l'avoit aperçu, et pour résister à ce projet liberticide elle avoif fait nommer
une commission de douze membres qui dévoient rechercher les fils et les
auteurs de la conspiration. Déjà la commission les avoit découverts, elle
l'avoit annoncé peul-èlre trop tôt; il ne restoil aux conspirateurs pour
moyens que d'étouffer la commission elle-même.... Mais abandonnons pour
un moment te tableau auquel nous reviendrons. »
Le Bulletin expose ce qu'a fait en ces circonstances l'administration
du Jura :
(( Effrayée des conséquences de ce système destructeur, l'administration
du Jura pensa que des mesures uniformes de la part de tous les départe-
ments pourroient le combattre avec succès et prévenir une désorgani-
sation totale, ainsi que le fédéralisme que nous avons tous abjuré. »
Ils ont envoyé des commissions aux départements voisins ; une adresse
à la Convention: ils ont mis sur pied une force départementale « prête à
maintenir la Convention entière et libre, mais qui ne partiroit en effet que
lorsque les commissaires le demanderoient » [arrêté du 51 mai].
« Mais les dangers alloient croissant.... L'administration du Jura arrêta
donc la formation d'un conseil général de salut public... >;
— Suit le tableau des événements qui n'ont que trop justifié ces mesures
préventives. Le comité de salul public s'est décidé à faire une procla-
mation [arrêté du 7 juin] :
« Il a considéré que l'unité, l'intégrité de la représentation nationale
avoient été rompues par un forfait, que son inviolabilité avoit été atta-
quée, que la majesté du peuple avoit été outragée dans ses représentants;
il s'est rappelé que la ville d'Orléans avoit été déclarée en rébellion, parce
qu'un représentant du peuple, qui cependant y étoit sans caractère connu,
y avoit été maltraité, tandis qu'au contraire les sections de Paris, enlevant
de force trente députés, menaçant une partie des autres et dictant des
décrets au surplus de la Convention, avoient obtenu celui d'avoir bien
mérité de la pairie.
(( Il a pensé que les décrets dictés par la force armée ne sont pas l'ex-
pression de la volonté libre de la majorité des représentants
« Il a arrêté que les lois seront exécutées; — que, pour le maintien de
Tordre et de la loi, une partie de la force armée sera mise en activité ; —
il a émis un vœu pour la convocation des assemblées primaires et le
départ d'une force départementale, vœu subordonné à celui des autres
départements, à quelques-uns desquels il le communique par la voie de
commissaires. »
BULLETIN DU DKPAUTEMEAT llU .ILliA. .">07
— Suit une tirade coiilre les aristocrates et les anarchistes qui corres-
pondent avec les factieux de Paris et vont calomnier les intentions du con-
seil du Jura :
« Le conseil de salut public veut au contraire maintenir l'unité, l'indi-
visibilité de la République, et c'est pour y parvenir qu'il a envoyé des
commissaires dans les départements les plus éloignés....
(( Le Jura sans doute ne sera pas le seul département (pii refusera les
fers des tyrans de Paris.
« Sirpii' : BoivRKET. président ; Béchkt, secrétaire général, n
(Archives nationales. F i' 551, dossier Lclioileij. n" \.)
Du 9juhi I7!)5.
(1 Nous avons dit que les sections de Paris ont fait insurrection contre la
Convention nationale, lui ont dicté des décrets et fait briller leurs baïon-
nettes menaçantes jusque dans le sanctuaire de la liberté. Vuici quelques
détails sur ces journées de deuil qui nous sont transmis par le départe-
ment de l'Am :
«Paris, le 51 mai 1795, à 2 heures tlii matin.
« Brave citoyen, pleurez avec moi sur le sort de notre malheureuse
patrie. Je sors de la Convention nationale.... Des hommes de sang et de
carnage ont égaré le peuple ; les tribunes ne sont remplies que de canni-
bales vociférants, payés par la Montagne:... il est quatre heures, le tocsin
sonne de toute part. »
Du 2 juin (récit de la journée heure par heure).
(( Il est onze heures, la générale bat dans la section du Mail et de Jean-
Jacques-Ronsseau.... Il est huit heures et demie [du soir], l'expulsion et
la tradition des vingt-deux membres et des douze est résolue. Ils sont en
arrestation chez eux, le décréta été lancé sous le glaive des baïonnettes....
Je ne sais comment Paris annoncera cette action aux déparlements ; il la
colorera sûrement en disant que dans cette séance à jamais inéinornble,
les opinions ont été protégées et parfaitement libres. Ce mensonge serait
hardi, car les membres du côté droit étoient en prison dans la Convention,
entourés de 15 000 baïonnettes et de 50 pièces de canon. »
Puis vient l'extrait d'une lettre d'un député en date du 4 juin. Ou y
parle de l'arrestation des députés :
« 0 tu ne te fais pas une idée de cette scène, la foi-, e, le courage,
l'énergie. !a vertu, le dévouement des martyrs de la liberté et des lois.
Lanjuinais, Barbaroux déconcertoient leurs assassins. Plusieurs se sont
échappés.... Les députés extraordinaires du Calvados, qui venoient appuyer
Marseille et Bordeaux, sont repartis pour agir; le département de l'Orne
arrête les subsistances de Paris; Bordeaux est en marche et se grossira en
roulant; Marseille accourt en postes; l'ancienne Bretagne, l'ancienne ^or-
iiiandie se lèvent; de toute part, en un mot, je vois fondre sur nous le
508 APPENDICES.
torrent impétueux des vengeanres départemenlales. 11 ne reste que nous
pour l'arrêter dans sa course, pour modérer sa fureur et sauver Paris de
Paris lui-même et des départements. Le silence et non le calme règne«/
ici dans ce moment; mais c'est le silence de la stupeur et des tombeaux ou
le calme du Vésuve. »
Le conseil du département ajoute dans la suite du placard :
« C'est pour arrêter de si grands maux que le département du Jura a
déclaré dans ses délibérations des 7 et 8 de ce mois, que l'unité et l'inté-
grité de la Représentation nationale avoient été blessées et leur liberté
détruite; qu'il n'y avoitplus que les ordres d'une faction là où les opinions
de la majorité sont enchaînées. »
— Ces principes sont professés par toutes les autorités constituées :
« Nous réunissons tous les corps admituslratifs de celle ville, écrit le
département du Doubs, et deux membres de chaque district et des com-
munes chefs-lieux; fermeté, courage, horreur pour les anarehisles. Nous
sentons, disent les administrateurs de la llaute-Saôae, (ju'il n'y a que
l'union et la fraternité des vrais républicains qui puissent déjouer le
projet de nos ennemis et que la moindre atteinte petit causer les périls de
la République .
(( Signé : Bouveret, président ; Bkchet, secrétaire général. »
LXXVIII
CPage r>34.)
Rapport de Grandniaison sur le Jura
(vers le lO août 1993).
(( Les membres du comité de salut public (du Jura) sont de vrais camé-
léons : tantôt ils se montrent les plus ardenis défenseurs de la nouvelle Con-
stitution ; bientôt après, ce sont des hommes qui, par une restriction jésui-
tique, éludent les effets les plus salutaires de la loi. Ils se disent toujours
constamment attachés à l'unité et à l'indivisibilité de la République, et
néanmoins la plupart de leurs actes tendent au fédéralisme. Us viennent de
publier le bulletin du 5 août, qui est le chef-d'œuvre de la perfidie. Vous
verrez les moyens qu'ils emploient pour fasciner les yeux du peuple,
ayant toujours grand soin d'invoquer les grands mots de résistance à
l'oppression.... Ils font envisager au peuple le décret du 27 juillet comme
un acte tyrannique et arbitraire, parce qu'il paralyse leurs mesures liber-
ticides en les traduisant à la barre.... Coque vous ignorez sans doute,
c'est le résultat de la mission de ces commissaires du Doubs qui s'étaient
établis médiateurs; ilssout arrivés aujourd'hui [à DôleJ et ont apporté une
dépêche où le comité de salut public de Lons-le-Saunier témoignait le
repentir de toute sa conduite passée et rétractait tous les bulletins où les
députés Bassal et Garnier étaient avilis, disant qu'il désirait bien avoir une
LA MlSSlOxN DE BAïiSAL. 509
conréiencc avec le rej)résent;uit du peuple, f.e citoyen Bassal a répondu
forl énergiiiiieiuent qu'il désirerait pacifier le Jura, mais qu'il ne pouvait
ni ne devait traiter en aucune manière jusqu'au moment où le décret du
"27 juillet aurait été entièrement mis à exécution. ))
Le comnn'ssaire ne croit pas que les adversaires de la Convention
soient à craindre: ils sont dans l'impossibilité de résister longtemps;
déjà ils forment deux partis :
(( La force départementale est peu de chose, et dans Thypotlièse d'une
scission la victoire nous serait assurée. — Le citoyen Bassal réunit des
forces à Dùle. Dans le cas de l'attaque, il y a déjà un bataillon de la Drôme,
bien armé et discipliné, ainsi que quelques autres détachements »
Et il ajoute :
(( P.-S. — On m'affirme à Tinslant que le traître Buzot est à Lous-le-
Saunier, c'est un bruit qui s'accrédite. » (Archives nationales, F i* 551 ,
dossier Granchnaison.)
LXXIX
(Page 357.)
La mission de Bassal.
Il est difficile de concilier ce que Bassal dit aux Jacobins le 8 germi-
nal au II ("iS mars 1 794) • de ces 2800 personnes arrêtées par ses ordres,
avec ce qu'il déclare, le 28 ventùse an lll, devant la (Convention, que,
pendant son séjour dans le Jura, il n'a pas lancé un ordre d'arrestation;
et ici l'affirmation s'applique à tous, même aux fédéralistes, surtout aux
fédéralistes qui étaient revenus en honneur avec les anciens amis de la
Gironde ; il s'agissait d'une proposition de Saladin, tendant à révoquer les
décrets rendus contre les administrateurs du Jura-. Évidemment Bassal
se vantait jadis, ou il s'excusait un peu trop à cette heure. D'ailleurs il
n'était pas accusé, et Saladin qui, en cette circonstance, glorifie la résis-
tance du Jura, n'en rend pas moins hommage à la conduite patriotique de
son collègue dans cette mission difficile. Prost, successeur de Bassal, eut à
sévir contre les violents, si l'on en juge par l'intervention de Lacoste, qui
fit suspendre la poursuite sur les renseignements contraires émanés de
Lejeune'', et par la plainte de Dumas aux Jacobins le 21 germinal. Dumas
parlait des tourments que les fédéralistes du Jura faisaient éprouver aux
patriotes les plus purs : huit des plus chauds patriotes venaient d'être
incarcérés; les aristocrates les persécutaient comme hébertisles (Hébert
1. C'est la continuation du débat con)mciicé le G. Monilcnr du 13 germinal
(2 avril 1794), t. XX, p. 109.
2. Moniteur i\u l"germinal an III (21 mars 1795), t. XXIV, p. G. Le décret
|jorle : « Les décrets rendus les 27 juillet et 19 août contre les administrateurs
du Jura sont rapportés ».
T). Séance du 16 gei minai an II (5 avril 1794), MonHciiv du 18, t. XX, p. 147.
blO AlM'IvNDlCES.
venait d'clre Loaduinué (4 germinal an H, 24 mais 1794) ; les l'ers oi'di-
naires n'avaient pas été jugés assez lourds : ou en avait fabriqué de huit
livres pesant, et il en offrait un échantillon. « Il demande, ajoute le compte
rendu, que la discussion sur de semblables horreurs soit mise à l'ordre
du jour, afin que les fédéralistes sachent qu'ils seront poursuivis dans
toutes les parties de la Itépublique sous quelque dehors qu'ils se présen-
tent'. )> — Ils le surent bien, et Dumas ne le leur laissait point oublier au
tribunal révolutionnaire de Paris.
LXXX
l'ajrc r>i7.
Le département de la llante-$»a6ne.
Le legistre des délibérations du conseil départemental de la Haute-Saône
n'existe plus aux Archives du département; mais j'ai trouvé dans le registre
de la Société populaire de Jussey comme un écho de la grande discus-
sion qui occupa trois séances dans ce conseil, les 12, 13 et 14 juin. On
y lit le 16 juin :
(( Le Président ayant proposé à la société d'entendre ce qui s'est passé
à l'Assemblée tenue à A'esoul par les corps administratifs du département,
réunis pour prendre des mesures de sûreté générale relatives aux événe-
ments des 51 mai, 1"' juin et jours suivarils passés à F^iris, la société
a demandé, et le citoyen Dronlein a fait ce rapport.
(( La société a paru fort satisfaite de ce rajiporl.
(( La société a arrêté qu'il serait envoyé à la municipalité de Jussey des
commissaires pour inviter à assembler la commune ce jour même pour dé-
libérer- si les citoyensadbéreront il l'arrêté prispar les corps administratifs
à Vesoul le 14 juin couraut, ayant pour objet de sounietire à l'approbation
delà Convention nationale les arrêtés pris à l'assemblée de ces corps, avant
d'en procurer l'exécution, et si la commune enverra deux députés porter
son vœu au conseil du département. »
Les dispositions de la Société popuhiire do Jussey étaient contraires à
toute rupture avec la Convention. On lit dans la suite du procès -verbal de
la même séance : « La société a rendu liommage au civisme qui a inspiré
le citoyen Josse en écrivant une lettre de Vesoul à la Société populaire de
Jussey par laquelle il invite à conserver l'union avec Pari<: on a lu cette
lettre; elle a été applaudie ;).
1. Moniteur ihi 25 gerniiiKil (14 avili l/ilii. l. XX, p. "iOô.
2. Ce qui suit a été substitué avec approbation à ces lignes (jui ont été ratu-
rées : (' Si on enverrait deux députés à Vesoul pour y porter l'approbalion de tous
les citoyens de Jussey aux mesures prises par les corps administratifs à Vesoul
les 12, 15 cl 14 juin courant.
« On a nomuié iiislaii[lané]n)eul Goliiiel, l'ilulel. Lenioiiic et Guillemard. »
ADIŒSSKS DIVKRSKS DH I.V CurK-UOl'i. Ml
Dans unL' M'anco suivante (le H» an [lius lard) le citoyen Garnicr père,
(lépulé à Vesoul [lar la commune de .Inssej , donna lecture du discours qu'il
avait prononcé à la réunion du département, et son discours reçut l'adhé-
sion delà société, qui en ordonna l'insertion an procès-verbal, où on le trouve.
L'orateur, y dit-on, s'indigne de la manière indécente dont les tribunes
manquent au respect des représentanis ; il blâme bien plus encore l'insur-
rection du 51 mai et l'arrestation des députés sous l'empire de la force;
il blâme la faiblesse de la Convention, qui n'a pas su punir les agitateurs,
qui a subi leur joug; mais il n'entend pas impiouveren lui-même le décret
qui frappe les trente-deux; il doaiande seidement ((u'ils soient jugés et au
plus vile : « 11 importe à toute la République que la Convention ne soit
pas privée arbitrairement de quei(jues-uns de ses membres. C'est l'objet
de la pétition de plusieurs départements. )i — Mais cette pétition ne doit pas
se faire avec l'appui de la force armée dans la forme de la pétition de
Paris, sans quoi on se rendrait coupable de ce que l'on condamne chez les
Parisiens. Il ne faut pas dire que la Convention n'est pas libre; il ne faut
pas refuser de reconnaître désormais ses décrets, il ne faut pas lever des
forces, si elle ne l'ordonne pas : car ce serait la guerre civile.
La révolution du 51 mai pouvait souffrir une opposition de celle sorte,
et c'est probablement cette conclusion qui lit accueillir le discours dans
les procès-verbaux de la Société populaire de Jussey. La société alla même
plus loin; on eu peut juger par cette mention de sou procès-verbal, à la
date du 14 juillet : « Lecture d'une lettre adressée au président de la
société par le citoyen Pachc, maire de Paris, ((ui annonce que la Commune
a reçu avec satisfaction la profession de foi de la société ». (Archives de
la Haute-Saône, 'iK 128, Procès-verbaux de la Société po[;ulaire de Jussey.)
LXXXI
l'agc 348.)
Adresses diverses de !a Cô<e-d'Or
La commune lYAniay-sw-Arroux (I" janvier 1795);
« Assez et trop longtemps nous avons gardé le silence sur les funestes
divisions qui vous agitent....
M >ous taire, ce serait un crime, nous vous demandons de faire cesser lo
scandale, l'innuoralité, l'inquidence ilont vos ennemis cherchent à cou-
vrir vos travaux.
« Depuis trois mois... vous vous êtes occupés plus des personnes que
de la chose publique....
« Il est incontestable que le peuple souverain, en déléguant ses pouvoirs a
la Convention, s'est réservé le droit d'approuver ses représentants comme
il s'est imposé Pobligation de les défendre. >)
Ont protesté de la même sorte :
Les républicains de Bca//?îe (11 et "27 avril);
512 APPENDICES.
Les citoyens de Monthard (20 avril) ;
Le conseil général de la commune de Mâcon (22 avril) ;
La commune de Saint-Benigne (25 avril) ;
La Société populaire de (Jtagny (21* avril) ;
La Société des vrais républicains d7s-s?/r-r?7/t' (29 avril) :
« Déjà vous avez voué au mépris cette pétition d'un petit nombre
d'hommes égarés qui se disaient les représentants d'une grande section de
la République (la pétition du 15 avril des sections de Paris contre les
vingt-deux). »
Les républicains de Beuune (5 mai) :
« En répondant à la France du salut public, vous avez promis de lui
sacrifier vos funestes divisions. Elle vous somme aujourd'hui ou de tenir
vos promesses, ou de vous reconnaître incapables de tenir le gouvernail
du vaisseau de l'Etat. Elle vous répète avec un de vos membres, Ana-
charsis Clootz : « A bas les personnes, à l'ordre du jour les choses.... »
(( On dit qu'il y a parmi vous un parti brissotin et un parti maratiste....
(irand iJieu ! dans un siècle de philosophie nos petites passions nous
auraient-elles donc fait rétr(»grader jusqu'au temps des Guelfes et des
Gibelins?
(( Qu'il ne soit donc plus question parmi vous de Montagne ni de
Marais. La Montagne c'est toute la République. Celle-là écrasera tous les
factieux, tous les conspirateurs, de quelque côté qu'ils soient. )^
Les corps constitués de Lnuhans (adresse reçue le 8 mai), contre Maral.
Maçon, même date :
« Donnez-vous le baiser fraternel. ))
La Société populaire de Scmur (9 mai);
Les républicains de Seurre (même date) :
« Jusques à quand de vaines personnalités, jusques à quand des divi-
sions scandaleuses absorberont-elles un temps précieux? » etc.
Parai, 25 mai :
(( Nous vous invitons à ne plus scandaliser la France par de honteux
débats; ils scandalisent la représentation nationale. »
LXXXII
.Page 340.
Arrêté de l'ass>emblée administrative du département
de la C'ôte-d'Or fsur les mesures de sûreté générale
{'i mai i;»3;.
« L'assemblée administrative du département de la Côte-d'Or :
« Considérant qu'à la veille de voir la France déchirée par les horreurs
de la guerre civile, de voir dissoudre le corps politique, enfoncer le poi-
gnard dans le sein des citoyens qui n'existent que par le sentiment de la
ADRESSE DES ADMINISTRATEURS DE LA CUTE-D'OR. 513
liberté et de l'égalité, céder encore à l'indulgence envers les ennemis de
la chose publique, ce serait Ificheté et pusillanimité ;
(( Que la confiance dont le peuple environne ses mandataires exige de
leur sollicitude qu'ils prennent toutes les mesures de sûreté pour garantir
les départements des troubles désastreux qui ont éclaté dans les départe-
ments de la Vendée, des Deux-Sèvres, de la Mayenne, de la Loire-Inférieure
et autres ;
(( Que ces mesures sont non seulement autorisées, mais même comman-
dées par le décret du 27 mars qui met les aristocrates hors la loi ; »...
11 concluait à la nécessité de prendre des mesures sévères, voulant seu-
lement en bannir l'arbitraire. On jugera si l'arbitraire en était banni:
L'article 1" mettait en arrestation : 1° tous les gens suspects; 2" tous les
prêtres insermentés, même ceux qui auraient prêté le serment de l'égalité
depuis le 25 mars, etc. 11 y a 52 articles.
(Archives de la Côte-d'Or, Délibérations du conseil général du départe-
ment, à la date.)
LXXXIII
(Page 556.)
Adresse des administrateurs du département de la Cùte-
d'Or à tons leurs concitoyens sur les événements du Jura
(28 juin 1993).
(( Citoyens,
« Depuis longtemps, la malveillance vous travaille, la calomnie vous
égare.
— On a dénigré leurs administrateurs :
« Le département de la Côte-d'Or vient de se trouver dans une crise
affreuse.
« Déjà près de sept cents citoyens étaient en marche, avec tout l'attirail
de la guerre; et où allaient-ils? où les menait-on? attaquer des Français, des
frères, les valeureux habitants du Jura, un pays qui compte à lui seul
tant de bataillons sur nos frontières....
(( L'administration du Jura conçut, dans le cours du mois de mai dernier,
de grandes inquiétudes sur la Convention
« Deux commissaires se rendirent auprès de nous. Vous savez le parti
que nous adoptâmes, nos arrêtés ont été publiés.
(( Les événements du 51 mai, des l^et 2 juin se passèrent Le dépar-
tement du Jura crut la représentation nationale détruite, la souveraineté
du peuple vifdée. II prit dès lors des arrêtes que vous connaissez encore.
(( Vous savez, citoyens, ce que nous avons fait à cette époque Les con-
jonctures étaient délicates; nous avons appelé nos frères à notre aide, et
le parti que nous avons adopté nous a valu la plus belle récompense que
puisse obtenir le vrai citoyen, l'homme public. La Convention a déclaré
que le département avait continué à bien mériter de la patrie. »
nÉVOL. DO 51 MAI. II — 55
Mi APPENDICES.
— L'adresse expose les incidents qui suivirent : Un annonce que 1000
à loOO hommes du Jura marchent sur Paris. On propose de leur opposer
des forces ; la proposition est rejetéc. On nomme deux commissaires ; ils
partent. — Arrive alors le citoyen Bassal avec pouvoirs pour les dépar-
tements du Doubs, Jura, Ain et Côte-d'Or. Il requiert 500 hommes et
50 artilleurs, avec 2 canons, à envoyer à Auxonne '. On lui représente que
c'est un acte d'agression; il paraît céder, mais il fait une nouvelle réqui-
sition étant à Dole. Le 24, deux réquisitions encore. Quelques troupes avan-
cent. Les administrateurs du Jura, qui étaient en roulérence avec les
commissaires de la Côte-d'Or, se croient attaqués, ils déclarent qu'ils
résisteront à l'oppression. Le zèle des commissaires bourguignons s'accroît
avec les obstacles. Nouvel arrêté du département pour défendre aux rece-
veurs de fournir de l'argent aux troupes. La conciliation prévaut. Les ad-
ministrateurs du Jura demandent une entrevue avec les représentants du
peuple. Bassa], disposé à la conciliation, tient ferme contre son collègue
Garnier. On obtient le renvoi des troupes. — Les administrateurs de la
Côte-d'Or s'applaudissent de leur conduite.
(Archives delà Côte-d'Or, adresse imprimée.)
L XXXIV
(Page 300.;
Délibération du conseil général de Saône-et-Loîre
;30 mai 1993).
30 mai 1795. Un membre propose de réunir les suppléants au chef-
lieu de chaque département.
Dumas, délégué du Jura, combat lesobjections. La mesure d'ailleurs n'aura
d'exécution qu'autant qu'elle sera adoptée par la majorité des départements.
Le procureur général syndic réduit la question à ces termes : Est-il
possible de prévoir la dissolution de l'Assemblée nationale ? est-il conve-
nable de prendre des mesures pour prévenir les dangers qui en résul-
teraient nécessairement? en est-il d'autres que la réunion des suppléants?
Il examine successivement ces différentes questions et termine par
appuyer le projet du département du Jura.
Convient-il de réunir une force armée? Dumas insiste sur la nécessité
de la mesure. Le procureur gén''ral syndic la trouve inutile, dangereuse.
Les délégués des départements approuvent ces observations et disent qu'ils
les communiqueront à leurs départements ; un membre résume ainsi la
proposition :
Dans le cas où les suppléants réunis à Bourges seraient forcés par la dis-
solution de la Convention nationale de s'organiser en corps législatif, ils
1; La réquisition se trouve aux Archives nationales» KV n 95, ii"5.
ADRESSE DU DEPAIITEMIÎ.NT DE SA()NE-ET-I.OIUIv olo
sei'out, s'ils le jugent nécessaire, envirouiiés d'une force armée fournie
par chaque département.
Un membre fait observer qu'il est du plus grand intérêt que la repié-
senlation nationale ne soit confiée qu'à une ville d'un patriotisme
éprouvé. Un autre dit qu'il faut ne pas douter du patriotisme d'une ville,
à moins de preuves accablantes. Bourges est accej)(ée.
C'est à la suite de ces débats que le conseil prit la résolution suivante :
« Le conseil du département de Saône-et-Loire, réuni aux administra-
teurs du district, etc., délibérant sur les arrêtés pris par les départements
de l'Ain et du Jura, les 24 et 27 de ce mois :
« Considérant qu'il est malheureusement possible que la Convention
nationale vienne à être dissoute et que le salut pubHc exige de prévoir cet
événement ;
« Considérant que si la Convention nationale cessait d'exister un seul
instant sans être remplacée par d'autres représentants du peuple, rien ne
pourrait s'opposer aux progrès de l'anarchie;... que le moindre des événe-
ments serait une dictature qui frapperait dans l'instant toutes les parties
de la République avec un sceptre de for ;
« Considérant que les arrêtés pris par les départements du Jura cl de
l'Ain paraissent avoir pourvu à de si grands malheurs et préviennent les
difficultés qu'éprouverait la réunion des suppléants, s'ils attendaient la dis-
solution de la Convention pour se rassembler ;
« Le procureur général syndic entendu et les opinions prises,
« Arrête :... »
— Suit un arrêté conforme pour la réunion de suppléants à Bourges.
En cas de dissolution de la Convention, ils seront, s'ils croient leur
sûreté compromise, environnés d'une force armée à la composition de
laquelle le département s'empressera de concourir.
LXXXV
Tagc 563.)
Conseil du départeineut de Saùne-et-Loire : Abrogation
de l'arrêté du 30 mai (18 juin %
L'expo.^é des motifs rappelait l'incident qui l'avait fait prendre : l'arrivée
des députés du Jura et de l'Ain, leurs propositions soumises au conseil.
Le rapporteur continue :
(( La discussion qui se prolongea pendant trois séances sur ce projet
vous fit envisager la mesure proposée comme un moyen propre à em-
pêcher le démembrement de la République. A'ous n'y vîtes pas un projet de
fédéralisme, un plan de contre-révolution, une occasion d'exciter la
guerre civile. Le plan vous parut sage, vous n'en consentiez l'exécution
que lorsque la presque unanimité du département l'aurait adoptée ; vous ne
516 APPENDICES.
l'envisagiez (|ue comme un moyeu de faire évanouir les projets contre-
révolulionnaires, enfin vous commîtes encore Terreur de ^ ne le considériez
que comme une dernière ressource, propre à prévenir les dangers qui
paraissaient plus imminents, d'après la loi du 2 i mai « qui met sous la
sauvegarde des bons citoyens la fortune puldique. la représentation na-
tionale et la ville de Paris ».
« Cependant... (plusieurs citoyens) pourraient se persuader que vous
partagez l'égarement des départements qui semblent aujourd'hui lever
rélendard de la rébellion, rompre l'unité de la République.
« Il est de votre devoir de faire connaître à vos concitoyens les senti-
ments révolutionnaires qui vous ont toujours animés.
(( n convient de leur déclarer qu'ayant les yeux ouverts sur les insi-
nuations dont la perfidie est aujourd'hui démontrée, vous abjurez haute-
ment toute espèce d'adhésion que vous auriez semblé donner à ce projet
par votre arrêté. »
— (( La matière mise eu délibération, continue le procès- verbal, les
membres composant l'assemblée, prenant en considération les motifs énon-
cés dans le présent exposé, désirant donner à leurs concitoyens et à la
France entière la preuve la plus authentique de leur attachement inviolable
à la République une et indivisible et de leurs constants efforts à contribuer
au triomphe de la liberlé, de l'égalité, que leur allure, l'énergie et le cou-
rage des représentants du peuple-... ;
(( Le procureur général syndic entendu, les voix prises par appel
nominal,
(( Rapportent à l'unanimité leur arrêté du 50 mai et arrêtent que le
présent sera imprimé, affiché, adressé à la Convention nationale, aux
quatre-vingt-cinq départements, aux districts et aux municipalités du
ressort, à la municipalité de Paris et à toutes les sociétés de la Répu-
blique. ))
— La page entière est couverte de signatures. On y trouve en outre une
adhésion motivée du procureur général syndic Merle, disant dans quel
esprit il avait proposé l'arrêté du 30 mai. (Archives de Saône-et-Loire,
Délibérations du conseil du déparlement, à la date.)
Par une adresse 'a la Convention, en date du 21 juin, le déparlement
sollicite une épuration au profit des amis :
« Représentants du peuple,
« Vous aviez sagement décrété que plusieurs fonctionnaires seraient
assujettis à se pourvoir de certificats de civisme. »...
— Ils sont donnés trop facilement.
(( Il est temps de ne voir dans les emplois pubhcs que des citoyens
vraiment civiques, amis de la liberté et de l'égalité, des citoyens révolu-
1. Ces mois sont écrits en marge, et on n'a pas corrigé le verlie suivant.
2. l'iirase laissée incomplète.
ARRETE DU CONSEIL DE L'YONNE. ôlT
tionnaires dont les seutiments pour la chose publique ii'aieiU jamais été
équivoques. » [Ibid.)
— C'est toujours la même chose !
LXXXVI
'Tage "70. '
Arrêté da conseil de l'Tonne S8 juin .
Sur le rapport des délibérations prises par les autorités constituées et
plusieurs citoyens de la commune d'Avallon les 21 et 22 juin dernier,
et déposées sur le bureau par le maire et le procureur de la commune,
en exécution de l'arrêté du 20 du même mois :
Vu lesditei délibérations.
L'administration du département, considérant que sur douze cents
citoyens actifs qui composent la commune d'Avallon, cent quarante-sept
seulement ont signé l'adresse du 10 juin;
Que même il s'est élevé des débats dans cette minorité sur la rédaction ;
Que les principes manifestés dans la délibération du 22 sont une espèce
de rétractation de ceux énoncés dans l'adresse ;
Que le maire et le procureur de la commune ont même avoué, en pré-
sence de l'administration, que, s'il y avait dans l'adresse dos principes
dangereux, on ne pouvait les attribuer qu'à l'erreur;
Qu'il paraît résulter de la conduite des signataires que cette adresse est
l'effet de suggestions étrangères et que les principes sont si peu d'accord
avec les protestations de leur amour pour l'unité et l'indivisibilité de la
République, qu'il est à présumer que leur erreur n'a été que momentanée;
Considérant néanmoins que cette adresse a été répandue dans tous les
districts et sociétés populaires delà République;...
Que la Convention nationale est saisie de celte affaire;
Arrête que les copies collationnées des délibérations des 21 et 22 juin
seront adressées au Comité de sûreté générale, qui est invité à prononcer
le plus tôt possible sur une affaire qui intéresse la tranquillité publique.
(Archives de l'Yonne, Délibérations du conseil du département, à la date.)
LXXXVII
(Page 376.)
Adresse du directoire de l'Aube aux représentants du
peuple membres du Comité de salut public 18 juin .
(( Les événements du 51 mai et jours suivants ont d'abord frappé les
esprits d'une grande inquiétude. Eloigné du centre du mouvement, on
M 8 APJ'ENDICES.
pu un instant s'interroger soi-même sur ses causes et s'alarmer de ses
effets, mais dans cette première impression d'éionnement il ne s'est pas
élevé un seul murmure contre la Convention nationale; tout s'est bientôt
au contraire rallié à la confiance qu'on leur [lui] doit et à ce grand prin-
cipe d'unité qui seul peut sauver la patrie et la garantir de tous les
malheurs qui peuvent la menacer. Tous les citoyens, oubliant bientôt et
les hommes et les intérêts privés et les passions particulières, n'ont vu
dans la Convention que la Convention elle-même, dans les mesures qu'elle
a prises que le salut de la République, et dans ses intentions que l'affer-
missement delà liberté. Quant îi nous, administrateurs, etc.
(( ^ous demandions, avec la France entière, une Constitution, mais au-
jourd'hui que cette Constitution marche à grands pas et va bientôt mon-
trer il l'Europe étonnée le pacte social fondé sur le principe éternel de la
souveraineté du peuple et sur les bases de la plus parfaite égalité, le
s/stème démocratique le plus pur qu'une grande population puisse per-
mettre, hardiment conçu et écrit dans le st/le des Spartiates, quel est le
bon citoyen qui pourrait encore se livrer à des craintes ou se permettre
de murmurer? Puisse bientôt tous les bons républicains..., etc. »
— Ils parlent ensuite de la levée contre la Vendée, des subsistances qui
ne laissent pas que de donner des inquiétudes, et de l'exécution de la loi
du 2 juin contre les suspects. Ils transmettent leur arrêté au Comité et font
i-emarquer que, s'ils veulent une application sévère du décret, ils tiennent
aussi à garantir les bons citoyens contre des dénonciations mal fondées.
(Archives de l'Aube, L 515, n" 2086.) Et l'on trouve en effet dans cet
arrêté (14 juin) un considérant qui avait bien pour objet de tenir en
bride les dénonciations provoquées par le décret révolutionnaire :
« Considérant que si les autorités constituées sont responsables de la
négligence qu'elles apporteraient à faire mettre en arrestation les personnes
qui se trouvent comprises dans les dispositions du décret du 2 de ce mois,
elles seraient d'un autre côté répréhensibles si, en leur donnant de l'exten-
sion, elles s'en servaient pour priver de leur liberté des citoyens paisibles
sur des dénonciations vagues et insuffisantes, non appuyées de faits, et qui
n'auraient d'objet que de servir des haines ou des vengeances particu-
lières.... » (Archives de l'Aube, L12, à la date.)
On a pu remarquer dans la pièce précédente ce qui est dit du bon
accueil fait par la Convention à l'adresse du 21 mai. Les Girondins étaient
encore les maîtres, et Isnard présidait. Le Moiiiteur, dans le compte rendu
de la séance du 25 mai, parle d'une adresse de VAude qui fut louée pour
son civisme ; c'est probablement de l'Aube qu'il faut lire. [Moniteur du
27 mai, t \V1, p. 475.)
DÉLIBÉRATION DU CONSEIL GÉNÉRAL DE LA MARNE. 519
LXXXVIII
(Page -.8-1.)
DéIib4'>ra(îon et arrêté du conseil général de la Marne
(lO juin .
Le conseil général, désirant prendre des mesures efficaces pour détruire
l'anarchie et ramener le règne des lois et sauver la République, persuadé
que c'est de la réunion des lumières et de la discussion approfondie des
grands intérêts ])ublics que sortent les déterminations les plus salutaires,
et que la surveillance active des autorités peut seule déjouer les complots
et les tentatives dos conspirateurs,
Arrête, après avoir entendu le procureur général sjndic, que les mem-
bres des conseils généraux seront invités à se tenir en permanence ;
Qu'ils seront pareillement invités, ainsi que les conseils généraux dos
communes de Chàlons, Reims, Yilry, Sézanne, Sainte-Manehould et Éper-
nay, à députer chacun deux de leurs membres pour se réunir, le 13 de ce
mois, au conseil général et délibérer avec lui sur les moyens les plus effi-
caces de salut public. (Archives de la Marne, Délibérations du conseil
général du département, à la date, "t" registre, folio 10.)
LXXXIX
(Page 595.)
Les gendarmes nationaux de la IVièvre devant le conseil
général du département 'H juin 1793).
De perfides patriotes, profanant tous les privilèges, foulant aux pieds les
lois, détruisent les germes heureux de la liberté et de l'égalité ; ils se
disent républicains, mais ils n'ont que des vices et méprisent les vertus,
seul caractère d'un vrai républicain.
C'est en vain qu'ils veulent nous appeler à creuser nous-mêmes l'abîme
qu'ils vous préparent. Levez-vous, citoyens administrateurs ; levons-nous
tous, frères et républicains ; que l'étendard de la liberté et de l'égalité
dans nos mains fasse pâlir les anarchistes, aujourd'hui nos plus cruels en-
nemis, et les rappelle à l'ordre; que dis-je, à l'ordre? les méchants n'en
connaissent pas ; hé bien, qu'il leur fasse ronger la poussière....
Déjouons, chers camarades, nos nouveaux tyrans.
0 vous, braves citoyens, nos seuls frères et amis, surveillez continuelle-
ment ces lâches malveillants....
C'est dans ces sentiments, citoyens administrateurs, que sur la montagne
de l'amour le plus pur pom* la République nous jurons entre vos mains de
maintenir l'égahté, la liberté, les personnes et les propriétés, de rester
520 APPENDICES.
unis à la Convention nationale vnie et indivisible, et enfin de mourir au
poste qui nous sera confié pour nHablir l'ordre et la pais dans la Répu-
blique, qui ne peut se soutenir sans lois. (Archives de la Nièvre, séances
du conseil général du département, à la date.)
XG
(Page 395.)
Discours du procureur général syndic Ballard au conseil
de la Kiévrc (11 juin).
L'administration vous doit compte des motifs qui l'ont déterminée à
réunir dans son sein tous les membres qui la composent.
Jamais circonstances ne furent plus graves et plus impérieuses. C'est
au milieu de la tempête, c'est lorsque le vaisseau baltu de toutes parts
par les vagues et les vents en sens contraire est sur le point de faire
naufrage que l'équipage doit se réunir pour le sauver.
Tel est aujourd'hui, citoyens administrateurs, le tableau que présente
la France d'après tous les papiers publics : attaquée au dehors par tous
les tyrans de l'Europe conjurés contre sa liberté; en proie à la guerre ci-
vile excitée et entretenue au dedans par le fanatisme et l'aristocratie ;
luttant dans l'intérieur contre une poignée d'individus qui n'ont que le
masque du patriotisme et qui sont soudoyés par nos ennemis pour
avilir la Convention nationale et désorganiser ses autorités constituées,
enfin pour égarer le peuple en préchant l'anarchie : il serait difficile d'ima-
giner des sujets plus sérieux et plus capables de fixer votre sollicitude et
votre attention.
Il n'est plus question, comme je vous l'ai marqué, de calculer les
sacrifices et l'intérêt privé, il s'agit aujourd'hui d'examiner quels sont les
moyens qui peuvent tendre à la conservation de l'unité et de l'indivisi-
bilité de la République et à maintenir, dans cette agitation des esprits,
la tranquillité dont le département de la Nièvre a constamment joui
jusqu'à ce jour.
Pour moi, je n'en vois pas d'autre dans les circonstances actuelles que
celui de faire une adresse à la Convention nationale dans laquelle vous
lui exprimerez qu'étant le seul point de ralliement de tous les véritables
républicains, elle doit être une et indivisible comme la République,
s'occuper uniquement à donner à la France une Constitution répubhcaine;
je n'en vois pas d'autre que celui de faire une adresse aux Parisiens
pour les engager à se disculper des inculpations qui leur sont faites.
(Archives de la Nièvre, Délibérations du conseil du département, à la date,
{'" 4748.)
SÉANCE PUBLIQUE DU CONSEIL DE LA NIÈVRE. 521
XCI
(Page 598.)
Séance publique extraordinaire du conseil de la Nièvre
(11 jaillet).
Le conseil, averti île l'anivée du représentant Forestier, qui avait été
envoyé par décret du G juillet dans la Nièvre, en fait prévenir les habi-
tants au son du tambour. Les corps constitués se sont rendus à la con-
vocation. Forestier est à la séance; il dit que le décret de la Convention
lui a été adressé à Moulins, comme il était à Vichy pour une question
touchant les eaux minérales ; il demande ce que le département a fait
pour l'exécuter.
(( L'administration' a répondu par l'organe de son président que, dès
que l'administration a été informée par les j)apiers publics du décret du
6 dernier qui met en arrestation et traduit à la barre de la Convention le
procureur général syndic du département de la Nièvre, le conseil, dans
sa délibération, a engagé le citoyen Ballard, procureur général svndic,
à se soumettre à l'exécution du décret et que le citoyen Ballard répondit
qu'il était tellement disposé ù y obéir, qu'il allait hâter son départ sans
attendre la notification officielle du décret; et que le citoyen Ballard est
effectivement parti dans la nuit du mardi au mercredi dernier pour se
rendre à la barre de la Convention nationale.
(( En ce qui concerne l'inculpation faite à l'administration du départe-
ment d'avoir cherché à égarer l'esprit public et à diminuer le respect
dû aux décrets de la Convention, il a été répondu par le président que le
citoyen représentant du peuple verrait l'esprit qui animait l'administration
dans les divers arrêtés qu'elle avait pris.
(( Vérification faite, il n'a pas été trouvé dans le registre d'autre arrêté
relatif aux événements du 51 mai que ceux des 15 et 15 juin dernier
dont il a été fait lecture et dont le citoyen représentant du peuple a requis
expédition.
(( Il a ensuite demandé à l'administration s'il n'avait été fait aucun
autre arrêté, adresse ou réquisitoire. »
— Et c'est alors qu'eut lieu l'incident sur les réquisitoires et les
adresses. (Archives de la Nièvi-e, Délibérations du conseil du département,
à la date.)
1. Ces lignes, barrées dans le registre, et que je reproduis de préférence, ont
été remplacées par une rédaction nouvelle, qui d'ailleurs en diffère peu.
522 APPENDICES.
XGII
(Page 402.)
I.e district de Moulins,
Aujourd'hui 29 mai 1795, les administrateurs réunis au lieu ordinaire de
leurs séances,... se sont présentés les citoyens Rouyer, Sabbrune, Griveu,
Clieneau, Bousset et Martin, lesquels ont annoncé avoir clé nommés com-
missaires par la Société populaire de cette ville, à l'effet de demander à
l'administration du district son adhésion à l'adresse faite par la même
Société à la Convention nationale sous la date du 28 mai présent mois.
Les président, administrateurs et procureur syndic composant le direc-
toire du district, considérant que ladite adresse renferme contre des repré-
sentants de la Convention nationale les inculpations les plus graves et de
nature, si elles étaient prouvées, à provoquer contre les accusés toute la
sévérité des lois;
Considérant que dans le moment de crise où se trouve la République
elle ne peut être sauvée que par l'union et l'accord entre tous les membres
de la Convention nationale; que cette union et cet accord sont devenus le
cri général de la France tout entière ; que dès lors tout ce qui peut tendre
à entretenir la division parmi les législateurs contrarie le vœu universel
des Français et éloigne les moyens de préserver la Patrie des malheurs incal-
culables qui la menacent ;
Considérant d'autre part que dévouer à l'opprobre, l'infamie, l'anathème
et la proscription des représentants du peuple ne peut être que le résultat
de la conviction de leur crime ; que placés à une aussi grande distance de
la Convention nationale, lors n'ayant connaissance des faits que par les
rapports peut-être infidèles des folliculaires, il est impossible d'asseoir
un jugement sain sur les imputations faites à quelques membres de la
Convention ; que dès lors la prudence et la justice commandent que l'on
s'abstienne de prononcer sur une matière aussi sérieuse et aussi délicate ;
Considérant de plus que, quoique l'adresse de la Société populaire de
cette ville contienne dos mesures auxquelles nous applaudissons, néan-
moins la partie relative aux membres de la Convention qualifiés meneurs
ne peut pas se séparer, et qu'étant à l'impression elle ne peut recevoir
aucune modification ;
Considérant qu'il est difficile de concevoir comment une minorité com-
posée de vingt-deux membres pourrait entraîner et faire dévier la majorité
de la Convention ; que si elle recèle dans son sein des contre-révolution-
naires et des ennemis de la patrie, c'est à elle qu'il appartient de les dé-
noncer et d'appeler sur leurs tètes coupables le glaive des lois; que si la
majorité de la Convention nationale était capable de se laisser influencer
par une si faible minorité, alors elle serait sans force et sans moyens pour
sauver la République ; que si cette opinion se propageait et s'accréditait,
LA PROTESTATION DU DISTRICT DE CANNAT. y'iô
bientôt elle aurait perd» la confiance publiqiie, et il ne resterait plus de
point de ralliement auquel pourraient se porter les vrais amis de la patrie,
et qu'alors, tout tombant dans le cbaos, la confusion et le désordre, la ruine
totale de la France se trouverait consommée;
Considérant enfin que, depuis plusieurs jours, il a été formé le projet
de proposer au conseil réuni de faire à la Convention une adresse qui
contient l'expression des sentiments de l'administration du district et qui
aurait pour objet sans doute, comme la presque universalité des adresses
qui lui ont été faites, de ramener les membres de la Convention nationale
à l'union, sans laquelle la patrie ne peut être sauvée, et l'apaisement de
toutes querelles et divisions ;
Après avoir consulté et entendu le procureur syndic, il a été unanime-
ment arrêté que le directoire ne pourrait donner son adhc'sion pure et simple
à l'adresse qui lui a été présentée au nom de la Société populaire de celte
ville, et qu'aussitôt la réunion des membres du conseil, occupés à des opé-
rations qui intéressent la chose publique et notamment l'exécution de la
loi du 4 mai concernant les subsistances, il serait proposé de faire une
adresse à la Convention nationale dans laquelle serait énoncée l'opinion de
l'administration du district. (Archives de l'Allier, Le G; district de Mou-
lins, à la date.)
XGIII
(Pa<;e 40Ô.)
La protestation du district de Gannat.
Le district de Gannat avait fait une adresse au département contre
le 51 mai. L'adresse n'est pas consignée dans le procès-verbal de ses
délibérations, mais on la connaît incidemment. Dans la séance du 2 juillet
deux des signataires, Hue et La Chaussée, craignant l'application du décret
du 26 juin et voulant satisfaire à l'article 1" de ce décret, se rétractèrent
et firent insérer leur rétractation au registre du directoire du district,
déclarant que leurs signatures avaient été surprises à leur bonne foi :
(( iSous n'avons, disent-ils, ni lu ni su le contenu de ladite adresse; nous
ne l'avons pu signer que comme une pièce que l'on nous a dit intéresser le
salut public et qui était revêtue de plusieurs signatures, comme celles du
procureur syndic et d'autres membres de l'administration et du comité de
salut public.
« Nous jurons.... » ~ et toutes sortes de protestations d'attachement à
la République.
Le procureur syndic, informé de cette inscription, déclare en marge
que la signature des réclamants n'a pas été surprise, « que l'adresse contre
laquelle ils réclament leur a été lue, et qu'elle a été adoptée, eux présents,
"a une séance publique, où ils figurent comme membres du comité
de salut public. 16 juillet. Signé: Luc.vr. d
(Archives de l'Allier, Le, 52; district de Gannat, f" 92.)
524 APPENDICES.
XGIV
(Page 435.)
La loi du 15 février 1892.
Pour obvier aux difficultés que présente l'exécution de cette loi, j'avais
proposé, le 30 janvier 1872, le contre-projet suivant :
Article 1". — Si l'Assemblée nationale, ou l'une de celles qui lui succéde-
ront, vient à être illégalement dissoute, ou empêchée de se réunir, une autre
se réunira immédiatement, soit à Bourges, soit à Poitiers, soit en tout
autre lieu qui paraîtra convenable.
Elle se composera : 1° des députés qui auront pu se rejoindre au lieu
marqué ; 2" des délégués des conseils généraux désignés comme il sera
dit ci-après.
Art. 2. — Chaque année, après la constitution de leurs bureaux, les
conseils généraux nommeront, au scrutin, deux de leurs membres, chargés,
à peine de forfaiture, de les représenter, s'il y a lieu, dans l'assemblée
dont il a été parlé ci-dessus, et quatre suppléants.
Art. 5. — L'assemblée nouvelle sera valablement constituée quand
la moitié des départements y sera représentée, soit par les délégués, soit
par les députés qui auront pu s'y rendre.
Les ]jouvoirs des délégués prendront fin quand les trois quarts des
membres de l'Assemblée nationale se trouveront réunis.
Art. A. — Jusque-là l'assemblée nouvelle est spécialement chargée de
])rendre les mesures d'urgence réclamées par les circonstances.
Si dans le délai de deux mois les trois quarts au moins des membres
de l'assemblée régulière n'ont pu se réunir, elle doit décréter un appel à
la nation pour des élections générales.
Les articles 5 et 6, comme dans le projet.
— Le projet adopté alteindra-t-il mieux le but? Souhaitons que l'on
n'ait pas à le mettre à l'épreuve.
TABLE
DES NOMS D'HOMMES ET J)E LIEUX
MENTIONNÉS DANS LES DEUX VOLUMES DE CET OUVUAOE
Abbeville, I, 502.
Abeille, II, 240.
Adant, II, 551, 352, 355.
Affrique (Saint-), II. 48.i.
Agen, II. 105, 119, 459, 460.
Aigues-Vives, II, 481.
Ain, II, 314, 317, 322, 498, 501, 515
Aisne, I, 358, 540.
Aix, II. 246, 261, 486.
Alais, II, 175, 17i. 183, 481, 483.
Albi, II, 157.
Albitte, I, 92; II, 186, 187. 258, 2.54
261, 265, 506, 509.
Alençon, I, 65, 164, 429, 474, 55}
Allier, II, 400.
Alpes (Basses), II, 2i4.
Alpes (Hautes), I, 61 : II. 228, 250
243, 491, 498.
Alpes-Maritimes, II, 225. 245.
Altaroche, 11, 295.
Amar, II, 515.
Ambert, U, 289.
Amboise, II, 19.
Ambroise (Saint-). II. 481.
Amiens, I, 545, 499.
Andelys Les). I, 424.
André (Saint- de Cussac, II. 452
Angers, I, 165, 296; II, 14.17. 441
Angoulême, 11, 49,50,51.
Annecy, II, 301.
Annequinj II, 165, 167.
Antiboul, II, 487.
Antoine, I, 114.
Antrain, I, 544.
Apt, II. 487.
Arbanère, II, 469.
Arbois, II, 552.
Arcis-sur-Aube, II, 573.
Ardèche, H, 203, 205, 252.
Ardennes, I. 61, 356.
Ardignac (D'), II, 126, 469,
Argentan. 1, 555.
Argenton. II, 592.
Ariége. II, 150.
Arles, H, 208.
Arnay-sur-Arroux, 11, 511.
Arras, I, 298, 350; 11,124.
Arrau, I, 65.
Ars, I, 474.
Arthaud, II, 469.
Aube, II, 572, 576, 577, 518.
Aubry, I, 9i.
Auch, I, 470; II, 103, 457, 466.
Aude, H, 119, 158, 471, 47i.
Aups, II, 219.
Aurillac, II, 124, 287.
Auvergne, I, 455; II, 271.
Avallon, 11,568, 369.
btifi
TAULK DZS NOMS D'HOMMES ET DE LIULX.
Aveyron, H, 105, 197,202, 203,484.
Avignon, II, 223, 256, 400.
Avranches, I, .o29, 545.
B
Bagnères, II, 114.
Bailleul (député), I, 10, 52.
Bajot, I, 590.
Ballard, II, 595, 598, 400, 520, 521.
Bandol, I, 174; II, 219. ^08.
Banes, II, 190.
Bar-le Duc, I, 500.
Bar sur-Seine, II, 372.
Barbaroux, I, 9, 20, 54, 37, 47, 54.
101, 102, 284, 315, 425, 447, 451.
487,544; II, 211,215, 489, .507.
Barcelonnette, II, 220.
Barère, I, 54, 57, 42, 47, 55, 96,
191, 245, 275,283,300,485; II, 52.
Barety, I, 485.
Barras, I, 90; II, 116, 117, 151,4li9.
Bassal, I, 492; II, 528, 529, 55i,
530, 541, 556, 509, 514.
Bastoulh, II, 475.
Baudot, II, 88,95,99, 118, 119.127,
151.4.55,458, 460.
Bayeux, I, 111, 165, 522, 524, 542.
Bayle (Moyse),II, 210.
Bayle (Pierre), II, 221, 222.
Bazas, II, 452.
Bazire, I, 48, 147, 152, 268: II. 254.
Beaucaire, II, 183.
Beaumier, I, 422.
Beaune, 11,511, 512.
Beauvais, I, 537, 474.
Beauvais (dépulé), 11,221. 222.
Belle (Castor), II. 171.
Bellegarde, II, 148.
Bellegueule, I, 499.
Belley, II, 499.
Bénigne (Saint-), II. 512.
Bentabole, I, 92, 228.
Bergoeing, I, 477; II. 29.
Bernada. II, 72. 97.
Bernard de Saintes). 11, 550.
Bernay, I, 424, 545.
Bertrand, 11,97, 194, 254,256,258.
Besançon, II, 534, 337, 339.
Besser [Beysser], I, 544.
Beugniet, I, 551.
Beurnonville, I, 108.
Béziers, II, 124, 476.
Bierre (Côte-d'Or), I, 87.
Bigorre, II. 114.
Billaud-Varennes, 1, 67, 280, 335.
Biron, I. 444; II, 55.
Biroteau, I, 15, 24, 117, 235; II,
259.
Blanc, I. 271.
Blois, II, 25, 50.
Blutai, I, 410.
Bobin, II, 40.
Bodson, II, 8, 10, 18, 440.
Boileau, I, 12, 24, 124.
Bois Communs, II, 52.
Bois-d'Oingt, II, 251.
Boisset, II, 210.
Boissy-d'Anglas, I, 485.
Bonnet, II, 145.
Bonnet-le-Ghâteau (Saint), II,
251.
Bordas, II, 45, 44.
Bordeaux, I, 154, 502 ; II, 54, 00,
05, 70, 75, 78, 86, 88, 95, 97, 113,
159, 200, 254, 4.52, 454, 455, 470.
Borel, I, 485; 11, 194.
Bottu, I, 412, 542.
Boucairan. II, 481.
Bouches-du-Rhône, 1, 405; II,
181. 212, 252, 2.50, 237, 485.
Bougon-Longrais, I, 420. 447.
Bouin, I, 554.
Boulanger, I, 480.
Boulogne, I. 01.
Bourbotte, I, 92; li, 52.
Bourdon (de l'Oise), I, 194, 250,
245.
Bourdon (Léonard), I, 10, 198,
479; 11.51, 55, 5.50, 444.
Bourg. II, 498, 501.
Bourganeuf, 11.407.
TABLE liKS NOMS D'HOMMES ET DE LIEUX.
)27
r.cd.
IIS,
II,
Bourgeois, I, 470.
Bourges, II, 52, 70, l'iô, ^hh,
ils, i±I, iTi.
Bouveret, II, Ô51, 554, 350, TjO
Boy aval, I, ôhô.
Boyer-Fonfrède, I, 0'2, 10 i,
1")1, lôG, IW, 212, 243, 21»,-;;
70, 72.
Bray. I, 175.
Bréard, I, 469.
Bressol, II, 4G4.
Brest, I, 4G7, 511.
Bretagne, I. 298, Ô20, 591. 4U7
Briançon, II, 491.
Brieuc (Saint-), I, 098, 407,
Brillât Savarin, II, 400.
Briot, II, 5"8.
Brissot, I, 15, 114; II, 403.
Brival, H, 48, 413.
Brives, I, 168; II, 417.
Broussonnet, II, 168.
Brunck, I, 508.
Brune, I, 537 ; II, 99.
Bruxelles, I, 107, 110.
Buzot, I, 6, 8, 18, 20, 28, 52,
55, 74, 76, 95, 97, 100, 155,
200, 205. 421. 425, 4i7. 449,
557, .544; Tl, 05, 295.
C
Caen, I, 408, 421, 445, 446, 449,
453. 455. 460, 536, 539, 543. 544 ;
II, 431 .
Cahors, II, 132, 178, 470.
Caignart de Mailly, I, 558, 545.
Cailhava, II, 146, 149, 475.
Calais (Saint), I, 432.
Calvados, I. 25, 09, 101, 400, 405,
411, 416, 427, 450, 458, 439, 444,
450, 401, 495, 518, 519, 521. 525.
524, 552, 555.
Cambacérés, II, 165.
Cambon, I, 95, 95, 205, 277, 485 ;
II, 157, 168.
Camboulas, I, '202.
49,
146,
475.
Cantal, I, 75 ; II, 196, 197, 277, 278,
287, 295.
Carabots {de. Cacn), I, 519, 558, 418,
420.
Carcassonne, II, 159, 142, Ii6,
147. 464, 472.
Cardonnel. II. 183.
Carnot, I, 5S2.
Carra. II, 20, 27, 28.
Carrier, I, 469; II, 290, 203.
Cart. II, 200.
Carteaux, II. 188, 191. 225. 237.
2.38. 240. 241, 202.
Caseneuve, I, 4'^5.
Castanet, II. 464.
Gastellane (De), II, 195.
Castelnaudary, II. 464.
Castres. II, 137.
Caudebec, I. 111.
Cavaignac, I, 400, 402. 469.
Cette, I, 172.
Chabanon, 11,295.
Chabot, I, 20, 26, 65, 92, 294, 501 ;
II, 48, 115, 205. 465, 4S7, 470,
477.
Chagny. II. 512.
Chaix dEstanges, I, 447.
Chalier, II, 250. 255, 257, 'J58, 260.
Chalon-sur-Saône, II, 566.
Châlons-sur-Marne, I, 160; II,
379, .380.
Chambéry. II. 295.
Chambon. I. 57, 68, 95; II. 77.
Chamond (Saint-), II, 251.
Champagne. II, 570.
Champallement, II, 596.
Champlitte, II, 545.
Charente. II, 49, 55, 448.
Charente-Inférieure, II, 56, 57, 448.
Charpentier. I. 447.
Charrier. I, .322; II. 167, 195, 196,
197, 198, 199, 200, 201, 205.
Chartres, I, 101, 550, 495.
Chasles, I. 10, 228.
Château-Chinon, II, 18
Château-Gontier, I, 441, 445, 552.
528
TABLE DES NOMS D'HOMMES ET DE LIEUX.
Ghâteauneuf-Randon, II, IGO,
199, 20S, 290.
Château-Thierry. I, 542 ; II, ."88.
Chaudron-Rousseau, II, 86, 99,
•]0G, 118, 129, lôO, 151, 466, 468.
Chaumette, I, 21, 39, 58, 97, 216,
246. 269, 477,
Chaumont, I, 160 ; II, 388.
Chennelette (M. de), II, 265.
Cher, II, 55, 43, 418, 425.
Cherbourg, I, 454, 528.
Chinon, II, 28.
Cholet, II, 15.
Choudien, I, 66, 99, 100.
Clairac, I, 168.
Clamecy, I, 103 ; JI, 597.
Claude (Saint-), I, 174; 11,505.
Clavière, I, 279, 294, 485; II, 574.
Clermont (Auvergne), I, 475; II,
275, 275, 289.
Clermont (Oise), I, 557, 497.
Clootz, I, 145.
Cognac, I, 98 ; II, .50, .54.
CoUot d'Herbois, I, 47, 90. 191,
257, 445 ; II, 595.
Colmar, I, 590.
Condom. II, 105.
Confolens, I, 167.
Corgirnon, II, 588.
Corrèze. II, 43, 124, 408, 415.
Corse, II, 247.
Coste, II, 168.
Côte-d'Or, I, 454; II, 57, 45, 548,
549, 532, 553, 557, 445, 493, 512.
515.
Côtes-du-Nord, I, 400, 407.
Couchey (des Vosges). II, 105.
Courbés, II, 185.
Coustard, II, 25.
Coutances, I, 425, 527, 528, 529.
Couthon, I, 75, 150, 184, 229, 28(),
480 ; II, 28, 247, 268, 273, 290, 291,
292, 295.
Couturier, I, 560.
Creuse, II, 407, 417.
Creusé, II, 55, 56
Crouset, I, 479.
Cussy, I, 448 ; II, 92.
Custine, I, 508.
D
Damours, II, 593, 396, 399.
Dampierre, I, 153.
Dandenac, I, 444.
Danton, I, 8, 28, 50, 53, 114, 116,
150, 215, 229, 242, 245, 260, 284,
405 ; II, 157, 558.
Darche. I. 564, 578.
Dario, II, 151.
Darnaudery, I, 555.
Daunou, I, 551.
David, I, 124.
Dax, I, 169; 11,101.
Dejean, II, 60.
Delabarre, I, 542.
Delahaye, I, 464.
Delaunay d'Angers),!, 158.444.
Delecloy, I, 546, 498, 500.
Delmas, I, 150.
Dentzel, I, 566.
Deray, II, 469.
Derrey, II, 151.
Descombels, II, 124.
Diannyère, II, 405, 405, 406, 407.
Diésur-Loire (Saint- , I, 84.
Dieppe, I, 110, 515.
Dietrich, I, 582.
Digne, II, 226, 227, 246.
Dijon, I, 176; II, 45, 550, 351, 557.
Dinan, I, 544.
Dobsen, I, 253, 256.
Dodieu, II, 258.
Dol, I, 544.
Dôle, II, 525. .551, 555, 502.
Donan (Saint-), 11, 425.
Donjon, II, 402.
Dorat-Cubières, I, 222.
Dordogne, H, 58. 61, 450.
Douai, i, 5.54.
Doubs, I, 400; II, 350,557, 358, 542.
Doué, II, 14.
TABLE DES NOJIS D'HOMMES ET DE LIEUX..
529
Doulcet de Pontécoulant, I, 155,
191.
Douziech, II, 151.
Drôme, II, 27)0, '27)2, 235, 2Ô8, 4!ll.
Drouet, I, 280, 281 ; II, 58;).
Dubarran, II. 121, 465.
Dubois-Crancé, II, 180, 187, 191,
228, 237, 254, 257, 261, 205, 200,
268, 288, 291, 295, 304, 508, 509.
Duchastel, I, 450, 456; II, 92, 98.
Ducos, II, 70, 72, 199.
DucourneaU; II, 97, 99.
Dudon, II, 97.
Dufour, I, 534.
Dufriche-Valazé, I, 202.
Duhem, I, 471.
Dumas, (délégut' du Jura), II, 514.
Dumas (du tribunal rcvolulionnaire
de Paris), II, 529, 509.
Dumont, I, 343, 349, 501, 502.
Dumouriez, I, 100, 109, 112; 11,254.
Duperret, 1, 110, 284, 452.
Durand, II, 159, 102, 107, 108.
Durand-Maillane, I, 304, 445.
Duroy, I, 92, 136, 458 ; II, 199.
Dussaulx, I, 285.
Dutard, I, 178 et suiv. ; 180, 206 et
suiv., 218, 270, 290, 506 et suiv.
Duvigneau,, II, 08, 69, 72, 95.
Enjubault, I, 441.
Eragny-sur-Epte, I, 358.
Ernée, I. 551.
Esnue-Lavallée. I, 445.
Etienne (Saint-), II, 205.
Eure,. I, 161, 351, 411, 421, 448,
550.
Eure-et-Loir, I, 329, 332, 449, 494.
Évreux, I, 422, 447, 450, 542, 545;
II. 451.
F
Fabre d'Églantine, I, 48, 521.
Fabreguette, II, 107.
RÉVOL. DU 51 MAI,
Faivre, II, 531.
Falaise, I, 453, 524, 554.
Fargeon, II, 108.
Fauchet, I, 158, 285.
Faure, I, 505; II, 280.
Faye, II, 44.
Féraud, II, 408.
Feydel, M, 184, 185, 190.
Figeac, H, 154.
Finistère, I, 67, 595, 403, 408, 412,
450. 448, 467, 468, 493. 512, 538.
Flèche (La), I, 450, 529.
Fleurance, II, 105, 457.
Flotte d'Argenson(M.de),lI,217.
Fleur Saint-), II, 197, 278, 279,
282, 495.
Foix, II, 1.50.
Fontenai (M. de), 1, 411, 514.
Fontenai (Vendée), I, 474 ; II, 459.
Forcalquier, II, 240.
Forestier, II, 597, 598, 400, 404,
521.
Fouché, II, 290, 376, 400.
Fougères, I, 544.
Fourcade, II, 68, 108, 114.
Fourcès, II, 103.
Fradin. II, 447.
Franqueville, I. 525.
Fresnay, 1, 430.
G
Gaillard, II, 258.
Gannat, II, 405, 404, 525.
Gap, II, 229. 491.
Garât, I, 178, 235, 251, 258, 405,
427 ; II, 5.
Gard, II. 166. 170, 174, 179, 185,
186, 188, 252, 257, 258, 480, 483.
Gardien, I, 245.
Garnier (de l'Aube), II, 528, 529,
341, 300, 378, 511, 514.
Garnier (de Saintes), I, 70.
Garonne (Haute-). II, 115, 117, 119,
402,407, 408.
Garran, I, 18; H, 80.
530
TABLE DES NOMS D'HOMMES ET DE LIEUX.
Garrot, I. 48-2.
Gaston. 11. 'iS.
Gauthier, I, 481; 11, 180. 187. 2.">i
257, 258, 26f>, 506, 309.
Gay-Vernon, II, 44, 48.
Genevois, II, 507.
Gensonné, I, 25. 71, 156, 144, 242;
II, 70.
Gers, II, 102. 104, 457.
Gex, II, 322.
Gien-sur -Loire, II, 52.
Gilibert, 11. 254. 25U.
Gillet, I. iOO, 402. 401», 510.
Girey-Dupré, II, 92.
Gironde, I, 64, 154, 400: II, 55, 124,
160, 322, 445, 451.
Gisors, I. 425.
Glaudy, II, 201, 205.
Gohier, I, 484.
Gommaire, I, 479.
Gonchon, I, 25, 80, 142.
Gonord, II, 245, 246, 247.
Gonthier, II, 578.
Gorsas, I, 425, 450, 325, 544.
Gossuin, I, 555, 555 ; II, 10, 425.
Goupilleau, I, 68; II, 55.
Gourdon, II, 470.
Goyon, II, 285, 285.
Grandmaison, II, 552, 555, .jOS.
Grandpré, II, 148.
Grangeneuve, I. 92, 155; II, 86,
95.
Grangeneuve (le jeune;, I, 154.
Granville, I, 425, 527, .545.
Grégoire, II, 244.
Grenoble, I, 174; II. 261, 502, 305,
510, 498.
Grillon, 11,491.
Grosse-Durocher. 1, 445.
Guadet, 1, 15, 16, 22, 59, 67, 118,
126, 158, 145, 155, 185, 190, 242,
450, 544 ; II, 68, 95.
Guermeur (Royou. ilil , I, 469, 47 1 .
GufFroy, I, 211, 280.
Guizot Gignoux, II, 179.
Guyardin, I, 5S!l.
Hainaut, I, 107.
Hanriot, I, 259, 278, 285, 289.
Hazebrouck, I, 158, 353.
Hébert, I, 58, 216, 246, 269, 285,
480 : II, 558.
Hérault, I, 1.52 ; II, 144, 1.56. 315.
475. 479.
Hérault-Séchelles, I. 257, 241 , 285,
486.
Heudier, I, 542.
Hidens, II, 258.
Hilaire (Saint-), I, 544.
Hippolyte (Saint-), H, 542.
Honfleur, I, 521, 544.
Hood, 11,240.
Houchard, II, 86.
Hubert, I, 445, 445.
T
Ille-et-Vilaine, 1, 502, 400, 402,
40}, 448, 469, 495, 511.
Indre, II, 591, 592.
Indre-et-Loire, II, 17, 21, 441.
Is-sur Tille. II, 512.
Isère, II, 502, 505, 506, 495, 497.
Isigny, 1. 521, 419.
Isnard, I. 101, 102. 220, 228, 285;
II, .547.
Isoré, I, 537.
Ivry-la-Bataille, I, 415.
Jalès, 11, 195, 190.
Janote, U, 469.
Javoque. II, 208.
Jean-d'Angély (Saint-), II, 59.
Jean-du-Gard (Saint-), I, 173: H,
481.
Jean-de-Luz (Saint), I, 87; H*
155.
Jegun, II. 105.
Joannot, II, 551.
ABLE DES .NOMS DIIOMMES ET DE LIEUX.
Josse, 11. MO.
Jourdain, 1, liô, 445.
Julian de Carentan, 1, ôlj.
Julien de Toulouse). I, '280, 281,
521. 522, 52.J, 532, 550, 541, 5r)ri,
558, 589, 591, 400, 429, 450, 458,
403, 469 ; II, 15, 25, 52, 55, 48, 49,
62, 151, 15G, 155, 167, 168, 193,
195, 201, 207, 229, 250, 249, 255,
256, 292, 295, 509, 559, 5i5, 547,
350, 556. 571, 591, 592, 400, 405,
417,
Jura, II, 46, 262, 515, 321, 525, 5':6,
327, 554, 551, 498, 502, 505, 515.
Jussey, II, 5i4, 510.
Kellermann, II, 257, 261.
Kergariou, I, 468.
Kersaint, I, 5, 80.
Kervelégan, I, 108.
L
Lacombe-Puyguereau, II, 91
Lacoste, II, 58, 280, 281. 284,
286. 295, 509.
Lacroix, I, 18, 54, 145, 149,
425,445, 479, 485; II, 44, 165,
Lafayette, I, 556.
Laforêt. I, 478.
Lagardelle, II, 463.
Lahaye, I, 118.
Laigle. 1, 87, 554.
Lair-Lamothe, !, 445.
Lamarque, I. 92.
Lamballe. I, 598, 407.
Landes. II, 101, 461.
Langon. II. 451.
Langres. I, i74; II, 124, 590.
Lanjuinais, I, 6, 65, 92, 99i
246, 250, 279. 284, 295, 40:5,
476, 485; II, 178, 507.
Lanot, II, 48.
Lanthenas, I, 285.
2S>.
259,
247.
240,
450.
Laon, 1, 540, 5i4.
Laplaigne, II, 105, 104.
Laplanche. Il, 595.
Laporte. II. 197.
La Rivière, I, 257, 525.
La Rouerie, I, 405.
Lasource, I, 7, 15, 22, 40, 50, 152,
15G, 149, 275.
Lassalle, II. 171.
Lassay, l, 551.
La Tremblay e, 1. 105.
Lausun, II, 459.
Lauth. I, 587.
Lauzerte, II, 470.
Laval, I, 441.444, 474,495.551.
Lavaugayon, II, 95, 155, 148, 154,
150, 180, 2O0, 203, 414.
Laveau, I, 588, .507.
Lavigne, I, 479.
Le Bas, I, 589.
Le Bon, I. 551 .
Lebreton. II, 288, 494.
Lebrun. I, 295; 11,574.
Lecarpentier, 1, 185, 427, 4t)9, 528.
Lecingue, I, .554.
Leclère, I, 295.
Lecointe Puyraveau, I. 15. 415
II, 55.
Lecointre, I. ii8.
Lectoure, II, 105, 457.
Legendre, I, 16, 42, 155, 187, 198,
20i, 225, 241, 276, 280, 282, 485;
II, 254.
Legrand, I, 517.
Lehodey, I, 545, .544.
Lejeune, II, 54.
Lemaire, I, 564.
Lepelletier de Saint-Fargeau,
I, 409.
Leroi. Il, 95. 493.
Lesage. 1, 496.
Lesparre, 11, 76, 451, 453.
Lesterpt Beauvais, II, 43, ;i. 58,
49.
Letourneur, I, 52, 55.
Levasseur, I, 5 47, 367,410: II. lOH,
TABLE DES iNOMS D'HOMMES ET DE LIEUX.
Leyris. II. 08, 106, lôO, 149.
Lézignan, II, 14-2, 471.
Lhuillier, I, 57, 258, 205.
Ijibourne, II, 70, 451.
Lidon, I, 22, 252; II, 77, 211.
Lille, I, 354, o55, 474.
Limoges, II, 44, 46. 47, 124.
Limoux, II, 142, 471.
Lindet (Robert), I, 422; II, 508,
7)50.
Lindet (Thomas), I, 422.
Lisieux, I, 520, 525, 545.
Lizier (Saint-), II, 484.
Lô (Saint-), I, 61.
Loches, II, 18.
Lodève, II, 470, 478.
Loir-et-Cher, 1. 106, 449 ; II. 24,
58.
Loire (Haute-). I, 65, 400, 471 : II,
197, 278, 508.
Loire-Inférieure. I, 07, 590, 400,
511.
Loiret, II, 50, 52, 442, 445.
Lombard-Lachaux, 11,115, 407.
Lons-le-Saunier, II, 328, 530,
552, 553, 534, 503, 508.
Lorient, I, 407.
Lorraine, I, 358.
Lot, II. 152, 154, 135, 470.
Lot-et-Garonne, II, 102, 105, 124,
449.
Loubers, II, 117, 119,405, 466.
Loubet, II, 131, 469.
Louchet, I, .543 ; II, 198.
Loudun, I, 62.
Louhans, 11, 565, 512.
Louis XVI, I, 86.
Louvet, I, 17, 27, 28, 47. 136,
450.
Louviers, I, 423.
Lozeau, II, 57.
Lozère, II, 193, 197, 198, 199. 201.
Lucia, II, 155.
Lure, I, 83.
Luxeuil, II, 344.
Lyon, I, 322, 405, 474 ; II, 40, 178,
214, 249, 259, 260, 202, 264, 267,
271, 290.320,492.
M
Mâcon, II, 304, 512.
Maignet, II, 208, 290.
Mailhe, II, 115, 160, 199, 407.
Maillard, I, 481.
Maine, I, 430.
Maine-et-Loire, I, 298, 405; H,
10, 15, 16, 440.
Mainvielle, I, 144.
Mallarmé, I, 115, 272, 570, 577.
Malo (Saint-;, I, 511.
Manche, I, 425, 428, 447, 454, 403,
529.
Maniez, I, 551.
Manosque, II, 240, 490.
Mans Le), I, 452, 455, 459, 464,
550.
Mantes, I, .529.
Marandon, II, 95.
Marat, I, 10, 02, 69, 90, 90, 119,
124, 128, 145, 185, 190, 194, 202,
211, 221, 227, 232, 275, 277, 295,
471, 478, 486; II, 213, 225, 220,
227,281, 284, 314.
Maraye, II, 375.
Marchena, II, 92, 98.
Marennes, I. 107 ; II, 56, 440.
MarinO; I, 199.
Marly, I, 495.
Marne, II, 579, 585, 519.
Marne (Haute-). II, 588.
Marseille, I, 24, 219, 555 ; II, 158,
198, 207, 208, 209, 210, 212, 215,
214, 219, 232, 254, 230, 257, 239,
240. 242, 243, 2i5, 261, 294, 451,
480.
Martin (Saint-) (Ile de Ré), II, 440.
Martory (Saint-), I, 171; II, 465.
Marvejols, II, 197.
Mathieu, I, 141 ; II, 61, 78, SI, 106,
155.
Mathuson. II, 297.
TABLE DES .NOMS D'HOMMES ET DK LIEUX.
Maugeret. Il, !.')().
Maure, I. 104.
Mauvezin. II, 105.
Mayenne, I, 404, 405, 450, 450. 441,
444. 445, 461''.
Mazuyer, I, 14'.): H, 5G-2.
Meaulle, I, 508.
Meaux, I, 62, 555.
Meillan, 1, 287 ; II, 92.
Melletier, H, 265. 265.
Mende, II, 194, l'.tT.
Menehould (Sainte-). II, 5Si.
Merle. II, 510.
Merlin. 1, 400, 402, 400, 510.
Merlino, II, 515.
Merreins, II, 460.
Metz, I, 580.
Meurthe, I, 505, 505, 504, 505.
Meuse, I, 558, 505.
Milhaud, I, 589.
Millau, II, 167, 295, 4S4.
Mirande, I, 4.
Miré Maine-et-Loire , I, UN.
Mirecourt. I. 580,
Mollevault, 1, 450.
Monestier, II, 274.
Monet, I, 585, 589.
Monnoidiers. II, 208.
Montauban, II, 153, 467.
Montant, I, 19, 522.
Montbard. IK 512.
Mont-Blanc. II, 501.594.
Montbrison, II, 291.
Monthac, II, 464.
Montignac, II. 450.
Montmédy, I, 561.
Montpellier, II, 156, 157, 158, 160,
164, 166, 215, 476,477, 478.
Morbihan, I, 400. 509.
Morlaix, I. 598. 406, 468, 474, 508,
509.
Mortagne, 1. 554.
Mortain, 1, 544.
Moselle, I, 579.
Moulins, 11, iOl. 402, 404. 522.
Moulins-Engilbert, II. 590.
Moureau (Agricol). II. 255.
Moutier (en Tarentaisel, II, 295.
Mouton, II, 55, lli. 455, 459.
Moyaux Calvados , 1, 521.
Moyax. II. 459.
Muzine, I, 150.
N
Nancy, 1, 505, 560, 578, 590, 506, 507.
Nantes, I, 70, 165, 596, 398, 407,
465, 468, 474.
Nantua, II, 522.
Napoléon-Bonaparte, II, 258.
Narbonne, I, 141 : II, 146, 475.
Nazaire Saint-), 1, 174 ; II. 219.
Nérac. Il, i52.
Nevers, II, 400.
Nièvre, II, 595, 594, 596, 519, 520,
.VJl.
Nîmes, II, 169, 175, 174, 177, 178,
179, 182, 185, 18i, 186, 188, 191,
215, 261, 451, 466, 477, 482.
Nioche,. II, 228, 254, 257.
Nivière-Chol, II, 252, 255.
Nogent-le-Rotrou. I. 474.
Nogent -sur-Seine. II, 572, 575,
577.
Nord, I, 5.55.
Normandie, 1, 409.
0
Oise, I, .554.
OUioules, I, 474.
Oloron, I, 170.
Orange, II, 486.
Orbec, I, 455.
Orcellet, II, 308, 512.
Orgelet, II, 505.
Orléans, II, 51, 52, 55.
Ornans, II, 542.
Orne, I, 219. 404, 411, 429, 448,
4.54. 405, 523, 554; II, 441.
Osselin, I. 240.
554
TAULE riFS NOMS D'HOMMES ET DE LIEUX.
P
Pache, I, 89, 195, So'i, 257, 2r..S,
•275, 505,417; II, 511.
Pacy-sur-Eure, I, 557 : II. A7,\ .
Panis, I, 471, 476.
Pannetier, II, 41. 54, Sd.
Paoli, II, 247.
Paré, I, 488.
Paris, I, 2, 9, 15, 14. 16, 55, 56, 59,
57, 05, 72, 78, 95, 115, 116, 129,
156, 141, 148, 151, 177, 209, 221,
238, 245, 246, 252, 255, 259, 262,
267, 275, 276, 278, 281, 289, 296,
521, 527, 477, 483, 487, 401 : II,
202, 360, 428.
Pas-de-Calais, I, 68, 550.
Pau, II, 460.
Paulhaguet, II, 494.
Payne (Thomas), I, 147. 458.
Pécollet, II, 297.
Penière, I, 141.
Peray (Saint-), II, 205.
Périers, I, 527.
Périgueux, I, 61 ; II, 59, 60, 05, 64,
84.
Péronne, I, 502.
Perpignan, II, 155.
Perrière, I, 511, 515.
Perrin Sainte-Emmelie, I, 427.
453, 403, 528, 542.
Pertuis, II, 486.
Pétion, I, 40, 116, 447, 450, 452,
.544; II, 12.
Petiot, II, 6.
Pézenas, I. 98, 172; II, 165, 464,
465, 470.
Philip, I, 565.
Philippeaux, I, 155, 1,50, 464. 465,
476; II, 58, 551.
Pierre (Saint-) (ile crOléion), I, 87.
Pierre de Trivesy (Saint), I. 60.
Pillon, I, 548, 415, 499.
Piorry, II, 54.
Pipaud. II, 60, 450
Poissy, I, 447.
Poitiers, I, 474 ; II, 54, 59.
Pont-à-Mousson, I, 570.
Pont l'Evèque, I, 524.
Pont-Saint-Esprit. II, 187, i88,
201,451.
Pontaillier, II, 544.
Pontaumur, II, 275.
Pontorson, I, .543, 544.
Possel, II, 217.
Pottofeux, I, 544.
Poultier, I, 92, 126.
Poutard, II, 65.
Précy, II, 265, 269.
Prière, I, 554. 535, 536.
Prieur (de la Côte-d'Or), I, 411,
427, 440, 522.
Prieur (de la Marne), l, 393. 413,
428, 469.
Projean, II, 466.
Prost, II, 556, 509.
Puisaye, I, 457, 458, 535.
Puy (Le), 1,585, 472; II, 197, 279,
289,401, 494.
Puy-de-Dôme, 190, 197, 272, 275,
289.
Pyrénées (Basses-), II, 107, 460,
461.
Pyrénées (Hautes), 1, 170 ; II, 109,
462.
Pyrénées-Orientales, 11,151, 155.
0
Quentin (Saint-), I, 160,339,341,
5i4.
Quillan, II, 142,471.
Quimper, I, 164, 595, 467, 511; II,
Quirot, FI, 541.
R
Rabaut (le jeune), II, 171.
Rabaut-Saint-Etienne, I, 77,155,
242, 260; II, 186,574. 485.
RafFet, 1,252.
TABLE DES NOMS D'IIOMMES Kï DE LlEl'X.
Rambert Saint-), H, 7)-22.
Ramel-Nogaret, I, 200.
Ranzau, U, iô'2.
Ravault, IL 54, O-.'.
Ravez, II, 95.
Real, I, 97, Ii2, 475.
Régnier, II, 148.
Rennes, I, 598, 400, 405, 406, 408,
445, 449, 467, 508, 509.
Réole (La), IL 76. 88.
Rethel, I, 556.
Révérât, II, 578.
Reverchon, II, '265.
Rewbell, I, 18.
Rhin (Bas-), I, 58'2.
Rhin ^Haut-), I, 589.
Rhône-et-Loire, 1,405; II, 297, 500.
Richard, I. 492.
Ricord, II, 265.
Rieux, II, 465.
Riom, II, 272.
RioufFe, II, 92, 98.
Rivaud, II, 44.
Rivery, I, 500.
Robert, II. 245.
Robespierre, I, 9,43, 89, 114,126,
155, 267, 500, 522, 428, 515;
II, 357.
Robespierre (le jeune), I, 142,
262; II. 265.
Rochefort, I, 61; II, 56.
Rochelle (La), 1, 166; II, 6, 56, 448.
Rochemaure, II, 217.
Rodez. 1.60; II, 197, 198, 205, 256,
284.
Roland, I, 15, 17, 27, 55, 71,89; II,
50, 284, 574.
Roland (M°"=), I, 26.
Romme, 1, 411, 427, 446, 522.
Roque (La), II, 219.
Rouen, 1,409, 411, 517.
Rouget de Lisle, I. 582.
Rouhier, I. i2.
Roullet, II. 69, 75, 79, 97.
Rousselin, I, 129.
Roux, H. 221.
Rouyer, I, 18, 75.
Rovère, II, 183, 254.
Royer. 1. .^5.").
Royer (Alexandre . 11. 508, 512.
Royer-Collard, I, 201.
Ruault, I, ilO.
Ruel, II, 465.
RufFat, II. 151. 469.
RufFec. II, 54.
Ruhl, T, 566. 586.
S
Sables d'Olonne (Les). II, 2, 7.
Sabonadière, II, 184. 185. 190.
Saillant (du), II, 196.
Saillard, II, 551.
Saint-André (Jean-Bon), I. 49.
95, 105, 2-29, 242, 5.55, 548, 593:
II. 161, 222.
Saintes, II. 56, 401.
Saint-Julien. II, 242.
Saint- Just (député), I, 544, .589,
.557.
Saint-Prix, II, 205.
Saladin, 1, 545, 498 ; II. 509.
Salins, 1, 173; II, 552, 505.
Salle (La), II, 481.
Salles, 1,92.97, 115, 566.569,447,
507; IL 92, 477.
Salon, II, 487.
Sandoz, I, 481, 485.
Santerre, I, 480; II, 14. 22,96.
Saône (Haute-), II, 545, 508, 510.
Saône-et-Loire, IL 523, 359, 564.
514, 515.
Sarrebourg, 1, 370.
Sarthe, I, 450, 455, 448, 464.
Saujon, I, 98.
Sault, II, 246.
Saumur, I, 406: II, 14, 28, 35.
Saunier, II, 351, 552.
Sauveterre, II, 461.
Schneider (Euloge), I. 585, 508.
Sedan. 1, 5.56; II, 124.
Séez, L 555.
550
TABLE DES NOMS D'HOMMES ET DE LIEUX.
Séguéla, I, 441.
Séguin, II, ')j8, 341.
Seine-et-Marne, I, 555.
Seine-et-Oise, I, 3'25, 492.
Seine-Inférieure, I, 247, 409, 410.
Seissan, II, 458.
Semur, I, 474; II, 512.
Sergent, I, 114.
Serre, I, 48 i ; II, 228, 229, 498.
Sers, II, 09, 72, 80, 97.
Seurre, II, 512.
Sévénes, II, 469, 477.
Sever (Saint-), II, 101, 102.
Sevestre, I, 400, 402, 407.
Sèvres (Deux-), II, 1, 2.
Sézanne, II, 124, 384.
Siblot, I, 88.
Simiane, II, 246.
Sirod, II, 505.
Sisteron, I, 474; II, 246.
Soissons, I, 542.
Somme, I, 545, 498, 500.
Sommières, II, 481.
Soubeiran, II, 171.
Souillac, II, 154.
Soulès, I, 478.
Soulet, II, 525, 417.
Soulignac, II, 44.
Sourdille, I, 441, 445.
Stenai, I, 564.
Strasbourg, I, 570, 382, 583, 384,
.588.
Subrin, II, 493.
Suzette, II. 486.
T
Taillefer, II, 205.
Tallien, I, 17, 42, 90; II, 17, 26,
59, 86, 255.
Tanavel, I, 65.
Tarascon, II, 167, 486.
Tarn, II, 119, 135, 1.54.
Tartas, II, 102.
Tassenières, II, 353.
Texier, II, 447.
Thibaudeau, II, 55, 56.
Thibault, I, 60.
Thiboult, I, 518.
Thirion, I, 211.242.
Thiviers (Dordogne), I, 84,
Thuriot, I, 16, 90, 101, 139, 187,
250, 259, 280, 302, 406 ; II, 342.
Tonneins, II, 460.
Torné, II, 418, 421, 425.
Torrebren, II, 105.
Toulon, I, 60, 175 ; II, 207, 213,
216, 218, 219, 252, 241, 242, 246,
451, 474.
Toulouse, I, 82, 557 ; II, 115, 119,
125, 464, 465, 466, 477.
Tournon, II, 204, 454, 485.
Tours, II, 6,17, 18, 23,28.
Tréhouard, I, 469.
Treilhard, II, 61, 78, 79, 81, 99.
106, 135.
Trévoux, II, 522.
Trogoff, II, 221, 242.
Tropez (Saint-), H, 218, 219.
Troyes, II, 571, 572.
Tulle, II, 409, 412, 417.
Turreau (député), II, 560.
u
Ussel, 11,412, 416.
Uzerche, 11,415, 417, 418.
Uzès, II, 480.
V
Vachon, II, 505.
Vaissier, II, 282.
Valazé, I, 259.
Valence, II, 251.
Valenciennes, I, 132, 353.
Valognes, I, 425.
Vannes, I, 407.
Var, I, 95: 11,218.
Varilhas, II, 150.
Varlet, I, 198, 216, 479.
Vaucluse, 11,235,336.
TABLE DES NOMS IVHOMMES ET DE LIEUX.
557
Vauvert, II, 480.
Vayron, II, 286.
Vendée, I, 106, 40G, 470; II, I, 48,
459.
Verdun, I, 501.
Vergniaud, I, il, 15, 12i, 155, 150,
157, 159, 151, 184, 200, 214, 201,
247,275, 295; II, 07.
Vernon, I, 410, 425, 557 ; II, 180.
Versailles, I, 269, 525, 520, 492,
495.
Vesoul, I, 175; II, 545, 547, 510.
Vézelize, I, 570.
Vic-sur-Gère, II, 494.
Vienne (Isère), I, 65; II, 505, 500,
497.
Vienne (départeracnt de la), I, 57.
444, 445.
Vienne (Haute-), II, 57, 42, 48,
447.
Vigan (Le), II, 171.
Viger, I, 146, 210.
Vigier, II, 185.
Villedieu, I, 545.
Villefranche, I(, 250.
Villeneuve-Tourette, II, 215,
259, 242.
Vincent (Saint-), II, 470.
Vire, I, 164, 520, 521, 524, 5i3,
554.
Vitré, I, 511.
Viviers, II, 204.
Vosges, I, 580.
Vouland, I, 322.
w
WimpfFen, I, 421, 454, 456, 460,
520, 555, 54 i.
Wormeselle, II, 97, 99.
Y
Yonne, II, 366, 368, 517.
Yrieix (Saint-), I, 167; II, 45, 47.
Ysabeau, I, 88; II, 86, 88, 95,99,
455, 457,468.
Yvetot, I, 415.
TABLE DES MATIÈRES
DEUXIÈME PARTIE
{Sitile)
LE FÉDÉRALISME EN 179j
CHAPITRE VI
LA VENDÉE ET LE BASSLN INFÉRIEUR DE LA LOIRE
I. Vendée et Deux-Sèvres .... 1
II. Maine-et-Loire 10
III. Indre-et-Loiie 17
IV. Loir-et-Cher 24
V. Loiret 30
CHAPITRE VII
LA RÉGICiN DE LA VIENNE, DE LA CHARENTE ET DE LA DORDOGNE
I. Vienne 34
II. Haute-Vienne 42
III. Charente 49
IV. Charente-Inférieure 50
V. Dordogne 58
CHAPITRE VIII
BORDEAUX
I. Bordeaux avant le 31 mai 05
II. Bordeaux après le 51 mai. Commission populaire de salut puhlic de
la Gironde 70
in. Préparatifs de la lutte 73
IV. Mission de Mathieu et de Trcillwiiil 78
540 TABLE DES MATIERES.
CHAPITRE IX
BOr.DEAL'X APKKS LK DÉPART DE MATHIEU ET DE TREILHARD
I. Dissolution de la Commission populaire. — Décret du 6 août. ... 85
II. Mission d'Ysabeau et de Baudot ^^
III. Les représentants chassés. — La jeunesse bordelaise 91
IV. Nouvelle municipalité; li jeunesse bordelaise ilissoutc. — Rentrée
triompliLde des représentants 90
CHAPITRE X
LA RÉGION DE BORDEAUX
I. Landes. Gers 101
IL Lot-et-Garonne 105
III. Basses-Pyrénées 107
IV. Hautes- Pyrénées 109
CHAPITRE XI
LA RÉGION DE TOULOUSE
I. Haute-Garonne H5
II. Lot. Tarn 132
III. .\ude 158
IV. Ariège 150
V. Pyrénées-Orientales 151
CHAPITRE XII
MONTPELLIER ET NÎMES
I. Hérault 156
II. Gard • 169
III. L'assemblée des conmuines du Gard 179
IV. Comité de salut public du Gard 183
V. Défaite et soumission 187
VI. Lozère 195
VII. Avevron 201
VIII. Ardèclie 205
CHAPITRE XIII
MARSEILLE, TOULON, AVIGNON
I. Marseille au 51 mai 207
II. Toulon au 31 mai 216
III. Alpes-Maritimes ; Avignon 222
IV. Basses-Alpes, Hautes-Alpes et .Drôme 225
TABLE DES M.VIIÈKES. 5il
V. Lullc armée de Marseille et de Toulon conlre les tioupos de la (ioii-
vention 252
VI. Soumission des départements voisins de Marseille et de Toulon '245
CHAPITRE XIY
LYON
I. Lyon avant le 31 mai 2i'J
II. Lyon après le 51 mai 259
CHAPITRE XV
AUVERGNE
I. Puy-dc-Dônic 271
II. Cantal et Haute-Loire 277
III. Les représentants du peuple en Auvergne 287
CHAPITRE XVI
LA SAVOIE ET LE DAUPHISÉ
I. Mont-Blanc . . 294
II, Isère 502
CHAPITRE XVII
LA BRESSE ET L\ FRANCHE- COMTÉ
I. Ain 514
II. Jura 525
III. Doubs 557
IV. Haute-Saône. 545
CHAPITRE XVIII
LA tOL'RGOGNE
I. Côte-d'Or 348
II. Saône-et-Loire 559
III. Yonne . 566
CHAPITRE XIX
LA CHAMPAG.NE
I. Aube 371
II. Marne 379
III. Haute-Marne 388
:)4'2 TAbLE DES MATIERES.
CHAPITRE XX
RÉGION DU CENTRE
I. Indre 391
II. Nièvre 595
m. Allier 400
IV. Creuse 407
V. Corrèze 408
YI. Cher.. 418
CONCLUSION 425
APPENDICES 459
TABLE DES NOMS D'HOMMES ET DE LIEL.V 525
n.N n: LV TABLE DES MATIERES
ERRATA
Page 15, ligne 5, au lieu de Birolteau, lisei : Diioleau.
Page 23, ligne 2, au lieu de Gensonnet, lisez : Gensonné.
Page 185, ligne avant-dernière, au lieu de Beauvais, Usa : Beaucaire.
I27()'J. — Imprimerie A. 1.;iIiiiit. rue de riciirus. !». à Paris.